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Orpheline de coeur, orpheline de guerre

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Arya973

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Chapitre I : Commencement

Nous sommes en décembre 1941, il fait froid, il est huit heure du matin et les rares passants sont encore ensommeillés par une trop courte nuit, où vont-ils? Certains à l'usine d'autres à la boulangerie ou encore à l'église.
L'impatience règne dans la demeure des Dakston. On entend partout dans la maison, des cris, des ordres, des pas. L'excitation est à son comble, et cela durera jusqu'à ce qu'à dix heures précise, lorsque Gerusha prendras le bras de Mr Raphaël Reuven.
Mlle Dakston est aussi belle qu’un bouton de rose, ses cheveux de jais ondulent, libre dans le vent, ses yeux bleu profond sont envoûtés par le bonheur.
Son corsage bustier est recouvert de velours blanc brodé de fils d'argent, ses jupons de tulle fine sont eux recouvert de velours bleu brodé. Une capeline de fourrure blanche protège les épaules de la mariée du vent givrant de l'hiver. Ses délicates mains sont enveloppées dans des gants de satin couleur de neige et sont accordés aux escarpins qui se confondent avec le tapis de flocon. Raphaël porte une chemise blanche, une veste et un pantalon en velours bleu marine.
Ils marchent vers la synagogue avec bonheur. Comment devant tant de bonheur se douter qu'une tragédie approche?

Suite à la cérémonie de mariage, les époux partirent en voyage de noce pour la Norvège. Ces deux semaines de bonheur de découverte et de partage, s'écoulèrent rapidement. Mr et Mme Reuven s’apprêtaient pour le retour vers Paris. Gerusha entra dans la voiture et y déposa un panier rempli de vin, de pain, de viande et de fruits (de quoi tenir trois jours). Raphaël rejoint son épouse et ils partirent. Les paysages glacés de la Norvège défilaient devant leurs yeux durant quatre heures. Ils prirent alors un ferry qui les mèneraient au Havre.
Arrivés au port, le couple se retira dans une auberge et Raphaël sortit se rassasier. Il but tant qu'il ne marchait plus droit et heurta une troupe de soldats qui lui firent passer la nuit dans une cellule. Pendant ce temps, Gerusha s'endormait inquiète.
Mme Reuven le matin venu, signala la disparition de son mari, qu'on lui dit en garde à vue pour le reste de la journée.
Gerusha prit la voiture et s'en alla visiter les villes avoisinantes. Elle prit la direction de Trouville, mais en route, la jeune femme entendit des bombardements qu'elle situait au Havre. Cependant les avions se rapprochaient et Gerusha ne savait que faire . Un fermier arriva et lui conseilla de se cacher dans les fourrés. Les avions survolèrent la campagne, bombardant fermes, champs et habitants. C'était la guerre.
Les domaines agricoles et les villes étaient ravagés par la fureur des avions allemands . Apeurée, Gerusha voulut retourner au Havre, bien heureusement le fermier l'en empêcha car d'après lui les allemands y feraient des prisonniers. Mme Reuven conviée par le brave homme se réfugia dans la cave d'une ferme en ruine, déjà occupée par une femme faisant de la soupe, deux marmots s'amusant aux osselets et un bambin emmailloté.
La jeune femme passa la journée puis la nuit avec la famille. Le lendemain, Gerusha s'en retourna à la ville. Ce n'était plus une ville ! Les immeubles étaient pour la plupart écroulés ou incendiés, on trouvait ici et là des cadavres, c'était le désolement.
Se dirigeant vers la place principale, elle vit des aryens inspectant un à un les prisonniers, soudain, son attention fut captée par un robuste jeune homme que l'on inspectait, c'était Raphaël. Il fut placé dans une camionnette qui prit la direction de Paris. Gerusha décida de suivre cette camionnette. La camionnette arrivée a destination, disparue.
Le cœur lourd, Mme Reuven regagna son domicile qu'elle trouva saccagé et sans traces de ses proches. Différents symptômes indiquèrent une nouvelle qui aurait dut être heureuse mais ne le fut pas.
Un jour de juillet, on vint sonner à la porte de Mme Reuven alors enceinte de sept mois.
Elle fut expulsée sans pitié sous prétexte qu'elle était juive.
Alors, un baluchon à la main, elle s'en alla sur les routes. Elle erra ainsi, un mois vivant de rapines. Gerusha savait qu'elle devait rapidement trouver un foyer sans quoi son enfant mourrait.
C'est alors qu'un couple fuyant le pays laissait derrière lui une masure délabrée. Bien que ce taudis fut sale, malsain et étroit, il avait des murs et un toit de quoi abriter cette pauvre femme et l'enfant à venir.


Chapitre II : Stabilisation

Mme Reuven, habile aux travaux d'aiguilles vécue de cela. En septembre, le quinze, vint au monde une fillette qui fut nommée Myriam.
Elle avait les yeux espiègles de son père et les cheveux noirs de sa mère. Cette petite était, heureusement pour elle de bonne constitution. Elle s'en sortie. Mais sa mère dépérit souffrant de n'avoir aucune nouvelles de son mari.
Myriam grandit en restant une enfant résolue et timide, toujours à l'écart des autres, elle était très intelligente mais n'avait pas le moyen de payer de grandes études. Gerusha désespérait de revoir jamais son époux. Myriam obtint très vite les qualités de sa mère, et bientôt se fut elle qui nourrit la famille . A quinze ans, Myriam était plus mature et débrouillarde que ses camarades ce qui créait des tensions. Alors un jour, elle partit car elle avait obtenue une bourse afin d'étudier le droit à Strasbourg. Et tous les week-end, elle venait s'occuper de sa mère et repartait. La jeune fille était admirée au village, et était l'exemple de toutes les petites filles.

A Strasbourg, Myriam était toujours solitaire jusqu'à ce qu'un jeune homme ose s'approcher d'elle. A partir de ce moment Myriam et George ne se quittèrent plus. Lorsqu'ils était ensembles rien d'autre n'existait, ils étaient en complète symbiose. Ils se complétaient et chacun dans leurs domaines étaient les meilleurs. La délicatesse de leur couple les renforça et les unis plus encore. George allait avec Myriam voir sa mère et cela continua quatre ans durant. Mais un jour qu'ils entraient tous sourires annonçant leurs fiançailles, les amoureux découvrirent le corps inerte de Gerusha. Dans la masure tout était propre et soigneusement rangée, une enveloppe trônait sur la table.Myriam s'effondra puis lut la lettre :

Le 14 mai 1961,


Ma chérie,

Comprend mon choix de partir, tu te diras certainement que c'est de ta faute que tu ne t'es pas assez occupée de moi. Mais c'est faux tu as été la lumière de mes pauvres jours. Je suis partie rejoindre ton père que je n'ai cessé d'aimer. Saches que je t'aime. Ma Myriam tu as toutes les qualités possibles tu es charmante intelligente je sais que tu t'en sortira. George est un homme bien ne l'oublie pas et aimes le comme un joyau.Tu ressembles tellement à ton père.
Ai des enfants, n'oublie pas le passé mais n'en fais pas une barrière.
Je voudrais que tu lâches mes cendres au poste de police du Havre. Regardes sous l'oreiller il y a mon journal et ma vie.
Pardonne moi mon bébé.
Je t'aime
Ta mère.




Chapitre III : Flash-back

Mme Reuven est brusquement tirée de sa mélancolie. C'est le sergent. Que vient-il faire ici? se demande Gerusha. Dehors sous la pluie et le vent se tient le sergent Maximilien. Il fait peur, il est revêtu de sa veste marron qui monte dans le cou et descend jusqu'au pieds, chaussé de bottes cirées, sa figure semble coupées du reste tant ses yeux renvoient des éclairs de bonté et de désole ment. Il toque et entre. Ses yeux ne renvoient plus que de la pitié tant le spectacle est attristant. Mme Reuven est affalée sur un fauteuil gris, sale et rapiécé et Myriam est retranchée dans un coin reculé et sombre de la cabane. Pour tout mobilier elles possèdent une table bancale en bois, un petit banc, une marmite et une louche posé sur une commode. Un petit lit rembourré de paille se cache dans un coin .
N'y tenant plus, Maximilien dit :
- « Toutes mes condoléances madame »
« Je vous en prie entrez, se rattrapa Mme Reuven »
« Je connaissais bien votre mari, s'excusa Maximilien »
« Comment ? Il n'est jamais revenu. »
« Nous nous sommes connus dans une autre vie »

Maximilien remit un paquet à Mme Reuven et partit.

Chapitre IV : Renouveau

- « Chériie »
« Oui George ? »
« Viens »

Myriam entre dans la maison. Elle est devenue une grande jeune femme de 20 ans. Lorsque Myriam entre dans la pièce unique, elle est interloquée par la suspicion de son fiancé. Elle demanda ce qui se passait et George lui tendit un carnet et une photo. Celle-ci sentit alors les larmes lui monter aux yeux. C'était à son père, voici donc ce paquet qui avait disparu.
En réalité George et Myriam vidaient le peu de mobilier de la maison de Mme Reuven.

Chapitre V : Effondrement et naissance

Paris, XVIème arrondissement. Au troisième étage d'un immeuble, la lumière est encore allumée, Myriam veille à son bureau. Cela fait quatre ans qu'elle vivait avec George. Elle caresse tendrement son ventre arrondi. Myriam ressort la lettre d'adieu de sa mère. Ses larmes roulent lentement sur ses joues. Cette tristesse ne devraient pas l'assombrir mais elle ne peut s'empêcher de penser que l'enfant qu'elle porte ne connaîtrait jamais une famille complète. La jeune femme vivait à présent seule dans cet appartement de deux pièces.
Son regard se brouilla, se pourrait-il qu'elle soit seule ? Comment ? Pourquoi ? Pourquoi lorsqu'elle voyait ce couple qui s'embrassait au coucher du soleil sous un saule pleureur, pourquoi se disait-elle « jamais je ne connaîtrai cela »? Se pourrait-il que la vie soit si injuste? Et pourquoi cet homme en costard, à genoux devant son aimée à qui il présentait une petite boîte en velours rouge, pourquoi avait-il soudain la figure, les traits si droit de son cher George? Myriam croyais devenir folle dans son égarement, elle était perdu. Et vous savez dans les dessins animés lorsque l'on voit les personnages avec des dollars dans les yeux ? Eh bien Myriam voyait des Georges partout.

Myriam était sortie de l'hôpital raccompagnée par les ambulanciers, elle avait fait un malaise. Mais était-ce important ? Quand elle ne voulait plus vivre, quand son cœur s'était détaché de sa poitrine. Elle suffoquait, tremblait, ne parlait plus.
George, le père de son enfant, sa raison de vivre comment pouvait-il être mort???!!!Pourquoi était-ce sa voiture qu'avait heurté ce camion????!!!!Pourquoi cette haine ? Cette sensation de trahison?La vie valait-elle d'être vécue ? George était mort, son enfant sans père. Et elle ? Elle, elle était avocate, enceinte, en deuil mais surtout sans rien à quoi se raccrocher.
Sauf si, attendez, cette lettre, mais oui!!Enfin une lumière, de la détermination, un objectif !

Léanor lui sauta dans les bras en l'embrassant. Oh cette chère petite, mon étoile pensait Myriam. A trois ans, Léanor était une enfant épanouie, ses boucles noires tombaient gracieusement sur ses petites épaules encore frêles, elle avait les yeux de son père si pétillants et si doux.
Myriam avait abandonné le tribunal pour devenir directrice de la AOTG (Aide aux Orphelins de toutes les Guerres). La jeune femme dirigeait avec brio, ces magnifiques soirées caritatives, fréquentées par les grands de ce monde n'en étaient que plus bénéfiques à tous ces orphelins de Guerre, à qui elle procurait logement et éducation.

Mais la plus grande réussite de Myriam est, sera et restera à jamais sa perle, son bébé, le fruit de son unique amour, Léanor. La brillante femme s'était apaisée et épanouie. Elle fit publier le journal de sa mère qui toucha énormément de monde, autant pour révéler la vérité que pour rendre hommage à son père sa mère et aux juifs.

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