Photo à l’appui 3

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Parfois, il faut faire de l’ordre. Je parle de jeter, de nettoyer, ranger. Il arrive, par hasard de retrouver ce qu’on avait oublié. Pour ma part, j’ai depuis longtemps jeté toute trace de mon enfance, parce qu’étrangement je n’en garde pas un bon souvenir. Probablement parce que je me sens plus heureuse aujourd’hui. A ce stade je ne l’explique pas encore. Alors, quand un ami de la ville où j’ai grandi, me demande de l’aider à gérer un groupe fb, dont l’objectif est de retrouver des amis d’enfance. J’hésite. En vrai, pas longtemps, juste le temps de mesurer la prise de risque. Je suis curieuse en fait. Peut-être même indiscrète. J’ai envie de voir que sont devenus ces gens, si leur vie est heureuse ou pas. Je me déteste quand je suis comme ça, mais, cachée derrière mon pseudo, et ma vie romancée sur FB, je me dis que je peux facilement me retrancher derrière cette façade si, finalement, ce n’est pas ce que j’espérais.
De nos choix découlent inévitablement leur lot de conséquences. Mon choix d’accepter cette mission allait pourtant s’avérer salutaire.
A la lecture de tous ces posts et de toutes ces photos, je m’aperçois que j’ai laissé autour de moi l’empreinte d’une adolescente joyeuse et populaire. Ce début d’expérience s’annonce plutôt plaisant et inattendu. Je passe de plus en plus de temps à accueillir ces amis inconnus, en hôte polie et attentionnée. Et en retour mes invités font preuve de flagornerie qui flatte mon ego. Dans ce monde virtuel existait une réalité qui ne paraissait pas évidente du premier coup d’œil. Je me voyais hésiter entre le mythe d’une jeunesse colportée et mon absolue vérité qui commençait à vaciller.
Mais alors ? Y’aurait-il eu tromperie dans mes souvenirs ? Je ne peux pas être une imposture de moi-même.
Les commentaires de ces dizaines de témoins de ma jeunesse devaient alors être vérifiés. Une seule personne pour corroborer les faits, ma mère ! Bravant le confinement, et munie de mon attestation, je franchi le kilomètre qui nous séparait pour vérifier les dires.
Ouverture du premier carton gargantuesque de photos. Je ne te cache pas que je ne faisais pas la maline, et que j’avais l’impression de déterrer un cadavre. Force est de constater que c’est le premier coup de pelle le plus difficile, parce que l’exercice qui dura plus de quatre heures, fut le révélateur d’une satisfaction fourbe presque machiavélique. En un mot...(en 4 mots) J’ai adoré ça ! Mon moi démoniaque avais insidieusement gravé des souvenirs tristes et glauques, quand ce que je voyais de toutes ces photos m’affirmait le contraire. Des moments oubliés, des personnes, des lieux, des noms, tout me revint presque instantanément, avec une nostalgie heureuse, et une joie profonde. Je sourie sur chaque photo, je suis entourée d’amis, et je pose de la même façon que maintenant ! Même si les selfies n’existaient pas encore, j’affiche un sourire franc et sincère, sans filtre ! Tellement de choses reviennent à mon esprit et expulsent sans ménagement cette sensation de malaise dérangeante. (Pléonasme qui ne souffre d’aucun excès dans cette situation !) Je décidai alors de prendre appui sur ces impressions qui désormais raisonnaient gaiement en moi.


Mes anciens nouveaux amis virtuels avaient donc raison sur un point : je semblais heureuse, et je ne laissais rien paraitre d’autre. En cherchant dans les recoins de mon cerveau, je ne comprends pas ce qui a pu laisser un gout amer au souvenir de ma jeunesse.
Mon ménage printanier annuel a sans doute, chaque année, petit à petit, balayé un peu trop les vestiges de cette partie de ma vie.
Mes photos et moi sommes armés d’une nouvelle jeunesse, toute fraîche et pimpante. Je vais désormais nous afficher sans crainte sur cette page facebook, guettant fébrilement les commentaires les plus encenseurs.
Il faut savoir rester modeste. C’est important.






Gardons une part de mystère G.DELOMBRE
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