2
min

Paris, le 05 juillet (suite)

Image de Fionavanessa

Fionavanessa

6 lectures

0

L'infirmière passa sa tête par le maigre paravent de la salle des urgences. Elle voulait savoir s'il y avait un lien de parenté avec le blessé, cherchant à apprendre qui il était ; Alice à brûle-pourpoint, inventa, en articulant lentement pour réprimer son accent britannique : « c'est mon cousin, il s'appelle François, il est fragile et allergique aux fruits de mer ».

Elle emboîta le pas à l'infirmière et transgressa le Saint des saints ; laissée seule avec le « cousin » au nez rempli de tuyaux, elle resta interdite sur le seuil de la chambre.

Depuis son lit, le cousin était en proie à l'émerveillement ; bouche bée, il fixait la Pieta qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Une Madone au visage baigné de lumière, un ovale parfait, les cils chargés de douceur. Il était immobilisé par le réseau filaire auquel son corps se trouvait branché mais aussi par sa faiblesse physique.

Ce qui contrasta avec sa volubilité soudaine. Il s'adressa à cette extatique incarnation virginale.

« Je vous dois une confession...j'ai trempé dans le vice à cause de mon cousin Augustin. Ce bon-à-rien, avec sa petite gueule de Sainte-Nitouche...ne vous y fiez pas, il est pas clair le lascar. Eh, je sais d'quoi j'parle, j'suis son cousin quand même, j'ai créché dans sa piaule, des cages et des cages de plastique...des caniches, des rats, des iguanes, des pigeons...Je vous passe les détails ma p'tite dame, mais c'qui est sûr, c'est que les vieux toquards à qui il les refourgue, z'ont pas l'air catholique, si vous m'suivez, aussi vrai qu'je m'appelle Henri, des politicards de mes deux , ouais du gratin, des zonards en mode zombie qui prennent leur pied avec des bêtes.

Le brave Henri qu'vous avez devant vous, n'a fait qu'ramener le Tintin chez lui, à pinces, au petit matin avec ça, j'l'ai sorti, mon cousin de chez les flics ; ces clowns l'ont asticoté toute la nuit pour lui tirer les vers du nez, même à moi, moi j'ai dit, j'paie seulement la caution pour ramener le gugusse chez lui. Sûr qu'il est pas clair, Augustin, et qu'il s'fait des couilles en or avec ça. »

Alice interloquée ne bougeait pas d'un pouce. La liberté menait à ça ?

Le blessé continuait de se déverser, racontant comment il lui avait rendu service une fois pour amener un lot de rats blancs dans un hôtel particulier non loin de la place Dauphine. Lui, Henri, simple coursier pour dépanner, une fois ou deux, un pourboire royal qu'ils lui avaient remis, ces tordus. Celui qui avait le carnet d'adresses et repérait de nouveaux clients potentiels, comme la marchandise recherchée, la « tronche », c'était bel et bien Augustin, assurait ledit Henri à la Madone britannique, pour conclure d'un « j'suis un peu comme qui dirait des dommages collatéraux du Tintin, moi. »

La belle insulaire se mouva, sortant de son état statufié. « On ne se connaît pas. Je suis Alice Liddell. Je suis pianiste en Angleterre. Je venue à Paris pour le job. Un conducteur rentré dedans toi, et je le vu. Il a continué il pas arrêté la camion ! Excusez-moi mon français »

Avec le choc et la fatigue, son usage du français se détériorait.

" Le camion n'est-il pas ?" se reprit-elle

"C'est... such a stupid accident...je suis désolée pour vous. "

Mue par une tendresse soudaine pour ce descendant des sans-culottes engoncé dans sa minerve et en désaccord avec son cousin, Alice se pencha et l'embrassa sur le front, puis d'un coup sur la fossette qu'il avait à l'intersection de la joue et des lèvres .

A suivre...

Thèmes

Image de Nouvelles
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,