Pamphlètitude

il y a
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AU TEMPS DES CHAUMIERES

-Depuis sa chambre de neuf mètres carrés au 12 eme étage d'une tour avec vue imprenable sur les toits et les rues de la grande ville, avec plus loin, le bruit de l'autoroute et plus près celui de la voie ferrée, Adrien regardait les yeux dans le vague. Comme c'était beau tous ces toits et la rue en dessous... Il était né là, il y avait seize ans. Cette tour, était son domaine.
Son père était contremaître dans une usine de laminage, il rentrait le soir fourbu et peu disert, sa mère travaillait dans un hôpital et avait des horaires décousus. Avec son mari ils ne se voyaient presque pas et lui Adrien ne les rencontrait pas souvent ensemble non plus. Il se retrouvait seul Mais c'était quand même, pour lui qui n'avait rien connu d'autre, mieux qu'au temps des chaumières, où il fallait tirer l'eau au puits, labourer ses terrains, faire des travaux pénibles et lui, au lieu de regarder à la fenêtre serait à cette heure très occupé dans les champs. Quelle horreur !
Et pourtant !
Comme la vie était belle au temps des chaumières, les fleurs sauvages poussaient partout, la campagne était fleurie jusque dans ses moindres recoins. Le millepertuis voisinait avec le mourons aux oiseaux, la marguerite qu'on effeuillait (je t'aime un peu, beaucoup etc) faisait au bord des fossés et dans les prés, bon voisinage avec le coquelicot, l'herbe de Saint Jean ou le bleuet dit « casse lunettes » Sans oublier la fleur de pissenlit (autant en emporte le vent) le bouton d'or, la petite bardane(tire chignon) et l'impatience, la médicinale camomille, ainsi que des tapis de petites fleurs anonymes de toutes les couleurs.
Oui comme la campagne était belle, ça n'était qu'un énorme bouquet de fleurs sauvages, fleurs qui poussaient jusque devant les portes des maisons. Le ciel était noir d'hirondelles, ces gracieux volatiles si fidèles en amitiés, qui chaque année venaient retrouver sans se tromper, leur nid chez l'habitant. Ou l'effronté moineau, qui bien souvent l'hiver une fois plumé trônait sur une fricassée de pommes de terre. Il faut dire qu'il pullulaient le moineaux.
Les nuits d'été agrémentées du chant du grillon et des crapauds. Des crapauds infatigables chanteurs. Le coassement des grenouilles dans les mares. Les sauterelles les jours de soleil, les escargots les jours de pluie. Comme dame nature était généreuse. Les lièvres au gîte, les compagnies de perdreaux ; perdreaux que les gamins rattrapaient à la course et apportaient à la maison. Jeannot lapin, qui mangeait les salades des jardins et finissait bien souvent en civet, victime de sa gourmandise. Le cajole-ment du geai sentinelle de ses congénères, le pullulement continu de la huppe, le hululement du hibou et le chuintement de la chouette, les alouettes, les corbeaux, les corneilles ces nettoyeurs- fossoyeurs de la nature, la chauve-souris. Les vaches, les chèvres, qui entretenaient chemins de terre et haies en allant aux pâtures. ;
Tout ça et bien d'autres choses encore, avec comme musique de fond, un millier d'insectes qui, certains par manque de chance, finissaient dans la toile si bien tissée de l'araignée mais dont le rôle était de faire vivre et se reproduire, les plantes sauvages
Les enfants, couraient dans les prés, mais travaillaient aussi très jeunes. Le travail ? Quel bonheur pour eux, faire comme les grands ! Avec ça, les habitants avaient le temps, le temps de rouler consciencieusement une cigarette ou de bourrer une pipe, le temps de trinquer, le temps de discuter, le temps de rire. Ils n'avaient pas le confort dit-on, mais qu'est-ce que le confort ? Qu'est-ce que le bonheur ? Ceux qui aujourd'hui ont le confort, ont-ils le bonheur ? A cette époque, ils avaient le leur de confort ; un confort que l'homme moderne n'aura plus jamais : la liberté.
Et vivre en homme libre, ne pas devoir courber l'échine, n'a pas de prix !
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Jeanne en B · il y a
Une époque où les gens ont eu la sensation d'être heureux et libres ?
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Georges Marguin · il y a
NON moi qui ai presque un siècle d'existence, je peux comparer.Une nature luxuriante, des rivières à truites, un silence troué en permanence par le rire, des villes de taille humaine où tous se connaissaient, jamais on ne le reverra.
Etre heureux aujourd'hui, c'est travailler en 3X8, être éloigné des enfants, la bagnole, la télé et finir en Ehpad. Merci du peu ! Qu'hier les gens étaient heureux... sans le savoir.

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Ginette Flora Amouma · il y a
Que la nature est belle et comme vous savez nous en faire sentir les bienfaits !
Et ce goût de liberté que vous avez remis au goût du jour !

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Joëlle Brethes · il y a
Très belle réflexion dans ce très beau texte ! Bravo, Georges. Ceci dit, me voici tristounette car ici, à Cuisery, il y a 50 ans je me souviens en effet de cette nature généreuse et des trâlées d'insectes sur les chemins ou dans les champs...
Bisous ❤

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Georges Marguin · il y a
Les jeunes ne peuvent pas savoir. Aujourd'hui, le soir on peut laisser les fenêtres ouvertes et la lumière allumée, on est pas dérangés par les insectes, papillons, moustiques etc. Les fraises des bois, les mures de ronces, la marguerite ; je t'aime un peu, beaucoup...etc tout ça disparu.J'ai gribouillé: Au temps des chaumières qui n'a pas passé, mais je ne leur en veut pas, ils ne savent pas; ils ne sont pas de ma génération. Ce que j'ai retrouvé et apprécié pendant le confinement ? le silence de la campagne de mon enfance chez mes grands-parents..