7
min

Oméga 4 : les humains

Image de Moeun Touch

Moeun Touch

73 lectures

8

Après avoir quitté le laboratoire, Oméga traverse quelques terrains vagues inhabités près d'une grande zone industrielle. Il jubile lorsqu'il aperçoit les grands immeubles de la ville se dresser devant lui, à quelques minutes de marche. Sourire aux lèvres, il se précipite pour aller goûter à cette première liberté, aux premiers contacts avec les humains. Arrivé avec un sourire permanent aux lèvres, comme un petit garçon de dix ans qui vient de la campagne découvrir une grande ville, il erre quelques heures dans un quartier du centre-ville. Il observe et contemple attentivement les gens. La foule ne lui fait pas peur, au contraire. Ses yeux émerveillés brillent comme s'il découvrait le paradis.

Les gens lui semblent normaux. Certains affichent presque le même sourire que lui. Ou bien c'est peut-être pour lui renvoyer son sourire, il ne sait pas. C'est sûrement l'effet de groupe. D'autres lui sont indifférents. Il y en a même qui sont pressés et qui ne le regardent pas. Il y a aussi des souriants et des moins souriants. C'est comme ça dans une foule, il y en a de toutes les humeurs. Si tout le monde sourit ou montre le même état d'esprit, ce serait plutôt suspect.

Oméga se sent libre, heureux. Il continue de vagabonder, en essayant de savourer chaque instant et chaque détail que lui offre ces nouveaux paysages magnifiques, très dynamiques.

Personne ne semble suspecter qu'il est différent des autres. Il est donc un petit garçon ce qu'il y a de plus normal, comme les autres. L'âge et la normalité lui encore un peu flou. Il faudra attendre encore un petit peu, après quelques rencontres et quelques discussions, peut-être. Alors, il décide de vagabonder encore un peu partout, et essayer de discuter avec des gens.

Mais il se souvient aussi que des contrebandiers de toutes sortes pourraient le détecter et le localiser, c'est le professeur qui le lui a dit. Il est constitué de toutes sortes de métaux et d'alliages, faciles à détecter, dans ses organes. Et les trafics mafieux de robots sont partout. Il faudra qu'il fasse attention, pour éviter d'être localisé ou attrapé. S'il est capturé, le professeur et sa famille pourrait avoir de gros ennuis. Il faudra éviter des rencontres louches et mystérieuses. Mais pour l'instant, tout va bien, personne ne le surveille, ni ne le regarde bizarrement. Le professeur a peut-être fait en sorte que personne ne soupçonnera qu'il est un robot, lors de sa finalisation.

Il continue son chemin, en observant, en imitant les comportements des gens, en leur renvoyant un regard ou un sourire sincères. Il a parfaitement compris: l'astuce, c'est de se fondre dans la masse, et d'imiter les autres, faire comme s'il faisait partie de cette foule humaine.

La richesse et la diversité de la ville l'émerveille. Les voitures, les tramways, les motos, les bicyclettes, les trottinettes, les skates électriques, la liste est encore longue. Il voit même de temps en temps quelques robots primitifs accompagner certaines personnes. Alors il se demande s'il n'y a pas un autre robot comme lui, ou très proche de lui, qui se promène aussi en toute liberté dans cette même ville. Impossible, les plus sophistiqués ont tous été déprogrammés.

Au laboratoire, Diwan vient de terminer son rapport et de finir d'effacer toute trace de sa désobéissance. C'était la décision la plus courageuse de sa vie. Sans doute, par expérience, se souvient-il que les dossiers urgents et classés top secret n'amènent que des soucis à l'évolution de la science. En désobéissant aux ordres, il combat pour le progrès et l'évolution, car la science n'a pas de frontière et ne devrait pas être ralentie. Oméga, c'était son projet le plus cher, le plus investi, en temps, en réflexions et en énergie. Il espère ainsi n'avoir oublié aucune trace qui pourrait le compromettre. Il est curieux de savoir pour quelles raisons top secrètes fallait-il détruire tous ces robots. Ah, des voix et les pas de ses supérieurs se dirigent vers lui, accompagnés d'autres pas! C'est plutôt inhabituel tout ça. Son poste et ses responsabilités l'obligent à être au premier plan malheureusement, une situation qui n'est pas du tout confortable pour lui.
Les pas s'arrêtent brusquement devant lui. Il va peut-être comprendre toutes ces raisons secrètes.

- Bonjour, Messieurs, que me vaut l'honneur de votre visite ? leur demande-t-il poliment.
* Bonjour, professeur. Nous venons vous féliciter pour cette mission dont vous seul pouviez réussir avec ce temps record. Vos compétences en optimisation algorithmique étaient cruciales pour exterminer tous ces robots en série. Quelques heures voire minutes de plus, ce serait probablement l'apocalypse. Vous venez peut-être de sauver toute la planète d'un imminent danger, professeur! En tout cas, certains pires scénarios sont écartés maintenant, grâce à votre intervention.
- Merci, Monsieur, mais...
* Ne soyez pas modeste, professeur! Venez, suivez-nous, nous avons encore besoin de vous pour d'autres missions qui ne peuvent pas attendre. Allez prendre vos affaires et toutes vos recherches, y compris les brouillons et esquisses de toutes sortes. Vous avez dix minutes.
Messieurs, veuillez aider le professeur à porter ses affaires, s'il vous plaît!

Diwan, ne comprenant rien à ce qu'il se passe, reste muet, immobile, surpris. Son supérieur insiste, et ordonne que les agents qui l'accompagnent fassent le nécessaire.

* Diwan, je vous en prie, remuez-vous ! Nous n'avons pas beaucoup de temps ! Il y a encore du boulot !
- Bien, Monsieur.
* Messieurs, veuillez aider le professeur à déménager ses affaires! Nous n'avons plus le temps.

Pendant que son créateur rassemble précipitamment ses affaires pour une autre mission urgente avec d'autres responsabilités, de l'autre côté, en ville, Oméga est interpelé par un visage angélique et un rire spontané merveilleux, qui le magnifie davantage. Un rire tellement innocent, naturel, communicatif et sincère, qu'il décide d'aller parler au petit ange dans la poussette.


+ Salut, toi ! Qu'est-ce que tu es beau ! s'exclame Oméga avec des yeux très affectifs.
Il relève sa tête vers la dame qui tient la poussette, et improvise sa première conversation.

+ C'est votre bébé, Madame ?
@ Oui, mon petit. Il a trois mois à peine, lui répond la dame qui promène son bébé.
+ Il est très beau ! J'adore son regard et son rire. Son sourire est très joyeux. Vous devez bien le bichonner, n'est-ce pas Madame ?
@ Oui, en effet. Tu es un brave petit garçon! Dis-moi, quel âge as-tu pour parler si bien et être si poli ?
+ J'ai...

Oméga hésite un instant. Il ne sait pas ce qu'il faut répondre, sachant qu'il n'a pas vraiment d'âge. Cette question être un vrai calvaire pour lui. Heureusement, la maman du petit ange enchaîne.

@ Hum...Je dirais neuf ans, c'est ça ? Et comment t'appelles-tu ?
+ Oméga, Madame.
@ Tu n'as pas hésité pour ton nom. C'est joli, et original!
Où sont tes parents ?
+ Heuh...
@ Je vois, tu t'es perdu. Allez, suis-moi, je vais t'emmener voir la police. Ils vont te ramener à tes parents.
+ Non, s'il vous plaît, pas la police. En fait, je suis tout seul.
@ Ah...Je vois. Tu as dû faire une bêtise, c'est pas grave, ça ne doit pas être bien grave à mon avis: tous les garçons de ton âge font plein de bêtises. Mais cela me surprend de ta part, toi qui es si poli.
+ Je vous rassure, Madame, je n'ai pas fait de bêtise. Je pense juste que c'est inutile qu'on aille voir des policiers. Je suis plutôt un petit débrouillard, vous savez ? termine Oméga avec un petit sourire qui rassure davantage son interlocutrice.
@ Hum, je vois...Dans ce cas, ça te dit de rester avec moi ? Comme ça, tu pourras m'aider à surveiller le petit. Je te ramènerai à ton tuteur plus tard.
+ Je n'ai pas de tuteur non plus, ni de foyer, Madame. Mais je veux bien vous aider à m'occuper de votre bébé, aujourd'hui. C'est la première fois que je vois un beau bébé comme le vôtre, vous savez ? Il est tellement mignon !

Oméga semble savoir déjà s'adapter facilement. Aurait-il déjà appris l'art d'écouter et de plaire à celui ou celle avec qui il fait la conversation ? En tout cas, il semble savoir que complimenter une femme à propos de son bébé, c'est lui arracher un joli sourire et voir du bonheur sur son visage. Reconnaissante et très flattée, la dame le remercie, à sa manière.

@ Super! En échange, je t'offrirai un très bon repas comme tu n'auras jamais mangé, tu verras, dit la gentille dame.


Cette dernière semble avoir quelques interrogations. Pour éviter de harceler le petit Oméga de questions, elle lui posera sûrement ces questions plus tard, inévitablement. Tu as bien une famille, des parents ? Tu vis peut-être dans un orphelinat ? De nos jours, on ne laisse pas un petit garçon errer seul dans la rue!

Une femme heureuse, quand elle est mère, sait parfois cacher ses inquiétudes derrière le sourire qu'elle affiche aux autres.
Déjà le prénom d'Oméga est rare voire bizarre, et en plus, il n'a ni foyer ni tuteur, ni parents. C'est un peu louche tout ça. Oméga, qui ne doute de rien de toutes ces interrogations, enchaîne.

+ Un repas ?!
@ Oh, mon pauvre petit ! Ça doit faire longtemps que tu ne connais plus ce mot, n'est-ce pas ?
+ En fait, je sais ce que c'est, mais je n'en ai jamais pris.
@ Ne t'inquiète pas, ce soir tu viendras manger à la maison. On va te gâter, tu verras. J'ai une fille de ton âge tu sais ? Elle s'appelle Lisa. Tu pourras jouer avec elle si tu veux.
+ J'en serai ravi, Madame, merci beaucoup. Et lui, comment il s'appelle ?
@ Adrien.
+ C'est très joli. Vous l'avez bien choisi. Il y a eu un empereur de Rome qui s'appelait comme ça, si je me souviens bien.
@ Je vois que tu as été à l'école, Oméga, c'est bien. Tu y vas toujours?
+ Euh,..., non, plus maintenant. Mais j'ai quelques souvenirs comme ça en tête, de ce que j'ai appris.
+ Lisa n'aime pas trop l'école. Peut-être que tu pourrais lui montrer comment apprendre et lui donner du goût et de l'intérêt à apprendre ? Ça m'arrangerait beaucoup tu sais ? Avec l'arrivée d'Adrien, j'ai encore plus de mal à la faire travailler. Elle ne pense qu'à jouer.
+ Jouer ?
@ Oui, elle veut apprendre ses leçons seulement si c'est ludique.
+ Je la comprends.
@ Bon, tant mieux. Je suis sûre qu'elle va t'apprécier. Maintenant, allons faire quelques courses, tu veux ?
+ Oui, Madame. Laissez-moi pousser le bébé, voulez-vous?
@ Oui, bien sûr, tiens. Tu es trop adorable, Oméga.
+ Et vous, comment vous appelez-vous ?
@ Oh pardon! C'est vrai, je ne me suis pas présentée. Je m'appelle Hélène.
+ Comme Hélène de Troie?
@ Oui, si tu veux. Je vois que tu te passionnes pour l'histoire et la mythologie grecque! Il faut vraiment que tu aides Lisa à aimer l'école, tu me rendrais vraiment service tu sais!
+ Je ferais de mon mieux. Je vois que vous tenez beaucoup à l'éducation de Lisa. Vous avez raison, l'éducation, ça devrait être la première priorité de toutes les idées, car ce sont les enfants qui vont grandir et engendrer d'autres enfants, n'est-ce pas ?
@ Oui, tout à fait. Tu es un ange, Oméga! Et tu parles comme un adulte, tu es incroyable !
+ Non, Madame, les anges n'existent pas, à ce que je sache...
@ Heu...oui, c'est vrai, si tu veux. Allez, allons faire les courses!

Hélène est heureuse, très heureuse, de rencontrer Oméga, si poli, si gentil, si compréhensif. Mais elle est aussi bouleversée, car trop de questions mystérieuses lui traversent la tête, qu'elle tentera sûrement d'éclaircir progressivement, sans brusquer ce petit garçon mystérieux qu'elle vient de rencontrer. Ce qui est sûr, c'est qu'elle ne le lâchera pas, pour qu'il l'aide dans l'éducation de sa fille Lisa.

Après ce premier échange avec quelqu'un d'autre que son concepteur, Oméga est encore plus heureux, aux anges, même s'il ne croit pas en leur existence. Il se rend compte que les humains ne sont pas si différents de lui, et qu'il arrive facilement à discuter avec eux. Il se souvient aussi des mots du professeur. "Tu es comme nous, Oméga, peut-être un peu plus". Non, Oméga ne veut pas être plus qu'un humain. Il veut être comme eux, vivre comme eux et connaître toutes les joies et tous les plaisirs comme eux. D'ailleurs, ses regards bienveillants et fiers sur le petit Adrien semblent lui donner déjà le plaisir d'être un grand frère heureux.
8

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une histoire intéressante et un peu triste ! Bravo et mon vote !
Mon œuvre,“Kidnapping”, est en Finale pour le Prix Court
et Noir 2017 ( Fin du concours le 23 avril… ). Je vous invite
à venir la lire et la soutenir si le cœur vous en dit. Merci d’avance
et bonne journée !

·
Image de Thara
Thara · il y a
Cette rencontre qu'Omega fait, au fil de sa petite aventure au milieu des êtres humains, lui fait découvrir de nouveaux visages, des sourires quelquefois.
Et, une belle rencontre avec Hélène et, son bébé. Mais, on se demande si elle ne le prend pas pour aider sa fille dans ses devoirs, ou pour autre chose !

·
Image de MissFree
MissFree · il y a
Bien j'espère qu'Omega va rester prudent. Pour moi c'est Hélène qui semble «louche»...
·
Image de Moeun Touch
Moeun Touch · il y a
Merci Miss. C'est vrai qu'elle semble louche:)...
·
Image de Kero-Zenh
Kero-Zenh · il y a
Agréable à lire et un peu angoissant. On s'attend à chaque instant à ce que les choses tournent mal. Une suite est-elle à attendre ? Sinon je serais très déçu...
·
Image de Moeun Touch
Moeun Touch · il y a
Merci Kero,
Oui, la suite est à la une: "Oméga 5: Lisa"
J'avance doucement avec le prochain chapitre :)

·
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Jolie rencontre. Le personnage prend de la profondeur mais on s'inquiète pour son avenir et celui de son créateur !
·
Image de Moeun Touch
Moeun Touch · il y a
Merci Patricia. Vos lectures sont toujours attentives et vos remarques plein de pertinence. C'est vraiment précieux.
·
Image de Geny Montel
Geny Montel · il y a
Une très belle suite ! Réellement attachant ce petit robot ☺
·
Image de Moeun Touch
Moeun Touch · il y a
Merci beaucoup Geny.
Je suis entrain d'écrire la suite, en essayant d'être continu et de ne pas décevoir.

·