Par une nuit sans lune

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Ado de 18 ans aimant en vrac : les livres, écrire, le jazz, les mangas, les chiens, le saxophone, l'aïkido, partager et discuter des idées ! Et surtout qui n'a hélas pas beaucoup le temps  [+]

Tout avait été prévu. On s’était retrouvé il y a trois mois chez Marco. Façon de parler. Une petite cabane perdue sur la côte, pas loin du Havre en voiture ou en bateau, mais il y avait quand même une trotte à pied. Une bonne planque quand on veut se cacher, mais trop loin du centre-ville pour ce qu’on prévoyait de faire.

C’est Tina qui s’est chargée de la location. Bien roulée, la Tina. Mais pas touche, hein. J’ai bien compris qu’elle était à lui. Elle était pas sainte-nitouche, et lui s’en amusait plus qu’autre chose. Mais j’y touchais pas, un peu comme un bibelot. Il la considérait un peu comme ça, d’ailleurs. Sa propriété, très fragile, que lui seul avait le droit de manipuler.

Marco, lui, c’était plutôt le genre qui te souriait quand tu lui collais une droite, mais qui ne se gênait pas pour t’en remettre une, puis deux, puis jusqu’à ce que tu t’écroules en sang, et tout ça avec le sourire, s’il vous plaît. Je crois que c’était cette bestialité qui faisait que toutes les filles tombaient dans ses bras. Forcément, le physique jouait aussi. Il était très musclé, une gueule d’ange, les cheveux blonds, les yeux bleus, du genre qu’on voit bien porter une marinière, mais gentil, attention, il a des muscles mais il ne mordrait pas, il a l’air si doux. Et ben si, il mord. Et drôlement, même, surtout quand il s’agissait de Tina.

Mais je m’écarte du sujet. Tina avait donc fait le tour des agences immobilières, et au terme de sa recherche, elle était revenue en disant quelle avait trouvée l’appartement qu’il fallait, au premier étage, avec vue sur la rue qui nous intéressait. On voyait qu’elle avait du se remaquiller, et sa robe tirait un peu du côté gauche. Je me suis demandé quelle façon elle avait employée pour trouver un appartement, même si j’avais ma petite idée, surtout quand elle a dit qu’elle l’avait eu pour seulement deux cents euros par mois. Lui aussi devait avoir cette petite idée, mais il n’a rien dit.

On a donc déménagé dans l’appartement, mais le terme « déménagé » est un peu fort, vu ce qu’on avait dans la toute petite bicoque sur les dunes. Et la planque a commencée.

C’est le plus chiant, dans toutes les opérations de ce type. La planque. On attend. On écrit ce qu’on voit. Et pas moyen de faire passer le temps avec des films, ou autre chose, non : on reste sans bouger, là à regarder le monde tourner derrière sa fenêtre.

Mais la période de planque s’est finie. On avait noté toutes les entrées et sorties, les heures de pointes, les jours fériés, les changements d’employés, les livraisons, même les patrouilles de poulets dans la rue et dans le quartier. On passait devant la boutique, on faisait le tour du pâté de maisons, on repassait devant, et on rentrait dans l’immeuble. Deux fois par jour, chacun de nous trois, ça nous a pris trois mois en tout. Mais ça valait le coup, disait Marco.

Le plus gros vol de bijouterie des dix dernières années. Trois jours avant, Marco avait loué un hors-bord pour la semaine. C’était lui qui était chargé du plus gros boulot : entrer et braquer le bijoutier. Tina devait déposer Marco en voiture, puis couper le courant du quartier pour éteindre les caméras de surveillance puis filait nous attendre dans la planque en dehors de la ville, où nous devions nous retrouver et partir dans mon tout-terrain. Moi, j’attendais Marco dans le bateau en dessous du pont.

À 19 heures précises, un soir de novembre, Tina s’arrêtait devant la bijouterie où Marco descendait. Moins d’une seconde plus tard, elle repartait sur les chapeaux de roues, tandis que Marco patientait une minute et demi devant la bijouterie, laissant le temps à Tina de faire son boulot puis entrait braquer le bijoutier avec dans la main gauche un sac de sport pour mettre le butin, un pistolet à silencieux dans la main droite et un sac sur le dos. C’est là que résidait toute l’astuce : il avait dans son sac un jeu de mousquetons, un baudrier et une dizaine de mètres de corde d’escalade. Une fois son boulot accompli, il devait foncer vers le canal, compter trois réverbères, sortir son arsenal de son sac, s’accrocher au poteau et descendre en rappel jusqu’au bateau dans lequel je l’attendais, pour foncer jusqu’à la vieille maison à côté de la plage, où nous attendrait Tina.

Ça ne devait pas se passer comme ça. On avait tout prévu. Ce n’est pas normal. Pourquoi ça ne s’est pas passé comme prévu ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qu’on n’a pas fait comme il faut ? Ça ne devait pas se passer comme ça.

On m’a apprit plus tard que Marco avait dû changer de côté de rue à cause de travaux qui s’étaient mis en place en urgence, un bâtiment ancien menaçant de s’effondrer. Il n’avait pas pu retraverser avant le pont et le courant étant coupé, le camion arrivant en face ne l’avait pas vu. Il est mort sur le coup. Les flics m’ont arrêté à 19h40, alors que j’essayais de m’enfuir, pensant qu’il était arrivé des cracks à Marco. Comme je n’avais qu’une implication mineure dans l’affaire et que j’ai accepté de coopérer, j’ai écopé de dix ans de prison.
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Utilisateur désactivé · il y a
Beaucoup de non-dit dans cette histoire. Dommage qu'on laisse Tina comme ça. Elle est pourtant bien intéressante cette femme dont la robe tire sur le côté gauche. J'aurais aimé, j'aimerais encore en savoir un peu plus sur elle.
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Gam · il y a
Alors. Tina. Tina a grandi dans les faubourgs de Naples, son père était docker, et sa mère pochtronne. Elle jouait avec les autres enfants pauvres du quartier jusqu'à ses 13 ans, quand son père est mort écrasé par une caisse. Elle l'aimait beaucoup, même s'il n'était pas souvent là. Elle se renferma donc pendant longtemps sur elle-même, puis se mit à faire des petits boulots, ou du vol à l'étalage, pour payer l'alcool dont se servait sa mère pour continuer à avancer dans la vie tout en restant assise dans son canapé en gueulant ses ordres à travers tout l'appartement, ce qui était très pratique pour cette dernière, et très fatiguant pour Tina, sa petite sœur, et tout le voisinage immédiat de cette horrible matrone, qui, soit dit en passant, buvait comme trou. Tout ceci pour faire comprendre aux éventuels lecteurs de ce commentaire déjà suffisamment long pour que l'auteur lui-même s'y perde l'existence mélodramatique dans laquelle vivait la pauvre Tina. Elle mena se petit bout de vie pendant trois ans, ce qui nous mène à ses 16 ans, date anniversaire (on était un 22 mai) où elle quitta le logement matrimonial pour aller vivre sa vie ailleurs. Elle se dirigea donc vers Turin, où elle rencontra Marco, escroc en tous genres, qui l'embarqua dans ses vols prémédités, mais pas assez préparés, raison pour laquelle il furent obligés de quitter l'Italie en vitesse. À l'époque de l'histoire sus-écrite, elle va avoir 23 ans, et c'est son 17ème cambriolage.
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Utilisateur désactivé · il y a
Ben voilà ! Y'a qu'à demander !
En fait c'est elle qui a servi de modèle à Victor Hugo pour Cosette dans les Misérables si je comprends bien...

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Gam · il y a
Et m...ince... Encore un classique que j'ai pas encore lu...

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