Nuit de Kigwynn, Nuit-à-bouquine !

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A ses heures beaucoup joyeuse -beaucoup rigoler- alors que peu souvent voir triste à pleurer sur le papier. A ses rêves petite auteure en herbe espérant bien pousser. Signe ses écrits quelques  [+]

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— Oh c'est dingue, je n'arrive pas à dormir ! s’irritait une voix affaiblie pour la nuit et enfiévrée de stupeur.
Des petits pas nus frappaient même les étroits escaliers qu'ils montaient afin de se rendre à la salle commune de Serdaigle.
C'était ceux de Rose Sleepinhood, qui venait sans doute de s'adresser à l'un des tableaux qui ornaient les escaliers de son dortoir, celui avec le joli banc de poissons argentés le plus gros d'entre eux étant son ami.
Dans un second râle, elle s'étonna de nouveau de son incapacité. Elle, ne pas dormir, a-ber-rant ! Cela ne lui était jamais arrivé. Ainsi qu'à aucun membre de sa famille qui se vantait « pour la grande histoire d'être descendante de la Belle au bois dormant et de n'avoir jamais eu pour cette raison que des héritiers avec des santés de fer, des sommeils (de qualité) car de plombs et des longévités centenaires. »
Elle stoppa dans un sursaut au pied de la dernière marche.
C'est que Luna Lovegood était assise au milieu du salon, plongée dans la lecture d'un petit bouquin. Rose ne s'attendait pas du tout à cette rencontre. Elle était montée dans le but de papoter avec Charley Cordell. De sa tourelle-dortoir, elle avait vu de la lumière dans la tour principale et s'était décidée à quitter pour la première fois le douillet édredon bleu azur de son lit.
— Oh, réveillée Loufoca ?
Fallait-il qu'elle soit perturbée, Luna était somnambule et dormait mal depuis toujours ! En tous cas, pour ce qu'elle en savait. A vrai dire Rose n'en aurait jamais rien su elle-même (dormant toujours profondément) si Holly Ravenwood, sa meilleure amie, ne le lui avait pas dit lors de l'une de ses cancaneries.
— Oui, éveillée...
A la douce réponse évasive de sa camarade, la jeune Rose se sentit rougir comme la fleur qui portait son nom. Elle l'avait appelée Loufoca, elle avait osé.
Ce n'était pourtant pas son genre (plutôt celui des Gryffondors ou des Serpentards) et elle en eut bien honte. D'autant plus que Luna n'était jamais méchante avec elle. Ni avec quiconque d'ailleurs. A tout s'avouer, cette compagne de classe était plutôt vulnérable et Serdaigle... à trois mille pourcent ! C'est à dire, ultra-ultra-excentrique !
Non pas que ce soit un défaut, les élèves de la maison de Rowena appréciaient justement ce trait de caractère, ils étaient même ultra-tolérants comparés aux autres maisons : le droit de porter les vêtements les plus extravagants, de dire tout haut ce qui leur plaisait. Mais chez Luna, c'était vraiment... « too much ! », comme l'avait lancé une fois Kate Middletongue.
Et c'était vrai. D'ailleurs, à cause de ses colliers-bouchons-biéraubeurre, ses radis en boucles, ses réponses décalées, son air de rêverie, bref, sa loufoquerie, les Serpentards scrutaient continuellement les Serdaigles et se faisaient de malins plaisirs à faire d'eux tous les cibles de leurs langues de vipères ! Et Rose détestait cela.
Bien que grandement appréciée dans sa maison, cette belle fille distinguée de troisième année (comme Luna) au visage sympathique, était en réalité très craintive à l'intérieur, douce (ce que tous ignoraient) ; on la disait plutôt pointilleuse et on la voyait souvent assurée, géniale ! Et elle ne tenait absolument pas à tomber de son statut qu'elle avait si finement cultivé en ces trois années d'études.
Le rejet immédiat dont on avait fait preuve à l'encontre de Luna Loufoca l'avait effrayée la première année ! Elle s'était juré de ne jamais avoir à le subir aussi (et toujours d'être d'une beauté irréprochable !) et s'était poussée à cette seule fin à devenir amie avec « les plus merveilleux cerveaux de son année » : Amberjade Bannerman, Kate Middletongue, Holly Ravenwood, Lucas Archer et Charley Cordell. Le groupe de Serdaigle aux excentricités quelquefois « décapantes » mais toujours justifiées.
Toute à ses pensées, Rose avait pénétré dans le rutilant salon en se mordant honteusement la lèvre.
— Salut Charley ! s'empressa-t-elle d’enchaîner pour un garçon extrêmement concentré sur sa table de bibliothèque.
— Salut...
Celle-ci peu envahie de livres pour une fois l'était par contre par une multitude d’œufs frais ! Mais cela n'étonna pas Sleepinhood cette fois. Son ami s'adonnait là à un exercice très répandu pour leur maison, la prédiction. Suivant le côté vers lequel le jaune tombait, vous pouviez interpréter votre avenir ou répondre à une question. Et les cocos le permettaient étonnamment bien (enfin, ça c'était Charley qui le disait).
Cela faisait trois jours et trois nuits qu'il se penchait sur cette science difficile.
— Je n'arrive pas à dormir..., continua la jeune Rose en s'avançant vers lui (un grognement pour réponse) et en s'asseyant (hum, s'affalant) dans l'un des confortables fauteuils de la pièce.
Elle soupira. Bien entendu, Charley trop concentré à sa tâche n'avait même pas saisi l'ironie de sa situation (ben voilà, il continuait de casser ses œufs totalement impassible, pfff...). Si elle avait pensé avoir au moins un semblant de discussion pour occupation (entre lui et la Lovegood plongée dans sa littérature) hé bien c'était fichu !
M'enfin, il lui restait à contempler l'endroit : in-croy-a-ble-ment confortable et élégant ! La plus belle salle commune de Poudlard, selon les Serdaigles. Sa forme ronde trouée d'élégantes fenêtres gothiques, ces murs tendus de soie bleu et bronze qui luisait en cet instant sous la lueur du feu ! Et son haut plafond-dôme parsemé d'étoiles peintes qui se reflétaient perpétuellement sur la moquette bleu nuit, un spectacle di-vin !
La vue sur le jardin, le lac et la forêt interdite, grâce à son exposition ouest, était aussi de toute beauté en journée.
— Ouais, une sacré aubaine ! confirmait Stewart Ackerley à chaque occasion.
Elle ne s'étonnait donc pas de ne pas regretter son dodu lit à baldaquin délaissé à l'étage supérieur !
— Moi aussi je ne peux pas, lui répondit subitement Luna (avec encore un train de retard). C'est normal, c'est parce que c'est Kigwynn, cette nuit...
« Kigwynn ? Autrement dit, Guerrier blanc », ne put s'empêcher de relever l'esprit pointilleux de Rose. Certainement encore une des lubies de cette fille.
— Ah mais oui, se souvint-elle.
Elle lui en avait parlé une fois. Enfin juste évoqué en fait devant Holly, Amberjade et elle. Ce jour-là, Luna (aux prises avec une de ses énièmes crises loufoques) leur avait expliqué que Kigwynn était une fête annuelle très importante pour les bibliophiles, où la Lune se parait de mercure et où le sommeil blalalalala... Ce qui avait eu don de déclencher un de ces centièmes fou rires à son égard, Rose et ses amis ne s'attendant pas à un tel discours (d'ailleurs ils n'étaient pas sûrs qu'elle se soit adressée à eux !).
Rose avisa la Lune par l'une des amples fenêtres. Elle avait une teinte mercure en ce soir. La jeune fille qui avait une mémoire d'éléphant (encore un don hérité d'un de ces ancêtres, l'éléphant d'Alexandre le grand) tâcha de rassembler un peu plus ses souvenirs. Qu'avait donc dit la Lovegood après ?
Ah oui... Et comme à chaque fois à cet événement, cette dernière ne parvenait pas à dormir : elle se blottissait dans la salle, entourée de livres (un régal) et lisait toute la nuit. Elle prétendait que « lorsque la Lune se parait de mercure, le sommeil était trop dur ». Elle disait aussi que le temps de cette nuit, les livres dévoilaient une foule d'histoires inconnues et cachées en leurs pages. Sur ce dernier point, Holly avait émis un doute agrémenté d'un rire de phoque si tonitruant que Terry Boot lui en faisait encore la moquerie et qu'elle en rougissait jusqu'à la racine des cheveux à chaque fois qu'il l'évoquait, pffff...
— Grand-mère, reprit subitement Luna fort nostalgique, dit même qu'à Kigwynn le fil d'un récit inespéré peut exaucer des désirs âgés ou cachés.
Rose considéra à nouveau Lovegood qui semblait si bien lovée entre ses piles de bouquins (qu'elle avait sortis d'on ne sait où) et pensa qu'elle serait bien tentée (un jour) de lui demander jusqu'au bout du bout l'explication de toutes ces choses irrationnelles qu'elle évoquait...
Car il faut bien le dire, Rose avait beau se laisser entraîner par les copines et prétendre se désintéresser de Luna Lovegood, elle n'avait jamais pu s'empêcher d'éprouver une sorte de curiosité, voire de croyance, envers cette insolite Serdaigle. Elle pensait même qu'en d'autres circonstances elles auraient été amies, le triste passé de cette fille qui avait perdu sa mère à neuf ans n'ayant jamais manqué de lui pincer le cœur. Une sympathie qu'il lui fallait absolument cacher aux yeux rusés et jaloux d'Holly sa meilleure amie et petite détractrice de Luna.
— Tu peux continuer, je t'écoute Lovegood.
À la grande stupeur de Rose, Charley (toujours très calme à la tâche) venait en cet instant d'inviter leur camarade à...
— Sa baguette toujours coincée entre les dents, lut aussitôt cette dernière, Babbity Lapina sautillait le plus vite possible loin de la méchante sorcière chien.

*

Elle fuyait à peine et se demandait vaguement (l'esprit embué par son corps de lapin) à quel avenir prometteur elle pourrait bien désormais se consacrer. Ces années de captivité au service de Dugdogga Clairchoin L'odieuse l'avait franchement écœurée du métier de lavandière et elle se disait qu'il était peut-être temps d'en changer. D'autant plus qu'elle l'exerçait depuis des siècles. Bref, le futur s'offrait à elle, empli d'incroyables possibilités.
Mais elle aurait mieux fait de ne pas se laisser griser par sa liberté gagnée, cela lui aurait évité encore bien des mésaventures.
Un sourire satisfait aux lèvres (étrangeté sur le faciès d'un lapin qu'il ne faut pas manquer), elle contemplait, légère, la jolie forêt qui l'entourait désormais. Très verte avec beaucoup de chênes, la vieille sorcière devinait qu'elle devait abriter force nymphes, hamadryades et centaures. Son nez de lapin reniflait aussi quelques gobelins mais pas de grosse araignée cannibale qui vous attendait au détour !
Babitty Lapina soupira. Le lieu lui paraissait i-dé-al pour se refaire une santé mentale et bien doux pour sa chair lapine qui l'incitait à y gambader follement entre les végétaux et folie suprême à vouloir creuser à la recherche de... ca-rottes !
Enfin quoiqu'il en soit, ce fut vers ces arbres-là que Babbity Lapina vit s'arrêter ses pas. Elle sautait quand elle eut la bizarre impression de pédaler dans le vide.
— Tiens, se dit-elle l'oreille interloquée, suis-je si légère à ne pas sentir comme ça le sol d'herbe tendre sous mon poids ?
Il y avait aussi une autre possibilité à cette étrange sensation. La sorcière-lapin releva les yeux, vers son arrière-train. Ce dernier venait justement de s’effondrer. Son cœur sauta alors en sa poitrine poilue à la rencontre du regard noir dur et méchant d'un cracmol aussi laid que géant ! Mais hé, car de carotte, il la tenait par le cou !

*

— Pff, c'est du n'importe quoi !
Rose pouffa. Installé à son côté sur le bras dodu de son fauteuil, Lucas Archer s'exaspérait le sourcil haut et la lèvre blasée.
— Lapina attrapée par un cracmol, le comble du stupide ! continuait-il sous l’œil ahuri de Luna interrompue. De plus, ce récit n’existe pas dans les contes de Beedle le barde !
(Et il en savait quelque chose. De tous les élèves de Poudlard, il était le plus fervent fan de ces récits magiques.)
— Ce ne sont pas les contes de B...
— Ah ouais ! interrompit alors une Padma Patil elle aussi plus réveillée que jamais en pointant du doigt le cuir du livre, c'est pourtant ce qu'il y a écrit  !
Luna pencha la tête sur la couverture de son bouquin avant de lui jeter un œil insolite.
— Vous ne comprenez rien ! intervint alors Rose, un cil taquine pour Luna, c'est parce que c'est Kigwynn !
— Ki-quoi ?
— Vous savez..., insista la belle en jetant un coude complice à Lucas, la fête des livres !
— Ah...
— Oh, c'est pas fini ce boucan ! s'agaça subitement Charley de son côté du salon. On peut même plus se concentrer ici ! Luna, tu lis plus ?
Subitement interdits, Rose, Lucas et Patil se considérèrent avec de grands yeux. Cette dernière fronçait même le sourcil. Quoi, Charley Cordell copiner avec Loufoca, c'était un brin... stupéfiant ! Charley était certes excentrique comme tous les Serdaigles mais son excentricité entrait « adéquatement » dans les quotas de la maison ! Lévitation. Ce qui n'avait pas manqué de lui attirer les moqueries de Serpentard. Utilisation « magi-fique » de crottes de nez de trolls et c'était tout ! Mais jamais il n'aurait poussé jusqu'à parler avec Lovegood (enfin d'après lui) !
Oh, les yeux bleus et lointains de Luna, eux, s'étaient mis à briller.
— Je continue, je continue ! s'exclama-t-elle même, brusquement gaie.

*

Devant l'impolitesse, son sang de sorcière lui monta d'un coup.
— Oh le petit mal élevé ! s'écria-t-elle, croyant avoir affaire à un homme aussi banal qu'ignorant. Si tu crois faire un civet de moi, tu te berces d'illusion, ratapoix (c'est une ancienne expression sorcière du sud de la France) alors repose-moi immédiatement !
Mais déjà de un, sa voix de lapin suraiguë comme un chipmunk n'avait rien d'effrayant, de plus, avec sa baguette toujours coincée entre les dents, on ne comprenait quasiment rien à ce qu'elle disait. Et de deux, cela n'avait pas effrayé l'inconnu qui en deux temps trois mouvements l'avait fourrée dans un sac.
(Avant même qu'elle ait pu dire Quidditch !) Hé, c'est qu'il était sacrément rapide l'animal mais heureusement pas à l'abri d'un de ses sorts, songea Babbity en gloussant. Dans le sac, il faisait noir comme poix mais elle y était si bringuebalée que c'en était amusant et qu'elle ne pouvait s'empêcher (d'un naturel joyeux) d'en ricaner.
— Hum hum, toussota-t-elle, tâchant de se reprendre...

*

— Il n'y a absolument rien dans ces livres ! déclara Kate Middletongue étrangement dynamique pour une heure si tardive dans la nuit.
Une demie-heure plus tôt, elle avait fait irruption dans la pièce, accompagnée de deux ou trois camarades incapables de trouver le sommeil eux aussi ! (fait qui avait vraiment interloqué Rose). Malheureusement, la jeune fille n'avait pu creuser plus avant sa pensée aussitôt bombardée de questions par cette amie étonnée de la trouver là et surtout en train d'écouter (avec Lucas) Luna ! Rose avait dû alors tout lui expliquer en tâchant de n’omettre aucun détail ou l'esprit curieux de Katie n'aurait pas tardé à la harceler de nouveau ! Ces explications faites, les deux amies s'étaient décidées à fouiller les livres à la recherche de quelque chose. Elles s'en étaient saisies d'une vingtaine comme ça mais rien, rien, rien, pas d'histoires cachées ou inédites. Les Dumas étaient des Dumas, les livres de cours des livres de cours, les Walter Scott des Walter Scott !
— Pas vrai, Rose ? insista Katie bien décidée cette fois (comme elle le lui avait expliqué) à mettre Lovegood face à la réalité.
À cette interpellation, la belle Rose se sentit rosir d'embarras. Elle aimait être au centre des attentions, surtout quand il s'agissait d'étaler son savoir, d'affirmer des conclusions ou de faire des découvertes mais le caractère fort, donneur de leçons et investigateur de son amie la gênait de plus en plus.
D'autant plus que son père lui avait dit maintes fois que ce n'était pas parce qu'on ne voyait pas une chose qu'on ne devait pas y croire ! La preuve en était les moldus qui ne voyaient pas la magie et pourtant elle existait bel et bien ! Cependant, il lui fallait bien avouer ce qu'elle venait de constater...
— Je n'ai rien vu en effet, déclara-t-elle presqu'à contrecœur. Mais là où Luna semble avoir raison...
— Oh non, tu vas pas recommencer, c'est juste une coïncidence ! la coupa aussitôt Katie, estomaquée.
— Mais c'est parce qu'il faut lire entre les lignes ! protesta en même temps Luna face à toutes ces mines incrédules.
Tous les yeux de la pièce se tournèrent vers elle.
— Regardez le mien... continua-t-elle en leur présentant son livre. Vous ne voyez pas ?
— Non décidément... se décida à répondre Cho Chang pour le groupe penché au-dessus des pages.
Luna se déconfit.
— Qu'est-ce qu'on devrait y voir ? questionna une première année.
— Peut-être... que vous n'aimez pas assez les livres... c'est pour ça, répondit évasivement Luna.
— Quoi, nous les Serdaigles !
— J'veux dire... les romans.
À ce mot, les élèves de Rowena grimacèrent. Ouais, elle avait pas tort, ils avaient plutôt tendance à se jeter sur les livres de potions ou de cours, les romans ayant tendance à être trop ramollos pour leurs cerveaux.
— Salut la compagnie !
Beau comme un dieu (en tous cas aux yeux de Rose) Roger Davies, talentueux poursuiveur et capitaine de son équipe, venait de faire son entrée (ainsi que Miss Faucett) et de s'étonner à l'instant à la vue du salon envahi par la maison quasi entière !
— Ouh là, c'est quoi tout ce monde pas couché ! Personne dort ici ? enchaînait-il de la même façon en se jetant sur le moelleux d'un large fauteuil.
Rose eut bien été tentée de lui expliquer si une fébrilité n'était venue subitement secouer sa poitrine...
— Elle lit quoi ? questionna encore Davies à la vue de Luna retournée à sa lecture à voix haute à quelques pas de son fauteuil.
— Aucune idée, répondit Archer penché sur ses feuilles de cours, elle lit pour Cordell.
— Hum intéressant, marmonna le nouveau venu en jetant un regard à la ronde apparemment dubitatif.
Cordell C. était les yeux rivés à sa table à œufs, entouré de volontaires venus l'assister beaucoup plus loin !
La pièce qui grouillait de monde avait des allures de plein jour, certains groupes révisaient leurs cours de potions, d'autres s'entraînaient à des sorts, même le préfet était là !
Le regard du jeune Davies se fit plus inquisiteur à la vue du petit groupe installé à côté de lui : pas moins de six Serdaigles comme rassemblés autour de Loufoca dont il connaissait bien Padma, Archer, Chang, Marietta...
— Ce sont les mille et une mésaventures de Babitty Lapina, se décida enfin à déclarer Luna entre deux phrases.
— Jamais entendu parler ! lui rétorqua Davies ayant compris par là qu'elle lui répondait.
— Nous aussi on te rassure ! s’immisça Marietta Edgecombe une figue sèche à la main. Mais cette bonne vieille Lovegood tient apparemment à nous en faire absolument profiter !
— C'que vous avez l'air d'apprécier ! lui renvoya Roger (avec un a-do-rable sourire).
— Hé ! contrattaqua Marietta. Facile à dire quand on ne sait pas lire soi-même, hein Roge' !
Un coussin fila vers sa face.
— Nan sérieusement, enchaîna-t-elle en émergeant du missile de tissu que son ami venait de lui envoyer, mademoiselle Loufoque prétend qu'à Kigwynn les livres font apparaître de nouvelles histoires entre leurs pages. Mais Sleepinhood a vérifié et n'a rien trouvé !
Dans un sursaut, Rose se sentit rougir, incapable de dire un mot (pour la première fois, le beau Davies la regardait et elle en était folle ! D'ailleurs que devait-il penser en cet instant ? Elle devait vraiment avoir piteuse allure dans sa charmante robe de chambre rose traînante, les yeux tirés de fatigue, les cheveux ébouriffés, la mine indécise et gênée).
— Oh, elle ne nous a rien appris, on l'savait déjà ! rétorqua au passage Archer obnubilé par ses leçons mais toujours un brin compèt' ou jaloux.
Mais pour cette fois, Rose s'en fichait. Roger venait brièvement de lui sourire, manifestement bien disposé à toute conversation (attitude incroyable pour elle qui avait passé ces trois dernières années à se savoir parfaitement invisible à ses yeux !) Rose s'affermit. Oui, pour la première fois en ces trois ans, son souhait paraissait enfin possible, à portée de... voix...

*

Rose hoqueta dans un fort relent de bière. Elle venait de sortir à toute vitesse du pub des Trois balais et dans son empressement avait oublié combien la bièraubeurre était lourde à digérer et ô tristement gênante pour une jeune fille coquette s'apprêtant à croiser foule de camarades à cause des rots sonores qu'elle pouvait occasionner.
Cependant, pour une fois, cette terrible perspective ne l'arrêta pas. Si elle s'était laissée convaincre de venir à Pré-au-Lard au lieu de réviser, c'était avant tout pour faire des emplettes pour les anniversaires de sa famille (elle savait que ce village était idéal pour trouver des « choses originales ») et elle souhaitait absolument les contenter (surtout son horrible oncle Henry, elle avait eu la maladresse de ne pas le faire une fois et de colère il avait bien failli... la manger !). Pendant des années, elle ne l'avait plus revu à cause de ça mais Papa prétendait que maintenant avec tout ce temps passé c'était OK et que l'on pouvait à nouveau l'inviter ! Hum mais il vaudrait mieux par prudence ne pas se louper cette fois, Rose ne souhaitait pas finir en ragoût !
Maman aimait aussi les belles choses travaillées, et les poignards (évidemment, elle ne descendait pas des Tudors pour rien), peut-être qu'elle pourrait en trouver chez Derviche et Bang ? À voir. Rose calcula, il ne lui restait plus beaucoup de temps, à trop papoter avec Holly et Cho au pub, elle avait littéralement bu sur son « heure-achat » ! Il lui faudrait être méthodique pour les minutes à venir. D'abord, elle devait s'arrêter au plus proche. Se précipitant vers une petite rue à gauche, elle stoppa net pourtant. Son œil brun venait d'identifier une silhouette reconnaissable entre toutes.
— Hey Luna ! salua-t-elle aussitôt, absolument ravie de la croiser.
Dès qu'elle le pouvait, Rose lui adressait quelques mots désormais. Depuis cette fameuse nuit-à-lire, bien des choses avaient changé et quelquefois en merveilleux pour certains d'entre eux ! Et l'esprit d'éléphant de la jeune fille était persuadé (après de nombreuses constatations) que Luna Lovegood et ses mille et une mésaventures de Babitty y était sans doute aucun pour quelque chose !
— Bonjour Rosa, lui répondit Lovegood.
À l'entente de ces mots, Sleepinhood la gratifia à nouveau d'un chaleureux sourire. C'est qu'elle venait de l'appeler par le surnom que lui donnait sa mère dans l'intimité (appellation absolument inconnue à Poudlard, même d'Holly). Mais cela n'étonnait plus la jeune fille qui commençait à bien connaître cette camarade. Luna était comme ça. Sacrément intuitive. Elle devinait les choses, vos émotions, vos intentions, parfois même les mauvaises paroles que vous alliez lui dire. Ce qui avait le don (dans la plupart des cas) d'arranger... méchamment les Serpentards, voir de les sortir de l'embarras... Mais curieusement, elle n'utilisait jamais ces capacités à son avantage.
Malgré l'urgence de sa situation (oncle Henry, oncle Henry, oncle Henry !), Rose s'attarda. À cause en grande partie d'Holly et de Katie, elle n'avait jamais pu lui parler plus de deux minutes et la remercier peut-être pour ce qu'elle leur avait offert. Mais là, c'était l'occasion idéale, non ?
— Écoute Luna, de telles choses se sont débloquées pour nous... Je voudrais te remercier pour cette nuit de Kigwynn...
— Oh ne me remercie pas pour ça ! protesta Luna le visage lointain. Ce n'est pas moi, c'est le grand guerrier qui l'a fait ! À Kigwynn, le fil d'un récit inespéré peut exaucer des désirs âgés ou cachés.
— Le guerrier blanc bien sûr, marmonna Rose à la réentente de ce dicton qu'elle n'avait pas oublié mais tout de même intriguée.
La curiosité envers ce bizarre personnage (de quelle légende pouvait-il bien être tiré ?), les souvenirs de cette drôle de nuit, tout lui remontait... Kigwynn lui paraissait bien loin maintenant et pourtant il n'était passé que deux semaines et demi depuis cet événement. Tous les élèves qui avaient écouté Luna avait vu leurs rêves se réaliser (Rose avait insidieusement mené l'enquête).
Malgré son trop jeune âge, Padma avait été acceptée pour la prochaine expédition d'été d'Hulot and Magico (une des plus risquées !), Archer s'était vu offrir une bibliothèque entière sur les philtres et potions par « son radin de cousin » (il lui en hurlait encore de joie aux oreilles grrr), Marietta et Cho avaient fait la couverture de Divinesorcières, Cordell était devenu si fort en Prédiction que nombre d'élèves (même des Serpentards disait-on) venaient lui en demander une ! (ce qui était chouette car ainsi il n'était plus à squatter pendant des jours et des nuits la salle commune pour casser des œufs. Ce qui l'était moins, c'est qu'il n'arrêtait pas de se vanter d'avoir trouver « The formule des cocos »!). Quant à elle-même (Rose rosit de bonheur) elle était devenue amie (enfin !) avec le beau Roger. Vœu qu'elle n'eut jamais cru se réaliser et qu'elle avait lancé pourtant un soir de désespoir lors de sa première année : « S'il ne n'aimera jamais alors soit, mais qu'il soit au moins mon ami ! »
— Et puis tu sais, reprit Lovegood plus tout à fait rêveuse. Il a réalisé pour moi aussi !
Cet aveu fait, un large sourire énigmatique vint éclairer malicieusement son beau visage fade. La jeune Serdaigle la considéra attentivement. Absolument fascinée. Le visage penché de sa camarade se perdait déjà dans la contemplation des chaumières alentour. Avidement. D'une blancheur de perle contrasté par la rousseur de la saison. Parfaitement ovale entre les mèches ondulées de ses cheveux si pâles, il était d'une impossible... sérénité. Un parfait petit lac clair sans trouble jamais ! Ouais quelqu'un qu'il faisait bon de connaître, pensa Rose avec un léger regret. Malheureusement, elle n'avait pu dévoiler ses conclusions. Personne ne l'aurait cru, même pas ceux dont les désirs s'étaient réalisés. Au pire, il l'aurait prise pour une allumée, une loufoque comme Luna. Rose se consola en se disant qu'au moins elle savait que sa camarade ne mentait pas. Et que Dieu seul savait combien de choses incroyables elle devait encore connaître !
Rose cocha en son esprit, à creuser un jour.
— Bon je vais te laisser Rosa, j'ai une foule de choses à acheter chez Gaichiffon !
— Moi aussi. À la prochaine alors !
Luna s'éloignait déjà.
— Avant Kigwynn, j'espère..., pensa Rose en reprenant sa route.
D'ailleurs c'était drôle, Charley avait créé un dicton pour cette étrange nuit : Nuit de Kigwynn, nuit-à-bouquine. Mais Rose, elle, aurait plutôt dit : Kigwynn bouquiné, Désirs réalisés.

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