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Paradise

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Davy Demay

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Lundi matin, le trajet :
Merde, qu’est-ce que c’est ????
Le réveil, 5H30 du mat, mais pourquoi ? Ah oui la formation fait chier.
Je me suis encore couché trop tard, j’ai la tête dans le cul. Ce soir je dois vraiment me coucher avant minuit. Je dis ça, mais je sais bien que je n’y arriverais pas. Une formation en électronique embarquée sans autoradios, ni alarmes, ni puces GPS, c’est une formation pour chômeurs débarqués en vrai. Bon, je suis sensé toucher un peu de tunes de l’ASSEDIC, si j’arrive à compléter mon dossier. 4000 francs par mois pendant quatre mois c’est déjà ça. Ce matin comme tous les matins, je dois me trainer jusqu’à la porte de la Chapelle. Une heure trente de trajet, voiture, train, métro et pour finir marche à pieds. Je n’aime pas les transports en commun.

J’ai pris mon walkman, un peu de flouse pour le kebab de ce midi. Mon bouquin ??? Oui merde mon bouquin ? J’ai besoin de mon bouquin, sans mon bouquin je ne tiens pas. Jean-Paul Sartre « La nausée », c’est clair que j’ai la nausée, depuis que Nat m’a fait cocu avec son pote de fac, et que pour finir, nous nous sommes séparés et qu’évidemment je l’ai regretté immédiatement après l’avoir jetée. Sans mon bouquin je ne peux pas. Je lis, je ne réfléchis pas. Si je réfléchis, je ne peux pas lire donc je ne réfléchis pas. Il est là dans mon sac c’est bon j’y vais. En même temps un pauvre mec au chômage ou son pote de fac ?
(« Je te dis que ce n’est qu’un pote »). Je sais, j’ai confiance dans l’absolu, moi aussi j’ai des potes. D’ailleurs, je peux peut-être toper Laurent à la gare si je n’arrive pas trop tard. C’est plus cool de faire le voyage avec lui.

- Tu fumes dans le métro Laurent ? Tu n’as pas entendu parler de la nouvelle loi.
-Laisse c’est bon, elle vient de passer, ça va...
-ok, je ne vais pas prendre de risque moi...Tu fais quoi today ?
-Comme d’hab, de la vérification de câbles dans les égouts, étiquetage, pour le moment ça va c’est cool.
-OK, cool. Pour ma part, je pense que ça va être pépère encore aujourd’hui.
-merde, un contrôle de flics.
-Bonjour messieurs, vous savez que fumer dans le métro est interdit aujourd’hui.
-Non je ne savais pas je suis désolé.
-Veuillez éteindre votre cigarette s’il vous plaît et vous monsieur, vos papiers s’il vous plaît.
-Moi, je ne comprends pas. Je ne fumais pas. Pourquoi vous me demandez mes papiers ?
Le gars me palpe les poches sans ménagement.
-Vous avez quoi dans vos poches, une seringue ?
-Une seringue ??? Mais ça ne va pas ? Pourquoi me contrôler vous, parce que j’ai les cheveux longs, c’est ridicule ?
- Non, on dit que l’on contrôle que les noirs et les arabes alors là on t’arrête toi.
J’éclate de rire. Une CRS fait de même, je profite de la confusion pour récupérer ma carte d’identité dans la main du flic et franchis vite fait les tourniquets. Laurent m’enquille le pas tranquille.
-Putain c’est bon, ils ne nous suivent pas.
-T’es con merde, je t’avais dit de ne pas fumer.
-C’est clair c’était tendu, je suis désolé man.
-Dès que je les croise c’est pour ma gueule. Ce n’est pas possible ils ont un détecteur à ma gueule.
Laurent éclate de rire. Evidemment ce n’est pas lui que l’on fait chier tous les quatre matins. C’est clair que les noirs, les arabes, les mecs aux cheveux longs, ils ne sont pas compétents pour prendre le métro. On met toujours au moins un quart d’heure de plus que les autres pour arriver à destination.
-Yes, à fond. Il faut que je te laisse c’est ma ligne.
-Ok à plus à plus tard.

Alors, mon bouquin, le métro, mon bouquin. Sinon je pense. (« Coucou ma puce, je t’appelle pour te souhaiter joyeux Noël. Euh écoute mon chéri, je voulais te dire un truc, je ne sais pas comment te le dire. » «  Je t’écoute, c’est quoi le truc ? Ce n’est pas grave ? » «  Non rien de grave, mardi soir je suis restée dormir chez Raphael et nous avons couché ensemble »). Mon bouquin, sinon je pense et quand je pense ça ne va pas. Je suis arrivé à mon arrêt porte de la Chapelle. J’ai tous les matins un petit air de Coolio avec cette affiche d’Esprits Rebelles, Michelle Pfeiffer en plein milieu qui croise les bras. Je préfèrerais aller au ciné pour pioncer un peu dans le gangsta’s paradise que d’aller dormir en cours. Leur vie en vrai, elle est plus cool que la mienne.

Lundi matin au lycée :

Je m’endors, je résiste, mais je m’endors, je suis trop naze. Je suis tranquillement vautré sur la table comme si j’étais puni, mais en fait je dors. C’est vraiment une lutte pour moi. La prof ne dit rien, je pense qu’elle comprend. Enfin, je ne sais pas en fait et je m’en fous, je suis trop naze, il faut que je dorme c’est tout.
J’ai enfin les paupières plus légères. On va faire la pause. J’aime bien les pauses. Je vais pouvoir fumer une clope avec les gens. Ils sont sympas les gens dans cette formation. Je n’ai jamais vu autant de paumés dans le même espace, mais ils sont sympas et même intéressants. Ce sont des gens qui viennent de partout et qui ont fait n’importe quoi, mais finalement c’est un détail. Nous sommes tous ici pour finir. Enfin, il y a Stéphane. Je l’aime bien Stéphane, il m’a remonté le moral. C’est con, il ne l’a fait qu’avec une phrase simple et un peu d’écoute. (« Ecoute Ti mal, dans la vie il y a des choix à faire, fais-les et ne les regrette jamais »). C’est con comme phrase, mais tout dépend de qui vous l’a dit et dans quel contexte, parce que finalement regretter ses choix, c’est un peu se trahir soi-même non ? Bref, je l’aime bien Stéphane. Il écoute de la techno et va dans des raves. Je n’aime pas la techno et je n’aime pas les raves. De plus pour rajouter au tableau, il prend des extasys et forcément je n’aime pas les extasys. J’ai même un peu de mal avec les drogues en général. J’aime bien être lucide, ce qui ne me réussit pas d’ailleurs, mais j’aime bien Stéphane.
- Eh Ti mal, tu as eu des news pour ton chômage ?
-Non Steph, je dois encore leur apporter un papier. Cela fait déjà trois fois. La meuf m’a dit, que c’était sûr, que je touche 2000F par mois, mais que je pouvais toucher 4000F par mois si je complétais mon dossier. Je vais lui emmener cet aprem pour en être certain. Comment s’est passée ta soirée d’hier ?
-C’était fun, j’ai fait prendre des extas à ma meuf. Elle a accepté pour que l’on couche ensemble allumés. Ça a été de la balle.
-J’imagine, elle n’a pas été trop dure à convaincre ?
-Un peu mais ce qui m’inquiète, c’est qu’elle y prenne goût. Elle veut déjà recommencer.
-Et alors ?
-J’ai peur qu’elle tombe accroc. Ça m’est déjà arrivé avec une nana et ça, c’est pas cool.
-Bah merde, pourquoi tu recommences alors ?
-C’est vraiment de la balle de coucher avec une meuf, quand nous sommes deux à être sous exta. On bouffe un kebab ce midi ?
-Je n’aime pas les kebabs. Je prendrais un sandwich merguez frites comme d’hab.

Lundi après-midi :

Ils auraient dû la mettre dans un endroit encore plus perdu l’ASSEDIC. Je ne sais pas moi sur la lune, c’est sympa la lune, il n’y aurait eu que quelques pauvres astronautes qui avaient déjà un taf pour les déranger et encore pas souvent. Heureusement, moi j’ai une caisse. Je me gare, il n’y a personne sur le parking, évidemment personne ne la trouve l’ASSEDIC, ou alors les gens n’ont pas de caisse. Je rentre, il y a une queue de ouf (les gens n’ont donc pas de caisse, ils doivent bien galérer pour venir jusque-ici. Enfin, on s’en fout, ils sont au chômage, ils ont le temps. C’est ironique évidemment). J’attends, j’attends, j’attends (Il faudrait qu’ils inventent un truc, genre, je ne sais pas, une tv miniature, ou un ordi que l’on peut mettre dans une poche ou même un téléphone pour que je puisse parler avec mes potes). J’attends et tiens c’est à moi.
-Bonjour monsieur, que désirez-vous ?
-Bonjour Madame, je viens pour compléter mon dossier, voici ce que vous m’avez demandé.
-Oui, oui d’accord, mais au vu de ce que je vois, il vous manque quelques heures. Dans ces conditions vous ne pouvez pas prétendre à des droits à l’allocation chômage.
-Comment ça ? Votre collègue m’a dit que ???
-Je suis formelle, monsieur, dans ces conditions ce n’est pas possible. Peut-être avez-vous d’autres documents à me fournir ?
-Non, je n’ai plus rien. En ce qui concerne les 2000F par moi par le biais d’un organisme ?
-Oui, je vois monsieur, mais votre formation a commencé il y a plus d’un mois. De ce fait, il est malheureusement trop tard, je regrette.
-Mais mais ??
-Au suivant s’il vous plaît.
Les enfoirés, putain merde, d’enculés d’enfoirés de merde. J’ai plus qu’à taper dans mes économies. Ça va être tendu de chez tendu.

Lundi soir à la maison :

Il est 21h, ma mère rentre de son travail...Le téléphone sonne. Je n’aime pas quand le téléphone sonne le soir. En général ce sont des mauvaises nouvelles. Ma mère répond. Je vois qu’à sa tête que c’est effectivement une mauvaise nouvelle. Je pense même que c’est une très mauvaise nouvelle. Ma mère m’annonce après avoir raccroché que ma grand-mère est décédée. C’est une catastrophe, je vois ma mère s’effondrer. Nous partons dès le lendemain pour la Bretagne, l’enterrement a lieu dans la semaine. C’est la goutte d’eau, j’en ai marre. J’aimerais voir Nat mais elle n’est pas là. Je n’ai pas le temps de la joindre et j’imagine qu’elle s’en tape de toute manière. Nous partons demain à la première heure.

Mardi matin :

La route s’est déroulée tant bien que mal. J’aime faire la route avec ma mère d’habitude, mais là l’ambiance était morose. Nous n’avons, ni ma mère, ni moi, envie de parler pour le moment. Heureusement la route n’est pas si longue entre Paris et la Bretagne et nous sommes arrivés assez vite. Toute la famille est présente chez ma tante et tout est bien organisé, c’est réconfortant. Nous allons voir ma grand-mère au crématorium. C’est horrible, cela me met super mal à l’aise. Je n’ai vu que mon grand-père du côté paternel dans ces conditions, mais ce qui est sûr, c’est qu’un mort ne ressemble pas à la personne que nous avons connue. L’expérience n’est cette fois non plus pas des plus agréables. Cependant, bizarrement, je me sens mieux. Ce ressenti ne concerne pas que ma grand-mère. Je me sens mieux en général, comme une boule de chaleur qui se dissipe dans le thorax. Je le signifie même à ma mère en montant dans sa voiture, « je crois que ça va aller mieux maintenant ». Elle le comprend comme moi. La sensation est étrange, mais c’est comme ça.
Le soir venu, nous nous remémorons les souvenirs en famille. Tout le monde se couche au fur et à mesure. Ma cousine est présente. Je souhaite qu’elle reste après tout le monde. Ma mère et ma tante se couchent et ma cousine reste. Elle avait le même souhait. Nous parlons des heures. Cela fait des mois que je ne me suis pas senti aussi bien.
J’ai profité du reste du séjour avec elle, j’ai pu profiter du bord de mer et oublier un peu ma vie de Paris. Je retournerai la voir dès que possible.

Vendredi matin :

Merde, qu’est- ce que c’est ????
Le réveil, 5h30 du mat, la formation fait chier.....
Je me suis couché encore trop tard, mais ça va, je suis naze mais ça va. Il faut que j’essaye de joindre Nat peut-être.... Allez mon bouquin et en route. J’ai laissé tomber la Nausée. Je préfère l’Alchimiste prêté par ma cousine. Je pense que je peux choper Laurent si je me magne. J’arrive pile poil à la gare, j’aperçois Laurent de loin. Je saute dans le train et le retrouve à bord.
-Ca va Laurent ?
-Non pas top ce matin... Champion est en garde à vue.
-En garde à vue ??? Mais pourquoi ? Il est tranquille Champion. Il déconne un peu parfois mais rien de méchant.
-Il a essayé de piquer un sac à un vieux...Je crois que le vieux est mal tombé, enfin je ne sais pas, en tout cas il semble qu’il soit mort.
-Putain merde, pauvre vieux. Qu’est ce qui lui a pris de faire ça ?
-Je crois qu’il avait besoin d’un truc. Enfin merde, c’est vraiment la merde pour un pauvre sac, peut-être trois pauvres billets même pas.
-Tu n’as pas une clope ?
-Tu fumes dans le métro maintenant ?
-De toute façon ils me font chier, ils n’ont qu’à aller mourir ces fils de putes.

Vendredi matin au lycée :

Bien, il semble que l’on ne puisse pas dormir tranquille ce matin. Mr Bidule du GRETA GEMABAT veut nous parler de la formation. (« Bonjour Messieurs, je me présente Mr tête de con du GRETA GEMABAT. Je tenais à vous informer de deux ou trois bouleversements concernant la formation »). Tête de con, c’est pour moi, c’est gratuit. Pourquoi, vient-il interrompre le cours de la prof de Français ? J’aime bien la prof de français. Elle a à peine 10 ans de plus que moi. Elle est mignonne. Enfin, surtout au début de la formation, parce que maintenant, je me suis bien rendu compte qu’elle était enceinte. D’une part, son ventre a poussé. D’autre part, elle a un masque de grossesse depuis une semaine c’est top. Cependant, elle s’intéresse vraiment à nous et ça se sent. Donc, je suis une tête de con et je tiens à vous informer de deux trois bouleversements concernant la formation.
-Le GRETA GEMABAT est en difficulté financière. Il sera donc difficile d’avoir certains outils pédagogiques, afin de réaliser les ateliers pratiques d’électronique embarquée.
-Excusez-moi.
-Oui je vous écoute.
-Je ne comprends pas, nous devons faire une formation avec des alarmes, des autoradios et il n’y aura rien ?
-Je tiens à vous dire, que je suis heureux de l’intérêt que vous portez à cette formation et justement nous faisons le maxim.....
La prof de Français située derrière tête de con m’encourage en me faisant des grands gestes.
-Justement quoi ??? Nous allons avoir de quoi travailler ou pas ?
-Cela risque d’être difficile dans certaines matières parce que.....
Stéphane intervient (je tiens à préciser que Stéphane est un grand métisse de 1.85m 90 kg).
-Difficile dans certaines matières genre atelier autoradios, alarmes etc ???
La prof de Français est à donf avec ses mains pour nous encourager encore plus.
-Nous allons nous arranger pour que tout se déroule pour le mieux.
-Nous allons nous arranger de rien du tout sans matos, je ne vois pas franchement. C’est une formation de merde, il n’y a rien à dire de plus.
-Bien, je pense que je vais vous laisser, merci de votre attention. Je vous tiendrai au courant de toute modification.
-Oui c’est ça merci, moi aussi je vous remercie (la colère me va si bien en ce moment).
La prof de Français intervient tout en changeant de sujet, ce qui est sans doute le mieux à faire.
-Bon on reprend le cours. D’ailleurs, tant que je pense à ça. Il va être nécessaire de m’informer en ce qui concerne vos stages en entreprise. Ceci vous permettra sans doute d’effectuer un peu de pratique. Du moins je l’espère. Tenez-moi au courant au plus vite s’il vous plaît.
-Oh merde le stage. Je galère toujours à trouver des stages. Les patrons aussi doivent avoir un détecteur à ma gueule.
-Eh mec, si tu veux j’ai un plan à porte de la Chapelle. Une boîte de pare-brise, alarme etc...viens si tu veux demain, ils cherchent plusieurs personnes.
-Merci Hubert, clairement ça m’arrange.
-On partira après bouffer, vu que l’on a atelier pratique on peut zapper. Je t’emmène avec ma caisse.
-Cool, je repartirai direct chez moi de porte d’Orléans.
-On a aussi atelier pratique cet aprem, on bouge ?
-Tu penses à quoi Steph ?
-Je ne sais pas, allons grailler ailleurs ?
-Yes pourquoi pas......

Vendredi midi :

Suite à une démonstration d’une 106 électrique dans la cour. Une voiture qui ne fait pas de bruit, juste un sifflement pour prévenir les piétons. Nous on s’arrache avec joie. Une tire qui va à 90kmh pendant 80 bornes c’est une vraie révolution. Si si, il y a de quoi être admiratif. Ma fiat panda, peut faire 500 /600 bornes à 140 km/h et c’est une pauvre caisse. Oui mais monsieur, elle pollue. Hum hum, j’imagine que ton électricité nucléaire elle ne pollue pas et puis ça doit payer un sacré paquet d’outils pédagogiques cette dob. Bref, on bouge avec Stéphane ils nous saoulent. Evidemment, un malheur n’arrivant jamais seul et semblant se préoccuper beaucoup de moi en ce moment, qui voit-on venir vers nous sortant d’une cabine ? Mr tête de con en personne, en chair et en os, pourquoi ?
-Salut les gars, je voulais vous dire...Je comprends votre colère, mais le GRETA GEMABAT va fermer. Il est en faillite. Je suis navré.
Tête de con me paraît plus sympathique. Il va perdre son boulot et il a l’air sincère.
-Ecoutez, je vous comprends, mais pour nous c’est toujours la même, alors laissez tomber ça va.
-ok ok, je vous laisse, bon courage et bonne continuation.
-On y va Steph ?
-Nous n’avons qu’à bouger au Burger King.
-Je connais un peu j’aime bien, let’s go.
Pourquoi ce pauvre type se sent obligé de venir se justifier auprès de nous. J’ai perdu 3 mois de ma life et tête de con se sent coupable. Putain de formations qui servent à faire vivre les formateurs et les organismes. Je suis un peu fatigué là. Je ne vais pas beaucoup manquer à Nat. Il fait quoi dans la vie ton ancien mec ? Euh une formation pour rien faire plus tard. Tu m’étonnes, son pote de fac. C’est bien la FAC, c’est propre, c’est intelligent. Moi, même quand je fais une formation elle est en faillite.

Vendredi en début d’après-midi :

J’aime bien le métro, c’est sympa, ça sent bon, il y a du monde et je ne me sens pas du tout bousculé juste après avoir bouffé. Cela dit, ce que je préfère, c’est toujours revoir mes vieux potes. Nous nous baladons avec Stéphane et arrivons en haut d’un escalator super haut d’où j’entends une voix mélodieuse et attractive comme un aimant. « Eh toiiii là-haut descends ». Tiens un CRS avec deux militaires appelés pour le plan Vigipirate. Il a l’air costaud celui-là.
-Vos papiers s’il vous plaît.
C’est marrant parce que moi j’entends vos papiers pauvre merde.
-Mes papiers ?? Pour quelle raison ?
-Qu’est-ce qu’il y a tu n’es pas content. Vide tes poches.
-J’imagine que vous cherchez une seringue ?
-Si tu continues à faire le mariole, je t’emmène au poste et je te mets un doigt dans le cul c’est clair.
Déjà, j’ai envie de dire, que mariole est l’insulte la plus pourrie que je connaisse. De plus, à un moment ça va les cheveux, le gars il veut me mettre un doigt dans le cul.
-Quoi, tu veux me mettre un doigt dans le cul, mais il n’y a pas de problème, tu n’as qu’à le faire direct ici...
Je dégrafe ma ceinture, commence à baisser légèrement mon froc.
-Vas-y, n hésites pas on y va.
-Eh chef, pourquoi tu ne m’en demandes pas à moi de papiers ? Hein, pourquoi pas à moi t’es raciste ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Tiens, il est là Stéphane, j’aime bien Stéphane.
-Ouais pourquoi pas à lui, pourquoi toujours à moi ? Qu’est-ce qu’il y a vous n’aimez pas ma gueule, vous avez décidé de ne faire chier que moi.
Le ton monte, les appelés stressent, ils n’ont pas l’habitude, peut-être hier étaient-ils encore à se balader, ce ne sont que des gamins de 19 ans comme moi. Stéphane s’énerve de plus belle. Je profite une fois de plus de la confusion pour arracher ma carte de la main d’un des appelés et je me tire en rogne. Stéph me suit, les flics n’ont pas l’air d’emboiter le pas. Je hurle dans le couloir du métro « bande d’enfoirés ». Je suis hors de moi. Stéphane me tape sur l’épaule.
-Calme toi ti mal, j’ai des acides dans la poche, il vaut mieux que l’on se fasse petit.
-Putain, on vient de passer à côté d’une sacrée merde.

Lundi matin au lycée :

J’ai réussi à ne pas m’endormir ce matin. Tout d’abord Nat m’a appelé hier soir, pour me dire je ne sais pas, peut-être etc... Enfin ça m’a donné la pêche. Il vaut mieux des news peu fiables que le silence radio. De plus le cours était sympa. Nous avons commencé par un cours théorique de mécanique où le prof nous a expliqué que dans le futur, les constructeurs seront capables de prévoir les pannes des véhicules et que donc ils les anticiperont. De ce fait, nous ne tomberons plus en panne avec nos caisses. Bref, j’emmènerais ma voiture au garage avant qu’elle soit en panne et je ferais un chèque. Ça m’a fait marrer je ne sais pas pourquoi. Enfin, nous avons fini par un petit cours pratique sur comment ouvrir une voiture quand nous n’avons pas les clés. En gros, comment ouvrir une voiture avec une tige de fer. Alors, je dis bravo. Nous passons d’une formation en électronique embarquée à une formation de voleur de caisse. Remarque avec le peu que nous avons appris ici ça peut servir...

Lundi midi :

Hubert m’attendait pour m’emmener à l’entretien pour notre stage. Il a une R21 super bien entretenue.
Il me fait le speech de sa caisse tout le trajet. Personnellement, la dernière Renault où j’ai tripé c’était la super 5 gt turbo, c’est vous dire si je m’en tape. Cependant elle est confortable sa caisse et il est sympa. Il m’emmène, alors je l’écoute. On arrive, je descends de sa voiture et là il pète les plombs.
-Eh oh, ça ne va pas ou quoi ?
-De quoi tu me parles ?
-Regarde c’est quoi ça ?
-Je ne sais pas un cheveu ?
-Un cheveu long. J’explique ça comment à ma femme moi. Si elle trouve un cheveu long dans ma voiture, elle ne croira jamais que c’est un mec qui le portait ok.
-Ok, je suis navré...
Il commence vraiment tous à me faire chier avec mes cheveux. Le gars il pète un plomb pour un cheveu, alors les flics quand ils voient ma tignasse ils deviennent fous je comprends.

Lundi en début d’après-midi :

L’entretien s’est bien déroulé, j’ai été pris, mais pas Hubert. Pourtant il présentait bien. C’est sans doute plus compliqué d’être noir que d’avoir les cheveux longs, ou il a beugué pour un cheveu, je ne sais pas. En tout cas moi, j’ai peut-être une chance de trouver un taf malgré tout. La nana de l’entretien ressemblait pas mal à Nat en un peu plus vieille et plus élancée. Elle était vraiment mignonne. J’ai hâte de commencer.

Un mois et demi plus tard :

Cela fait trois semaines que je suis en stage. J’ai monté une alarme le premier jour avec un mec sympa. Depuis, nous ne faisons que des parebrises et des parebrises. Il n’y aucun client pour des autoradios ou des alarmes. Le mec avec qui j’ai monté l’alarme m’a dit que c’était assez rare de toute façon. Le seul truc fun que l’on a fait est de monter un toit ouvrant. Il a été nécessaire de découper le toit de la caisse c’est assez tripant. Dans l’ensemble les gars sont sympas. Ils m’appellent le poète, parce que je suis en train de lire en arrivant le matin. J’aime les bouquins, j’en ai pris l’habitude. Le Masque de l’oubli de Dean Koontz, voilà la gueule du poète. Les nanas dans les bureaux sont sympas mais pas très agréables. Aujourd’hui, je m’ennuie, pour finir la journée je balaye l’atelier. Je prends mon temps. Il n’y a rien d’autre à faire. Les autres sont presque tous de sortie pour des interventions. Il reste un collègue en train de nettoyer un truc. Encore trois quart d’heure à tenir. La nana qui ressemble à Nat sort du bureau et me regarde.
-Tu balayes comme un homme ou tu ne balayes pas...
Le ton est rude. Je ne dis rien. Elle rentre dans son bureau. Je me dirige en direction des vestiaires. Je me change. Je passe devant les bureaux, ouvre la porte, et lui crie que je me casse de sa boite de merde. Je fous un grand coup de pied dans une bite en plastique qui vole à ma grande surprise et me casse pour toujours de sa boîte de merde.
La journée est terminée, je suis fatigué, je pourrai dormir, demain je n’aurai pas à me lever. Mon bouquin, où est mon bouquin ? Je ne veux pas penser. Tiens il porte bien son nom........


Le masque de l’oubli

Elle pensera que je n’ai pas fait d’effort.
Je suis pourtant si épuisé.
Elle pensera sans doute que j’ai tort.
Je veux tout oublier.
Le poète prend son bouquin, pour ne plus penser.
Le psychopathe prendrait son arme pour les buter.

Elle me fixe dans le métro de son papier glacé*.
Tu peux rester les bras croisés, ma vie n’est pas télévisée.
Il n’y aura pas de jolie blonde pour venir me sauver.
J’ai lutté mais je ne pouvais pas gagner.
Je n’irai plus au combat sans être armé.
Aujourd’hui il ne me reste que des regrets.

J’ai essayé de passer entre les gouttes.
De me sauver pour la retrouver.
De me frayer un chemin malgré tout.
De m’imaginer vivre employé.
Finalement, j’ai pris des coups.
Ils ont réussi à me sonner.

Elle pensera, que je n’ai pas fait d’effort.
Vexé par une jolie poupée j’ai cédé.
Il n’y a pas de petite brune pour me sauver.
Je pense qu’elle m’a juste oublié.
Finalement, j’ai mangé la poussière.
Je resterai au paradis des gangsters.

Une petite chaleur au fond du cœur,
Un héritage plein de chaleur.
Une énergie venue d’ailleurs.
J’étais capable maintenant de le faire.
Je changerai d’univers.
Je quitterai bientôt, le paradis des gangsters.



*Affiche du film Esprits Rebelles de 1995.

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