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Pas chez moi

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Taï Land

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Rebecca était insatiable. Elle aimait le sexe avec lui. Greg et elle avait une histoire en pointillés depuis six mois, mais il ne pouvait s’empêcher de regarder les autres femmes. Elles ont toutes quelque chose : une expression, la forme de leur visage, les courbes d’un corps ou encore l’humidité présente sur leurs lèvres. Et bien souvent, il ne s’arrêtait pas au fait de jeter un coup d’œil au menu. Parfois, il s’asseyait dans un bar, regardait la carte. Il n’avait jamais besoin de commander pour avoir ce qu’il voulait. Il charmait par son indifférence : « Normalement, quand une jeune femme vous offre un sourire, vous lui rendez ? Et bien lui ne montrait rien, il vous fixait vaguement, sans jamais montrer de signe de faiblesse, puis quand vous l’aviez lâché des yeux, retournait à ses occupations : lire, griffonner quelques lettres sur un bout de papier, voire même entamer une discussion avec un de ses voisins de table, comme si vous n’étiez pas là. » Quand il finissait par leur adresser la parole, elles se sentaient jugées, donc inférieures.

Selon lui, le véritable Amour n’est qu’une illusion qui nuit gravement à la santé. Par chance, il avait trouvé la perle rare qui acceptait qu’il ait d’autres relations sexuelles. Ce soir-là, pourtant, elle s’apprêtait à lui offrir quelque chose d’important. Greg batifolait. Il vivait des expériences. Mais il baisait plus qu’il ne faisait l’Amour. Il avait toujours fonctionné comme ça. Tout ce qu’elle voulait, c’est qu’il ne l’oublie à aucun moment. Alors elle allait lui donner une preuve de plus de sa dévotion. Une fois rentré, cette nuit-là, il trouva Rebecca encore éveillée dans la chambre à coucher. Elle portait ce qui pourrait être une jupe trop courte ou un pull trop long, moulant ses jolies petites fesses à la perfection. Au moment où il s’avança, il reconnut une odeur d’herbe qui le ramena des mois en arrière.

Bien avant de se caser dans cette petite ville qu’est Villefranche, Greg avait beaucoup voyagé. Il était compositeur musical, non pratiquant à cette heure. Il avait sorti quelques bonnes productions inspirées, en vadrouille entre la Thaïlande et le Chili : un mélange parfait entre sonorités house et a capella disco qui n’avaient été commercialisées qu’une fois ses valises enfin posées dans la cité de la franchise. Dans le Monde impitoyable de la nuit, il avait été amené à consommer des stupéfiants : car de la caféine à la nicotine il n’y a qu’un pas qu’il avait franchi avec brio. Les soirées s’enchainant, il avait besoin de rester dans le mouvement et connu une des drogue les plus dangereuse et addictive que la planète ai porté : la cocaïne. Au bout de quelques semaines à jouer dans les plus grands clubs et à force de mélanges médicamenteux, il avait commencé à fumer pour redescendre, tout en continuant à brouter, bourrer et jeter toutes les femmes qui se trouvaient sur son chemin. Sa vie était devenue un univers qui ressemblait à un cours intensif sur la musique alternative, les produits pharmaceutiques et le cul à gogo.

Mais il y a six mois, alors que la Californie lui ouvrait grand les cuisses, il avait préféré se retirer, lui demandant d’aller se faire foutre, avant de revenir dans sa ville natale pour commencer son sevrage. On connaît tous des moments de chance dans la vie, mais pour Greg, c’était le quotidien : quand il appuyait sur le bouton d’appel d’un ascenseur, les portes s’ouvraient devant lui ; s’il débarquait sur un quai de métro, la rame arrivait et par miracle, il avait une place non loin des portes. Mais à croire que la chance ne fait pas le bonheur, il était constamment triste. Il ne le montrait jamais. Toujours est-il, cette dernière étant une maîtresse capricieuse, du moment où il était descendu de l’avion à l’aéroport de St Exupéry, elle l’avait quitté. Une pluie glaciale s’était mise à tomber. Un épisode qui ne s’était arrêté qu’une semaine plus tard. Cinq jours durant lesquels il avait arpenté les agences immobilières pour finalement trouver un appartement minuscule à l’écart du centre-ville. Et c’est à ce moment-là que Rebecca et lui avait commencé à flirter. Difficile de briser la glace avec un ami. Encore plus complexe quand la personne que l’on convoite voit l’Amour comme une absurdité, qui dans le Monde réel ne peut se solder que par de la souffrance.

Ce soir-là, il avait juste envie de la sauter. Alors qu’elle tirait sur son joint - Qui d’ailleurs aurait pu penser que sa Rebecca, derrière son maquillage et sa dose de sport quotidienne essaierait un jour les effets de la Marijuana ? - il ne put s’empêcher de mater son petit cul. Il n’aimerait qu’elle ce soir. Ses lèvres pulpeuses, bien que légèrement trop maquillées laissaient entrevoir à chaque inspiration ses jolies dents blanches, « un parfait collier pour ma verge » pensait-il. Et il ne fût pas déçu, car c’était dans ses intentions. Tout en éteignant son pétard elle lui demanda :
« Tu veux que je te fasse faire le tour du fond de ma gorge ?
- Je n’attends que ça.
- Ce serait dommage, j’ai une surprise pour toi. »
Mais plutôt que d’essayer d’en savoir plus, il la laissa passer de la théorie à la pratique. Très entreprenante, elle déboutonna rapidement son pantalon et pris en bouche son sexe déjà durcit par l’excitation. Comme elle ne portait rien sous le pull que l’on ne sait pas s’il était destiné à être une robe, il commença également à mettre sa compagne en condition pour la suite des opérations. Alors qu’elle s’attardait sur le gland de son chéri, il commençait à la doigter avec plus d’enthousiasme, afin de lui témoigner son plaisir. Elle commençait à avoir chaud et les effets de la drogue l’amenèrent à se mettre à l’horizontale. Il se coucha au-dessus d’elle, son marteau à présent prêt à rejoindre l’enclume. Plus tard, quand l’impression de vertige lui était passée, elle l’enfourcha pour lui rendre la pareille, puis proposa :
« On se fait un trois trous ?
- C’est-à-dire ?
- Ton sexe dans mon con, ta langue dans ma bouche et un doigt dans mon cul »
Presque sous le choc - car Rebecca était ce genre de fille à considérer que cet orifice n’est que purement utilitaire - il se retira, en guise de réponse, pour passer son majeur entre ses lèvres inférieures. Ainsi après s’être lubrifié de la façon la plus naturelle possible, il s’en alla découvrir ce petit paradis tactile encore indompté et bien étroit. Et voilà que son sexe durcit encore en elle sous l’effet de baisers langoureux, mêlés à l’excitation suprême d’avoir touché du doigt un nouvel objectif. Il ne sut lire exactement ce qui se dessinait sur le visage de Rebecca, car au niveau des émotions, quand les hommes se contentent de gribouiller avec des feutres, les femmes, elles, explorent toute une palette de nuances inimaginables. Lui était au nirvana, encore mieux que cette fois où il avait pris de la Fluoxétine.

Mais il n’était pas au bout de ses surprises. Car si ce soir sa copine avait eu besoin de fumer, c’était pour accéder à un autre degré d’intimité avec lui. Elle s’écarta pour que ce sexe prêt à exploser se retire de son vagin et murmura à l’oreille de Greg qu’il allait enfin pouvoir lui mettre par derrière. Mais avant, elle lubrifia bien son manche, n’hésitant pas à laisser un peu plus de salive que de raison sur cette verge qui venait d’atteindre une taille record. Puis elle se mit en position de levrette, prête à recevoir son invité dans les meilleures conditions. Il se plaça derrière elle, bénissant le fait que la sodomie soit dépénalisée en France depuis mille sept cent quatre-vingt-onze. Oui, il avait déjà bossé le sujet : en théorie, mais jamais en pratique ! Alors qu’il se demandait s’il rêvait éveillé, elle attrapa à pleine main son membre pour le guider vers son anus. Il ne fallut pas longtemps pour que Sodome - cité biblique détruite par Dieu pour réprimer les agissements de certains hommes avec les anges - soit en flammes. Un peu plus pour que l’incendie soit arrêté par de puissants jets, avant de retrouver le calme d’un village dont les habitations ont été abandonnées alors que la lave encore chaude coule, après que le volcan n’ait explosé.

Cette nuit-là, blotti dans les bras de Rebecca, Greg sombra dans un sommeil sans rêves. Il avait conquis l’inatteignable. Il se demandait à présent si leur relation n’était pas arrivée à son terme. Elle avait apprécié cette nouvelle sensation, envisageait la double pénétration maintenant, peut être avec un autre homme, mais en tous cas, pas sans lui. En se réveillant, seul encore au lit, il songea finalement qu’un matin de gêne ne vaut pas toujours mieux qu’une nuit de solitude. Ils se connaissent depuis qu’ils sont gamins, ce n’est pas une de ces greluches qu’il tringle chaque soir. Il se devait de la tenir au courant de son état d’esprit actuel.
« Tu sais, on s’est peut être emballé en commençant cette relation, commença Greg, la tête plongée dans sa tasse de café.
Pour la première fois de sa vie, il n’osait pas affronter le regard d’une femme.
- Tu n’avais pas envie de passer par le plus petit de mes trous depuis longtemps ? répondit-elle avec un sourire perceptible de la lune.
- Je ne parle pas de cette relation. »
Le sourire de Rebecca s’effaça, son fantasme de deux hommes dans son lit aussi. Elle quitta la pièce, prit ses affaires et claqua la porte de l’appartement. « A quoi tu t’attendais ? » se questionna rhétoriquement Greg. Et pendant une semaine, sa vie ressembla à un désert social. Il ne pensait qu’à elle, mais il avait trop de fierté pour l’appeler. Son abstinence sexuelle s’élevait à six jours quand il se décida à sortir de son quarante mètres carrés. A bien y réfléchir, son appartement ressemblait désormais plus à une cage, qu’au symbole de cette Liberté qu’il chérissait tant.

Une fois arrivé aux portes de Lyon, il prit le métro et remarqua avec stupeur que, contrairement à l’habitude qu’il avait prise d’être privilégié, il n’était ici qu’une tête parmi tant d’autres au milieu du bétail qui s’entasse pour la grande ville. Il n’était qu’une minuscule embarcation au milieu d’une tempête. L’instinct de survie mêlé à l’effet de la caféine poussa toute la rame à se lever d’un coup au moment du freinage et une course folle se joua, comme si le fait d’être le premier sorti du souterrain donnait droit à un prix. Malgré tout, pendant toute la semaine, il profita de ce que cette ville avait à offrir en termes de chattes en chaleurs : discothèques, pubs, restaurants huppés...
Et tous les soirs, il essayait un nouvel hôtel. Le Petit Paumé (guide touristique Lyonnais) n’avait qu’à bien se tenir.

Le soir suivant, il resta dans sa ville et se contenta d’arpenter la rue Nationale. Il s’arrêta dans un bar fort sympathique. S’installant dans un des fauteuils il demanda à la serveuse qu’à chaque fois que son verre de scotch sera vide, elle vienne le remplir. Il sifflait son troisième verre quand il vit entrer Rebecca dans l’établissement. Elle était accompagnée d’un type négroïde d’à peu près trente ans. Contrairement à son habitude, il ne put s’empêcher de baisser les yeux quand il voyait qu’elle le regardait. Il partit dès qu’il en eu l’occasion, sans avoir ferré aucune proie potentielle. Il regarda sa montre avant de partir, elle indiquait vingt-trois heures. Il y avait bientôt deux heures qu’il était assis là - seul - il ne se passe jamais rien d’intéressant une fois ce délais passé. On peut penser que les riches dorment mieux, ce qui expliquerait d’ailleurs en partie le fait qu’il le soit, mais malgré la grande qualité de sa literie, cette nuit, Greg dormirait mal, ressassant sans cesse ces petits regards échangés entre Rebecca et son compagnon couleur café.

Il en eu marre de la région Rhône Alpes, sans attaches, s’aventura même jusqu’à Paris en quête de nouveaux vagins. Après tout, on ne vit que deux fois « et la deuxième [vie] commence le jour où l'on se rend compte qu’on n’en n’a qu’une » (citation de Confucius). Ce fût donc parti pour une longue nuit de séduction. Il avait sorti sa plus belle chemise et avait déjà attiré l’attention de plusieurs jeunes femmes sur le chemin du Queen Club. A peine avait-il eu le temps de commander un premier verre, qu’une jeune trentenaire lui avait proposé de la rejoindre à sa table. Il ne refusa pas. Quatre de ses copines étaient installées en rond et le dévisagèrent dès qu’il s’installa près d’Alicia. Il ne lui fallut qu’une dizaine de minutes avant de sortir du club au bras de cette dernière, dont il avait déjà oublié le prénom.
« Où va-t-on ? demanda-t-elle.
- Hôtel Napoléon » dit-il tout en prenant la direction de l’arc de Triomphe.
Tandis qu’il se rafraîchissait à la salle de bain, Alicia s’était déshabillée et couchée sensuellement sous la couette, laissant une de ses interminables jambes bien en vue au-dessus. Alors qu’il s’installait, la jolie brune enleva délicatement un à un les boutons de sa chemise, en prenant bien son temps pour ne pas risquer de marquer le tissus. Puis une fois torse nu, le jeune homme se mis à l’embrasser, passant énormément de temps entre ses deux fines jambes parfaitement épilées. Elle s’attela alors à lui rendre la pareille après avoir fait glisser son pantalon jusqu’au bas de ses chevilles. Une fois sa verge bien dressée, elle monta sur lui comme si sa vie en dépendait. Greg plongea dans ses yeux bleus, tandis qu’elle commençait son va et vient. Son membre durcissait au fur et à mesure que le vagin d’Alicia mouillait. C’était l’accord parfait. L’acte se prolongea jusqu’à ce qu’elle jouisse. Pas lui, qui continua un moment à faire frapper les fesses de la jeune femme entre ses cuisses.

Plus tard, en bon gentleman, il la raccompagna au Queen auprès de ses amies avant de repartir en chasse direction Le Duplex, où il avait également ses entrées. Même combat dans la salle Latino, une jeune brune qui devait avoir vingt-cinq ans passés le dévisageait alors qu’il enchaînait quelques pas de danse. « Les yeux aussi profonds que l’océan, le sexe aussi étroit qu’une jeune vierge ». Il continua ce manège jusqu’au petit matin et rentra sur Villefranche à dix heures passées. Une fois à l’appartement, il prit une douche et s’allongea de son côté du lit, attrapa l’oreiller de Rebecca pour sentir ce qu’il restait de son odeur. C’est à ce moment qu’il comprit qu’il était en train de sombrer.
Le soir même, il prit vraiment le temps de se préparer avant de retourner sur le lieu de sa dernière déception le National Café : coiffure impeccable, chemise repassée, pantalon de costume : on ne se rend pas compte du temps que peut prendre une mise en beauté digne de ce nom. Il arriva au bar vers vingt et une heure. C’était un jeudi et l’endroit habituellement calme s’était transformé en dancefloor à l’occasion d’une soirée étudiante. Ce soir-là, malheureusement, Rebecca ne s’était pas pointée.

Le lendemain, il fit une dernière tentative. La soirée commença avec une femme jeune et jolie à tringler. Pourtant à quelques pas de son appartement, il l’emmena à l’hôtel. Depuis trois semaines maintenant, Greg avait enchaîné les rencards et baisé pas mal aussi : pour ne pas dire à chaque fois qu’il avait l’occasion de draguer. Mais aucune de ces filles n’avait pénétré chez lui. Tout simplement parce qu’il voulait que Rebecca soit la seule et l’unique. Il sentait bien qu’il se passait quelque chose d’anormal. Il était en train de se ramollir. La dernière fois qu’il avait joui, c’était entre les fesses si parfaites de celle qui ne le saluait plus. Une fois la partie de jambes en l’air terminée et malgré le fait qu’il soit déjà vingt-trois heures, il retourna d’où il venait. Par chance, celle qu’il attendait arrivait au bras du trentenaire couleur café.

Il essaya de se contenir ; de se dire que sa Rebecca n’était qu’une combinaison apparemment parfaite de seins d’origines, fesses bien rebondies et lèvres justes charnues comme il faut. « Ce n’est que du sexe après tout ». Mais il avait beau essayer de s’en convaincre, il savait aussi qu’elle avait une toison soyeuse, aucun signe de rajeunissement vulvaire ou blanchiment anal et qu’il y a trois semaines il avait lâché l’essentiel de sa semence dedans, chose qu’aujourd’hui il était incapable de faire. Il ne pouvait pas la laisser partir. En même temps, si on s’en tient à la théorie d’Ockram (l'explication la plus simple est la plus probable) elle était accompagnée ce soir et ce type avait déjà dû se la taper. Greg bouillonne au moment de se lever pour saluer Rebecca, mais par chance, ce n’est pas perceptible, il salue même son rival.

Plus tard dans la soirée, elle revient s’installer près de lui. Aucun des deux ne crève l’abcès concernant une relation sexuelle entre elle et le négroïde. Ça arrange Rebecca que Greg pense qu’ils aient couché ensemble : ça rétablit l’équilibre. Lui ne se penche pas sur ses conquêtes, encore moins sur ce trouble de l’éjaculation. Son estime de soi en a pris un coup. Persuadé qu’elle a couché avec le type à la couleur café, mais prêt à pardonner. Elle le respecte plus que jamais. Il n’était qu’un fou sans elle : ce qu’il lui est arrivé de mieux. Il ne la trompera plus. Ce qu’il pensait qui nuisait gravement à la santé l’avait sauvé : l’Amour. A présent il savait comment ne pas sombrer : elle devrait rester son ancre.
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