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Martine marie

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« Tenez , jeune homme, voici mes papiers, mes bijoux, mon argent liquide... Désolée il n’y a pas beaucoup... juste de quoi prendre un taxi quand vous sortirez d’ici. Mais ne vous inquiétez pas, quand vous irez à ma banque, vous trouverez dans mon coffre tout ce dont vous rêvez ! Voici une procuration, le code et la clé : J’insiste, surtout ne les perdez pas !

Vous voulez me tuer?
En voilà une excellente idée !

Mais avant que vous ne m’égorgiez, auriez-vous l’extrême amabilité de m’accorder une faveur ? Vous savez la dernière cigarette du condamné ou le dernier repas avant le trépas. Moi ce que j’aimerais avant de mourir, c’est que vous m’écoutiez...Après tout, à mon âge, on peut prétendre tout de même à un peu d’égards.

Je m’appelle Adèle, j’ai 76 ans. Je suis tellement en forme que je fais l’admiration de mes voisins et je suscite l’interrogation de mon médecin.

Mais regardez-bien mon visage jeune homme, n’y voyez-vous rien d’étrange ?

Il n’y a pas une seule ride et je n’ai même aucun signe de fatigue. Mon cœur est en pleine forme et mes analyses sont bonnes. Ma femme de ménage, qui monte, elle, les escaliers en soufflant comme un bœuf, m’envie. Quant à mon médecin, ce pauvre crétin, il n’y comprend toujours rien.

Je vais bien...très bien...
Anormalement bien!

Enfin c’est ce que tout le monde croit ! Parce qu’en vérité, à l’intérieur de moi, tout est vide, creux et froid.

Froid depuis le jour où j’ai joué avec le feu...

C’était un matin d’octobre, je m’étais réveillée ce jour-là très fatiguée. J’ai bu mon café complètement angoissée. J’ai fini par me résonner, je me suis dit qu’il fallait que je sorte et que je me change les idées. Et c’est en allant me préparer que tout à commencer.

Devant la glace, j’ai découvert avec effarement mes premiers cheveux blancs.
Au coin des yeux, quelques plis, inhabituels, étaient apparus et mes mains...

Diable mes mains!
Quelques fleurs de cimetière y avaient fleuri pendant la nuit.

L’empreinte du temps commençait donc à se montrer.
Pour la première fois, j’ai réalisé que je vieillissais !
Des tas de questions ont fusé :

Dans un an, dans cinq ans, dans dix ans, dans quel état serais-je ?
Une vieille pomme toute ridée, courbée et tremblotante ?
Aurais-je encore toute ma tête ?
Pourrais-je marcher ?
Devra-t-on me changer ?
Finirais-je comme certains vieux débris dans un de ces mouroirs de carnavals que l’on appelle « maison de retraite »?

Maison de retraite ? MAISON DE LA MORT OUI !

La mort, à votre âge jeune homme, on se dit que c’est encore loin, que ce n’est pas pour demain.

Mais au mien, logiquement, le lendemain devient un jour incertain.

En réalisant que j’allais entrer définitivement dans l’hiver, mon cerveau a fait une violente marche-arrière. Soudain j’ai compris que j’avais bâclé mon printemps, pas assez profité de mon été et que j’allais crever.

A cet instant précis, jeune homme, je suis devenue folle !

Tous mes membres se sont mis à trembler. Prise de panique, j’ai cassé miroirs montres et pendules. J’ai même déchiré mon calendrier. J’espérais ainsi tout arrêter.

Et quand la cloche de l’église s’est mise à sonner, j’ai entendu l’écho de la mort résonner. Je me suis mise à hurler comme une folle.

J’ai vomi mon café, je me suis griffée, j’ai arrachée mes cheveux.
Et plus je souffrais et plus mon envie de vivre s’intensifiait.

Un terrible compte à rebours venait de se déclencher. Il était hors de question que j’accepte cette fatalité : je ne voulais pas mourir ! Vous m’entendez ? Je ne voulais pas mourir ! Quelle idiote je faisais !

Alors, vous savez ce que j’ai fait ?
J’ai prié... Oui, j’ai prié Dieu !
Je l’ai imploré, je l’ai supplié de m’épargner.
Ce salaud ne m’a jamais répondu et c’est le Diable qui est venu.

Oh il n’avait pas de pieds crochus, ni de queue fourchue...
Non il était bien plus terrible que cela : il me ressemblait !
Il avait usurpé l’apparence de mes 20 ans.

Je me suis vue belle et gaie.
J’avais le monde à mes pieds.

Le Malin m’a pris alors par la main et j’ai voyagé dans mon passé.

J’ai revisité mes rêves secrets. Ceux que je croyais avoir oubliés.
Je me suis baladée dans mes envies...inassouvies.

Puis, j’ai ressenti à nouveau sur ma main celle glaciale du Malin.
Il m’a entrainé dans un tourbillon de folie. J’ai chuté à une vitesse vertigineuse au fond d’un puits où il faisait nuit noire. Ma descente n’en finissait pas.
Je me souviens qu’au cours de cette chute infernale, j’ai entendu des cris atroces qui venaient des enfers. Ces hurlements étaient si horribles que j’ai tenté de m’arracher mes oreilles pour ne plus les entendre.

Tête en bas, mon corps continuait à plonger, plonger, plonger...jusqu’à ce qu’apparaisse une vision de cauchemar : une gueule béante aux crocs acérés.

La collision fut violente ; le choc terrible.

J’ai ressenti toutes les dents aiguisées de cette gueule déchiqueter ma chair. Mon corps n’était plus que douleur.
Je souffrais tellement que je me suis évanouie.

A mon réveil, j’ai cru que j’étais sauvée. J’ai vite compris qu’il y avait quelque chose qui clochait : je ne ressentais plus rien. Il m’a fallu quelques secondes pour comprendre que j’étais dans une tombe.

J’ai voulu crier mais aucun son ne sortait de ma bouche.
J’ai voulu me débattre mais mon corps refusait de bouger.

J’ai senti alors la pourriture de mon corps en décomposition, j’ai perçu le grouillement des vers qui rongeaient ma joue.
J’aurai aimé pleurer mais même cela m’était refusé.
Quand j’ai rouvert les yeux, le diable n’a pas eu besoin de me parler, il m’a juste tendu un papier.

Et j’ai signé.
Oui, j’ai signé...
Ça va faire plus de 150 ans que j’ai signé ce satané papier.

Depuis ce jour là, en moi, tout est vide creux et froid.

Je suis devenue une spectatrice blasée qui regarde passer la vie des autres.
Alors s’il vous plaît, ayez pitié...pitié pour une pauvre aliénée sans défense.
En me tuant, vous rachèterez vos fautes et vous profiterez de l’immense fortune que j’ai cachée dans mon coffre. Vous verrez, elle est inestimable.

Mais en attendant, s’il vous plaît, tuez-moi.
Allez...
... je vous en prie...
Merci. »


Banque de Paris, Salle des Coffres...

Alex entre dans la banque en se disant qu’il est fou, qu’il ferait mieux de se tirer, que ça ne va jamais marcher, qu’ils vont se douter de quelque chose.
L’hôtesse d’accueil le regarde bizarrement mais, finalement, accepte tous ses papiers sans broncher. Elle lui demande même de la suivre dans la salle des coffres.

Alex, les mains dans les poches, baisse la tête. Il a peur que la blondasse remarque qu’il est livide, qu’il est en sueur et qu’il tremble comme une feuille.

« Merde, se dit-il, c’est quand même la première fois que j’égorge quelqu’un ! Surtout que celle-là, c’était une vraie cinglée. »

Tout en suivant le cul de la blonde dans les couloirs interminables de la banque, il repense à elle... à ses yeux fous quand elle lui parlait du diable... et puis à son rire qu’il entend encore résonner dans sa tête.

Un rire si démoniaque qu’il a eu l’impression à ce moment-là qu’elle s’emparait de son esprit. C’est à cause de ce rire que la lame de son couteau a tranché doucement... tout doucement le cou de cette folle! Il voit encore le sang gicler, les yeux fous se révulser et sa bouche se déformer dans un rictus débile... Quelle cinglée ! Elle n’avait eu que ce qu’elle méritait !

Dans la salle des coffres, l’hôtesse le laisse : Alex reprend confiance. Il se dit qu’avec l’argent de la vioque, il va se racheter une nouvelle vie : Il s’imagine dans une grosse baraque, avec une nana, des mômes et même un clébard. Ouais, c’est ça la vie qui s’dit !

Le coffre ouvert, il découvre des bijoux ; et des liasses et des liasses de billets. En dessous, un document soigneusement plié. C’est un mot manuscrit de la cinglée :

Qui que vous soyez, je vous dis merci...merci de m’avoir libérée.
C’est étrange, au moment où j’écris cette lettre, je n’ai qu’une question qui me passe par la tête : Comment m’avez-vous tuée ? Étranglée ? Brûlée ? Noyée ? Peut-être avez-vous fait preuve d’élégance en m’achevant d’une balle dans la nuque... De toute façon, ne vous inquiétez pas, le diable et vous serez les seuls à le savoir.
Car il faut tout de même que je vous dise : j’ai oublié d’évoquer avec vous un petit détail...

Le seul moyen de récupérer mon âme, c’était d’en livrer une autre : La vôtre !

Dans cette histoire, il est prévu une peine incompréhensible de 150 ans à partir du jour où vous m’aurez tuée. C'est-à-dire que pendant 150 ans, vous ne pourrez même pas mourir. Diable, vous êtes sous haute protection maintenant !

Amusant non ?
Vous allez rire, ce n’est pas fini...

Petit conseil d’ami : Quand vous verrez mourir votre femme, vos enfants, vos arrière-petits enfants, vos voisins, votre chien... ce n’est pas la peine d’essayer de vous suicider, ça ne marchera jamais. (Pensez bien que j’ai essayé !)
Rassurez-vous, il y a tout même un espoir : Quand vous aurez dépassé ce fameux délai, il vous suffira juste de trouver un beau pigeon à plumer pour vous tuer !
Dernière petite information sur votre santé mentale à venir : Tous les cauchemars abominables que vous ferez à partir d’aujourd’hui ne s’arrêteront jamais.

En vous, Tout va devenir vide, creux et froid.

Je vous souhaite le pire,
Adèle.

A l’accueil, l’hôtesse frissonne : un Hurlement horrible vient de s’échapper de la salle des coffres...
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Image de Bénédicte Andrieu
Bénédicte Andrieu · il y a
J ai adoré et bien flippé à la fin 😉😁
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Image de Martine marie
Martine marie · il y a
C était fait pour ! Merci encore
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Gisele · il y a
gisele ,un petit proverbe bien mal acquis ne profite jamais bises (belle imagination Martine )
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Martine marie · il y a
Merci Gisèle ! Bisous
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Didier Lukan · il y a
génial
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Image de Martine marie
Martine marie · il y a
Oh ben c est gentil ça ! Merci
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Yzia Marchand · il y a
Genialement noir,
J'aime 👏

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Image de Martine marie
Martine marie · il y a
Merci Claire ! Bonne soirée bizzz
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