Pêche au gros !!!

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Auteur de 5 romans au déroulement surprenant dont 4 publiés aux éditions du Net . Les 3 premiers livres content l’extraordinaire saga d’une jeune femme qui résout d'étranges énigmes. Dans le ... [+]

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Un soir d’août, vers vingt-et-une heures, comme le jour touchait à sa fin, je longeais la plage de la Grière près de la Tranche sur Mer. Je distinguai soudain à une centaine de pas de moi un énorme poisson ou peut-être un cétacé échoué sur la plage. Il remuait encore, refusant de quitter sa triste vie animale. Plus je m’approchai, plus je m’aperçus que l’animal marin était conséquent. J’avais d’abord imaginé qu’il s’agissait un dauphin adulte, mais étrangement, je ne lui voyais pas de nageoires. Il faisait la taille d’un homme ou plutôt d’une femme à la réflexion.

M’approchant, j’eus la surprise d’apercevoir de longs filaments fins et ondulés prolonger l’une des extrémités de son corps. Ils formaient une sorte de touffe. À y regarder encore de plus près, ce n’étaient pas des filaments, mais de véritables cheveux d’un rouge vif. Sa tête était celle d’une femme. Une rouquine dont la queue de poisson s’agitait de temps en temps. Son visage bouffi et son ventre rond laissait à penser qu’elle était bien nourrie. Je lui demandai si ça allait. Elle me répondit qu’elle avait un peu froid. Comme je louchais sur ses seins proéminents, elle répéta avec insistance qu’elle avait vraiment froid. Je lui donnai ma veste pour la réchauffer et lui demandai :
— Qui êtes-vous et que faites-vous ici à une heure aussi tardive ?
— Je suis une sirène venue des profondeurs de l’Atlantide.
Je tentai l’humour :
— C’est étrange, près de chez moi, il y a une caserne de pompiers avec une sirène sur le toit et ça ne vous ressemble pas du tout.
— C’est bien ma veine, je suis tombée sur un débile, chuchota-t-elle.
Je la poussai alors et fouillai le sable sous elle.
— Mais qu’est-ce que vous faites ?
— Je cherche le débile.
— Quel débile ?
— Celui sur lequel vous êtes tombée.
— Cessez votre navrante drague humoristique et remettez-moi donc à l’eau s’il vous plaît !
Je tentai de la soulever, mais elle était lourde et sa queue poisseuse me glissait entre les mains. Vraisemblablement, vu son parfum de cabillaud, elle n’était pas de toute première fraîcheur. Je lui proposai de la faire rouler sur le sable jusqu’à l’eau tout en lui faisant un brin de causette :
— Je parie que vous êtes la fille du roi de l’Atlantide et qu’il veut vous forcer à épouser un prince homme-poisson que vous n’aimez pas.
— Qui vous l’a dit ?
— C’est le coup classique. Le genre littéraire est saturé de cette trame romantique. Par exemple, chez Walt Disney…
— Je vois que Monsieur connaît ses classiques. Quel brillant esprit de déduction.
Son ironie me laissa de marbre. Je poursuivis :
— Et maintenant, vous allez rejoindre celui que vous aimez vraiment.
— On ne peut vraiment rien vous cacher.

Après maints efforts, nous parvînmes à atteindre l’eau. Ce n’était pas assez profond pour qu’elle puisse nager. Elle me demanda d’aller plus au large. Quand l’eau m’arriva à la taille, la sirène hurla d’un son strident comme celle des pompiers, comme quoi. Plaquant mes mains sur les oreilles pour protéger mes tympans, je la lâchai. Tout à coup, des hommes-poissons armés de tridents nous cernèrent, il s’agissait de tritons sous les ordres de la sirène. Encore une fois, pour détendre l’atmosphère, je tentai l’humour :
— Tiens, des employés de chez Maserati !
Ils se regardèrent tous un court instant, puis se mirent à rire. Cette pause humoristique terminée, la sirène m’enserra soudain dans ses bras en serrant de toutes ses forces. Tout en me maintenant prisonnier, elle m’avoua :
— En fait, je pêche l’humain comme vous autres humains pêchez le poisson. Mes amis Atlantes sont là pour m’aider à vous emmener dans notre garde-manger. Avez-vous une dernière chose à dire avant que je ne vous noie ?
M’adressant aux flots en direction du large, je hurlai de toutes mes forces un seul mot :
— Maintenant !!!

Plus loin, les projecteurs d’un petit bateau de pêche s’allumèrent. Il démarra son puissant moteur et vogua sur nous à toute allure. Aveuglés par l’éblouissante lumière, la sirène et ses tritons désemparés étaient incapables du moindre mouvement. Le piège s’était refermé sur eux. Lorsque le bateau fut sur nous, mes amis pêcheurs, penchés sur le flanc du bateau, assommèrent leurs proies à coups de battes. Quand ils eurent tué jusqu’au dernier des tritons, les marins les harponnèrent pour les tirer à bord du bateau, l’un d’eux m’aida à grimper sur le pont. Bien vite, les hommes de la mer aux mains calleuses et le visage buriné par les embruns dépecèrent leurs prises. Le capitaine me félicita. Il me donna une couverture et un café chaud tandis que je regardais les pêcheurs achever leur besogne, ma foi un peu gore, mais d’une manière très professionnelle, il faut le reconnaître. Aux premières lueurs de l’aube, mes amis marins me débarquèrent avec comme salaire, une liasse de billets et en prime, les meilleurs morceaux de la sirène dans mon sac isotherme. Comme vous le devinez, il s’agissait de ses mamelles découpées en tranches.
Je termine juste d’écrire cette savoureuse chronique avant de rejoindre ma femme qui vient de retourner deux belles tranches de poitrine de sirène sur le barbecue. Miam miam...
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