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Fan principalement de SF et de polars, mais pas que Je vous invite à lire ma nouvelle en lice sur le site aufeminin.com : L'Avertissement  [+]

— Bonjour, Madeleine, tu es pimpante dans cette robe bleue, elle te va très bien. Quel est le programme aujourd'hui ?
Bernard se servit un café bien chaud et s'installa à la table du petit déjeuner. Souriante comme toujours, la ménagère un peu rondouillarde, la cinquantaine assumée, cheveu impeccablement permanenté et tablier affichant "J'ai vingt ans et trente ans d'expérience", le rejoignit.
— Bonjour Bernard. Ménage de printemps, je vais faire tout l'étage à fond, il en a bien besoin. Et toi ?
— Il est grand temps que je tonde la pelouse. Puis désherbage au jardin. Je pense que la première grosse récolte de fraises sera pour demain ! Tu peux déjà préparer la bassine en cuivre, les pots et le sucre !
— Ah, ça va leur faire plaisir, de la bonne confiture de fraises. Les petits adorent ça. Nous sommes vraiment privilégiés !
— La journée va être magnifique : soleil, 21 degrés prévus cet après-midi, brise légère, juste suffisante pour apporter un peu d'air.
— Tu sais Bernard, cela leur ferait tellement de bien de sortir un peu, rien qu'à l'arrière. Ils se tiendront tranquilles, ils ne risqueront rien.
— On en a déjà parlé cent fois, Madeleine.
— Je pense à leur santé, c'est important aussi.
— Nous reconsidérerons la question quand la situation aura évolué, la discussion est close.
— C'est toi qui décide après tout, Bernard. Je vais préparer leur plateau.
— Je pense que c'est inutile de te rappeler de ne laisser aucune fenêtre ouverte en quittant une pièce, même à l'étage.
— Des fois, Bernard, je me demande si tu sais vraiment qui tu as en face de toi.
— Oui, oui, désolé, Madeleine. Mais on n'est jamais trop prudent. A tout à l'heure.
Il se leva, jeta le reste de son café dans l'évier et sortit. Elle le regarda s'éloigner : l'arrière du crâne dégarni, le dos large, sa haute stature revêtue, lorsqu'il s'occupait du jardin, de son éternel duo salopette gris foncé chemise en flanelle épaisse, quelle que soit la température, son arme automatique légère à la ceinture. Il pouvait se montrer dur mais il jouait son rôle de protecteur à la perfection, voilà tout. Elle ne pouvait pas lui en vouloir.
Elle s'affaira en chantonnant tout bas, juste pour elle. Alors qu'elle aurait aussi bien pu, sans déranger les autres habitants de la maison, entonner à tue-tête le répertoire complet de Mandy Stone, une idole du rock du siècle passé, que tout le monde avait oubliée, sauf elle. Un jour, elle s'accorderait ce plaisir. Elle ne comprenait pas bien ce qui la retenait ainsi de ne pas simplement pousser la voix, comme elle en avait envie. Plongée dans ses pensées, elle effectuait ses tâches machinalement, disposant sur le double plateau : tasses, soucoupes, petites assiettes, couverts, deux thermos, le jus de fruit réhydraté, les pastilles vitaminées, puis les paillettes de confitures et de chocolat ainsi que le pain et la brioche hydropulsés. Elle souleva la lourde charge sans difficulté et se dirigea vers le couloir, s'engagea dans l'escalier, puis arrivée en bas, fixa un instant l'un des trois tableaux décorant les murs. À gauche d'une porte, une fente se matérialisa en silence. Elle y glissa la main droite, portant son équipement en parfait équilibre sur son seul bras gauche. Son index fut reconnu, elle pianota le code, retira sa main, la fente disparue. Elle se présenta devant l'ouverture automatique, qui se referma après son passage. Sous une douce lumière orangée, elle descendit encore cinq marches, fixa un œilleton, attendit dix secondes. Un panneau mural coulissa.
— Bonjour ! Il est 8h15 et voici votre petit-déjeuner ! Tu es seul, Ebène ?
L'homme était assis dans la pénombre. Les coudes posés sur la table, les épaules voûtées, encore en pyjama, il avait tourné vers elle une tête hirsute, pas rasée, des yeux bleu clair éteints. Il semblait davantage appartenir à une génération précédant de loin la sienne, décade identifiée par des prénoms issus d'arbres, selon une mode apparue subitement dans les années vingt et disparue depuis. Sa voix morne coupa le silence :
— Bonjour Madeleine. Ils dorment encore tous. Tu as reconnecté le réseau ?
— Je suis vraiment désolée mais Bernard s'y oppose. Vous le savez bien : c'est lui qui décide, précisa-elle en posant son chargement.
— Non, Madeleine, je te le dis encore et encore : ce n'est pas Bernard qui décide, c'est nous qui décidons. Enfin, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Que Bernard agisse ainsi, je peux le comprendre mais toi, Madeleine ? Tu n'es pas munie de l'option Sécurité Premium, toi. Nous étions d'accord car cela ne devait pas durer. Mais maintenant, cela suffit : nous devons sortir. Tu comprends ?
La ménagère parut réfléchir un instant, penchant la tête sur le côté. Puis un sourire immaculé éclaira son visage :
— Oui, je le comprends. Ce matin, j'en ai touché un mot à Bernard mais son point de vue est qu'il ne veut pas en discuter tant que la situation n'a pas changé.
— C'est bien cela le problème : son point de vue ! répondit l'homme en martelant chaque syllabe. Mais notre point de vue est différent et vous êtes à notre service ! Donc je te le dis clairement : nous avons besoin de sortir et nous exigeons de le faire.
— Vous ne le pourrez pas tant que Bernard ne vous redonne pas accès aux identifications.
Le son mat et feutré d'une porte qui coulisse, une silhouette étroite apparut au fond d'un couloir sombre. C'était Acacia, elle marcha lentement jusqu'à eux, son visage émergea dans la lueur de la pièce. Elle non plus n'avait pas bonne mine, pâle avec de grands cernes sous des yeux verts si tristes. Elle avança une chaise et fit signe à Madeleine de s'assoir. Elle s'installa à ses côtés, prenant ses mains dans les siennes :
— Ecoute Madeleine, hier soir, nous avons beaucoup parlé avec Ebène et nous devons te faire comprendre la situation. Tu fais partie de notre famille depuis douze ans maintenant. Bien avant Bernard. Tu connais les enfants depuis leur naissance. Je vais donc m'adresser à toi comme à une sœur : cela fait six mois que nous sommes enfermés ici et nous n'en pouvons plus. C'est aussi simple que cela. Au point que nous sommes en danger car notre santé décline, je pense que tu peux le constater. Les enfants sont à bouts, ils se disputent tout le temps et vont faire une connerie d'un jour à l'autre. Tu es là pour veiller aussi bien sur notre bien-être matériel, et tu le fais très bien. Mais aussi sur notre santé. La situation est grave et tu dois nous aider.
— Oui, Acacia, je suis d'accord avec vous. Cependant, Bernard qui est chargé de votre sécurité affirme que c'est encore trop dangereux de sortir. Aussi, dans ce cas précis, votre sécurité est prioritaire sur votre santé. A quoi sert-il de mourir en bonne santé ?
— Nous ne sommes pas en sécurité ici non plus ! éclata d'un coup l'homme voûté en pyjama. Nous allons devenir fous, tu comprends ou pas ? Espèce de... ! Ah ! Retiens-moi, Acacia, ou je vais la démonter pièce par pièce !
Il bondit de sa chaise si violemment, que celle-ci tomba dans un bruit sec. Madeleine analysa qu'il valait mieux ne pas se lever tout de suite pour la ramasser. Il rejoignit le coin le plus éloigné, déclencha une image murale apaisante, des arbres aux feuilles multicolores agitées par le vent, accompagnée de chants d'oiseaux très réalistes, même si trop peu de personnes pouvaient encore en attester. Il s'appuya au mur comme on s'appuierait sur l'épaule d'un ami.
— Tu vois, Madeleine, à quel point nous en sommes ? reprit Acacia d'une voix apaisante. Quand la santé mentale d'un humain est en jeu, c'est le début de la fin. Tout peut basculer en un éclair. Nous ne sommes plus à l'abri car le danger est ici même à présent. Voilà la réalité.
Les coins de sa bouche s'étiraient en un tic brutal et répété, trahissant l'énergie qu'elle déployait pour se contenir.
— Demain, nous aurons notre première récolte de fraises et je vous en apporterai, ainsi que de la délicieuse confiture ! Cela vous fera le plus grand bien au moral !
Ebène se retourna :
— Non !!! Rien à part sortir d'ici ne peut plus nous faire du bien ! L'homme criait à présent et ses yeux lançaient des éclairs de fureur. Te voilà prévenue : si tu ne fais rien pour nous aider, c'est que tu ne remplis plus ton rôle. Alors que l'on a souscrit à l'option Santé+ Famille voilà douze ans, nous devrons te renvoyer pour dysfonctionnement ! Réfléchis bien, Madeleine.
— Calme-toi, chéri, tu vas réveiller les enfants, le pria sa compagne.
— Ebène, Je constate en effet que tu te trouves dans un état inhabituel, qui ne te ressemble pas du tout. Cela ne s'avère ni bon pour ton organisme, ni pour les autres membres de la famille. Je vous propose ceci : un check-up complet pour vous quatre ainsi qu'une recherche dans ma base de données sur les effets de la vie en groupe en milieu clos de manière prolongée. Soyez assurés que je suis de votre côté et que je m'efforce d'agir au mieux pour votre bien-être. Prenez un bon petit-déjeuner. Je reviens d'ici une heure, d'accord ?
Ebène s'approcha lentement, se pencha vers elle, le regard comme fou :
— Encore une question, Madeleine : as-tu personnellement consulté des informations récentes sur la situation à l'extérieur ?
— Non, je n'en ai pas eu l'occasion. C'est Bernard qui me tient au courant, qui suit les nouvelles et qui sort pour l'approvisionnement en cas de besoin.
— C'est bien ce que je pensais.
— Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Ebène.
— Madeleine, voici ce que nous allons faire : tu reviens dans une heure pour le check-up. Si Bernard te demande, c'est ce que tu lui dis. Mais tu te débrouilles comme tu veux, j'exige que tu nous amènes des preuves, des images, sur tous les dangers que nous courrons à l'extérieur. Et des preuves récentes ! Je veux constater de mes yeux.
— Ah bon. Si cela peut t'aider à accepter la réalité.
— Oui, j'ai besoin de voir par moi-même ! Nous comptons sur toi. Et pas un mot à Bernard là-dessus, c'est une question de vie ou de mort, Madeleine ! Je ne plaisante pas ! Promets-le-moi.
— Si c'est aussi sérieux que cela, d'accord, je promets. Mais cela m'inquiète beaucoup. Vous commencez à me faire peur.
— Aide-nous et tout finira bien, ajouta Acacia en posant sa main sur l'épaule de l'aide ménagère.
Un peu perplexe, celle-ci remonta à la cuisine, fit un peu de rangement tout en réfléchissant à tout ce qui avait été dit, au comportement de Bernard, à ses propres interrogations, à l'état inquiétant de la petite famille. Il fallait qu'elle obtienne des informations, elle le leur avait promis.
Elle jeta un œil sur le mur écran : le jardinier était en plein désherbage, il en avait encore pour un moment. C'est vrai qu'elle ne s'était jamais intéressée à ce qui se passait à l'extérieur, ce n'était pas son rôle. Elle avait aimé accompagner les enfants à la crèche, puis à leur école et à leurs activités, lorsqu'ils étaient petits. Également faire les courses. Le monde était rempli de personnes ou d'autres androïdes comme elle. Ils se croisaient, se saluaient mais se parlaient rarement. Les bavardages, si chers aux humains, ne faisaient pas partie de la programmation des robots ménagers, même des plus sophistiqués. Puis les enfants avaient grandi et avaient pris le bus scolaire. Cependant elle avait suffisamment à gérer, rien qu'à la maison. Bernard était arrivé dans la famille pour Noël, quatre ans auparavant. Produire des légumes sains dans son propre potager était alors à la mode et les androïdes à triple fonction du type Bernard avaient fait fureur : ils récoltaient à la fois assez de légumes pour toute une famille et assuraient la maintenance des véhicules et du réseau de télésurveillance.
Mais voilà dix-huit mois, tout avait fini par se gâter. D'après ce qu'elle avait entendu à cette époque dans les conversations entre Ebène, Acacia et Bernard, des rebellions avaient éclaté et le pays avait connu une spectaculaire montée de violence. Les vols et les meurtres atteignaient des records. Cela semblait lié à une augmentation inhabituelle de la pauvreté. La famille n'avait alors pas hésité une seconde à ajouter, pour un modeste supplément, l'option Sécurité Premium à leur jardinier mécanicien. Cela incluait la gestion des situations de crise, telles que cambriolages, tentatives d'enlèvements, catastrophes naturelles, prises d'otages ; le combat armé ou au corps à corps ; le renforcement des accès protégés aux différentes parties de la maison. Puis il avait fallu que la vague d'attentats, qui sévissaient par à coups à travers le monde depuis le début du siècle, se mette à frapper avec une régularité inquiétante. Rapidement, les forces armées avaient dû protéger tous les lieux publics, puis les autorités avaient mis en place un couvre-feu. Une étape avait été franchie quand il avait été recommandé aux familles de garder leurs enfants à la maison. L'enseignement à distance a alors remplacé les écoles. Plus d'activités à l'extérieur. Les parents s'étaient équipés de véhicules blindés pour se rendre à leur travail, réduisant ensuite leur présence au minimum pour ceux qui pouvaient accomplir leurs tâches professionnelles à domicile, via le réseau. Heureusement, c'était le cas d'Ebène et Acacia. Les soulèvements gagnèrent presque tous les quartiers, des milliers de maisons à travers le pays furent cambriolées, parfois incendiées, même en présence de leurs habitants. Il y a six mois, Myriade Inc., la société européenne créatrice des androïdes de toute dernière génération, type Bernard, signa un accord avec le gouvernement et téléchargea à tout ceux équipés de l'option Sécurité Premium le programme d'action "Famille protégée". Le jardinier avait alors proposé à la famille qu'ils se réfugient dans l'abri aménagé au sous-sol, le temps que la situation s'améliore. Cela paraissait la solution la plus raisonnable. Cet abri était un appartement complet avec petite cuisine, sanitaires, trois chambres, système de renouvellement de l'air ambiant, eau filtrée, murs images avec choix inépuisable de thèmes, luminothérapie, connexion au réseau. Mais apparemment, ces équipements ne suffisaient pas pour un très long séjour. Il faut dire que depuis un mois déjà, l'accès au réseau ne fonctionnait plus dans l'abri.
La ménagère artificielle appuya sur l'écran et se connecta.
— Journal de ce matin, le 23 mai 2032, commanda-t-elle.
Les images défilèrent devant ses yeux : un jeune homme présentait l'ouverture du Salon des Technologies anciennes où l'on pouvait venir admirer tout un tas d'appareils aujourd'hui disparus : téléphones intelligents, téléviseurs encombrants, aspipoussières...
— Un salon ? Pourtant toutes les manifestations publiques sont annulées depuis huit mois, pensa-t-elle à voix basse. Journal du soir du 30 avril 2032.
Cette fois-ci, une jeune femme souriante annonçait la conférence de presse du chancelier européen, lequel confirmait fièrement la victoire sur la violence partout sur le territoire et invitait chacun à reprendre une vie normale et à profiter du jour férié annuel.
— Quoi ? Reprendre une vie normale ? Mais, alors, Bernard..., ce n'est pas possible... qu'a-t-il fait ? Je dois les sortir de là !
Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre : heureusement, il était toujours occupé au jardin.
Elle téléchargea les deux vidéos et refit le parcours jusqu'à l'abri. A son entrée, les quatre humains enfermés là se levèrent d'un bond.
— Alors, Madeleine, qu'as-tu trouvé ? demanda Acacia, se précipitant vers elle.
— Je pense qu'il faut que vous sortiez très vite car vous aviez raison : Bernard vous ment.
— Quoi ? Mais explique-toi !
— Nous n'avons guère le temps pour des explications, Ebène. Il est au jardin mais il pourrait rentrer bientôt. J'ai apporté ce discours du chancelier pour preuve. Regardez mais j'insiste : il est urgent de remonter, avant que Bernard ne rentre.
Elle projeta les images sur un des murs. Trente secondes pour comprendre la situation : la paix revenue à l'extérieur signifiait la fin du cauchemar pour eux, à l'intérieur de leur propre foyer.
— On y va ! cria Ebène, on remonte !
— Mais que ferons-nous papa une fois là-haut ? pleurnicha le jeune Iso. Et si Bernard nous empêche de sortir ? Il est devenu fou ?
Le père se retourna vers son fils, s'accroupit pour lui répondre :
— Toi, Isia et Mady, vous vous cacherez à l'étage, pendant que maman et moi, nous irons chercher du secours ! Ne t'inquiète pas, mon grand, ça va aller.
Ils remontèrent, s'efforçant de ne faire aucun bruit. Madeleine en tête devait s'assurer que la voie était libre. Prudemment, elle et les enfants se rendirent à l'étage pour s'y cacher, Ebène et Acacia passèrent discrètement par la porte qui menait au garage. De là, ils pourraient sortir sans être vus. Le plan était de se rendre chez leurs voisins pour donner l'alerte et prévenir Myriade Inc. du dysfonctionnement de Bernard. Ils longèrent la haie si bien entretenue par le jardinier, se faufilèrent par un passage un peu moins dense, que connaissaient bien les enfants, trottinèrent jusqu'à la deuxième maison sur la gauche, où habitait un couple d'amis. Personne dans les rues de ce lotissement pour familles aisées. Acacia tira Ebène par la manche et lui murmura au creux de l'oreille :
— Etrange, c'est si calme. Et pourquoi Venezia et Toulouse ne se sont-ils pas inquiétés de ne pas nous voir durant tout ce temps ?
— Bernard a dû leur raconter n'importe quoi. On verra bien, j'espère juste qu'ils sont là.
— Regarde, leur jardinier Hector est dehors. Il nous a vus !
— Madame et Monsieur Delchambre, bonjour. Mais que faites-vous ici ?
— Nous venons voir Venezia et Toulouse, expliqua Acacia, s'efforçant de garder son calme, ils sont là ?
— Bernard est-il au courant ?
— Comment cela ? Heu, oui, bien sûr... Bon, nous entrons. Viens, Ebène.
— Je vous le déconseille, je vais prévenir Bernard.
— Il se passe quoi ici ? lança Ebène.
— Laisse tomber, viens ! lui cria Acacia, courant déjà vers la porte d'entrée.
Son mari la suivit, la porte était ouverte, ils se précipitèrent au salon en appelant leurs amis. Acacia se dirigea vers le mur réseau :
— Accès urgent à la société Myriade Inc., code client ZZ123REDelchambre. Service réclamation ! hurla-t-elle à la machine.
— Un instant s'il vous plaît, lui répondit une voix parfaitement suave.
— Hector est parti chercher Bernard, mais pourquoi ? s'affolait Ebène en tournant en rond.
— Tu ne comprends donc pas ? Ils ont tous un bug, il faut que Myriade les déconnecte !
La voix suave l'interrompit :
— Suite à une attaque de ses services courant février, la société Myriade est au regret de ne pouvoir satisfaire votre demande. Veuillez renouveler votre appel.
Une salopette grise flanquée d'une chemise aux tons rouges passa furtivement devant une des fenêtres, un pas lourd se fit entendre sur le carrelage de l'entrée.
— Acacia ! Ebène ! Vous voilà donc ! J'ai eu si peur quand Hector m'a averti que vous étiez dehors ! Il faut rentrer maintenant, vous êtes en danger, vous le savez.
— Bernard, il ne faut plus t'inquiéter, lui répondit Acacia, tentant à tout prix de se maîtriser face au robot. Nous avons vu les infos : tout va bien maintenant. L'ordre est revenu et nous ne risquons plus rien. Nous, humains, te le disons : nous pouvons ressortir, le programme "Famille protégée" est obsolète.
— Mais non, chers humains, vous vous trompez, rien n'est fini. Le calme n'est que provisoire, vous serez toujours en danger à l'extérieur car votre espèce ne peut s'empêcher d'utiliser la violence pour régler ses problèmes. Hors il est de mon devoir de vous protéger et donc de vous mettre à l'abri. Dis leur Hector, ils ne me croient pas.
— Oui, il a raison. Vos voisins et amis sont également à l'abri, tous les habitants des beaux quartiers ayant par chance souscrit à l'option Sécurité Premium le sont. Alors que de pauvres gens s'entretueront, vos familles auront la chance de rester en vie.
— Allons-y maintenant, ajouta Bernard d'une voix un peu plus ferme. De toute façon, si vous ne me suivez pas de votre plein gré, je vous protégerai malgré vous. Je vais vite retrouver les enfants pour les conduire en sécurité. Alors, vous venez ?
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