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Nothing to declare - Mission à haut risque

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Ninon Gold

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Aéroport Charles de Gaule, 21 heures.
Ce soir, je ne suis pas une simple voyageuse sans histoires même si Rayban fumées au museau et valise surdimensionnée laissent paraître le contraire.
Aujourd’hui je suis l’héroïne d’un film d’espionnage et ma mission est à haut risque.

Tout a commencé la veille au matin.
Coup de fil angoissé de ma copine Léa, gérante d’une boutique de je ne sais quoi à Tel Aviv. Apparemment les Milliardaires Russes avaient envahi la ville et s'étaient arrachés tous ses articles. Résultat, il fallait absolument qu’une bonne âme fasse un Paris/Tel Aviv de toute urgence pour lui ramener une valise pleine de came. Le billet d’avion ainsi que tous les frais de transport occasionnés étant pris en charge.

« Je te laisse dix minutes de réflexion Ninon. Si c’est oui, tu pars demain soir! »

Je m’enroulai dans ma couverture en pourrure folaire, regardai la grêle s’abattre sur les toits de Paris et fermai les yeux laissant mon imagination faire le reste...

Il fait chaud, je déambule à moitié nue dans les rues de Tel Aviv direction la plage. En chemin je croise un jeune milliardaire russe terriblement sexy qui se colle à moi.

« Bien sûr que j’accepte ta proposition, Léa ! »

D’une oreille distraite, j’écoutai mon amie me donner les directives.

- Aller chercher la valise chez un certain Josh.

- Ne pas ouvrir ladite valise, ladite valise étant pleine à craquer.

- Se rendre à l’aéroport.

- Ne pas se faire remarquer une fois sur place.

- Ne pas croiser le regard d'un quelconque douanier ou autre personne en uniforme.

- Enregistrer la valise.

- Voyager incognito, récupérer la valise et la remettre à Alex l’associé de Léa qui m’attendra dans le hall.

Si je me fais pincer par la douane, Léa risque une amende bien plus élevée que que 2 paires de Louboutin et pour ma personne, prise en flagrant délit de possession de produits neufs prévus pour la vente, c’est la prison.

Gloups. Il y avait un risque en effet mais qui irait chercher des noises à une jolie nana qui part seule en vacances ?

« C’est pas du trafic de défenses d’éléphants dis moi ? » Avançai-je à tout hasard. La réponse, un non définitif, me rassura. Un peu.

Le soir, j’appelai mon copain Gabriel, amateur de films d’espionnage et lui demandai comment s’habillaient les nanas dans les scènes ou elles devaient passer inaperçues.

Et c’est ainsi que je me retrouvai ce soir là, à l’aéroport Charles de Gaule, toute de noir moulant vêtue telle une James Bond Girl vengeresse bien trop sexy pour être honnête traînant avec moi une lourde valise noire dont j'ignorais le contenu.

Inutile de vous dire que j'eus du mal à passer inaperçue.

Contrôle de sécurité des voyageurs. Un jeune homme (pas assez craquant pour me déstabiliser) de la compagnie israélienne El Al, compagnie connue pour être l’une des meilleures en matière de sécurité, me pose tout un tas de questions auxquelles je fais un sans faute jusqu’à ce qu’il me demande si quelqu’un m'avait remis un paquet dont je ne connais pas le contenu. S'il savait que c'était la valise entière...

Je repense au rire gêné de Léa quand je lui ai parlé des défenses d’éléphants et à l’interdiction formelle d’ouvrir la valise. Il est encore temps de tout laisser tomber, prétexter une claustrophobie subite et rentrer chez moi. Y’a quoi dans cette valise que je n’ai pas eu le droit d’ouvrir ? Un cadavre ? Des cadavres? Une bombe ? Dieu au secours !

Pouce !

Léa est mon amie depuis plus de dix ans, je l’imagine mal terroriste ou trafiquante d’organes et puis Il y a ce milliardaire russe qui m’attend... Je ne suis pas victime d’un complot!

Sûre de moi, je réponds au gars de la sécurité que personne ne m’a rien donné, que « tout ce qui est dans cette valise m’appartient » et que « je l’ai préparé moi-même ». Perfide mensonge.

Je pense à Dieu. Il doit me haïr d’avoir menti effrontément. Mais si Dieu veut vraiment que je rencontre ce jeune milliardaire russe, il ne me laissera ni pourrir en prison ni éclater en vol.

Enregistrement des bagages. RAS hormis une bande de militaires français qui me sifflent tandis que je traverse un long couloir qui n’en finit pas tel un top modèle en plein défilé. J’aime bien Gabriel de m’avoir fait porter des talons de dix centimètres avec ce legging noir qui met mon petit cul en valeur.

Quatre heures de vol –passées- à- essayer-sans-succès-de- m’endormir- malgré- les- braillements- d’un- bébé- souffrant- d’otite plus tard, me voilà en terre promise. Il est cinq heures du matin. L’eye liner a dégouliné, le brushing est emmêlé et j’ai mal aux pieds. Je suis un clown triste en habit de deuil ou une junkie en manque, au choix. Je hais Gabriel de m'avoir déguisé ainsi.

Vérification du passeport, la femme derrière le guichet me fixe d’un air douteux. Je plonge mon regard fatigué dans le sien puis me rappelle du « Ne pas croiser le regard de quelconque douanier ou autre personne en costume » de Léa. Gloups.

Je tourne la tête un peu trop rapidement, manque de trébucher et me rattrape de justesse sur la rambarde. Junkie en manque, définitivement. Je récupère mon passeport, remercie la femme, confuse et file récupérer la valise sauf qu’une fois arrivée dans le hall, je réalise que je suis incapable de me rappeler à quoi ressemble cette fichue valise. Je perds patience, j’ai faim, je veux enlever les talons. Je m’installe sur une banquette, me déleste finalement des broyeurs de pieds et attends qu’un miracle se produise et que je reconnaisse la valise.

C’est avec la rapidité d'une Ducati Monster sur l'autoroute que je sombre dans un profond sommeil. Mon milliardaire russe est là, il me sourit, pose sa délicate main sur mon épaule et se met à la secouer de toutes ses forces. Mais ! C’est qu’il me fait mal le filou !

J’ouvre les yeux et c’est une femme qui m’agite le bras « Mademoiselle ! Mademoiselle ». Je la regarde, hagarde et reconnaît l’habit de flic israélien. Flûte...

A ses côtés, deux autres policiers, un tellement sexy dans son uniformee qu’on se croirait dans une série américaine, un trapu qui me rappelle qu’on est dans la vraie vie et l’énorme valise noire que je reconnais sur le champ.

« Est-ce votre valise ? » Me demande la nana. Je la regarde de mes deux grands yeux collés, rouges de fatigue et hoche la tête comme une écolière prise en flagrant délit de tricherie en plein contrôle de math. « Veuillez nous suivre s’il vous plait ».
Les pensées se bousculent dans ma tête, plutôt lentement pour une fois, fatigue oblige. J’imagine la valise pleine d’ailerons de requins, le flic sexy qui me passe les menottes, mon milliardaire russe au parloir, le déluge parisien derrière les barreaux...

Les trois policiers me font entrer dans une toute petite pièce et m’invitent à m’assoir. Je m’exécute sans broncher. Le sexy attrape ma valise et la pose sur la table. « Mademoiselle, avez vous queque chose à déclarer ? »

Je suis partagée entre l’envie de chialer et celle d’éclater de rire.

« Ce sont mes affaires personnelles Monsieur le Policier» Je les vois qui se regardent, complices, eux aussi ont l’air d’avoir envie de se marrer et moi je commence à me demander sérieusement ce qu’il y a dans cette valise.

« Vous déclarez donc ne pas être une professionnelle. » Annonce le trapu, agressif.

De son regard de braise, le sexy me brûle la peau.

« Je déclare que je ne suis pas une professionnelle. Ce sont là des effets à usage strictement personnel.» Je suis plutôt satisfaite de cette réplique ambiance film policier avec Liam Neeson, flic alcolo héros.

Le trapu ouvre la valise avec hâte. Et voilà que s’échappent du trou béant une impressionnante quantité de vibromasseurs de toutes formes, de costumes de chat pute, d’infirmière pute, d’aviateur pute, de footballeur pute, de strings à perles, à fentes, à plumes, à poils (je me demande machinalement si c’est de la vraie fourrure), de fouets roses, rouges, verts, de menottes et autres accessoires.

J’étais livide d’épuisement, je suis rouge de honte. Ne pas perdre les pédales, rester maîtresse de soi.

« Z’allez me dire que tout ça c’est pour votre usage personnel ?» Dit le trapu en me regardant l’air malsain, bave au coin des babines.

Cellule de Crise ! Qu’auraient fait James Bond ? Mac Gyver ? Barack Obama ? A-t-on droit d’exercer en tant que prostituée internationale ? J’en doute. Leur dire que je ne parlerai qu’en présence de mon avocat ? On est pas dans un film Ninon !

Je prends mon courage à deux mains et après une longue inspiration, je pars dans un monologue qui commence par une entrée en matière bien accrocheuse, « Nous les Françaises, on aime le sexe.... » Les trois sont pendus à mes lèvres. Ils n’en reviennent pas que mes copines franco israéliennes soient si cochonnes car « c’est pour elles que je ramène tous ces accessoires ! Ce sont des cadeaux ! La qualité est réellement meilleure, vous voulez toucher ?» Dis-je en brandissant un gode noir et mou telle une vendeuse au porte à porte. Je bluffe bien quand je leur dis que je peux même leur procurer la liste des noms et téléphones de mes amies qui pourront certifier que ces choses là sont bien pour elles et « sûrement pas pour une boutique israélienne de mauvais goût ».
Le sexy prend ma défense et rappelle au trapu que le commerce du sexe est dirigé par la mafia russe, pas par les petites françaises mignonnes dans mon genre. Clin d’œil pour ma personne. Je pense rapidement à mon filou de milliardaire qui a dû fait fortune dans la confection de strings en cuir.

Finalement, riri, fifi et loulou me libérèrent et je pus enfin retrouver Alex.

Ils étaient là, tous les deux à m’attendre. Léa et Alex, le couple vendeurs de costumes de pompier pute. Et quand ils virent ma dégaine de rescapée-du-21-décembre-2012 pute ils restèrent sans voix. J’en profitai pour les remercier chaudement de m’avoir embarqué dans cette aventure ou une fois de plus je faillis y laisser quelques plumes de string. J’insistai bien sur le « plumes de string » pour qu’ils comprennent que j'avais pris connaissance du contenu de la valise, puis je leur demandai de me conduire directement au bord de la mer, évitant toute rencontre possible avec quelconque milliardaire russe.

Ni l’un ni l’autre ne chercha à en savoir plus quand à moi, à peine installée à l’arrière de la voiture, je rêvais déjà de la soirée que j’allais passer avec le policier sexy qui avait pris mon numéro, lui en habit de travail et moi en string fourrure ou en costume de pâtissière pute. Ou les deux. Au choix.
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