2
min

Paul-Emile et Nadiouchka à Mittarfimmut Aqqut.

Image de Loustik65

Loustik65

80 lectures

3

Impensable et pourtant. C'est après avoir pris un gros navion, un moyen navion, un ti navion et un gros nhélicoptère pour rejoindre sa destination, que Paul-Emile Sabbor réalisait qu'il avait doublé de volume. Lui, d'habitude taillé comme une allumette suédoise lyophilisée, s'était métamorphosé en mini-Schwarzenegger. Non pas à la suite d'une orgie de plats aéroportés, mais de l'enfilage d'une tenue spéciale froid extrême.

Mr Sabbor, d'âge moyen, avait décidé de passer deux jours de retraite affective sur la banquise. Objectif, oublier sa marquise qui l'avait plaqué dans une avalanche d'insultes. Il aurait pu choisir le désert tout aussi propice à la méditassionne, mais détestant la chaleur, le choix de sa thébaïde était tout trouvé. Il allait passer sa première soirée de plein jour, quand le soleil fait ses heures sup' de nuit. Sabbor se sentait bien dans son ti tigloo de métal. Un dôme brillant semblable aux cloches argentées qu'utilisent les restaurants étoilés, ceux dont les additions glacent le sang et vous donnent un teint d'aurore boréale.

La journée s'était bien passée. Il avait d'abord été chaleureusement accueilli par les cinq scientifiques qui logent à côté, propriétaires des igloos servant à financer leurs recherches. Au début, imprégné d'une pression médiatique qui laisse ses traces, il les avait pris pour une délégation d'imams. Ils était tous barbus. Il comprit vite sa méprise lorsque leur première question fut de savoir si à tout zazard il avait des rasoirs, les leurs ayant sombré avec le brise-glace lors de la dernière livraison prévue. Après avoir cédé cinq Gillettes contours à quatre lames, Paul-Emile fût tout de suite adopté. Il enchaîna donc afin de partager l'enthousiasme de ses nouveaux amis une journée chargée. Le matin, 10 kilomètres à pied traîneau dans le dos pour aller voir le pôle nord en plein blizzard. Au déjeuner , une partie de pêche au flétan par moins 25 degrés. Au dîner, découpage d'un phoque tué la veille dont il a fallu boire un bol de sang pour honorer l' inuit du coin. Bref rien que du dépaysant qui vous empêche de gamberger, la plénitude quoi.

Il est 23h et le soleil est là brillant, près à l'insomnie. C'est ce que voudrait surtout éviter Paul-Emile qui enchaînait les nuits blanches depuis belle lurette. Pour le moment il ne s‘agissait pas de dormir mais de sustenter à un besoin pressant. Seulement, impossible de trouver des toilettes dans son igloo. Fatal détail, avoir oublié de demander ou ça se passait. Trépignant en rond comme une boussole ayant perdu toute notion de ce qu'est le nord, il n'en pouvait plus. Comme dans un ascenseur, où pris de la même frénésie, gravir les trois étages jusqu'à votre appart' vous paraît aussi pénible qu'une ascension de l'Everest. Mister Sabbor déboule dehors. A peine avait-il commencé qu'il se souvint du danger de laisser son héritage paternel en villégiature par moins 30 degrés. Heureusement son sexe avait réagi avant son cerveau, cas fréquent chez la gente masculine, se recroquevillant dans son caleçon aussi vite qu'un escargot dans sa maison, terrifié à l'idée de finir en stalagbite. Tant pis pour la fierté. Paul-Emile se lâche dans sa tenue persuadé de n'avoir aucun témoin autour de lui. Que nenni, à peine avait-il finit son râle qu'il aperçut la nivéenne Nadiouchka. Il était pétrifié, ne savait que dire, n'osait même plus bouger. Elle aussi restait plantée à le regarder sans réagir, intriguée par ce type au comportement si étrange. Paul-Emile la regardait droit dans ses yeux au noir stellaire, aux pupilles étincelantes, diamants d'un nocturne diurne. Il était fasciné et terrifié que pouvait-il faire ? Aucun souffle ne sortait de sa bouche l'empêchant ainsi de prononcer quoique ce soit de censé ou d'intelligible. Nadiouchka restait elle aussi dans un mutisme impressionnant, ne laissant filtrer ni pensées ni réactions. Paul-Emile était fasciné par son indicible beauté, sa musculature apparente mais surtout ses poils. Si longs. Les deux protagonistes croisèrent ainsi leurs regards pendant encore un bref instant magique. Mais ce n'était pas un coup de foudre, la nature reprenait ses droits. Nadiouchka la femelle ours polaire, ainsi nommée car habituée à traîner dans le campement, reprenait le chemin des poubelles à l'odeur bien plus alléchante que celle de Sabbor.
3

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de JACB
JACB · il y a
Excellent! Rire assuré sur la banquise et pas pour les pisse-froid!!!!
Ma cavale est en bleu et jaune mais il me tiendrait à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme#
Merci

·
Image de Loustik65
Loustik65 · il y a
texte potâââââche j'aime bien de temps en temps qd j'ai méga blues hop coup de vie en rose !
·
Image de Francesca Fa
Francesca Fa · il y a
Oui, c'est drôle, dans les jeux de mots surtout ! Je parie que Paul-Emile finira par offrir à ses bijoux paternels un îlot plus sécure ... On attend l'épisode Beaurat-Beaurat ...
·
Image de Loustik65
Loustik65 · il y a
fait pour rire, est-ce votre cas ? et merci de passer sur ma page
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

New-York city, Laboratoire Backward Step.Bonjour, j’ai rendez-vous avec le docteur Thal, madame Andert .L’hôtesse, une blonde peroxydée, siliconée, botoxée, plâtrée de cosmétiques ...