Par une nuit de pleine lune

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Le futur n'est pas encore écrit, il le sera en fonction des choix que nous faisons dans le présent  [+]

Thomas courrait à perdre haleine, guidé par la faible lueur de la pleine lune. Elle dardait ses rayons sanguinolents à travers les arbres centenaires de la forêt. Les branches des frênes s'agitaient dans une danse macabre et majestueuse dont la beauté échappait au jeune homme.
Par moment, la lumière disparaissait comme aspirée par une force surnaturelle. Mais il continuait sa course effrénée car sa vie en dépendait.
À bout de souffle, il s’arrêta quelques secondes, espérant reprendre des forces.
Mais, le sort sans pitié, ne lui accorda pas cette faveur. Un mort-vivant surgit brusquement, essayant de lui arracher des lambeaux de peau pour se nourrir de cette chair encore chaude.
Le jeune homme prit de nausée aperçut avec horreur le visage à moitié dévoré par les vers blancs qui grouillaient autour des orbites vides semblant les transpercer. En se débattant, il arracha la main aux ongles fissurés qui essayait de le déchiqueter. Le membre froid et pourri se décrocha du corps dans un horrible bruit de succion.
Il la jeta au loin avec dégoût et profita de la surprise créée, pour ramper sur quelques mètres avant de pouvoir s'enfuir. Le zombie gisait au sol, étourdi et visiblement décontenancé par la perte de sa main, qu'il semblait chercher du regard.
Une petite pluie froide se mit à tomber, apaisante au début, puis de plus en plus forte, rendant le sol boueux et glissant. Chacun de ses pas s'enfonçait dans la terre molle qui collait à ses chaussures en les alourdissant.
Le souffle court, le jeune homme perdait du terrain sur ses poursuivants. Il écrasa un crâne qui roula sous son pied le faisant tomber lourdement sur le sol. Étendu sur le ventre, le visage couvert de boue, il n'avait plus la force de continuer.
Comment imaginer qu'à peine quelques heures auparavant, il était en compagnie de sa meilleure amie, Jade, chantant un tube qui passait à la radio. C'était la nuit, mais pourtant rien ne laissait présager de l'horreur qui allait s'abattre sur eux.
Tout avait commencé comme dans un mauvais film de série B, le véhicule tombé en panne de gasoil sur une route déserte avait contraint les deux amis à rechercher une station service.
Jade riait et plaisantait en imitant le cri d'un hypothétique loup garou, quand quelque chose s’était abattu sur eux. La jeune femme surprise par cette attaque inattendue, n'avait pas réagit, puis, elle avait hurlé encerclée par les morts-vivants.
Un cri épouvantable à vous glacer le sang. Thomas n'avait même pas essayé de la secourir, il avait fuit comme un lâche, laissant son amie aux prises d'une armée de zombies. Et depuis, il essayait de se convaincre qu'il n'aurait rien pu faire pour elle. Blessée par les morts-vivants, elle n'allait pas tarder à se métamorphoser en un monstre sanguinaire et sans pitié qui n'hésiterait pas à le poursuivre dans la tombe. Cette pensée insupportable lui souleva l'estomac, lui donnant l'énergie dont il manquait pour se relever.
À présent la seule chose qui comptait pour lui était de rester en vie et il allait tout faire pour atteindre cet objectif. Les grognements inhumains des créatures fantasmagoriques se rapprochaient, il devait absolument trouver un abri où se réfugier.
C'est alors qu’il aperçut à moins d'un kilomètre, un manoir isolé dont les hautes fenêtres diffusaient une lumière blafarde. Il semblait rayonner tel un phare indiquant le chemin aux marins égarés.
Thomas lança ses dernières forces dans la quête de cet éden providentiel. La sueur coulait dans son dos, ses cheveux collaient à son bonnet de laine et son cœur battait à se rompre. Jamais il n'avait autant demandé à son corps épuisé.
Le bâtiment de trois étages dressait ses tourelles vers le ciel, semblant le toucher.
Sinistre et arrogant, il aurait fait fuir le plus courageux des hommes. Sous le porche, un fauteuil à bascule sans occupant se balançait doucement en grinçant. Mais Thomas ne s’attarda pas sur ses détails inquiétants.
Il souleva le heurtoir de bronze qu'il projeta avec force sur la lourde porte de bois. Il n'arrêtait plus de frapper, tendu, dans une attente désespérée de voir enfin apparaitre un visage humain.
La porte s'ouvrit en craquant sur ses vieux gonds fatigués, laissant place à un improbable locataire.
Il s'agissait d'un vampire grand et mince aux yeux injectés de sang.
Une longue cape de soie noire coulait sur ses épaules et ses canines proéminentes ne laissaient aucun doute sur la nature de son alimentation.
Derrière lui, un diable tenait une hache avec laquelle il s'était vraisemblablement tranché la tête, qu'il portait comme un simple paquet, glissée sous son bras.
- Bienvenue Thomas, susurra le vampire en soufflant sur lui une haleine fétide avec des relents de sang séché.
Puisant dans ses dernières forces, le jeune homme fit volte face et sauta par-dessus le parapet qui bordait la terrasse. Dans sa chute il se brisa le poignet, mais la douleur de la fracture n’était rien en comparaison de la mort horrible qui l'attendait s'il restait ici un instant de plus.
Il courut encore et encore droit devant lui sans réfléchir, sans se retourner. Puisant dans d'ultimes ressources insoupçonnées.
Il traversa la forêt, plus vite qu'une antilope fuyant son prédateur, se blessant au passage sur les bosquets de ronces. Il n'essuya pas le sang qui perlait le long de son blouson, déchiré au coude.
Sa course se termina au bord d'un ravin, un gouffre sans fond noyé dans l’obscurité de la nuit.
Il regarda devant lui, avec l'envie de rebrousser chemin mais une force irrésistible l’empêchait de le faire et l’attirait vers cet abîme salvateur.
Il regarda derrière lui, aperçut le vampire qui hurlait, faisant des gestes désespérés pour le rattraper.
Les zombies s'étaient regroupés et avançaient beaucoup trop vite, comme mus par une lucidité collective. Thomas devait faire un choix et il fallait faire vite.
Il recula, hésita quelques secondes avant de s'élancer dans le vide. Comme un oiseau dans le ciel, il plana, envahit par un sentiment de liberté, de plénitude. Puis son corps heurta les rochers en contrebas, dans un bruit sourd d'os brisés. La douleur fulgurante déchira son cerveau, noyé dans un flot de sang.
En haut de la falaise, Jade affolée avait ôté son costume de diable et jeté la fausse tête qu'elle portait sous le bras, les morts-vivants avaient retirés leurs masques, se penchant avec horreur pour apercevoir le corps sans vie de leur ami, éclairé par la pleine lune de cette nuit de juin. Une fête d'anniversaire qui venait de tourner au cauchemar.
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