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Permanence de nuit - Part 1

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Katedom78

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Autant vous prévenir tout de suite, je ne suis ni Navarro, ni Nestor Burma, juste un jeune flic fraichement affecté dans une petite ville de province. Il faut dire qu’à l’école de police, je ne me suis pas spécialement fait remarquer par mes résultats, par contre si j’avais marqué des points pour chaque fille que j’ai fait craquer, je ne serais pas de permanence de nuit pendant le week-end le plus long de l’année.

Le commissaire parti depuis deux jours, le capitaine nous a laissé la boutique en nous recommandant de ne le déranger qu’en cas d’extrême urgence. Le brigadier de garde m’a fait un clin d’œil qui en disait long. Bref, à moi les bagarres d’ivrognes, les femmes battues et les vols d’autoradios. Une sinécure quoi.

***

Samedi 2 heures du mat’

Le gradé au standard me tire de ma léthargie. Il vient de recevoir un appel nous demandant de venir d’urgence. Il a noté une adresse sur un post-it minuscule et me le tend.

Tu sais de quoi il s’agit ?
Non, une femme a appelé, genre hystérique, j’ai juste pu lui arracher un nom, Lafaye, et cette adresse.

— OK, on y va.

Je passe la tête dans la salle de garde. Ça pue la bière, la sueur et le tabac. Il est interdit de fumer partout mais ça sent toujours le tabac froid. Surement que les murs sont complètement imprégnés de l’odeur. J’appelle un des collègues et lui demande de récupérer les clés d’une voiture. Je lui file l’adresse etil nous y conduit rapidement.

Le numéro correspond à une propriété cossue, maison de maître du 19e dans un grand parc entouré de hauts murs. Le portail est ouvert. Nous entrons. Il y a trois voitures dans le parc, deux berlines de luxe et un coupé sport. Je sonne, une femme vient ouvrir très vite. Elle doit avoir une quarantaine d’années, mais malgré son air affolé, je reconnais une certaine distinction. Pas de doute, on n’est pas dans la France d’en bas.

Je me présente. Un homme apparait au bout du couloir. La femme s’efface et nous désigne au nouveau venu.

— C’est la police.

— Ah, enfin. Venez par ici. Je suis Jacques Lafaye.

Il nous fait signe de le suivre vers un salon meublé avec goût. Le collègue en uniforme ne sait pas trop que faire et reste debout à la porte. Je demande des explications.

— Voyez-vous, c’est assez délicat. En temps normal j’aurais directement appelé votre commissaire qui est un ami proche, mais je sais qu’il est absent. Nous ne voudrions pas que la chose s’ébruite.

— Si vous me disiez plutôt de quoi il s’agit ?

— Nous organisons de temps en temps des soirées entre couples de la région, mais certains ne sont pas légitimes, vous me comprenez ?

— Et alors, je ne suis pas des mœurs, vous pouvez partouzer tant que vous voulez, ça ne me concerne pas.

— C’est que la, nous avons un sérieux problème. Je crois qu’il vaut mieux que vous veniez avec moi, le docteur va vous expliquer.

Je le suis, pressentant le bon gros tas d’emmerdements.

Il me conduit par un petit escalier au sous-sol de la villa. Les caves voutées ont été aménagées en baisodrome de luxe. Banquettes de velours rouge, tentures sombres et éclairages tamisés, un bar dans un angle. Je remarque de nombreux verres, certains encore à moitié remplis, quelques bouteilles de champagne ouvertes. L’ambiance est lourde de fumée froide, l’interdiction ne s’applique pas aux fêtes privées. Nous pénétrons dans une plus petite pièce, un homme nous tourne le dos. Une femme est allongée sur un sofa, à côté d’une grande croix de bois de laquelle pendent des sangles de cuir.

Pas besoin de me faire un dessin. J’ai sous les yeux le cadavre le plus canon qu’il m’ait été donné de voir dans ma courte carrière. Trente cinq ans environ, des cheveux longs bouclés, un beau visage trop maquillé. Vêtue, façon de parler, de sangles de cuir assemblées par des anneaux de métal, cuissardes à talons hauts. Tout ce qu’il y a de plus morte.

— Charles, la police est arrivée.

Le dénommé Charles, se retourne et se présente.

— Docteur Waukler, hôpital Cochin à Paris.

— OPJ Ceccaldi, du commissariat local.

Après cette entrée en matière, mes craintes se confirment. C’est la grosse crise. Un cadavre dans une soirée mondaine, ça fait déjà mauvais genre, mais dans ce genre de soirée, ça va faire les gros titres. Et c’est sur moi que ça tombe. Je ne serais pas surpris de voir débarquer le Procureur dans les minutes qui suivent.

— Alors Docteur, vous m’expliquez un peu ce qui s’est passé ? Pour commencer, est-ce que cette personne avait un nom ?

— Je ne la connaissais pas. C’est la première fois que je la vois. Nous avons souvent des invitées...

— Je suppose que vous avez bien une idée des causes de son décès.

— Je ne suis pas légiste.

— Mais vous êtes tout de même médecin ? Alors ? Overdose ?

— Non, je ne crois pas. Je penche plutôt pour un problème de cœur. J’étais à l’étage, le temps que j’arrive, c’était déjà trop tard. J’ai pratiqué un massage cardiaque mais en vain.

— OK, je vois. C’est vous qui l’avez décrochée ?

Je lui montre la croix de Saint André. Il me fait un signe de dénégation.

— Non, elle était déjà allongée la quand je suis arrivé mais elle a des traces aux poignets et aux chevilles.

J’appelle le collègue en uniforme en lui demandant de déclencher la machine judiciaire.

Je me retourne vers Lafaye.

— Vous, vous devez bien la connaitre ?

— Pas vraiment, je ne l’avais jamais rencontrée avant hier soir. Nous avions tout réglé par internet. Elle est arrivée en voiture vers 22 heures. Je ne connais que son prénom, Natacha.

— Elle devait bien avoir des vêtements, un sac ? Ou sont-ils ?

— Là-haut je pense. Je vais vous montrer.

— Je vous la confie Doc !

Pas trop fier de mon humour, je remonte à la suite du maître des lieux. Il me conduit au premier étage. Une chambre qui a du servir de vestiaire. En vrac sur le lit, un tailleur et un chemisier, des sous-vêtements de dentelle noire, chaussures de ville sur le sol. Un sac de femme. Je l’ouvre. Un trousseau de clés avec le logo Mercedes, un IPhone dans son étui de cuir Hermès, un porte-cartes de crédit : American express, Visa, Hertz Gold..., une boîte de préservatifs et un petit sex-toy doré. La panoplie de la call-girl standard. Je trouve ses papiers d’identité. Natacha s’appelle en fait Sylvie Perez, ce qui est moins glamour. Domiciliée à Saint Cloud.

— Il y avait du monde cette nuit ?

— Juste quelques amis.

— Je suis désolé mais il va falloir me communiquer les noms et les adresses de tout ce joli monde.

— C’est que...

— Quoi ? Vous les avez aussi rencontrés sur internet ? Vous avez bien des adresses mail ? Des numéros de téléphone ? Je pense que vous comprenez que vous risquez de graves ennuis ? Il est tard, j’ai besoin de dormir un peu. Je repasserai demain, ça vous laisse le temps de me préparer tout ça.

Je laisse passer les brancardiers qui emportent le corps de cette pauvre fille. Je n’ai pas revu la femme qui m’a ouvert la porte.

Il faut que j'essaie de me reposer un peu si j’y arrive. Je sais que la journée va être longue.

J’ai l’impression que j’ai à peine fermé les yeux quand le planton me réveille avec un café dans un gobelet de carton. J’ai la bouche pâteuse, je suis fourbu, les fringues sales me collent à la peau. Il faut que je passe chez moi prendre une douche et me changer.

Une heure plus tard, je me sens un autre homme. Il est dix heures, un peu tôt pour retourner à la villa.

Je retourne au commissariat pour discuter un peu avec les anciens et prendre des nouvelles de l’affaire.

Je trouve Max, un vieux de la vieille, à la machine à café des gradés. Je l’interroge un peu sur des histoires de mœurs dans la ville. Il me dit que depuis la fermeture d’une maison clandestine dix ans plus tôt, et en dehors des deux ou trois tapineuses du secteur de la gare, il n’a pas connaissance de délinquance liée au sexe. Il m’explique qu’il est de notoriété publique que quelques mères de familles arrondissent leurs fins de mois en invitant des hommes chez elles, mais personne ne s’en est jamais plaint. Je lui donne l’adresse de la villa fatale, mais cela n’évoque rien pour lui. Le nom de Lafaye ne lui inspire rien non plus.

Il y a un message du légiste qui fait dire que son rapport sera disponible en fin de journée, pas de nouvelles du capitaine ni du commissaire. Je suis bon pour faire le boulot tout seul.

Onze heures, je décide de rendre visite aux hôtes de la demeure fatale.

La grille est fermée. Je m’annonce à l’interphone et on m’ouvre après quelques instants d’attente.

Le coupé Mercedes est toujours à la même place. Les autres voitures ont disparu. Une soubrette m’invite à entrer, elle est très jeune, vêtue d’un uniforme classique dans sa forme, mais sa jupe est particulièrement courte et son corsage anormalement décolleté. Elle me précise que Madame est seule, mais qu’elle va me recevoir. Elle me demande de la suivre vers la salle de fitness, ce que je fais sanshésiter.

Elle me fait entrer dans une pièce équipée de divers appareils de remise en forme et de musculation.

Je retrouve la femme qui m’a accueilli plus tôt dans la nuit. Elle semble avoir retrouvé ses esprits et pour le moment, brule des calories sur un tapis de course. Elle porte une tenue orange fluo, qui lui colle comme une seconde peau. Il est évident qu’elle n’a rien dessous. Je ne m’en étais pas bien rendu compte de nuit mais elle a une silhouette élancée, les fesses fermes et bien dessinées. Dans la glace devant elle, je vois ses seins monter et descendre au rythme de la course. Elle a le ventre plat, pas une trace de graisse superflue.

Elle me montre le compteur devant elle, et me demande trois minutes pour terminer son exercice. Je lui fais signe de continuer. J’en profite pour faire le tour de la salle. Les machines sont du dernier cri, toutes équipées d’ordinateurs et écrans vidéo. Dans un angle, une grande cabine de sauna, le thermomètre indique 80°. A côté, une douche ouverte. Deux grandes serviettes soigneusement pliées.

— Trente minutes, j’arrête. J’avais besoin de me vider la tête après cette nuit épouvantable. Ca ne vous dérange pas que je me douche ?

Sans attendre ma réponse, elle se dirige vers le fond de la pièce et se déshabille en un rien de temps.

Je ne m’étais pas trompé. Elle a vraiment un cul magnifique. Elle reste un moment sous l’eau chaude puis se retourne vers moi, m’offrant l’autre vue de son anatomie. L’endroit vaut l’envers. Elle a du pratiquer la natation à haut niveau, elle a le torse développé et musclé, les seins ronds mais sans aucun doute parfaitement naturels, des cuisses fuselées, le pubis parfaitement lisse.

— Seriez-vous assez aimable pour me passer une serviette ?

Je lui tends un des draps de bain.

— Ne soyez pas si timide. Vous n’avez jamais vu une belle femme nue ? Ca vous fait de l’effet on dirait.

D’une main, elle tient la serviette plaquée sur son torse, l’autre vient se plaquer sur mon jean à l’endroit où une bosse s’est rapidement formée. La main se resserre sur mon sexe tendu.

— Alors inspecteur, on bande comme un taureau ? J’aime ça. Vous avez le droit de baiser pendant le service ?

Elle ne me laisse pas répondre. La serviette tombe à ses pieds. D’un geste adroit, elle ouvre mon jean et libère le membre tendu. Elle le soupèse, le palpe et admire l’engin. Un genou sur le sol, elle le prend dans sa bouche gourmande et me pompe goulument. Une main me malaxe les testicules, l’autre s’active à faire glisser mon pantalon.

J’ai déjà eu quelques aventures pas banales, mais c’est la première fois qu’une enquête débute de la sorte. J’essaie de protester pour la forme, rappelant l’objet de ma visite mais elle n’en a cure, m’opposant pour toute justification qu’elle n’a pas encore fait l’amour aujourd’hui. Autant profiter de l’occasion, même si la dame à bien vingt ans de plus que mes partenaires habituelles. Elle a de l’expérience et suce divinement. Je me sens sur le point d’exploser. Je le lui dit. Elle ne ralentit pas pour autant, au contraire. Elle resserre ses lèvres et prend tout dans la bouche. Elle se relève, un peu de mon sperme coule de ses lèvres.

— Maintenant, c’est à ton tour. Prends-moi comme une chienne.

Elle s’agenouille sur un banc de musculation, m’offrant sa croupe superbe, ses lèvres bien marquées brillantes de désir. Mon érection qui avait un peu faibli reprend de plus belle. Au mépris de toutes les précautions, je la pénètre d’un coup. Elle m’accueille sans résistance, son sexe est chaud et lisse, parfaitement lubrifié. Je la saisis par les hanches et la bourre sans subtilité. C’est visiblement ce qu’elle attend. Je suis tombé sur une nymphomane qui a besoin d’être baisée bestialement. Je lui donne ce qu’elle attend. Après un moment, je me retire et fait glisser mon engin entre ses fesses. Elle comprend l’intention, ne s’y oppose pas. Mon sexe humide de son humeur se fraie un chemin sans difficulté et je reprends de plus belle mes va-et-vient. Elle manifeste son plaisir bruyamment. Elle redresse le buste, me permettant de prendre ses seins à pleines mains, mon dard profondément planté entre ses deux globes.

J’entends le bruit d’une voiture sur les graviers de l’allée. Je m’interromps en pleine action.

— Ne t’arrêtes pas, c’est mon mari qui rentre. Il n’y a pas de problème. Vas-y plus fort.

Je reprends avec moins d’ardeur mais elle manifeste son désir en reprenant elle-même l’initiative. Je lâche ce qui me reste dans son étroit canal.

A ce moment j’entends une voix d’homme derrière moi.

— Ah, notre jeune inspecteur est de retour. Je vois que vous avez fait connaissance avec Cécile. Vous ne perdez pas de temps, mais je me doute que c’est elle qui vous provoqué ! Cette salope ne peut pas résister à une nouvelle queue.

Je me rajuste rapidement. Il faut que je reprenne la main.

— Avez-vous pu me préparer la liste de vos invités ?

— Venez plutôt dans mon bureau, nous serons plus à l’aise pour discuter.

Sans un mot, Cécile retourne sous la douche sans plus s’occuper de nous. Je suis son mari. Nous retraversons la villa et nous entrons dans un petit salon aménagé en bureau hi-tech et visiblement aussi salon de cinéma. Une table de travail en verre fumé sur laquelle est ouvert un ordinateur Sony haut de gamme, connecté à une web cam. De l’autre côté, quelques fauteuils et un canapé, un ensemble écran plat grand format et home cinéma, une caméra vidéo sur une étagère, tournée vers l’intérieur de la pièce. Nul doute que cette pièce ne sert pas qu’au travail.

Il s’installe derrière le bureau, je prends place en face de lui. Il entre quelques commandes sur l’ordinateur et j’entends une imprimante cracher une page quelque part. Il se lève, va chercher la feuille et me la tend.

— Voilà, il y a tous les noms, du moins ceux sous lesquels ils se sont identifiés. Vous pensez bien que je ne demande pas de pièce d’identité. J’y ai associé les adresses mail, je suppose que vous avez des services qui sauront faire le lien.

— Vous n’avez pas quelques idées pour nous faciliter un peu le travail ? Il devait bien y avoir quelques personnes de la région, et vous m’avez fait comprendre cette nuit que vous connaissiez beaucoup de monde.

Je sentais bien qu’il était coincé. Je décidais d’enfoncer le fer un peu plus.

— Vous devez bien tenir une petite comptabilité pour cette activité. J’ai un copain aux finances qui aimerait peut-être y jeter un œil. Je suppose que tout est en règle et que vous n’avez rien dissimulé.

— Vous n’avez aucune idée de ce qui va vous arriver si vous mettez le nez là-dedans. Cette pauvre fille avait un problème cardiaque, c’est un regrettable accident. Que voulez-vous de plus ?

— Moi je dirais, homicide, proxénétisme et fraude fiscale. Ca vous suffit ?

— Sortez de chez moi, je ne vous parlerai plus sans mon avocat, et ne revenez pas sans mandat.

— Vous regardez trop de films américains, en France c'est une commission rogatoire. A bientôt.


Je m’arrête au troquet du coin de la rue avant de rentrer au poste. Je tombe sur un groupe de collègues prenant un pastis au bar.

— Ceccaldi ! Le chef te cherche depuis un moment. Il a dû passer une mauvaise nuit, il est de méchante humeur.

Le capitaine Mercier n’est pas un mauvais bougre mais sa vie privée agitée a tendance à déteindre un peu sur l’ambiance du service. Mercier dirige la PJ locale depuis dix ans mais n’a jamais voulu passer les concours internes pour devenir commissaire, pour rester sur le terrain à ce qu’il dit. Tout le monde connait son histoire mais c’est un sujet qu’on n’évoque jamais devant lui. Il m’interpelle dès que je passe devant son bureau.

— Où étais-tu passé ? Ca fait deux heures que je te cherche.

Je pourrais lui rappeler que nous avons tous les deux un téléphone accroché à la ceinture, mais je préfère la jouer « profil bas » et je lui raconte tout ce que j’ai fait durant les 12 dernières heures, en omettant juste de lui parler de la salle de gym. Pas la peine de raviver sa mauvaise humeur.

— Si tu veux mon avis, ce truc-là pue très fort. Ce genre d’affaire risque de déclencher un scandale énorme pour peu qu’on mette le doigt sur un ou deux politicards et quelques gros bonnets du coin. Tu vois avec le légiste ce qu’il en est réellement pour la fille et tu fouines un peu de son côté. Elle ne bossait peut-être pas en free-lance, ensuite tu décryptes cette liste d’adresses. Tu bosses avec Pat sur ce coup. Elle sait comment s’y prendre pour obtenir ce genre d’infos.

Patricia Deleuze. Je n’ai encore jamais bossé avec elle, mais j’ai un bon feeling. C’est un peu l’intello de l’équipe, sans doute parce qu’elle sait se servir de Google, mais sympa. Je remercie le chef de m’avoir mis avec elle. En plus, c’est une superbe brune, plutôt classe, ce qui ne gâte rien.

Je vais la trouver et lui propose d’aller manger un morceau et de la briefer en même temps.

Je raconte à nouveau toute l’histoire. Je décide de lui parler de Cécile Lafaye, elle finira bien par le savoir de toute façon, sans trop donner de détails. Je remarque que son attention se concentre à ce moment. Peut-être que ses yeux brillent un peu plus. Elle a de très beaux yeux verts, cerclés de noir. Un maquillage léger accentue son regard intelligent. A la fin de mon exposé, son expression devient plus dure. Elle serre les poings sur la table.

— On va faire plonger ces fumiers. Tous. Passe-moi cette liste. Je vais m’en occuper tout de suite. Toi, tu cherches autour de la fille. Appelles les collègues de Saint Cloud et demande s’ils ont quelque chose sur elle. C’est peu probable, ce genre de fille ne se fait généralement pas remarquer dans son quartier, mais il faut quand même essayer. Renseigne-toi sur ses revenus. La voiture était visiblement à elle, il faut qu’elle ait des rentrées...

— OK, on se retrouve à cinq heures pour aller à l’IML.

A Saint Cloud, il y avait bien une Sylvie Perez à l’adresse mentionnée sur ses papiers. Pas de problème connu, à part quelques PV de stationnement pour la Mercedes. Aucun antécédent côté mœurs. Elle habitait un appartement dans une résidence bien fréquentée, rien de surprenant.

Je remerciai mon collègue et passai aux chiffres.

J’avais les cartes bancaires mais rien à faire pour obtenir des informations par téléphone. Je décidai d’utiliser mon joker et d’appeler un ami. J’ai réellement un ami, plutôt une amie, à Bercy.

On s’était quittés un peu rapidement la dernière fois qu’on s’était vus et je commençais par m’excuser de ma conduite un peu grossière. Je m’étais éclipsé sans la réveiller après une nuit assez agitée dans son lit alors que j’étais encore stagiaire à Paris. Je lui promis de l’inviter à diner à mon prochain passage et de terminer dans les formes ce que j’avais si bien commencé.

Elle m’insulta pour le principe avant de me demander de quoi j’avais besoin. Je lui donnai les détails en ma possession concernant Sylvie Perez. Elle me promit de me donner les informations demandées, mais uniquement en mains propres et à Paris. Il lui fallait deux ou trois jours pour tout réunir, en plein week-end, je lui proposais de la retrouver le mardi. J’avais officiellement un jour de libre après ma permanence.

Je ne pouvais pas faire grand-chose de plus dans cette voie et je décidais de m’intéresser à l’IPhone.

Il n’avait pas été éteint, et je n’eus aucun mal à afficher l’agenda et le carnet d’adresses.

L’emploi du temps de Natacha, le téléphone était à ce nom, n’avait rien de surprenant pour une call-girl. Pratiquement rien le matin, quelques rendez-vous courts en début d’après-midi ou de 5 à 7, des soirées bien remplies. Pas de noms, des prénoms ou des initiales, des adresses d’hôtels ou de restaurants, principalement à Paris.

Que venait-elle faire dans notre petite ville ? A la date d’hier, il était mentionné « Cécile , chez elle» pour le créneau 15h-18h. Rien pour la soirée. Curieux. Il faudrait que je retourne interroger Cécile à ce sujet. A cette pensée, mon sexe se durcit dans mon pantalon.

Le carnet d’adresses était bien rempli, mais à part quelques rares numéros de proches, des prénoms, des numéros de portables et des adresses mail « anonymes ». A propos de mails, je me dis qu’elle devait surement recevoir les siens sur son IPhone.

Bingo, la boite de réception était encore bien remplie, pas mal de messages non lus, reçus le jour même.

Une adresse revenait souvent, je compris vite qu’il s’agissait de son « agent ». Des dates, des lieux et des numéros de téléphone. Je ne me trompais pas, elle ne bossait pas seule. Les messages étaient signés Magali. Pas de téléphone. Une adresse « Hotmail » pas facile à pister, mais Patricia saurait mieux que moi remonter la piste.

Je recherchais dans les messages archivés quelque chose ayant trait à la journée d’hier, mais sans succès. Elle n’était donc pas venue pour « affaire ». Je retournais dans le répertoire à la recherche d’une « Cécile » sans rien trouver. Elles étaient donc intimes.

Mon portable se mit à sonner. C’était Patricia qui m’appelait pour me dire qu’elle irait directement au labo pour les résultats d’autopsie. Elle avait des infos intéressantes à me communiquer, mais pas au téléphone.

Je la retrouvais une demi-heure plus tard.

Il n’y a pas d’établissement spécialisé dans notre ville et le légiste travaille dans une annexe de l’hôpital. Un petit bâtiment isolé au fond de l’enceinte. L’administration manquant de budget pour s’occuper des vivants, je vous laisse imaginer ce qu’elle consacre aux morts.

Le toubib est un grand type plutôt sympa, l’air blasé pour qui la mort est le pain quotidien. Je n’ai jamais travaillé avec lui, c’est mon premier cadavre ici, mais il a l’air plutôt copain avec Patricia. Il s’agit de « mon » cadavre, mais c’est à elle qu’il s’adresse en premier.

Il nous conduit devant une table sur laquelle est posé le corps de Sylvie Perez. Elle est recouverte d’un drap.

— Vous voulez la voir ?

— Non merci, dans l’état où tu as du la laisser...

— C’est vous qui voyez. Bon, je vous fais le topo rapide. Cette fille était en pleine santé. Pas de pathologie cardiaque ni coronarienne. Ce n’était pas une droguée, pas de piqures sur le corps, pas de traces de poudre. Elle ne fumait pas. Voila pour le côté positif des choses, par contre c’était une bombe sexuelle. J’ai trouvé des quantités incroyables de sperme dans tous les orifices possibles et les muqueuses anales et vaginales portent les traces de pratiques répétées et intenses. Pour parler vulgairement, je dirais qu’elle aimait se faire prendre par tous les trous, et par plusieurs types à la fois. Je n’exclurais pas des engins de plus fort calibre. Elle a aussi des marques très profondes aux poignets, aux chevilles et autour du cou. Ceux qui l’ont attachée n’ont pas fait semblant. Des traumatismes autour de la bouche. On a peut-être voulu la bâillonner. Ajoutez aussi des lésions sur les seins, des marques de pincement et sur le bas du dos du genre coups de cravache. Vous voyez le tableau ?

Je revis la croix de bois et ses sangles de cuir dans la cave de la villa.

— Peut-on mourir d’une d’overdose de sexe ? demande Patricia

— Vous pensez à l’orgasme ultime, la jouissance extrême ? Ce n’est pas à exclure, surtout si la séance a duré un peu trop longtemps et qu’elle est restée entravée au delà du raisonnable.

Nous sommes restés un moment silencieux en sortant. Je sentais Patricia profondément perturbée par ce que nous avait dit le légiste. De mon côté, j’imaginais un scénario plausible, mais ne me heurtais qu’à un mur de mensonges.

Je n’avais pas interrogé Cécile, mais si cette fille était son amie, comment pouvait elle être aussi indifférente à son sort ? Le propriétaire qui m’avait dit avoir contacté la fille par internet, le docteur Waukler, qui ne pouvait pas ne pas avoir remarqué les blessures, tous menteurs ?

C’est Pat qui reprit la conversation.

— Je ne t’ai pas parlé de ce que j’ai trouvé de mon côté. Je n’ai pas réussi à identifier tout le monde, mais avec l’aide d’un copain qui s’y connait un peu, on a quand même retrouvé quelques noms juteux. Le capitaine avait raison. Il y a un député, deux journalistes connus, une femme d’affaires, sans oublier notre toubib parisien. On a réussi à retrouver les adresses mail sur des sites spécialisés et de la à remonter aux providers et aux opérateurs. Mon copain se débrouille pas mal.

— Il est clean ?

— Je lui ai rendu quelques services dans sa jeunesse. Il me devait bien ça.

— Bon, je suppose que devant le juge ça ne tiendra pas, mais on y voit un peu plus clair. Voila comment je vois les choses. Sylvie Perez rend visite à son amie Cécile vendredi après-midi. Pour une raison que nous ignorons encore, elle reste à la villa pour la soirée. Sylvie Perez a un gros appétit sexuel, il ne s’agit donc surement pas d’un viol. Plutôt un jeu qui tourne mal. Sylvie est attachée, fouettée et se fait pénétrer par plusieurs hommes qui la baisent jusqu’à épuisement. Combien étaient-ils ?

— J’ai une douzaine d’adresses sur la liste.

— Le cœur de Sylvie ne résiste pas à ce traitement et lâche. Le docteur Waukler essaie de nous faire croire à un arrêt cardiaque accidentel. Au nom du principe de précaution, tu verras qu’il faudra bientôt installer des défibrillateurs dans les lupanars.

— Pas drôle.

Nous rentrons rendre compte au capitaine Mercier. Il nous suggère de laisser les choses se tasser jusqu’à lundi, et de prendre l’avis du commissaire. Il me conseille de dormir un peu et de passer ma journée de dimanche aux taches de routine.

Patricia peut profiter de son jour de congé.

En sortant du bureau du chef, Pat me demande si j’ai quelque chose de prévu pour la soirée. Je lui dis qu’étant nouveau venu dans cette ville, et de surcroit de garde, je n’ai rien de spécial. Elle me propose de prendre un verre chez elle.

Cette affaire lui donne le bourdon.

Je lui demande son adresse, puis je passe chez moi en vitesse pour prendre une douche et me changer. Moi aussi j’ai besoin de penser un peu à autre chose. Je laisse tomber le jean-blouson-baskets du flic de base pour une tenue plus en accord avec le style de Patricia. Un coup d’œil dans la glace, je retrouve mon look de play-boy méridional.

Un quart d’heure plus tard, avec l’aide de Waze, je me gare devant chez elle. Une charmante maison de ville, transformée en appartements. Elle habite le dernier niveau, sous les toits. Le logement est à son image, classique mais meublé avec goût, sans excès.

Elle aussi s’est changée, pour une tenue moins sage. Un vieux jean rapiécé et une chemise d’homme trop grande pour elle, tout juste boutonnée au dessus du nombril, qui offre une jolie vue sur le galbe de ses seins qu’elle a laissés libres. Elle a également libéré ses cheveux qui flottent sur ses épaules. La collègue intello et réservée que je connaissais se transforme soudain en une magnifique amazone, terriblement sexy.

— Je te sers un verre ?

— Un double !

Elle me tend le verre. J’approche la main pour le saisir, mais c’est elle qui est la plus rapide. De sa main libre, elle attrape la mienne et la colle sur sa poitrine.

— Caresse-moi. Là. Maintenant.

Elle pose le verre sur la table basse et se colle à moi. Ses lèvres se plaquent sur les miennes, sa langue force ma bouche. Sa main guide ma main sur ses seins offerts. Je m’empare d’un mamelon qui se durcit aussitôt. Je le roule entre mes doigts comme un crayon. Mon autre main dégage la chemise. Je la fais glisser sur ses épaules.

A genoux sur le canapé, à côté de moi, dans son vieux jean et les seins nus, elle me fait penser à ces vieilles images de hippies sur les pochettes de vinyles de mon père, « peace and love », « flower power ». Elle dégage mon sexe et se penche pour le prendre dans sa bouche.

Quelques minutes après, nous sommes dans sa chambre, je suis allongé sur le dos, elle me fait face, mon sexe profondément planté entre ses cuisses. Ses mains massent doucement ma poitrine, son bassin ondule lentement. Je ressens des contractions rythmiques autour de mon pénis.

Pratiquement sans bouger, elle fait naitre en moi une sensation nouvelle. Je sens le plaisir arriver doucement. Sa respiration s’accélère, ses contractions sont plus fortes elle rejette les épaules en arrière, les mains sur mes chevilles. Je sens que je bute au fond de son vagin. Et nous partons tous les deux en même temps.

Elle s’écroule sur mon torse, je sens mon membre qui se retire lentement, mon sperme mêlé de sa jouissance coule sur mes cuisses de ses lèvres toujours ouvertes. Elle roule sur le dos à mes côtés.

Elle fixe le plafond, les yeux grands ouverts le temps que sa respiration s’apaise.

— Allez, bouge, j’ai une faim de loup.


Fin de la première partie
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