On the road.

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"Je suis doué d'une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres, me déchire." Flaubert, correspondance.

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« J’aimerais savoir ce qu’ils ont fait des ombres de leur passé, de leurs regrets, de leurs déchirures. Comment ils s'en sont arrangés. Parce ce qu'on oublie rien, je le sais ce soir... On oublie rien. » -Laurence Tardieu

J'ai tout foiré.

Boom. Boom. Boom.

La fac. Les petits boulots. Les cours de danse. Le piano. Le dessin. Le solfège.

Boom. Boom. Boom.

Les premiers rendez-vous. Les suivants. Même les adieux.
Les nuits à plus soif. Les matins tout pâteux.
Les cocktails aux noms exotiques. Les recettes de cuisine. Les meubles immontables. Les foutues notices incompréhensibles.

Comme la vie.

Boom. Boom. Boom.

J'ai écrit des poèmes à contre-pieds. Des histoires bancales. Des personnages cabossés. La peine, l'amertume, la désillusion.
J’ai noirci des feuilles de pattes de mouches. Des toiles kaléidoscopiques. Psychédéliques.

Boom. Boom. Boom.

J'ai raconté la nuit. Les insomnies. L'odeur du bitume qui s’infiltre au fond des narines. Les ambiances glauques. Les pots d’échappement qui toussent et crachent dans le soir d’été. Les cœurs cabossés. Les corps qui s’accrochent. S’écorchent. Les engueulades de PMU. Les anges déchus. Les déracinés. Les cerveaux torturés. Les histoires qui dérangent. Le politiquement incorrect, qui percute, frappe. Tape aux tripes et au cœur.
Les souvenirs, les brides, les paroles maladroites. Les gestes gauches, les histoires d’amour chaos. Les mots enivrants. Entêtants. Obsessionnels. Compulsifs. Les mots hantés.

Je n’ai pas été publié.

Contes désenchantés. Sans concession. Pas assez mâchés.

Invendable Madame. Invendable.

J'ai échoué des entretiens d’embauche, des « séminaires encravatés », des « sourires pingouins coincés », des poignets de main hypocrites et trop lâches.
Las.
Ratée.

Raté.
Comme les traits d’eye-liner tout baveux. Le rouge à lèvres qui déborde aux sciures de la bouche. Les brushings qui prennent des plombes et au final rebiquent tout moche.
Les mèches blondes folles. Les jupes bon marché, un peu trop serrées. Mal ajustées.

Boom. Boom. Boom.

J'ai bu des litres de café trop amer, des premières lueurs du matin qui se décalquent contre les fenêtres, à celles de la lune quand meurt le jour. Plus black que black, qui tord les tripes, retourne bien les boyaux. Montagne russe dans le ventre.
J’ai tant manqué.

Boom. Boom. Boom.

Les clapotis des vagues. Les terres inconnues. Le chant des oiseaux. Mes rires d'enfants.
J’ai tout vécu, mais rien vécu.
Rien vu.
Passeport quasi vierge.
Mes pieds n’ont pas effleuré le Machu Picchu. Ni Angkor. Ni le Taj Mahal.
Je ne me suis jamais suspendue dans le vide à un élastique.
Je n’ai pas foulé de précipices vertigineux. Je n'ai pas nagé dans un lagon immaculé.
Je n’ai pas participé à un voyage humanitaire. Je n’ai rien fait de grandiose, d’haletant, de mémorable.
J’ai parcouru la route 66 en compagnie de Kerouac, du fond de mon lit en pyjama pilou pilou.

Boom. Boom. Boom.

J’ai renoncé à défendre toutes les causes perdues. J’ai capitulé, abandonné, rendu les armes.

Boom. Boom. Boom.

Je n’ai même pas accompli la moitié du quart de mes rêves.
Je n’ai pas été fardée d'un quelconque pouvoir de persuasion, ni d'un charisme exacerbé. Je n’ai pas tenu de discours plein d'éloquence. Je n’ai pas déchaîné les foules. Juste quelques passions.
Je me suis souvent perdue dedans. Noyée dans les flots.

Boom. Boom. Boom.

J’ai laissé s’évaporer mes songes au gré de mes pas d’adulte.
J’ai laissé filer le temps entre mes doigts comme des grains de sable emportés par les vents.
Le sablier s’est vidé, presque sans moi.

Dans ma vie, j’ai presque tout foiré.
Presque tout.

Avant d’entendre les battements de ton petit cœur en moi pour la première fois. Et de continuer la route, avec toi.

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