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Parler d'amour,

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Alain Derenne

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Une histoire dont la scène se passe dans un avenir lointain, peut-être le 22 ou 23 ème
siècle.
Depuis un temps, euh! très très long, ont disparu les chevaux, les ânes et tout un tas
d'autres moyens de locomotion animale, ils ont et nous le savons, car nous les utilisons
été remplacé par des machines plus sophistiquées les unes que les autres, machines
roulantes, glissantes, plongeantes ou volantes, nous nous servons que d'appareils mus
par l'électricité, sur toute notre terre, c'est le triomphe des nouvelles technologies.
Maintenant, le chiffre est devenu maître du monde, il s'est imposé jusque dans les
domaines qui lui ont été des plus étrangers.
Des hommes de science ont prouvé que de s'appeler Alain Derne ou Jeanne Floch
est d'un usage ridicule, chaque personnalité s'exprime maintenant par des signes
algébriques.
Au loin de notre Capitale dans une province retirée, un château de style VII ème
république, tout en acier et qui abrite deux familles amis venues passer à la campagne
la belle saison.
La première a un fils qui se nomme 17 ab + 4m, il a vingt cinq ans de la classe, très
élégant avec un superbe avenir dans une usine de pilules et de cachets alimentaires,
la seconde une fille Mlle 6 b – 37x , fort belle, brune aux yeux pétillants, bleus vert,
et rêveuse à souhait.
Après le dîner, les deux jeunes gens se retrouvent seuls au petit salon.
_Tu ne trouves pas mon ami, qu'ici il fait un peu chaud, nous pourrions aller prendre
l'air sur la terrasse?
_Avec plaisir. (ils actionnent donc en même temps la mise en marche de leurs
fauteuils sur coussin d'air, les appareils dociles, glissent et les transportent hors du
château).
_Sens-tu cet air délicieux qui vient rafraîchir nos visages?
_Oui, c'est le ventilateur géant chargé d'envoyer sur le parc des effluves parfumés,
et aujourd'hui c'est comme tous les mercredis du ylang-ylang, demain ce sera...
_Mais non, le parfum que je sens n'a rien d'artificiel, c'est celui des foins et de
l'humus des arbres, rien n'est plus naturel que cette senteur et c'est pour cela que je
l'apprécie.
_Comme tu es poétique, tu sais bien que depuis des siècles nous avons relégué la
nature au second plan, elle est si inférieure à nos besoins, que de ce fait elle ne compte
plus pour nous.
_Elle comptera toujours pour moi.
_Mais que me dis-tu là?
_Oui, et si tu tiens à me plaire, tu feras l'effort de partager avec moi un peu de mes
sentiments, tu m'as juré un amour passionné, nos parents ont convenus de notre
mariage, mais pour que je sois heureuse avec toi, cela ne suffit pas, es-tu prêt à
mettre au pilori quelques-uns des principes qui gouvernes notre vie aujourd'hui?
_Euh! oui! je t'aime au point de commettre tout un tas de folies pour toi!
_Merci pour ces bonnes paroles! je ne te demanderai que des sacrifices fort simples.
_Lesquels?
_J'ai découvert la semaine passée au fond de mon grenier un vieux livre, plein de
poussières et qui date de nos ancêtres, un roman, que j'ai lu.
_Quoi, tu as lu un ouvrage d'un genre aussi inutile, aussi futile et ridicule?
_N'en parle pas de la sorte, dans ce vieux roman que tu dépeints comme étant un
ouvrage futile et inutile, j'ai trouvé des choses délicieuses, j'y ai lu par exemple que
les amoureux autrefois s'en allaient, seuls à seule au clair de lune, qu'ils échangeaient
de tendres propos, se baignaient l'âme de rêverie, qu'ils s'élevaient par la pensée au

dessus de la matière. Eh bien! je veux avec toi, imiter ces amoureux d'autrefois.
_Qu'à cela ne tienne! le clair de lune est splendide ce soir et en plus nous avons
le choix, deux lunes et les allées sont macadamisées à neuf, nos fauteuils nous
emporteront sans accoups.
_Non, pas les allées du parc, trop larges, trop nettes, trop propres et trop connues,
tu sais, le jour ou j'ai trouvé ce roman, je me suis égarée au hasard d'une promenade
sur un sentier perdu en forêt, un sentier que nos ingénieurs n'avaient jamais
emprunté, car le sol était tapissé de mousse et les branches d'arbre par endroits
ployaient jusqu'à terre, il était tel que nos ancêtres avaient pu le connaître, et c'est
là que je veux aller me promener de nouveau.
_Mais nos fauteuils ne pourront pas y évoluer.
_J'y compte bien, et nous irons donc à pied.
_Quoi!....à pied! mais tu n'y pense pas.
_Je dis!....à pied! je ne pense qu'à cela au contraire.
_Tu veux...mais cela ne se sera jamais fait, jamais vu!
_Oui, je veux! une raison de plus, non, alors es-tu décidé?
_Par amour pour toi, je te l'ai dit, je suis prêt à tout, mais tu verras, ton projet
insensé nous jouera des tours, de sales tours...
_Nous verrons bien.
_C'est curieux comme mes jambes sont faibles! il y a bien longtemps que je ne
m'en suis pas servi.
_L'aisance te reviendra en marchant, allons tu viens, en route!
_Il me semble que je rêve.
_Oui, et c'est un rêve que nous allons conduire à notre guise, tiens voici mon
sentier, vois comme il est joli!
_J'en suis abasourdi, il n'est ni pavé, ni bitumé et il y a de la mousse comme tu
avais dit, mais es-tu certaine qu'elle soit naturelle?
_Certaine, ce sentier n'a pas été fait sur commande...tu pourras toujours demander
a ce que l'on te montre si jamais la facture, je suis certaine effectivement qu'il n'y
en aura pas.
_Cette soirée est la plus étrange de ma vie.
_Moi, elle me transporte plusieurs siècles en arrière, je me crois revenue au temps
dont parlait le vieux roman, il me semble que nous sommes les amoureux qu'il
décrivait, je t'en prie, n'efface pas cette impression merveilleuse.
_Bien, mais que faut-il faire pour cela?
_Me parler d'amour!
_Je t'aime.
_Oui!
_Je t'aime....beaucoup! je t'aime......comme la chose la plus précieuse du monde,
comme j'aimerais une parcelle de radium ou un moteur de dix mille chevaux...
_Oh!
_Avec un tel amour, comment ne serions-nous pas heureux? nous aurons une
grande maison bien machinée, avec des ascenseurs, porteurs, serveurs et même
des distributeurs électriques. J'ai déjà deux autos et un aéroplane, nous nous
achèterons un grand triplan de voyage, genre berline et, si nous avons des
enfants...
_De grâce, ne continu pas ainsi?
_Pourquoi? cet amour te déplaît?
_Non, mais je ne veux pas l'envisager à cette heure, ce sont d'autres paroles que
j'attend de toi.
_Lesquelles?

_Eh quoi! ne connais-tu pas des mots câlins et tendres qui débordent d'un cœur
amoureux?
_On ne m'a jamais appris ça au collège.
_En effet, il n'existe pas de manuel pour apprendre à parler d'amour.
_J'ai bien étudié la géomètris dans l'espace, la trigonométrie, la cosmologie,
la mécanique quantique, les logarithmes et tout un tas d'autres choses qui ont
empli ma tête de chiffres et de formules, mais pas de mots d'amour.
_Je me moque de toutes tes mécaniques et bla-bla divers, tu es peut être très
intelligent comme ingénieur, mais comme fiancé, tu as l'air plutôt d'un sot.
_Quoi?
_Non, non, toutes tes protestations n'y feront rien, les problèmes de cœur ne se
résolvent pas comme des équations et parce qu'on connaît à fond les x, il ne faut
pas avoir la prétention de tout connaître, sur cette matière nouvelle, je serai donc
ton professeur.
_Soit, commence donc.
_D'abord! passe ton bras autour de ma taille! bien! règle ton pas sur le mien!
parfait! penche un peu la tête de mon côté! all right! maintenant suppose que tu
es la jeune fille et moi le jeune homme, écoute-moi!
_J'écoute.
_Ma bien-aimée, loin de nos familles, loin de nos soucis journaliers, ne te semble
t-il pas que nous sommes seuls au monde? je sens ton cœur battre auprès du mien
et le même rayon de lune nous enveloppe d'un voile pâle et nuptial, vois sur la
mousse argentée nos ombres jumelles glisser doucement, on dirait deux silhouettes
d'amoureux idéals, ne sens-tu pas le souffle de la nuit qui nous transporte et le
parfum du soir qui nous grise?.... a toi!
_S'il te plaît, pardon?
_A toi maintenant, j'attend une réponse!
_Mais que veux-tu que je te dise, te réponde!
_N'importe quoi! une jolie phrase, ou simplement de jolis mots!
_Merci!
_Quoi, c'est tout? eh bien! tu as des progrès à faire! je continue....ma bien-aimée,
je presse ta main et sens-tu la fièvre qui me consume? c'est fou, je ne peux croire
en mon bonheur, j'ai peur de le perdre, de le voir s'envoler comme un papillon
posé sur une fleur, quelle admirable chose! ainsi est notre amour....a toi, réponds!
_Encore?
_Mais oui! trouve quelque chose de grâce!
_Je sens mes jambes flageoler, je voudrais m'asseoir.
_Ah non! ne gâchons pas notre promenade sentimentale au clair de lune par de
médiocres paroles, tiens maintenant tu redeviens le jeune homme et moi la
jeune fille, tu n'auras qu'à répéter....je vais te souffler.
_J'aime mieux ça.
_Ma bien-aimée je vous aime!
_Ma bien-aimée je vous aime...
_Comme on aime un parfum, une fleur, une clarté!
_Comme on aime un parfum, une fleur, une clarté...
A leur retour au château le père du jeune homme 17 ab + 4m .
_D'où venez-vous ainsi?
_(elle) d'une longue promenade...
_(lui) d'une promenade...à pied!
_(le père) à pied! mais vous êtes fous!

_(lui) et tout le long du chemin nous avons parlé d'amour!
_(le père) d'amour!
_(lui) et c'était délicieux.
_(elle, aux deux familles réunies et consternées) non, non, rassurez-vous, c'était une
plaisanterie qu'il voulait vous faire, nous avons pris l'aéroplane n° 22 et avons été
faire un tour au-dessus de la ligne de chemin de fer, tout en causant en route, de
l'alimentation artificielle par sonde de nutrition parentérale.
_(le père) à la bonne heure! voilà de vrais amoureux!
Les familles respirèrent, rassurées sur l'état d'esprit des enfants...
_(elle tout bas à lui) à quoi pensais-tu? raconter que nous avions été à pied et que
nous avions parlé d'amour, c'était le meilleur moyen et le plus sur de nous faire
enfermer dans une cellule à Charenton.
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Artvic · il y a
un très bon texte , merci Alain
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Alain Derenne · il y a
Merci à toi pour ton petit mot sympa
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michel jarrié · il y a
On a de la peine à imaginer un tel monde ! Reste l'amour de deux êtres. Belle écriture.
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Alain Derenne · il y a
Merci de ton passage Jarrié
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Ginette Vijaya · il y a
C'est d'un charme fou ! Après vous avoir lu ,je suis allée me promener à pied ,apprécier et voir d'un autre oeil ma verte campagne et me suis remise à lire paul et Virginie et du Lamartine !
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Alain Derenne · il y a
Merci Ginette de ton passage dans mon monde ...
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M. Iraje · il y a
Un conte ultra-moderne assurément. Et ils eurent beaucoup d'enfants ... ???
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Alain Derenne · il y a
Oui Miraje ...Merci de ton passage sur mon monde. Bonne fin de WEnd .
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