Octobre rose

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" Je doute de tout, de moi-même le premier. Il est des journées où je me crois sans intelligence, où je me demande ce que je vaux pour avoir fait des rêves si orgueilleux. Je n'ai même pas ... [+]

J'écris au nom de la pièce. La pièce découpée, emportée un jour de janvier. Avant l'endormissement, je lui ai dit adieu, je connaissais son triste sort. Vivant toujours cachée, comme d'habitude elle ne s'est pas prononcée et elle est partie sans un mot, sans une larme.
Nous avons passé un demi-siècle ensemble et aucunement elle ne s'est plainte. J'ai appris dernièrement qu'elle s'était fait attaquer par une bande de nécrosés, ils lui ont bien pourrie la vie.
Pour résumer, il a fallu enlever la pièce. Toujours tapie dans l'ombre, cette fois-ci, elle était la star sous les feux des projecteurs, jamais elle n'avait été autant à découvert. Je ne sais pas dans quoi ils l'ont transportée. Se rendent-ils compte que j'étais très attachée à elle ? Ils vont sûrement l'étudier puis la jeter ou la brûler !
Cette pièce unique, nées ensemble, c'était ma propriété et nous formions un tout. Aujourd'hui, elle me manque et personne ne pourra lui succéder.
Que dire ! Que faire ! Quelle impuissance ! Je n'aurai plus jamais le même poids dans la balance ! De quoi j'ai l'air sans elle, elle était un instrument de beauté, de féminité. Nous sommes de la même graine, je l'ai vue grandir, se transformer. Avec moi, elle a passé toutes les étapes de l'enfance, de l'adolescence, de la vie de fille, d'épouse, de mère.
Aujourd'hui, la pièce est coupée et son absence me pèse. Je vais devoir apprendre à vivre sans elle, me faire une raison, penser à l'avenir quand même et accepter de ne plus être un tout avec le temps, l'effort, la force.
J'y arriverai, je vais puiser au plus profond de moi-même l'énergie nécessaire. Je vais me battre pour elle et lui montrer que je ne lui en veux pas. C'était juste une expérience, laissons faire la science, elle fait partie du progrès.
J'en veux juste à cette bande de nécrosés qui l'avait sérieusement bien entamée ! Comment sont-ils entrés ? Par où sont-ils arrivés ? Se sont-ils dispersés ?
A-t-elle eu un coup de calcaire dans les canaux qui aurait déclenché un embouteillage ? C'est probablement ce qui lui est arrivée, se retrouvant bloqués, les petits cailloux blancs noircissaient provoquant mon mal silencieux.
Heureusement qu'il existe le coupeur de pièces, grâce à lui je m'en suis sortie et je n'ai pas attendu pour lui dire « Merci ». Il était abasourdi sachant très bien qu'il avait enlevé un mal précieux, il pensait peut-être que j'allais lui en vouloir mais je le considérais comme étant le sauveur actif, celui qui avait érigé un rempart, une forteresse et qui m'avait relâchée sous liberté conditionnelle.
Le coupeur est aussi copieur et colleur. Différentes options m'ont été proposées pour remédier à cette perte : reconstruire celle-ci avec les mêmes origines ou trouver une pièce détachée complètement figée.
Couper, copier, coller, non merci !
J'ai refusé toutes les propositions, je ne désire pas combler le vide et je ne ressens pas le besoin de la remplacer. Je veux juste penser à elle de temps en temps comme on pense à quelqu'un qui est parti pour toujours.
Peu importe cette image que je renvois et pourquoi ne pourrait-elle pas être différente des autres images ? Choque-t-elle ?
Je ne veux pas effacer l'histoire, je veux qu'il reste des traces rappelant son existence, les vestiges de mon passé.
Sans faire un bruit, le visage assombri, les mains dans les poches, il est parti, regrettant ma décision de non reconstruction. Néanmoins, il s'est dit que je reviendrais sur ma décision un jour ou l'autre comme toutes les autres. Il est si sûr de lui par expérience côtoyant l'évidence, il va me tourner autour et à chaque visite me montrer ses plus beaux atours.
Saura-t-il convaincre la forte tête que je suis ? Quels arguments utilisera-t-il ?
Je lui souhaite beaucoup de courage face à mon entêtement, ma désobéissance. Toujours est-il qu'il a remarqué que j'en connaissais un rayon sur le sujet, cela risque de lui mettre des bâtons dans les roues face à ses objectifs, son but ultime.
Longeant l'interminable couloir, « l'indocilité » ce mot traverse son esprit, la partie n'est pas gagnée. J'espère qu'elle changera d'avis. Je connais la raison pour laquelle elle est très bien renseignée, elle s'est fabriquée un bouclier, quelle bonne stratégie ! Elle est prête pour le combat.
Patiente atypique, c'en est une pour qui j'aiguiserai mes armes, mes griffes afin de parfaire mon œuvre.
Quoi qu'il en soit, j'attends notre prochain rendez-vous... à l'évidence.
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