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Paris, Gare du Nord 17 Mars, Jour de pluie

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Nina Peronnard

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Je déambule parmi les voyageurs en attente, à la recherche de la victime parfaite. Une vieille femme encombrée par plusieurs sacs, un jeune naïf perdu dans son téléphone portable, une mère séparée en quatre par ses enfants.
C’est triste à dire mais je fais le malheur des autres pour mon bonheur. Enfin, si on peut appeler ça du bonheur. Dans mon cas c’est plutôt pour vivre, où même survivre. Sans famille, sans ami ; je vis chez une vieille femme qui croit encore que je suis étudiante. Quelques fois, l’une de ses pièces d’argenterie disparaît. Elle est vite remplacée par une autre en inox que j’ai acheté. La vieille femme ne remarque rien. Elle est presque aveugle et ses doigts sont tellement fripés qu’elle est incapable de lire le braille. Le matin, je fais le ménage dans une boite de nuit après la fermeture. J’ai toute la journée pour voler, tromper, arnaquer les touristes, le parisiens, les vieux, les jeunes. Le soir, je fais le ménage dans un collège après la fermeture. C’est la période de l’âge ingrat : chewing-gum, crachat, déchets en tout genre, dégradation du matériel. Quelques fois un professeur en pleure. C’est la période de l’âge ingrat ; un nouveau graffiti dans les toilettes des filles. Le week-end, je retrouve Olivier dans son HLM miteux. D’abord traverser les rues qui craignent, je suis habillée comme un gars du quartier. Des insultes mais pas de harcèlement physique. Je baisse la tête jusque dans son T2. Cannettes de bières ouvertes, renversées sur le canapé troué par le bulldog. Quand je toque à la porte, Olivier ouvre torse nu, la douche datant de trois jours apparente, le sourire ingrat et la politesse inexistante. Je lui fourgue tout ce que j’ai dérobé dans la semaine. Il me paye à peine de quoi manger et claque la porte. En accumulant ces trois boulots, je suis payée une misère. Mais je survis.
Olivier veut une montre, chic et classe. J’ai passé la matinée devant les vitrines de bijouterie, pour me faire une idée. Maintenant la grande horloge de la gare indique 16h04. Il me reste deux heures avant de devenir femme de ménage. Je déambule parmi les voyageurs en attente, à la recherche de la victime parfaite. Rien ne m’inspire. Je suis fatiguée de tout ça.
Je sors sur le parvis de la gare, avale une goulée d’air. Ma poitrine se gonfle. Le vent est frais. Les gouttelettes clapotent sur les voitures. Un taxi s’arrête à ma droite, d’où un homme sort avec une serviette à la main. Bien habillé, le regard à la recherche d’un point auquel se rattacher, et l’éclat d’un objet à son poignet. Enfin la cible idéale. Je me retourne quand son regard passe sur moi. Il entre dans le bâtiment colossal, imbibé de monde. Je le suis de loin, ne manquant pas un geste, un détail en ce qui le concerne. Grand manteau noir qui couvre sa nuque, cheveux coupés à ras, pantalon et chaussures de qualités donc coûteux. Ce qui signifie que la montre l’est aussi. La serviette à l’air d’avoir de l’importance donc elle est capable de faire distraction. Regards rapides lancés à droite, puis à gauche et finalement sur sa montre. Pas de présence policière dans les parages et une foule grouillante autour de lui et des deux hommes qui l’ont rejoint, une distraction de plus.
Tout est prêt. Je passe à l’action.
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Jeanne Fort · il y a
Génial, on attend la suite même s'il n'y en a pas
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Image de Nina Peronnard
Nina Peronnard · il y a
j'essaierai d'écrire une suite ;)
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