3
min
Image de Olibrius

Olibrius

14 lectures

0

Parking
(hard)

La vie n'a pas besoin de mode d'emploi parce que ce n'est pas un médicament. Les livres sont des médicaments. On les absorbe pour avaler avec la tête la vie qu'on ne sait pas créer avec le corps.

Elle pense à ça pendant qu'elle prend sa douche et que l'eau coule. Normal. L'eau joue le rôle de l'eau. Elle coule, elle coule longtemps. Par la fenêtre, elle voit le château d'eau. Il est loin d'être vide.

Plus elle s'habille, plus elle veut être nue. C'est d’ailleurs ce que lui dit son mari. Il est beaucoup plus vieux qu'elle. Il ajoute même, c'est pour cela que tu cours les grands magasins, ce n'est pas pour t'habiller, c'est pour qu'on te déshabille.
Elle lui répond, du tac au tac, et toi, les livres que tu lis, ils ressemblent aux notices de tes médicaments. Tu les prends pour calmer la vie que tu ne sais pas vivre.

Son mari dresse l'oreille car il apprécie comment elle parle, pas comme lui. Elle parle un quelque chose qu'il ne trouve pas imprimé dans les livres de sa bibliothèque vitrée, rangés dans son bureau, par ordre alphabétique.
- Et qu'est-ce que je soigne selon toi?
- Ton impuissance à vivre, comme tout le monde !
- Ah, bon, tu crois cela ?
Il se tait.
C'est vrai, que cherche-t-il, en se levant le matin? A occuper la durée du jour, à faire quelque chose d'humain puisque l'inaction est divine.
Après son départ, il observe son corps dans la glace. De nouvelles rides sont apparues:
- Calmer la vie ! Avec ça?

Elle est seule dans la rue. Elle a des nichons plein les seins. C'est comme ça. Il faut, elle aussi, qu'elle fasse quelque chose du jour qui déroule les heures que le temps lui consacre. Il y a eu trop de dépenses dans les grands magasins, au rayon luxure, qu'elle doit amortir sur le champ, toutes ces dentelles parfumées en réclame achetées à crédit appuient sur le téton et aussi la chaleur du temps qu'il fait sur les façades et cette ligne noire en lycra au milieu pour rappeler qu'il existe, en plein été, un string impertinent, une corde de pendu, une parenthèse, un ouvrez les guillemets comme ils disent dans les livres, et quand elle marche, ses jambes, dans leur fuite, frottent l'une contre l'autre.
Elle est chaude d'intérieur, sa culotte le sait sous sa jupe blottie.

Tout de suite, entrer dans un parking souterrain.

Il pense, avoir un chat ou un chien en ville révèle un veuvage.
Qu'a-t-il perdu ?
Sa femme est vivante jeune et ils n'ont pas d'enfant. Il caresse son chat, il embrasse le museau de son chien puis il dépose leur pâtée dans la gamelle.

La ville couve la campagne goudronnée. De temps en temps, un brin d'herbe viole un pavé sous l'œil inquiet des espaces urbains.
Les troncs d'arbre en béton ont envahi le parking souterrain. L'espèce prolifère, tous les deux mètres dans les sous-sols, où les voitures dorment à l'ombre.

Malgré l'obscurité, il y aura bien quelqu'un derrière un pare-brise pour remarquer l'overdose des mamelons sous le pull transparent.

C'est fait, on la suit.

C'est un homme ordinaire venu vraisemblablement des faubourgs. Il a de grosses mains dans lesquelles sont incrustés tous les détails des luttes de la classe ouvrière. Il vient de la boulange, il sait pétrir la pâte. Il a respiré les parfums d'essence de la jungle incertaine sous le prêt à porter.

Il est ferré.

Il est derrière elle, venu à la rescousse, il entend ses escarpins qui martèlent l'asphalte, il vient, il monte, il touche, aujourd'hui ascenseur, tous les deux ascenseurs. Ses seins sont prêts à boire le lait jusqu'hallali.

La porte se referme. Les plaines fertiles s'ouvrent entre deux entresols.

Le vieil homme range son stylo après avoir écrit quelques lignes ésotériques. Il pose sa tête en appui sur ses mains et abandonne sa rêverie dans le plein air.

Elle montre à ce petit comment il doit sortir son gros, son plus gros du monde, son gros-prothèse, non pas celui dont il se sert avec son épouse, non celui qu'elle invente, qui sort de ses gonds à la dernière minute de la fermeture éclair, juste avant l’implosion, une enjambée, zip, zip, et elle l'empoigne à pleines dents, tu vas râler bonhomme, au pied mâle de papier, sors ta caverne mon Eminence tu ne seras pas déçu, soulève la jupette, tu vois un slip ficelle dans le creux du vallon et l'approbation vénéneuse des parties, c’est là le bon endroit surtout prends pas de gants, moi c'est en pleine peau, fais-moi jouir impuissant, au dessert sans attente, apporte ta mayo mon beau macdolescent, mange, mange le corps, regarde comme il désordre, dépasse la ligne blanche toi le fou du volant, brûle la bonne conduite, le pli du pantalon, et la cravate au centre, un gros nœud, papillon, je crois que je vais cri crier avant de me répandre, c'est vrai tu es pourvu, je ne peux pas le nier, je ne peux plus pas parler ni baver ni pas geindre, bonzaï coëtquidan c'est trop pour le langage, arrête, arrête petit forçat, je-je-oui-oui dans l'escalope, encore encore petit puceau, garçon boucher ne t'en vas pas, enfonce encore, enfant de troupe, t'as du piment dans la baguette, monte et descend mon ascenseur, à l'intérieur bat comme un cœur, non reste encore, rez-de-chaussée, ne t'en vas pas, ô ma soudure, puisque je t'aime, soudard pourceau...

- C'est toi ?
- Oui, c’était moi...
- Où étais-tu ?
- En ville.
- Qu'as-tu fait ?
- L'amour. Oui, je l’ai fait.
- Ah, bon! Où ça ?
- Dans un parking, dans l'ascenseur d'un parking.
- Ah ! Vous avez eu le temps ?
- Oui. Nous l'avions bloqué.
- Ah bon !
- Et toi ?
- Je n'ai rien fait, je t'ai attendue.
- Je suis là. Tu es content ?
- Oui, je suis content.
Le vieil homme caresse son chat. La jeune vivante prend une douche.

Le château d'eau est loin d'être vide.

Thèmes

Image de Nouvelles
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,