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Notre Avenir...

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Delf In

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L’horloge sonna midi...

Les valises s’accumulaient dans le couloir et moi, je les regardais se multiplier sans rien dire. Cela faisait déjà un long moment que j’étais assise là, sur le tabouret de la cuisine. Accoudée sur le plan de travail, je tenais ma tasse remplie de café, noir sans sucre comme toujours.
Et lui, il déposait sacs et valises comme on amasse des sacs de céréales... Nous nous n’étions plus adressé la parole depuis la veille... Depuis notre dispute...

C’était la dispute de trop ! Et, il avait décidé, sur un coup de tête de partir... Peut-être pour une autre femme... Cela faisait longtemps que je le soupçonnais ; j’étais sûre qu’il me trompait, qu’il avait une maîtresse ! Et pourtant, je l’aimais toujours, peut-être même encore plus ! Et, forcément, ses silences, ses approximations, ses absences et mon amour si grand ne donnaient qu’un seul résultat : des disputes...

En le voyant préparer son départ, j’espérais qu’il s’arrête, qu’il oublie le passé pour penser à nous, au présent, à notre futur ! Nous devions nous marier cet été, nous voulions avoir des enfants... Peut-être démarrer notre famille l’année prochaine... Ou l’année suivante ?
Mais non, il avait oublié nos projets et ne pensait qu’à partir, me quitter, fuir notre avenir !

Je le fixais, le suppliais du regard mais non, rien n’y faisait ! Il ne daignait même pas se tourner vers moi, me regarder... Non, seules ses affaires entassées l’intéressaient ! J’étais devenue invisible !

Tout en continuant de le regarder faire son micmac, je bus mon café. Je posai la tasse, fermai les yeux et pris une grande inspiration. Je me devais de sauver mon futur, son futur. Je me levai et me dirigeai vers le couloir. Je m’appuyai contre l’encablure de la porte et commençai à toucher délicatement les sacs posés sur les valises, à les caresser machinalement comme une enfant, une petite fille trop timide pour s’exprimer.

J’entendis les marches grincées, il descendait encore des affaires. Puis, plus rien, je le levai légèrement les yeux, il était là. Il semblait coi, il me regardait enfin ! Au bout de quelques secondes de silence, il ferma les yeux et secoua la tête avant de finir de descendre les escaliers. Il posa ses deux petites sacoches puis se retrouva face à moi... Notre premier face à face depuis notre dispute.
Il me fixa sans un mot avant de faire demi-tour et de commencer à remonter vers la chambre. Instinctivement, j’attrapai sa main, il se stoppa et tourna la tête. Nos yeux se trouvèrent à nouveau. J’ouvris la bouche mais aucun son n’en sortit. Il repoussa ma main et continua sa route. Le malaise était plus grand encore...
Notre avenir était vraiment en danger ! Je me devais d’agir, de l’empêcher de partir ! Mais je ne savais comment faire ! Notre couple s’effondrait et je n’arrivais même pas à lui parler, aucun mot ne sortait de ma bouche...

J’avais l’impression que le temps s’écoulait lentement, que tout se passait au ralenti. Cela faisait une éternité qu’il était remonté, que faisait-il ? Peut-être avait-il peur de se confronter une nouvelle fois à moi ?... J’étais là, immobile, à l’attendre, à espérer... Peut-être se posait-il les mêmes questions que moi ? Peut-être pensait-il à notre futur ensemble ?
Je n’en pouvais plus d’attendre mais j’avais peur de monter, de le rejoindre... C’était là-bas, dans notre chambre que nous nous étions disputés, que notre avenir s’était retrouvé en danger !

Et, alors que j’étais perdue dans mes pensées, un bruit sourd me réveilla. Il était là, juste à côté de moi, il était redescendu sans un bruit... Ou plutôt, je ne l’avais pas entendu...
Il restait là, immobile, sans rien dire. Était-il perdu, lui aussi, dans ses pensées ? Il fixait tous ses sacs, toutes ses valises... Oui, il réfléchissait ! Avait-il enfin compris que tout cela était ridicule ? Que notre avenir était plus important qu’une petite dispute ? Oui, j’en étais sûre ! Il ne pouvait pas oublier nos projets, notre futur juste pour quelques haussements de voix !
Il était tellement beau, impressionnant que je n’osai dire un mot, ni le toucher, le frôler. Je ne pouvais lui rappeler ma présence en cet instant si solennel. Cet homme que j’aimais tant, était si charismatique, si grand et le voir douter face à cette décision hâtive et dangereuse me faisait un énorme plaisir ! Je voulais sauver mon couple, ma future famille et au final, la solution viendrait de lui !

Soudain, je remarquai que son corps exerçait des haussements saccadés, je m’approchai délicatement, passai sur le côté et là, je les vis ! Des larmes perlaient sur ses joues, il pleurait... De la tristesse ? Des regrets ?
Alors que mon cœur battait la chamade, je remarquai ses lèvres... Aucune moue, non au contraire, elles formaient un rictus... Oui, c’était ça ! Il souriait ! Ce n’était pas des larmes de tristesse... Non, c’étaient des larmes de joie ! Mais pourquoi ?! Qu’est-ce ça voulait dire ?! N’était-il pas effondré de détruire notre avenir ? Cela lui plaisait-il de mettre fin à notre futur ? Impossible ! Nous nous aimions, notre mariage, nos enfants, tout était encore à construire !

Sans crier gare, il se remit en marche. Il essuya ses larmes puis attrapa un premier sac avant d’ouvrir la porte d’entrée, de quitter la maison. Quelques secondes plus tard, il réapparut, reprit deux autres sacs avant de disparaître à nouveau. Il ne daignait même pas me regarder pendant ses allers-retours interminables !
Une fois qu’il eut fini, il se dirigea vers la cuisine, et plus particulièrement, le frigo. Il en ouvrit la porte, fouilla un peu et en sortit une bouteille de champagne. Alors, voilà comment lui voyait le désastreux résultat de notre dispute ! Il voulait fêter la fin de notre futur !

Énervée, je fonçai jusqu’à la pièce, m’installai en face lui. Seul le plan de travail nous séparait ! Je lui en voulais ! Je pris une grande inspiration et ouvris la bouche... Mais, à nouveau, aucun son n’en sortit...
Cet imbécile souriait encore ! Il regardait dans le vide, ne faisant pas attention à moi, sa future épouse ! Puis, il déboucha la bouteille, en but une gorgée à même le goulot et la posa devant lui. Il la tenait toujours, son sourire narquois m’agaçait de plus en plus. Il en reprit une gorgée et posa de nouveau la bouteille. Il continua encore trois fois de suite, la bouteille était à moitié vide... L’effet de l’alcool commençait se faire sentir ! Et mon énervement grandissait à chaque nouvelle gorgée ! Mais, sans savoir pourquoi, j’étais incapable d’agir, de lui râler dessus, de le frapper ! J’avais l’impression d’être déphasée face à cet homme qui se fichait complètement de nos projets...

Soudain, il leva la bouteille comme pour porter un toast et entama un discours...

— À toi, ma belle ! Pauvre folle ! Toi qui m’as fait comprendre qu’il est plus simple de se débarrasser de ses problèmes que d’y faire face jour après jour !

Je ne comprenais rien à son histoire...

Il vida sa bouteille, quitta la pièce nonchalamment et se dirigea vers la porte d’entrée où il marqua une pause avant de reprendre son dialogue de sourd.

— Allez, dis au revoir ! Toi qui vas faire les quatre coins du monde !

Il reprit sa marche, ferma la porte derrière lui. J’entendis un bruit de moteur au loin, il devait avoir démarré la voiture...

Ce fut en cet instant que tout me revint... Notre dispute la veille, ce bruit sec, cette sensation de liquide chaud s’écoulant tout au long de ma nuque... Puis tout devint noir...

Oui, ce fut à cet instant précis que mon futur s’arrêta avant même d’avoir lieu...
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