Nuit maudite

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L'auteur, qui a déjà publié sur amazon.fr deux livres de développement personnel (Les batailles de la vie / La puissance de nos rêves) et un roman (Pour que renaisse l'amour), se veut, par ses  [+]

Par la fenêtre entrouverte de sa chambre, Mamina admirait les lueurs boréales qui coloraient l’horizon. Elle regardait s’éteindre, comme de petits feux, les derniers reflets du jour. Tout s’assombrit. Une voile noire se déplia et la nuit s’installa.
Elle regardait encore, puis dévia ses yeux vers une vieille horloge en forme de cœur vissée au chevet de leur lit conjugal. Il était déjà 9 heures PM et son mari tardait encore à rentrer.
Elle ressentait, comme tous les jours, cette froide et lourde sensation qui envahissait son corps, le courbait et le brisait, qui surplombait son esprit et compressait son cœur.
Toujours, elle ressentait cette tristesse qui débuta, chaque matin, dès qu’il abandonna la maison, sans même la saluer, et s’enfuit, chaque soir, lorsqu’elle réalisa qu'il fut de retour.
Et, lui – même, revenir très tard à la maison était bien dans ses habitudes. Il passait très peu de temps au foyer. Que la journée soit ouvrée ou fériée, il sortait toujours vers les 7 heures AM. Bien sûr, il y avait son boulot ! Bien sûr, il y avait ses autres occupations socio – professionnelles ! C’est bien vrai qu’il travaillait comme comptable en chef dans une institution publique ! Mais, c’est aussi vrai qu’il restait très peu de temps en son bureau. C’est aussi vrai que, chaque après – midi, vers les 2 ou 3 heures, il s’empressait de rejoindre quelques amis dans un club très clos et surchauffé de la ville pour parler de tout, de politique, de football et de leurs derniers exploits galants, et, également, pour tout faire, pour se saouler de bières bien frappées et flirter avec de jolies petites jeunes filles. Elles aimaient être toujours là, ces filles – là, toujours disponibles pour toutes sortes d’aventures et disposées à terminer la nuit avec les bourses bien remplies de quelques bonnes gourdes .
Elle – même aussi, elle restait dans tout son être toujours disponible pour lui et disposée à lui tout donner. Elle voulait être toujours là pour lui, pour l’accueillir et le recevoir joyeusement.
Lasse et ne pouvant plus se tenir debout dans la salle d'attente, elle s’écroula, se longea sans mesure sur le sol, les paupières épuisées et le souffle légèrement haletant. Presque tout en elle s’amenuisait. Mais, sa chair, encore ferme et bien moulée dans un blue jeans , restait encore vive et ne cessait d'attendre son complément en toute frivolité.
10 h 16 PM. Un vacarme se fit entendre. C’était bien lui, Jacques, le mari de Mamina qui revint. Il klaxonna à tue - tête, puis, descendit de sa Rav4 , alla vers la barrière et la frappa. Il la frappa, la frappa plusieurs fois. Mais, personne ne vint. L’idée d’escalader la clôture surgit dans sa tête. Il observa le mur, regarda à gauche et à droite. Voyant que quelques inconnus étudiaient ses moindres gestes, il recula, se retourna vers sa voiture, y replongea et referma la porte. Il alluma la radio ; une suave chanson de Bob Marley s’y filtra, mais il ne put la savourer. Il se mit à s’inquiéter pour sa femme. « Sûrement qu’elle ne m’entend pas », pensa t- il. « Qu’est – ce qui peut bien lui arriver ? », se demanda t- il. « S’est – elle suicidée ? ». L’idée même de suicide le fit tressaillir et sursauter. « Non, je ne veux pas la perdre sitôt, car c’est mon épouse. Elle est tout pour moi ; c’est elle qui fait tout pour moi ! », s’exclama t- il tout bas.
Ces réflexions furent tout à coup brisées par le crissement de la barrière qui s’ouvrit. Elle fut alors là, devant lui, tout contente, mais peureuse et tremblotante. Elle voulut s’excuser, mais ses mots lui manquèrent ; ils furent noyées dans l’immensité de sa gêne. Il descendit de l’auto et la fixa des yeux. Elle ferma les yeux et releva la tête pour lui offrir ses pulpeuses lèvres. Il releva brusquement la tête, non pour rejoindre ses lèvres, mais pour baiser son front. Sa bouche, encore entr’ouverte, laissa échapper sur un ton surexcité :
- Jacky !
- Bonjour Mamina.
- Bonjour Jacky.
D’un geste vif, comme s’il fut pris de panique, il s’écarta d’elle, se dirigea vers la barrière, la poussa pour l’ouvrir encore plus large, puis, remonta dans la voiture qu’il conduisit jusqu’au garage. Mamina le regarda faire, puis alla le trouver pour l’aider à porter sa valise. Une fois dans leur chambre, elle l’aida aussi à retirer sa veste et en profita pour laisser couler tendrement ses mains sur sa poitrine. Il ne broncha point et ne fit rien, la laissa exprimer ses intentions, puis lui demanda de lui apporter sa serviette de bain.
Elle se sentit alors très contrariée, mais alla prendre la serviette et la lui remit.
- Puis – je t’accompagner sous la douche ?
- Non, merci ! Je me sens trop fatigué.
- Alors, je te ferai un bon massage, comme au bon vieux temps, et après, tu te sentiras mieux.
Il feignit de ne rien entendre et se jeta sous l'eau.
Elle se déshabilla rapidement, se glissa doucement auprès de lui, se plaqua contre ses robustes épaules et commença à lui caresser la poitrine.
Il la laissa faire, mais exprima peu de sensations.
Découragée, voyant que ses manœuvres n’apportèrent aucunement le résultat espéré, elle cessa tout. Et lui, ne sentant plus ses folles étreintes, prit la serviette, s’y enveloppa, se sauva discrètement, l'abandonna ainsi dans la salle de bain.
Coulait du robinet un liquide frais et limpide qui irrigua ses épais et longs cheveux, dévala les pentes de son corps, infiltra tous ses creusets avant de se répandre sur le sol. Elle restait longtemps sous la douche pour se refroidir, puis coupa l’eau et alla s’arc-bouter dans un coin pour mieux égrener ses souvenirs et réviser sa vie.
Elle n’avait pas toujours été ainsi ; tout n’avait pas toujours été ainsi. Elle se souvint de leurs premières relations, de leurs folles passions, de leurs belles amours. Il avait été son Jacky, son avenir et sa vie. Elle avait été sa Mamina, sa source de joie et de jouissance.
Ils s’étaient rencontrés très jeunes, à la bibliothèque municipale ; elle était âgée de vingt ans et lui de vingt - deux ans. Elle avait eu à préparer les épreuves pour l’admission à la Faculté de Droit et, lui – même, son examen final de comptabilité pour son ascension en troisième année à la Faculté des Sciences Administratives. Ils avaient été devenus fous et passionnés l’un de l’autre. Mais, de leur passion eut résulté une grossesse.
C’est par passion qu’ils eurent décidé de garder l’enfant alors qu’elle n’avait eu que vingt - deux ans et malgré l’opposition de leurs parents. C’est par passion qu’ils eurent décidé de vivre ensemble.
C’est également par passion qu’elle eut accepté de se marier juste à l’Office d’État Civil, uniquement en présence des deux témoins.
Il avait été tout pour elle ; il avait été sa passion de vivre. C’est bien par passion qu’elle avait accepté de vivre sa grossesse dans une chambrette mal aérée, cédée à prix modique par cette vieille veuve très compréhensive. C’est également par passion qu’elle avait eu le courage de surmonter les douleurs de l’accouchement d’un enfant mort – né.
Elle se souvint de ce temps – là. Il n’avait trouvé aucun emploi. Elle était tout pour lui. C’est elle qui avait eu la géniale idée d’aller proposer ses services comme secrétaire de cabinet à sa professeure de droit administratif, Madame Alicia Bonhomme qui l’avait accueillie avec amour et compassion. C’est aussi elle qui avait dû subvenir aux besoins du foyer, malgré son maigre salaire.
En ce temps – là, ils avaient vécu leur amour dans toute sa plénitude. Ils avaient vécu la vie dans toute sa beauté. Lui - même, plein de vigueur et d’affection et elle - même, pleine de grâce et de douceur.
En ce temps-là, il avait été totalement disponible pour elle. Elle lui avait fait connaître toute l’étendue de l’amour, ainsi que de fortes sensations.
En ce temps – là, il n’avait existé que pour elle et elle lui avait fait jouir de voluptueux instants.
Comme c'est pitoyable de rester à savourer un temps qui ne fut plus, à aimer un homme qui ne fut plus lui – même ! Elle commença à éprouver quelque dégoût pour cet homme, pour cette âme morte, mutilée, pour ce cœur endurci qui ne savait plus aimer, pour ce corps tailladé et avili.
Elle maudit ce jour qui avait tout changé, cet heureux jour qui avait tout détruit.
C’eut été un jour de joie lorsque Maître Alicia Bonhomme, l’avait appelée pour lui dire :
- Madame Chartier, que veux – tu que je fasse pour toi, avant que je m’en aille.
- Terminer mes études de droit ! s’était – elle empressée de répondre.
Elle avait pris l’habitude d’appeler sa secrétaire Madame Chartier, tout en la tutoyant, au lieu de Mamina et de l’encourager à l’appeler Maître Alicia, au lieu de Maître Bonhomme.
Maître Alicia aimait beaucoup Mamina ; elle aimait sa passion naïve pour son travail. Pendant les trois années passées ensemble, elle avait été pour elle à la fois sa patronne, sa conseillère et sa protectrice.
Et, Mamina aimait aussi beaucoup sa patronne ; elle appréciait sa grande culture, sa rectitude morale, son humilité et son humanité.
C’eut été un jour béni lorsque cette digne et brillante avocate, veuve depuis des années, avait décidé de se rapprocher, voire d’aller s’occuper, de ses deux filles et de son fils aîné qui avaient été encore à l’université au Québec. Elle avait cédé la direction de son cabinet juridique à son plus ancien collègue, lui qui avait déjà eu une grande réputation dans la société, tant comme illustre avocat que comme indiscutable coureur de jupons. Mais, elle ne lui avait pas cédé Mamina !
C’eut été aussi un jour béni, lorsque l’avocate avait contacté la Faculté de Droit et prit l’engagement de payer tous les frais d’études de Mamina.
C’eut été à la fois un jour béni et maudit lorsqu’elle eut remis une lettre d’emploi à Mamina pour son mari. Elle avait tout prévu. Elle avait demandé à son ami, le Ministre de l’Éducation Nationale, d’embaucher immédiatement Monsieur Jacques Chartier à un poste convenable. C’eut été la première fois et elle avait juré que ce serait aussi la dernière. Elle s'était résignée à briser un de ses principes juste pour satisfaire sa protégée. Elle avait voulu que sa secrétaire fût toujours joyeuse et heureuse.
Le lendemain, Mamina avait tout préparé pour son Jacky qui avait eu à vivre, comme comptable junior, son premier jour de travail. Elle l’avait aidé à s’habiller et l’avait comblé de tous les vœux de succès. Elle n’avait jamais cessé de prier pour lui et pour eux, pour leur amour et pour leur mariage, et avait eu, ce jour – là, à solliciter pour lui la protection divine pendant toutes ses heures au bureau.
Elle voulut chasser en son esprit l’idée de maudire ce jour qui l'avait privée de son vrai Jacky, ce jour qui avait brisé leur amour.
Après quelques jours de travail, Jacques avait déjà eu l’habitude d'accorder plus de temps à ses collègues qu’à elle, à ne fier qu’à leurs vils conseils, ce qui avait commencé à éteindre et mutiler son âme. Après quelques semaines, il avait déjà eu l’habitude de sortir avec des « amis » et de rentrer très tard, ce qui avait commencé à endurci son cœur et tuer leur amour. Après quelques mois, il avait commencé à se livrer aux griffes de ces superbes et maléfiques filles, ce qui avait commencé à taillader et avilir son corps.
Déjà 11 heures PM et elle était encore dans la salle de bain. Elle frissonnait. Ses membres se ramollissaient.
Elle prit une serviette, s’enveloppa jusqu’aux seins et alla vers la chambre à coucher. Lui parvint son profil dans un miroir. Elle se vit encore belle, assez belle pour faire toute la joie d’un vrai homme, d’un mari à elle - seule.
Se tournant vers le lit, elle le vit plonger dans un sommeil profond. Ses yeux la fixèrent, l’observaient pendant un long moment. Une forte nausée lui remonta vers la gorge jusqu’à sa bouche, l’excitant à rejeter quelque chose de mauvais, à le rejeter.
Elle le regarda encore et le trouva, pour la première fois, tout blafard et laid. En fermant les yeux pour ne plus le voir, ses autres sens devinrent plus performants jusqu’à lui permettre, pour la première fois, de trouver ses ronflements nuisibles. Cette répulsion alla s’accentuer lorsque ses regards, qui revint vers le miroir, retomba sur son corps de femme bien bâtie.
Brusquement, des sentiments étranges la traversèrent. De drôles idées tourbillonnèrent dans sa tête. Bouillonnait son sang. Elle recula, recula pour aller se planter droit au milieu de la salle.
Soudain, une voix intérieure lui cria :
- Mamina ! Mamina ! Il est temps de finir avec cette vie. Tu dois le faire maintenant !
Une haine intense s’accapara de son âme. Elle se dit en ses pensées : « C’est vrai ! Pourquoi pas ! Pourquoi ne pas mettre fin à cette vie ! Pourquoi ne pas mettre fin à sa vie ! »
Elle le regarda à nouveau : « Voici un moyen de le faire ; juste prendre l’oreiller qui est à côté de lui, le déposer sur son visage et l’étouffer. Il suffit seulement d’avoir assez de force pour le maintenir ».
«  Non, l’étrangler sera mieux. Il suffit seulement d’avoir une corde, y faire un nœud coulant, la passer à son cou et...Mais, où trouver cette foutue corde ?  ! »
« Et voici le moyen le plus simple : juste prendre un couteau et le poignarder ! Il y a un dans la cuisine dont la lame est assez fine et tranchante pour se laisser glisser jusqu’au fond de son cœur ».
Ces idées criminelles l'enflammèrent beaucoup.
Et une toute petite voix, sortant du tréfonds de son âme, lui chuchota tout bas :
- Non, Mamina, tu n’es pas faite pour ça ! Soit toujours femme ! Soit forte ! Et tu vaincras !
Elle tressaillit et se dédit tout à coup.
« Non, je ne veux pas le perdre sitôt, car c’est mon époux. Je suis tout pour lui ; c’est moi qui fais tout pour lui ! A moi de le faire revenir à notre premier amour ! A moi de tout faire pour sauver notre mariage ! », s’exclama t- elle tout bas.
Elle revint vers le miroir pour s’y admirer à nouveau. Toute sa beauté encore fraîche et imposante la fit se demander: “pourquoi Jacky ne s’intéresse plus à moi ? Qu’est – ce qu’il a pu trouver en une autre femme que je n’ai pas ?"
D’un geste vif, elle se dirigea vers le chevet, prit le téléphone de son mari et fouilla dans sa galerie. Aucune photo de femme. Elle fouilla aussi dans son répertoire. Lorsqu’elle tomba sur l’historique des appels composés et reçus, elle put constater qu’il maintenait un contact presque constant avec un certain Shello. Mais, lorsqu’elle décida d’appeler ce Shello, elle tomba sur une voix féminine. Paniquée, elle interrompit la communication.
Cela allait être également une nuit maudite pour cette très jolie jeune femme qu’on nommait Sahila. Le récent appel, reçu à partir du téléphone de son Jackito, l’avait totalement perturbée. « Que lui est – t – il arrivé ? Lui qui n’a pas l'usage de m’appeler à une heure si indue ! » Elle s’inquiétait beaucoup pour lui et ne pouvait plus rejoindre son sommeil. Son corps, tout à fait nu, frémissait et ses jambes, encore largement écartées, trémulaient de peur. Elle avait peur de perdre cet ami, cet homme, ce client qui l'appréciait trop et qui s’assurait toujours, depuis qu’ils étaient ensembles, de combler tous ses besoins quotidiens et de payer cette petite et agréable chambre dans laquelle elle ne faisait que reposer son corps ou vendre ses charmes, où elle n’hésitait jamais à lui livrer les marchandises qu’il affectionnait tant. Sa peur sembla s'exploser quand elle retourna l’appel et que lui répondit une voix féminine.
- Bonsoir ! Qui êtes – vous ?
- Et toi? Qui es – tu ?
- Qu’avez – vous fait de mon Jacky?
- Sûrement ce que tu ne sais pas faire.
Mamina accrocha. Ses tempes se gonflèrent comme pour s’éclater. Elle ne sut plus quoi faire.
Se réfugier dans le salon, s'isoler pour mieux pleurer fut pour elle la meilleure option. De grosses larmes chaudes inondaient ses yeux et de sa gorge partaient de discrets et plaintifs sanglots. Une force incontrôlable l’emportait à travers des nuages de tristesse et de désespoir.
Allongée sur un divan, elle suppliait Dieu de mettre fin à cette vie, de mettre fin à sa vie. Son ultime résolution fut alors de ne plus être ce qu'elle était. Elle voulut mettre fin à cette vie ; elle voulut mettre fin à sa vie.
"Que faire ? Me suicider ? "
À la petite voix de lui répondre :
- Qui es- tu pour décider de mettre fin à ta vie ? Tu n'es que son gestionnaire ! Tu seras, un jour, appelée à en rendre compte. Que diras – tu à ton Dieu ?
Elle restait pensive pendant quelques minutes. Elle pensait à ses parents et à cette éducation chrétienne qu'ils lui avaient inculquée.
" Non, ajouta- elle dans sa tête. Le suicide n'est pas humain".
" Pourquoi ne pas l'abandonner pour partir, partir très loin et... L'oublier ? "
"Non ! Jamais ! Je ne puis l'abandonner. Je ne puis l'oublier. Il est mon homme. Il est ma vie. Il est là dans mon cœur ! Il est là dans mon âme ! Je dois continuer à lutter, je dois continuer à vivre pour vaincre tout obstacle et toutes ténèbres ".
Elle se mit gentiment à prier, très calme, se vidant de toute pensée humaine. Elle priait, suppliait son Seigneur de l'aider, de lui ouvrir une porte de sortie, d'éclairer sa voie. Elle restait longtemps et longtemps à prier et mettait toute sa foi en son Dieu.
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