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"Cher journal,

Aujourd'hui a été une journée banale. Comme d'habitude depuis quelques temps déjà , mon père n'était plus là à mon réveil , sûrement parti se noyer dans le travail. Quant à ma mère , lorsque je suis descendue , elle m'a sourit , enfin a essayé de me sourire, avant de quitter la cuisine. J'ai pris mon petit-déjeuner et je suis partie m'enfermer dans ma chambre pour le reste de la journée , mon quotidien depuis quelque temps. Je ne sors quasiment plus , je reste allongée dans mon lit pendant des heures à réfléchir , à penser. Je ne sais plus quoi faire pour arrêter d'y penser..."

Le stylo arrêta tout mouvement après ces mots et le cahier corné et usé se referma complètement , comme l'auteur de ces mots. L'écrivain de ce journal sembla quitter sa petite bulle et remarqua l'obscurité du ciel.La nuit venait tout juste de tomber. La personne qui tenait ce journal s'approcha lentement de sa fenêtre et se laissa subjuguer par la clarté de la lune cette nuit-là. Pourtant sa contemplation fut de courte durée puisqu'elle entendit des voix résonner. Intriguée , l'auteur de ce journal quitta sa chambre , évitant de regarder la porte d'en face et s'assit dans les escaliers , espionnant la conversation entre ses parents dont elle avait reconnu les voix

“ Mark , je suis fatiguée de tes absences soi-disant à cause de ton travail. Et ne m'interromps pas je sais très bien que c'est faux.

-Je ne peux rester là en agissant comme avant ! C'est trop dur !

-Tu crois que ce n'est pas dur pour moi !? Tu crois que c'est facile tous les jours de vivre ici , de voir notre fille dans cet état ! J'essaye de faire bonne figure alors que toi tu fuis la réalité !

La dite jeune fille qui était cachée en haut des escaliers se leva précipitamment et descendit lourdement et lentement les escaliers. Comme elle s'y attendait les voix se tarirent immédiatement au son de ses pas et lorqu'elle fut arrivée en bas de l'escalier , la mère de famille s'apprêtait à parler lorsque la jeune fille prit la parole , pour la première fois depuis longtemps :

-Je sors comme ça vous pourrez continuer votre discussion et faire comme si je n'existais pas”

Elle n'attendit aucune réponse de ses parents et quitta la maison. Elle erra dans le quartier sous la lumière des lampadaires en souriant ironiquement. Ses parents ne s'étaient même pas donné la peine de sortir la chercher ou même la gronder , quelle magnifique preuve d'amour. Peu à peu elle quitta son quartier , celui où elle avait grandi , pour rejoindre le centre-ville. Elle sentait le regard des passants sur elle , il était vrai qu'elle devait faire peur avec ses vieux habits , ses cheveux emmêlés et ses cernes plus sombres que la nuit. Son image lui importait peu , voire pas du tout. La seule image qu'elle voulait éviter était celle de son reflet , ce hideux reflet qui lui criait des horreurs. Elle détourna violemment la tête pour ne plus le voir et reprit sa marche hasardeuse. Où allait-elle guidée uniquement par ses pas ? Nul ne le savait , encore moins elle. Elle rôdait dans les rues , la tête ailleurs comme toujours. Elle ne faisait pas attention aux alentours , aux personnes du moins jusqu'au moment où quelqu'un lâcha un mot , un unique mot qui la fit stopper sa marche :

"Maya c'est toi ?"

Maya, Maya jolie prénom qui sonnait douloureusement dans sa tête. Elle avait failli ne pas s'arrêter , elle n'était plus habituée à entendre son prénom. Il était devenu tabou dans sa maison. Elle regarda la personne qui l'avait interpelée et l'adjectif abasourdi serait plus approprié pour l'état de la dénommée Maya qui murmura :

"Monsieur Plue ?

-Je suis content de te voir , ça fait depuis... l'accident. , finit-il sa phrase en se mordant la lèèvre inférieure

La jeune fille hocha la tête sans rien rajouter , sans rien réfuter. Les deux interlocuteurs gardèrent le silence , Maya ne voulait pas ouvrir la bouche et souhaitait s'enfuir au plus vite. Il lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Elle lui tourna le dos et commença à reprendre sa marche lorsqu'il prit la parole :

-Tu peux passer me voir comme tu veux , comme avant.

Le dernier mot fit stopper la marche de la jeune fille. Elle mit fin à la conversation d'une voix cinglante et légèrement tremblante :

-Plus rien ne sera jamais comme avant"

Sur cette note amère elle s'en alla laissant l'homme d'un certain âge seul. Bon dieu qu'elle aimerait que tout redevienne comme avant. C'était son seul et unique souhait , celui qu'elle écrivait chaque jour dans sonait journal, son unique ami et défouloir en ce moment.

La jeune fille perdit toute notion du temps et se laissa une nouvelle fois guider par ses pas. Cette fois-ci elle atterit dans un parc lambda pour n'importe qui mais pas pour Maya. Ce parc avait une conotation particulière à ses yeux , il possédait un petit quelque chose particulier et elle se dirigea vers cette particularité chère à ses yeux. Elle pressa les pas et se stoppa devant un banc on ne peut plus banal mais pas pour la jeune adolescente. Elle s'assit sur ce banc et serra ses genoux fortement contre elle pour trouver un quelconque réconfort. Elle enfouit sa tête dans ses genoux , comme si elle fuyait l'obscurité de la nuit tombée pour une encore plus sombre. Dans ce petit cocon , elle remontait le temps. Elle se revoyait plus petite , souriante et joyeuse , assise sur ce banc et elle voyait une silhouette s'approchait en trotinant , cette silhouette semblait sourire et se mit à ses côtés pour papoter pendant des heures et des heures. Soudain la silhouette disparut et Maya releva la tête , quittant son nid de réconfort. Encore une fois elle était seule, abandonnée de tous. Enfin peut-être pas si seule que ça puisqu'elle entendit des bruits de pas qui se rapprochaient. Pensant que c'était un passant ou une personne dont elle n'accordait aucune importance , elle se remit dans sa position d'auparavant ne voulant pas être vue et ne voulant pas voir. Cependant ce passant s'assit à côté d'elle , à une place qui avait été réservée par une personne si chère à son coeur. Elle releva vivement la tête , se préparant à dire séchèment à cette personne de partir. Mais les mot lui manquèrent lorsqu'elle vit qui s'était assis là. Elle murmura :

"Layla ?

-Tu aurais pu m'éviter de me faire marcher dans un endroit aussi glauque. T'as beau être ma meilleure amie préférée , j'ai un peu peur de me balader dans le coin ! , essaya de plaisanter la dénommée Layla

Cette tentative ne fit pas lâcher un rire à Maya , pas même un sourire. Cela jeta un froid entre les deux adolescentes , un froid qui fut brisé par Maya qui lâcha d'une voix froide

-Qu'est-ce que tu fais là ?

-Tes parents m'ont appelée un peu paniqués de ne pas te voir rentrer à minuit. Alors je me suis mise à te chercher et puis j'ai repensé à ce parc. , répondit sa meilleure amie

Les yeux de la jeune fuyarde s'élargirent , elle était restée si longtemps dehors. Elle ressentit une pointe de culpabilité envers ses parents. Pourtant elle répliqua d'uen voix un peu sèche :

Eh ben je vais très bien , tu pourras leur dire.

Non Maya tu ne vas pas bien. Ecoute ça fait 3 mois qu'il est parti , alors avance ! S'écria son amie à bout

Avancer , avancer , vous n'avez tous que ce mot à la bouche ! Mais comment je peux avancer alors que lui ne peut plus !, s'emporta Maya

Elle ne pouvait pas avancer pas sans lui. Comment pourrait-elle se regarder en face vivre comme si de rien n'était alors que lui était parti ? Elle avait beau dire que c'était ce qu'il aurait voulu , elle ne parvenait pas à reprendre le cours de sa vie. Un peu plus calme , elle baissa la tête et serra ses poings au point d'en trembler en déballant ce qu'elle avait sur son coeur :

Layla , je ne sais plus quoi faire. J'arrive pas à vivre sans lui , c'est beaucoup trop dur. J'arrive même pas à parler de lui ou à prononcer son prénom sans me mettre à pleurer.

Maya... murmura son amie en caressant son dos

Le pire c'est que je déteste ce que je suis devenue , je me fais pitié. Quand on avait été à l'enterrement de madame Lilas, tu sais ma voisine de 60 ans , en voyant l'état fantomatique de son mari , on s'était promis de ne jamais finir comme ça. Et j'ai failli à ma promesse. J'ai beau me dire d'arrêter de pleurer elles ne s'arrêtent pas

Des gouttes d'eau salée s'écrasèrent sur ses poings. Tous les matins elles se répétaient d'être courageuse que ce n'était pas ce qu'il aurait voulu mais à chaque fois qu'elle ouvrait la porte , son regard tombait irrémédiablement sur la porte en face de la sienne , là où ses affaires à lui étaient stockées , des affaires qu'elle ne parvenait pas à jeter ou à oublier. Et à la seconde où elle voyait cette porte, son coeur se serrait si fortement qu'elle avait l'impression d'étouffer et la souffrance revenait à la charge malgré son leitmotiv. Et chaque jour , chaque heure , chaque minute , chaque seconde renforçait la douleur un peu plus. Désormais elle comprenait l'état du mari de feu Madame Lilas , elle comprenait son sombre état. Elle était juste à bout de force , fatiguée de lutter. Elle posa sa tête sur l'épaule de sa meilleure amie et se mit à pleurer tout son saoûl sous les câlins de Layla qui la laissait évacuer sa tristesse. Au bout d'un moment , la jeune fille en deuil sécha ses larmes et alors qu'elle s'apprêtait à s'excuser , sa meilleure amie lui coupa l'herbe sous le pied :




-Je suis désolée Maya , de ne pas avoir été là. Même si tu m'as dit de ne pas venir , j'aurais dû insister et te consoler. Mais je crois qu'au fond cela m'arrangeait parce que je ne savais comment affronter sa tristesse. J'ai beau être ta meilleure amie votre lien était vraiment unique en son genre et je ne pouvais pas faire face à ça. Je ne faisais pas le poids face à votre lien et pour être honnête j'en étais un peu jalouse.

-Layla..., chuchota Maya d'un air coupable face à la tristesse de son amie qu'elle n'avait jamais soupçonnée

-Ne prends pas cet air coupable , ce n'est pas ta faute ! Vous étiez juste faits pour vous entendre à un niveau que je n'atteindrai jamais. Ca ne veut pas dire que tu ne te préoccupes pas de moi , au contraire je suis touchée que tu prennes soin de moi. Maintenant c'est à moi de prendre soin de toi , je veux que tu marches à nouveau même si tu dosi tomber ! ,lui sourit Layla

Maya s'éloigna de sa meilleure amie et la prit tendrement dans ses bras , autant pour réconforter Layla qu'elle-même. Elle ne s'était jamais rendue compte du mal-être de sa meilleure amie quand elle était avec lui et au fond elle s'en voulait de son manque d'inattention. Même dans sa tristesse , elle ne pensait qu'à lui et pas à un seul instant elle avait songé à l'état de sa meilleure amie. Elle lui présenta des excuses :

-Je suis désolée d'avoir été si égoïste , je me suis juste focalisée sur ma douleur et je n'ai pas pensé à toi qui me voyait couler comme le Titanic.

-Je t'interdis de dire que tu es égoïste , tête en l'air oui mais égoïste non jamais !, s'emporta Layla

Les deux jeunes filles s'éloignèrent l'une de l'autre et Layla se mit soudainement à rire :

-On a vraiment l'air de droguées avec nos yeux rouges.

Pour la première fois depuis une éternité , Maya se mit à sourire certes un léger sourire mais un sourire tout de même. La jeune fille avait l'impression qu'en souriant un de ses poids s'évanouit. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle était libérée, la culpabilité continuait de la ronger pour une bonne raison qu'elle ne pouvait pas dire à haute de voix , du moins pas là. Et là ce fut le déclic dans son esprit , elle se leva brusquement faisant sursauter son amie et demanda :

-Layla tu as bien le permis non ?

-Euh oui je viens de l'avoir d'ailleurs je suis venue en voiture pourquoi ? Interrogea son amie d'un air scpetique

-J'ai besoin que tu m'emmènes quelque part. , répondit doucement la jeune fille en regardant l'horizon d'un air absent

-Mais il est plus d'1h du matin ! Il se fait tard ! , répliqua l'autre adolescente

-S'il te plaît., supplia Maya les larmes aux yeux




Le paysage défila sous ses yeux , les lumières urbaines devenaient que des traits lumineux. Peu à peu ces lumières s'éloignèrent. La voiture s'arrêta et Maya descendit. A sa surprise , son amie ne la suivit pas. Elle lui lança un regard interrogatif auquel elle donna une réponse :

Tu dois le faire seule.

Elle avait raison : cette mission , elle devait l'accomplir seule. Alors elle se mit à marcher toute seule vers un endroit précis. Elle marcha lentement sur cette route en forêt. Etrangement malgré l'aspect lugubre de la forêt , les hululements des chouettes , elle se sentait sereine mais vide , comme si ce lieu la dépossédait de toute énergie. Puis elle s'arrêta face à un arbre qui semblait avoir subi un choc et Maya savait lequel. Elle détourna le regard qui tomba sur une croix en hommage à une personne décédée , une personne si chère à son coeur. Elle se rapprocha de cette croix, se mit à genoux et se mit à parler d'une voix douce mais tremblante :

"Ca faisait longtemps. Désolée de ne pas être venue plus tôt mais je n'avais pas la force de venir. Déjà j'ai dû me forcer pour aller à ton enterrement mais pour moi ça représentait moins de douleur d'aller te voir dans cette boîte que de venir ici. Parce que c'est ici que t'es mort , que tout a basculé. Et je ne peux m'empêcher de me dire que je suis coupable. J'aurais dû t'empêcher d'aller à cette soirée , j'avais eu un mauvais présentiment. Et pourtant je t'ai laissé partir , j'aurais au moin pu t'accompagner mais on venait de se disputer et j'étais trop en colère pour vouloir venir avec toi. Si je n'avais pas été si têtue, peut-être que je t'aurai accompagné et que tu ne serais pas monté dans cette voiture conduite par ce mec totalement ivre et tu ne serais pas mort sur le coup...

C'était la première fois qu'elle disait qu'il était mort , elle utilisait toujours "parti" en parlant de lui comme si elle espérait que ce n'était que temporaire. En disant le mot "mort" , elle venait tout juste de réaliser qu'il ne reviendrait jamais, sa disparition devenait réelle. Et les larmes se mirent à couler alors qu'elle continuait de parler ,déballant toute sa douleur :

En vrai tu disais que sans moi tu n'aurais plus ton équilibre mais en fait c'est moi qui suis complètement perdue sans toi. Je ne sais plus quoi faire. Tu as été mon tout premier ami , on se connait depuis qu'on a sept ans , tu es mon plus vieil ami , mon meilleur ami. Mon âme soeur en amitié comme je disais. Quand tu es mort , un bout de moi est parti avec toi. Et personne ne pourra me le ramener.

Maya essuya tant bien que mal ses larmes qui coulaient sans cesse. Elle inspira profondément et reprit sa tirade

En fait si je suis venue ici c'était pour te dire au revoir pour pouvoir avancer mais au fond je n'ai pas envie de te dire au revoir. Tout le monde a réussi, tes parents sont parvenus à vendre la maison et à déménager me confiant des affaires stockées dans la pièce en face de ma porte. Mais moi je n'y arrive pas. Je veux juste me réveiller , sortir et te voir m'attendre sur le peron pour aller manger un parfait à la mangue. Je veux que tu m'engueules parce que je suis trop introvertie. Je veux qu'on fasse du patin et qu'on se moque de nos chutes. Je veux juste que tu sois là. On dit que perdre l'amour de sa vie mais perdre l'ami de sa vie c'est aussi douloureux."

Elle ne sut combien de temps elle resta prostrée face à la croix , sa croix en quelque sorte à ses yeux. Elle ne quitta la croix des yeux que lorsque Layla posa sa main sur son épaule et lui conseilla de partir. Elle la suivit mécaniquement jusqu'à la voiture , les yeux dans le vague. Le trajet du retour se déroula dans un silence religieux , silence que Maya brisa en lâchant :

"Le jour de sa mort , on s'était disputé à propos d'un concours d'écriture. Il voulait que j'y participe mais moi je ne voulais pas , je trouvais que je n'avais pas assez de talent pour y participer. Alors il a commencé à m'engueuler en disant que je n'avais pas assez confiance en moi , que j'étais trop timide. Je lui ai crié que s'il me trouvait si inintéressante il n'avait qu'à pas être mon ami et s'en faire d'autres. Il a répliqué qu'il allait en faire d'autres à cette super soirée auquelle je ne voulais pas y aller et il est parti en colère. Si je n'avais pas été si rancunière, j'aurais pu l'accompagner et peut-être qu'il serait toujours en vie. S'il est allée à cette soirée , c'est juste par vengeance envers moi , c'est ma faute s'il est mort...

-Je t'interdis de dire ça ! Tu n'es aucunement responsable de ce foutoir ! Tu ne conduisais pas cette voiture qui a foncé dans un arbre ! C'est le conducteur ivre le responsable et surtout il n'avait pas à monter dans cette voiture si le conducteur était en état d'ivresse ! , s'emporta sa meilleure amie

Maya entendait ces arguments tous les jours , elle les comprenait parfaitement et sa raison savait parfaitement qu'elle n'était aucunement responsable. Mais son coeur lui refusait de l'admettre comme si elle désirait être coupable , être responsable de tout ceci. Elle dévia son regard et au loin elle aperçut l'immense réservoir d'eau que représentait l'océan. Il adorait l'océan tous les deux. Alors mue par une soudaine envie de voir l'océan , elle demanda son ami de prendre un détour , détour qu'elle accepta. A peine arrivée sur le parking bordant la mer , Maya quitta l'habitacle et se mit à marcher le long de la mer , seule. Puis elle se dirigea vers la jetée et s'assit face à l'océan. Elle se sentit si petite , ses soucis si petits qu'elle aurait pu rester là pendant des heures. Soudainement elle se rappela de sa première rencontre avec lui et elle se sentit happée par cette réminiscence en fermant les yeux revivant la scè-ne.




C'était un jour d'été , Maya était assise sur le sable blanc sous la jetée avec un recueuil de poèmes Elle était déjà férue de littérature. Elle était en train de remplir son carnet lorsqu'elle entendit des rires. Elle leva la tête et aperçut un garçon de son âge aux cheveux châtains clairs qui sautait dans l'eau comme un bienheureux. Un peu énervée d'avoir été dérangée, elle s'approcha de lui et lui dit :

"Mais qu'est-ce que tu fais ?

Le garçon s'arrêta et lui répondit en souriant :

-Ben je m'amuse !

-Tu me déranges , j'essaye de lire. , répliqua la petite fille de sept ans

Le garçon se rapprocha d'elle et jeta un regard sur son recueil. La fillette serra son recueil très fort contre elle pour le protéger. Elle savait qu'il allait se moquer d'elle comme tous les enfants le faisaient, la traitant d'intello et de timide. Mais au contraire le garçon parut enchanté et s'enthousiasma :

-Waouh ! Tu lis des trucs un peu compliqués ! T'es super intelligente !

-Euh... mer..merci. , bégaya la férue de littérature , surprise par la réaction du garçon.

C'était la première fois que quelqu'un semblait impressioné par sa passion et ne la critiquait pas. Elle se maudissait déjà d'avoir été injuste avec elle. Il était le premier enfant à être si gentil avec elle , le premier garrçon surtout. Elle ne savait pas trop comment agir avec , n'ayant jamais eu d'amis. Elle devrait peut-être lui demander son prénom mais elle n'oserait jamais. Perdue dans ses pensées , elle fut légèrementait éclabousée par le jeune garçon. Elle se mit à crier et vérifia si son livre n'avait rien , heureusement il était indemne mais elle restait remontée . Elle posa son livre à l'abri et se précipita pour se venger. Cela finit en bataille d'eau. Ils finirent tous les deux complètement trempés , alors que la fillette se lamentait de ses habits ruinés et essorait ses cheveux dégoulinants , le jeune garçon se mit à rire et à lui dire :

-T'es vraiment amusante ! Tu t'appelles comment ?

Surprise par cette question , la fillette stoppa tout mouvement et lui donna son prénom :

-Je m'appelle Maya

-Oh je connais ce prénom ! Tu sais Maya ça veut dire princesse des mers . , lui informa le garçon

-Comment tu sais ça ? , demanda Maya curieuse

-C'est mon papa qui me l'a dit. Il adore la mer et s'il avait eu une fille il aurait appelé Maya. En tout cas ton prénom te va très bien. , lui sourit le garçon

Le sourire et le compliment du garçon la désarçonnèrent complètement. Il était si différent de tous els enfants qu'elle connaissait qui trouvait son prénom trop bizarre. Elle qui avait toujours été toute seule , elle était éblouie par son sourire. Et pour la première fois depuis longtemps , elle ne se sentait pas toute seule. Alors remplie d'un courage inconnu , elle osa lui demander :

-Et toi tu t'appelles comment ?

-Je m'appelle Marco ! Ca te dit d'être mon amie ?, déclara le dénommé Marco

Il lui tendit la main , une main si petite et qui représentait tellement à ses yeux de petite fille. Son premier ami. Alors Maya la saisit et lui fit un petit sourire. Tout content il lui proposa :

-Et si on reprenait notre jeu ? "

La fillette hocha vivement la tête et ils continuèrent de jouer pendant un long moment




Maya rouvrit les yeux et cette fois elle se retrouvait dans une claire obscurité , preuve que la nuit commençait à se terminer. Et surtout elle était toute seule. En y repensant , sa vie avait basculé le jour où elle avait rencontré Marco, son premier ami. Et dorénavant , elle devrait avancer sans lui et c'était ce qu'il lui faisait le plus peur. Peur de l'oublier lui qui avait tant fait pour elle. Et tout à coup face à cette mer qui reprenait peu à peu sa couleur azur , elle comprit pourquoi elle désirait tant ressentir de la culpabilité. Cette culpabilité maintenait un lien entre Marco et elle. Par cette culpabilité il restait accroché à elle et ne disparaissait pas complètement de son esprit. Elle ne voulait aucunement lui dire au revoir et pourtant elle le devait. Elle devait effacer cette culpabilité pour le libérer et se libérer elle-même. Mais elle ne savait comment faire parce qu'elle savait qu'au fond elle restait la petite fille de sept ans qui avait peur de la solitude. Complètement perdue , elle entendit des pas. Pensant que c'était juste Layla , elle fut surprise de voir aussi ses parents avec elle. Tous les trois se rapprochèrent d'elle et sa mère lui dit :

"Layla nous a prévenus de l'endroit où tu étais alors on s'est dit qu'on devait te rejoindre. Nous n'avons pas vraiment été présents pour toi ces derniers temps et nous en sommes désolés. C'est juste que nous avions toujour eu du mal à te consoler depuis petite et seul Marco arrivait à te déchiffrer. Alors quand il est parti , j'étais complètement effrayée : comment allais-je te comprendre ? Au final j'ai décidé de faire comme si de rien n'était mais cela a été une erreur. Je t'ai juste apporté plus de souffrance et tu t'es encore plus renfermée.

-Je n'ai pas été mieux , j'ai préféré fuir ta douleur plutôt que de la comprendre. Je me suis dit que ce serait mieux de te laisser seule parce que je ne voulais pas que tu me repousses et que je ne savais pas comment réagir avec toi. Je suis désolé ma chérie. , s'excusa son père en la serrant dans ses bras

Sa mère les rejoignit tandis que Layla se mit un peu à l'écart. Maya resta collée à son père et sa mère, elle se sentit en sécurité. Elle avait pensé que cette épreuve les avait éloignés plus qu'ils ne l'étaient déjà en tant que famille mais au contraire leur famille avait été renforcée. En voyant sa meilleure amie sourire, elle réussit enfin à se dire qu'elle n'était pas si seule que ça et qu'au fond tout cela avait été possible grâce à l'amitié de Marco. Cette amitié lui avait permis de s'ouvrir un peu plus chaque jour , grâce à lui elle était devenue amie avec Maya et elle était parvenue à plus communiquer. Même s'il était mort , ce qu'il avait accompli restait gravé et ne disparaîtrait jamais. Marco lui avait montré un chemin qu'elle devait dorénavant suivre à sa guise entourée par ses proches. Elle n'avait pas besoin de cette pseudo culpabilité pour continuer à être lié à lui , elle le serait toujours au travers de tous les liens qu'elle avait tissé. Face à la mer elle pouvait apercevoir le soleil qui se levait après une longue absence. Et soudain une chanson de Britt Nicole lui vint en tête




When life has cut too deep and left you hurting
The future you had hoped for is now burning
And the dreams you held so tight lost their meaning
And you don't if you'll ever find the healing

You're gonna make it
You're gonna make it
And the night can only last for so long

Whatever you're facing
If your heart is breaking
There's a promise for the ones who just hold on
Lift up your eyes and see
And the sun is rising

And the sun is rising
Sun is rising
And the sun is rising










Elle comprenait pleinement le sens de ses paroles désormais. Le soleil se lève toujours. C'était la marque d'un nouveau jour , certes la veille était terminée mais un nouveau jour commençait. Un peu comme elle , elle ne serait plus jamais comme avant mais elle devait se lever comme le soleil. Ses parents lui dirent qu'ils devraient peut-être rentrés mais Maya leur répondit :

-Je dois faire encore quelque chose mais je vous rejoins très vite je vous le promets.

Ses parents s'en allèrent , laissant les deux meilleures amies seules. Layla lui demanda :

-Que vas-tu faire ?

-Je vais mettre fin à tout ceci. , lâcha la jeune fille

Sa meilleure amie lui sourit avant de lui faire un bref câlin et de partir certainement vers sa voiture pour rentrer chez elle. Maya lui serait éternellement reconnaisante de tout ce qu'elle avait fait pour elle et savait que leur amitié avait pris un nouveau tournant tout en était consciente que leur aamitié serait différente de celle qu'elle avait partagé avec Marco. Sur ces pensées , Maya se dirigea sous la jetée et sortit de sa poche une photo qu'elle gardait tout le temps sur elle. Une photo d'elle et marco le jour de l'anniversaire de ce dernier peu de temps avant l'accident. Tous les deux souriaient chacun à leur manière : un sourire à pleine dents pour l'adolescent et un plus discret pour la jeune fille. Elle la regarda et fit une promesse :

"Marco je te promets que je continuerai à sourire parce que tu me l'as appris. Je n'ai jamais eu la chance de te le dire mais merci d'avoir été mon meilleur ami , de m'avoir soutenue , de m'avoir engueulée. Merci d'être entré dans ma vie. Mais maintenant tu dois en sortir et ça me brise le coeur. Pourtant je dois le faire pour toi et pour moi mais aussi pour Layla et mes parents. Je ne suis plus seule maintenant grâce à toi."

Elle mit la photo sur le sable et la photo se fit happée par la marée emportant avec cette preuve d'amitié. Leur amitié avait commencé là et se terminerait là , du moins sur cette terre. Elle murmura :

"Au revoir Marco"

Alors qu'elle se retournait , elle aurait juré avoir entendu la voix de Marco lui dire "Au revoir Maya". Pourtant elle était seule , il n'y avait que le bruit des vagues qui brisait le silence matinal. Elle se mit juste à sourire et elle remonta en haut , là où tout le monde l'attendait. Avant de se diriger vers le parking elle regarda une dernière fois le lever de soleil. Jamais il ne lui avait paru si lumineux , si incandescent après cette longue nuit. Et surtout jamais une nuit ne lui avait paru aussi sombre mais aussi éclairante , une nuit l'ayant guidée tout le long de son périple. Au fond c'était peut-être cela une nuit blanche , une nuit apportant sa lumière. Une nuit exceptionnelle où le noir de la peur disparaissait au profit de la blanche lueur d'espoir et de vérité.
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