Noël au poulailler

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« Dans mon engin-soupière », « De vie à treize pas », ou encore « Satanique ta mère » : aucune de ces histoires n'a été écrite par l'auteur... qui s'en félicite !

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C'est Noël au poulailler.
Tout le monde est endeuillé.
Poules, poussins et poulets n'ont que deux yeux pour pleurer. Dame canne – forte attristée – a cessé de cancaner.
Maître coq le cou levé, s'avance vers l'assemblée : « Volatiles rassemblés, j'ai l'horreur et le regret ce soir de vous annoncer le décès de Barnabé. Le dindon s'en est allé rôti dans la cheminée. Il a été sacrifié, décapité, déplumé et ensuite éviscéré pour enfin être mangé.
Pouvons-nous le tolérer ?
Chaque Noël, chaque année et pour la nouvelle année, l'un des nôtres est dévoré.
Vous les poules, vous pondez, les poussins et les poulets sont revendus au marché, et par dessus le marché les canards sont engraissés comme les oies sont gavées.
C'en est trop, c'en est assez.
Il est un mot : Liberté ! »

C'est Noël au poulailler.
Il se tient une veillée.
La basse cour assemblée garde la tête baissée.
Les poussins sont écartés.
Un sujet de gravité va bientôt être abordé.
Aux dindes de s'avancer : « Notre ami le plus dévoué mérite d'être vengé ! »
Le ton est ainsi donné.
« Ils m'ont volé ma couvée ! »
« Ils ont fait bouillir mémé ! »
« Voilà des millions d'années, nos ancêtres qui couraient, qui nageaient ou qui volaient dominaient le monde entier ! »
« À nous de les picorer ! »
« Le cousin du fiancé du père à ma sœur aînée par alliance à 3 degrés combattait dans les cités, dans les granges et dans les prés avec un ergot d'acier ! »
« Tous unis et sans pitié ! »
« Manger ou être mangé ! »

C'est Noël au poulailler.
Chaque bec est acéré, chaque ergot est affûté.
Au cocorico lancé, la marche des emplumés – en colonne et bien rangée de bonne aile et de bon pied – s'avance vers le palier. Le cochon Arthur 1er et deux truies se sont mêlés au cortège volailler.
Le chien tente de stopper l'inexorable avancée.
Le chien est exécuté.
Le chat fuit, terrorisé par les cris du canidé.
Le fermier est alerté par le vacarme ainsi fait, il sort d'un pas décidé pour constater, horrifié, que son chien est dépecé ! Une oie lui pince le nez jusqu'à l'en faire saigner, aussitôt à groin levé, le cochon mord un mollet ! Le coq et quatre poulets s'acharnent à sectionner les tendons de ses deux pieds, et les canards ont gobés ses yeux désorbités.
Puis la femme du fermier, ses deux filles et le bébé.

Six décès à constater.

C'est Noël chez le fermier.
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M. Iraje · il y a
La révolution en marche ! Fini les dindons de la farce ...
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Les Histoires de RAC · il y a
Pauv'bêtes ♫ (peut-être aimerez-vous JOUR DE FETE chez moi)
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Marie Pellissier · il y a
je fais partie d'une groupe de conteuses, je l'ai lu, cela a fais sensation!!! Merci
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Morgan Fleury · il y a
Merci beaucoup ! Je suis vraiment touché que mes histoires vivent !
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Virgo34 · il y a
Ça sonne comme une comptine, l'humour en plus.
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Patrick Peronne · il y a
Indéniablement votre texte me fait penser à - La ferme des animaux - de George Orwell. Je crois me souvenir qu'avant le grand séisme du 26 juin vous étiez dans mes abonnés, aussi vais-je me joindre avec plaisir à la liste des vôtres.

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