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On the road again

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Toine

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Il ya fort à parier que les week-ends d’été ont été inventés par des journalistes désœuvrés à l’heure chaude estivale et en mal de scoops. En effet, que l’info soit écrite, radiophonique, télévisuelle ou sur internet, par huit fois consécutives, la même rengaine nous est servie comme un menu qui ne serait jamais modifié. On dit que le bœuf bourguignon est bien meilleur réchauffé mais tout de même, on ne parle pas de la même chose !

La veille, soit le jeudi, car on part désormais dès le vendredi après-midi, des bouchons sont annoncés « dans le sens des départs ». On s’en tient, dans un premier temps, à la région parisienne, seule alors digne d’intérêt car la plus peuplée. Arrive le samedi avec son cortège de ralentissements « dans les deux sens ». Ben oui, ceux qui étaient partis la semaine précédente, sans doute heureux d’avoir passé de longues heures sur le bitume brûlant en redemandent en reproduisant l’opération en sens inverse.

Il fait chaud dans les voitures. Chez les petits, à l’arrière, marre de jouer. On s’excite, on crie et on finit par exaspérer les deux de devant, c’est-à-dire papa et maman qui ne tardent pas à passer un bras à l’arrière pour distribuer quelques taloches au hasard.
A près quelques minutes de ce cirque, il faut bien s’arrêter : plein d’eau et de carburant et un peu de repose t de détente.
Alors, on se dirige vers le bâtiment où se trouvent toutes les commodités et aussi... un magasin ! Là, on trouve de tout : épicerie, journaux, bar, jouets, un vrai bazar ! et aussi la foule qui a abandonné la route pour quelques instants et qui s’entasse à nouveau dans cet oasis...
L’arrêt sur l’aire d’autoroute qui devait apporter calme et sérénité se transforme en galère : papa acheté des journaux, des cigarettes et un pack de bières. Maman a prévu le futur pique-nique mais elle a pris également un chapeau de paille (le sien s’est envolé par la fenêtre et le soleil tape dur...) et une corbeille avec des « produits locaux ». Ne lui dites pas que son chapeau a été fabriqué au Venezuela, que le miel vient de Hongrie, le thym « provençal » de Roumanie et les santons sortis des ateliers chinois.
Quant aux enfants, ils ont tellement trépignés que, pour éviter d’avoir honte au milieu des autres estivants, ils ont réussi à obtenir à peu près tout ce qu’ils voulaient : Paulo, une voiture téléguidée et Irène, sa petite sœur, un gros poupon. Et pour les deux, un jeu de dominos pour le voyage. N’oublions pas l’incontournable soda et le jus de fruit pour la route en un litre et demi (un chacun, bien sûr) .

Quand tout le monde se retrouve à la voiture, c’est le drame ! Le chef de famille, celui qui a pourtant tout organisé, monte sur ses grands chevaux : « J’en étais sûr, j’aurais du acheter la remorque ! Où peut-on mettre tout ce fatras ? »
Le coffre est plein comme un œuf, le coffre de toit menace d’exploser et, dans l’habitacle, une souris aurait beaucoup de difficultés à se frayer un passage...
On parvient tout de même tant bien que mal à s’installer. Une fois les ceintures bouclées, on reprend la route qui s’étire à l’horizon, sans fin.


Il faudra encore supporter quelques bouchons et quelques excités de l’accélérateur ou du frein avant de rejoindre ses pénates tard dans la nuit. Quelles belles vacances on a passé !
L’hiver, c’est la même chose... en pire.
Flot ininterrompu de voitures, bouchons, fatigue, énervement. Mais, en plus, il fait froid et, à proximité des stations de sports d’hiver, on rencontre facilement brouillard, neige, verglas et... gendarmes.
L’automobiliste hivernal peut, comme son congénère estival (c’est parfois le même) montrer un comportement inconscient voire idiot mais avec les conditions météorologiques en plus : il pourra facilement tenter d’emprunter les routes enneigées comme s’il se trouvait place de la Concorde ! Il suffit alors qu’un seul véhicule se mette en travers de la route pour bloquer le trafic parfois même dans les deux sens.
Les « autorités » ont donc décidé de ne laisser passer aucun véhicule s’il ne dispose pas d’équipements spéciaux. Comprenez : pneus neige au minimum, mais les chaînes sont le plus souvent exigées. Alors, on se gare sur « l’aire de chaînage », on s’empare de la procédure de montage et la galère commence !
Car, au mieux, l’automobiliste prévoyant a pratiqué un essai, au sec et au calme dans son garage. Mais la plupart du temps l’ustensile n’a jamais été utilisé. Et puis, installer des chaînes sur une route enneigée, dans le froid et l’humidité, ce n’est pas une sinécure ! Mais c’est ça ou on ne passe pas.
Si vous êtes du pays et que vous habitez à 500 m de là, que vous maîtrisez parfaitement votre conduite sur neige, rien à faire, vous ne passez pas non plus ! Chez les gendarmes, le règlement c’est le règlement, on ne discute pas !
J’ai connu une habitante d’un village situé juste au-dessus de l’aire de chaînage que les gendarmes ont obligé à retourner dans la vallée pour acquérir une paire de chaînes dont elle était dépourvue. Quand elle est repassée, une heure plus tard, les gendarmes avaient quitté leur poste et elle put passer sans difficulté...

A l’inverse, moi le Grenoblois qui vous parle, je peux vous conter une anecdote véridique qui m’est restée en mémoire.
Je me trouvai un après-midi de janvier, ciel bleu, air froid et sec, pas de neige sur la chaussée, sur le cours Jean Jaurès quand j’entendis un bruit bizarre, comme un cliquetis insistant. Passe alors devant moi une grosse Mercédès immatriculée « 75 », conduite par un vieux Monsieur qui, à l’entrée de Grenoble, avait « chaîné »... On peut comprendre l’appréhension du parisien à l’approche de la capitale des Alpes mais quand on sait que celle-ci se situe à 215 mètres d’altitude et qu’elle est sans doute l’une des villes la plus plate de France, cet épisode porte à sourire.
Et, pendant ce temps, les autres font la queue sur la route, la queue au pied des pistes, la queue au supermarché, la queue au restaurant...
Été, hiver, même combat !

Alors, si vous acceptez un conseil, retenez celui-là : il y a cinq mois dans l’année où il faut oublier la voiture, janvier, février, mars, juillet, août.
Si vous êtes riche, prenez l’avion ou l’hélicoptère.
Si vous l’êtes moins, utilisez les transports en commun, train et autobus.
Et si vous êtes pauvre, oubliez tout ce que vous venez de lire et voyagez en imagination. C’est facile, pas cher et moins stressant !
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