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Pensées nocturnes des voix dans ma tête.

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Laurie-Anne Hrvt

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Me voilà à attendre un énième individu.
Un énième qui tentera de combler le vide dans mon cœur tout en sachant pertinemment que ma tête est trop en bordel pour arriver à quoi que ce soit.
Les voix dans ma tête parlent trop, « va-t’en », « ne t’enfermes pas », « sois dure », « on s’en branle s’il souffre », « mais quand même ça se fait pas », « il va trop en chier », « jette-le », « garde le », « tu feras comment si tu te retrouves seule ? ». Elles ne veulent jamais fermer leur gueules.
Un ramassis de conneries contradictoires hein. J’aime bien. Je me complais dans mes propres maux et je le sais. Pathétique ? Probablement. Nous avons tous nos défauts, mais beaucoup préfèrent les masquer sous un sourire hypocrite et agir dans l’ombre. La différence c’est que je ne m’en cache pas, je suis ainsi. Ils se lancent à corps perdus dans la fosse qu’est mon être, sachant que ça ne durera pas.
Sélection naturelle.
Bref, nous en étions à l’énième individu qui devra se sentir spécial pour combler le vide en moi.
Tiens, d’ailleurs, on a toujours attribué le côté « sauveur des cas désespérés » aux femmes, le côté infirmière de la dernière chance. C’est clair que ça fait bander pas mal d’entre nous d’être LA personne qui rendra tout autour complètement différent, nouveau, qui fera remonter le déchet à la surface. Mais ce n’est pas propre aux femmes. Les hommes aussi aiment sauver les irrécupérables, les reclus, les mal aimés.
C’est là qu’on trouve la faille.
Bien sûr tout le monde n’a pas ce penchant pour les ravagés, mais ceux qui l’ont s’en extirpent difficilement. Je n’irais pas les blâmer, c’est aussi mon cas.
Les relations autodestructrices j’adore ça, quand les pulsions s’emparent de nous, de nos corps tremblants, les cris, les pleurs, la chaleur du corps qui augmente considérablement, le cœur qui fait un bond, l’adrénaline, la baise, le souffle saccadé étouffé dans des baisers durs et acharnés, la sueur collant nos épidermes.
Malheureusement, on en ressort rarement indemne. Quand l’amour et la haine sont aussi fortes l’une que l’autre, c’est explosif.
Nous en étions donc à mon côté garce manipulatrice. Ce n’est que rarement conscient d’ailleurs. Disons que j’ai conscience que le schéma se répète, tout en pensant à chaque relation, que ce sera différent, passionnel, romantique, beau, poétique, qu’on refera le monde à deux en picolant sur la plage pour finir par s’endormir, ivres, comme des imbéciles heureux, du sable plein la raie.
On m’a bien souvent qualifié de romantique désabusée.
J’ai facilement du dégout pour le physique humain. Un poil sur une épaule, un grain de beauté en relief, un tatouage mal réalisé, un petit sexe ou une incompétence sexuelle flagrante. Ziouf, 0 effet, plus aucune attache, même si l’individu m’intéressait énormément juste avant (peut-être pas assez me direz-vous). La nouveauté m’attire, découvrir des personnalités différentes, des corps différents, des approches plus ou moins complexes, définir les prochaines actions de l’individu. Au début il m’est difficile de prévenir ce qu’il pense, ce qu’il va acter. Puis je finis par savoir ce qu’il pense, comment il le pense et ce que je devrais dire pour qu’il tombe amoureux. Barbant. Trop facile.
Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles les personnalités ravagés m’attirent. Elles sont imprévisibles, leurs démons intérieurs font que la routine n’est jamais présente, une galère constante. Des hauts, des bas. J’aime les non manipulables, je n’arrive pas à prédire leurs pensées, elles sont abstraites pour moi et ça m’apaise. Parce que je ne manipule pas en âme et conscience et qu’avec eux je suis comme une gosse. Emerveillée. Je me sens si impuissante face à eux, lorsque plus rien ne les rattache à rien. Ils errent, abandonnés. Ce sont ces gens qui me plaisent, leur vision du monde n’est pas la même, un lourd passé, une vision pessimiste de notre société, cette société conformiste qui veut les êtres qui la compose similairement différents les uns des autres. Les humains sont mauvais, lorsque le but ultime est rabaisser pour exister. Si j’avais le pouvoir d’en exécuter je le ferais, et je suis convaincue que la société n’en serait que plus belle. Mais le meurtre est légalement répressible et je ne suis pas suffisamment stupide pour penser que je pourrais passer entre les mailles de la justice, même si elle porte très mal son nom et fait très mal son job. M’enfin, la médiocrité est humaine, et je n’ai pas la prétention de m’exclure de ce schéma défaitiste.
Vous devriez tenter les gens différents. Vous en apprendriez beaucoup. Certains m’ont fait égoïstement pleurer devant leur souffrance, égoïstement parce qu’il est assez malvenu je trouve, de pleurer pour la douleur d’un autre qui la pleure déjà, parce que ceci ne me concerne pas et ne devrait pas me toucher. Je ne connaissais même pas l’histoire de cette fille. Mais l’amour et la passion qui dégageait d’elle m’avait foudroyé ce soir-là, tandis qu’elle se faisait suspendre par le ventre. J’avais aidé à tenir sa peau pendant qu’elle se faisait transpercer de part et d’autre par une tige métallique. La résistance de sa chair pendant le perçage m’avait procuré un sentiment de bien-être étrange. Avez-vous déjà enfoncé une aiguille dans la peau d’un autre ? C’est indescriptiblement jouissif. Alors qu’elle se faisait attacher à une poulie pour se faire surélever, elle semble ailleurs, la personne qui la suspendait tentait de l’aider à s’élever. Elle saigne. La douleur étant trop intense, il se positionne derrière elle pour la soutenir dans son élévation. Elle pleure. Comme un enfant à qui on aurait retiré son jouet. Ma gorge se noue. L’individu qui l’aide prend son portable et m’envoie un sms ; « Elle ne pleure pas parce qu’elle souffre, elle pleure à cause de son Sèv’ ».
Une vague de chaleur s’empare de ma poitrine pour remonter dans ma gorge tandis que je sens les larmes monter. Son Sèv’...
C’était le nom que l’on avait donné à l’amour de notre vie, la relation passionnelle que l’on avait eu jadis, la plus importante douleur qu’on ait pu subir. Celle qui nous bouffait encore les tripes.
Nous les avions appelés respectivement ainsi en référence à mon livre favori et premier sujet de conversation entre nous deux, « Dynamique du Chaos » de Gilberti. Un livre que je ne peux que vous conseiller de lire. Une histoire passionnelle entre deux âmes qui s’aiment, se détruisent mutuellement, mais plus encore séparément. Pas le genre de livre creux bouffé par le romantisme niais. Une histoire comme je les aime, réelles. Du cul, de la drogue, des pensées, toujours plus de pensées, mais aussi de l’amour, plus fort que celui que les petits gens connaissent.
Tandis que mes pensées se perdaient dans le passé, happées par les souvenirs, elle, elle pleurait si fort que son cœur perdait sa voix, affaibli par ses multiples cris. Elle semblait si fragile. J’eu appris seulement après par l’individu que je connaissais, qu’elle et son Sèv’ avaient une relation toute aussi compliquée que ce que l’on avait connu avec les nôtres. Violence, amour, insultes, sexe, pleurs, vide, complémentarité, soutient, rejet, contemplation, passion.
J’avais refreiné mon envie de la prendre dans mes bras, parce que le contact humain ce n’est pas trop mon truc, et qu’on sait entre nous que ce n’est pas chose aisée. Ne jamais établir un contact physique avec quelqu’un sans avoir demandé son accord auparavant, règle de base. On ne connait pas le passé des uns et des autres.
Ce que j’aime avec les reclus c’est que, parfois on n’a même pas besoin de parler, on se regarde, puis on se confond en un silence, admirant l’horizon. L’osmose. Je veux qu’on comprenne mes crises d’angoisses, de larmes incontrôlables, mes difficultés face au rejet, mon impulsivité, mes peur irraisonnées, mon amour déraisonnable.
L’amour, parlons-en. Beaucoup ne comprendront pas qu’on puisse être littéralement obsédé par une personne qui nous a bousillé. Beaucoup ne connaissent pas l’amour, le vrai.
Je me suis d’ailleurs longtemps demandé si l’amour n’était pas une institution sociale, une invention de toute pièce pour se justifier d’un besoin d’échapper à la solitude. Sommes-nous faits pour vivre à deux lorsque l’on n’a pas trouvé « LA » personne ? Avec mon Sèv’ je n’avais besoin de rien d’autre, je l’ai attendu 5 ans. Aujourd’hui j’ai du mal à ne pas m’éparpiller en quête d’amour, de reconnaissance et de soutient. Les tromperies m’entourent, parmi les couples avec enfant surtout, beaucoup m’ont confié que ça les avaient détruits malgré l’amour qu’ils portaient à leurs enfants. J’envie les couples libres, je n’en serais pas capable. Mon égoïsme me poussant à papillonner sans vouloir que l’autre le fasse. Evidemment, cela blesserai trop mon égo et ma volonté de marquer les esprits de ceux dont je croise le chemin.
Je m’éloigne encore de mon sujet, mon côté bordélique mêlé à la jouissance de la condescendance me fait divaguer bien plus qu’il ne le faut.
J’ai essayé les gens sains vous savez, je sais que c’est mieux. Mais je m’ennuie, ils me refreinent dans mes envies de gribouillage corporel, extravagances physiques ou pensées impopulaires.
D’ailleurs ça me fait penser que chaque fois que je suis seule, j’ai le goût d’être avec un individu, c’est un piédestal, l’amour fait faire plus de choses que l’amitié, je n’ai pas vraiment d’amis, je suis consciente que l’on est toujours tout seul. Oui, oui vision pessimiste, ô rage, ô désespoir. J’m’en cogne. On ne peut compter sur personne à travers le temps, mais on peut compter sur les gens qui vous aiment inconditionnellement, de manière ponctuelle. Si on leur en demande trop ils finissent par s’en aller.
Avouons-le, c’est chouette d’avoir quelqu’un sur qui compter.
Mais c’est aussi vachement horrible de vouloir appartenir à un individu. Comment fait-on pour ne pas se dire qu’on loupe quelque chose, une expérience, une aventure de folie, qu’on perd des années ? Personnellement ça me bloque, je me force un peu à arrêter de jouer sur plusieurs tableaux. Il arrive que je sois très attachée à une personne avec qui je suis, réellement, mais le besoin de découvrir autre chose est trop fort, la séduction, la différence, le côté imprévisible dont je vous parlais plus haut par exemple.
Je me complais dans la singularité de mes pensées tout en rêvant que ça s’arrête, en vain. J’en fais un genre d’apologie, c’est vrai, mais je ne le souhaite pas, c’est invivable. J’envie ceux qui aiment, et se fixent sur une personne sans se dire qu’il y a mieux ailleurs. J’envie ceux dont les voix dans leur tête sont muettes.
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