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New York et l'accident de mon père

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22 décembre 2020

14h 24
Souricette, oh, viens que je t’attrape, ma petite coquine!
Je lève mes bras et forme un « O » avec ceux-ci. Échec! Ma ’tite souris, on peut dire qu’elle va vite!

Moi : Ève! Ma ‘tite! Viens ici! Ça ne se mange pas, une boule de Noël!
Ève : (ma souris) Pssst! Tchick ckick!
Moi : Argh...!

Je zigzague dans tous les sens pour enlever la boule de Noël à Ève mais... Misère! Je n’y arrive pas! Est-ce que c’est normal d’avoir une souris? Je veux dire... Une souris qui aime manger les boules de Noël? C’est pas normal, hein? C’est ça que je croyais.

14h 26
Qu’est-ce que je vais faire? Han? Dis-moi parce que je panique à l’idée que ma petite souris se blesse avec du verre!

14h 33
Finalement j’ai découvert que Ève ramasse les boules de
Noël pas pour les manger mais pour... décorer son propre petit racoin du sapin!

Oui, tu as bien entendu, journal, Ève a un petit racoin proche du sapin. Oui, parce que son nid (ou sa chambre, si tu préfères) est installée proche du sapin. Je n’avais jamais pensé qu’Ève serait capable d’accrocher des décorations comme nous, les humains!

Demain, c’est « la veille de la veille » de Noël.

Ma mère (Florence) : Kaitlyn! Henri veut te parler. Il a téléphoné. Viens. Il est là.
Moi : j’arrive, m’man!

J’arrache quasiment le combiné des mains de ma mère et répond à Henri.

Moi : Salut Henri! J’suis contente de te parler!
Henri : Moi aussi. Pis? tu seras là, à mon party de Noël? Je l’organise demain.
Moi : sérieux? C’est trop cool! Ce sera chez toi?
Henri : oui! Et penses à amener ton toutou préféré, pis deux photos de toi.
Moi : oh... ben le problème c’est que, justement, j’ai pus de toutou... 
Henri : tu me niaises ou quoi?
Moi : non, malheureusement...
Henri : t’es sérieuse? Sœurette! t’as même pas gardé nos toutous de petite enfance?! Parce que... Mettons que je meure ici, à New York, pis que... là t’as pus de souvenir de moi!
Moi : C’pas vrai! J’ai les photos, pis mes scrapbookings!
Henri : c’est vrai mais quand même...
Moi : donc? Comment c’est, la grande ville?
Henri : Génial! New York est le centre du monde. Y a du monde partout pis les néons et les écrans géants à Time Square éclairent autant la nuit que le jour. C’est tellement, genre... Féerique!
Moi : ah ben j’suis contente pour toi. Donc, à ce que j’entends, tu es à Time Square?
Henri : oui. Ah pis j’avais oublié de te dire un truc... t’sais, le party de Noël? Ben ça sera à New York. Désolé d’avoir oublié de te le dire.
Moi : une seconde... Je vais aller à New York? Demain? Pis mes parents vont devoir payer mon billet d’au moins 260 $ pour le bus? Hein?
Henri : non. Ben, non, tes parents n’aurons pas besoin de payer tes billets, ce sera les miens. Ils m’ont dit que tu étais mon cadeau. Cool, non?
Moi : oui. Mais je vais prendre l’autobus?
Henri : Mouais. J’pense que ce sera... mettons 8h 30 de trajet.

En voyant mon air ahuri, mon
frère ajoute après avoir éclaté
de rire :
- Ben là! T’inquiète pas! 8h et demi, c’pas beaucoup! En plus, Y a des toilettes! RE-LA-XE.
Moi : ok. Fiou! Mais ma mère a été informée?
Henri : non. Dis-lui tout, oké? Pis tu vas y aller toute seule, dernière information sur ce sujet...
Moi : cool. J’aurais pas de mère casse-pieds qui me suis partout.
Henri : et t’auras pas de père non plus parce que...
En voyant ces quelques larmes couler sur mes joues, Henri se rend compte qu’il ne fallait mieux pas parler de ça.

Si tu veux savoir la vérité sur mon père, (ou l’histoire de mon père, si tu préfères le dire de même) lis ce qui suit. Tu vas voir, c’est très émouvant, journal. On commence...

Le 11 septembre 2012, mon père, Jacques Lalonde, est monté sur un bateau. Il était reporter et journaliste à la fois, et il était narrateur dans de nombreux documentaires sur la vie sur Terre. Je te jures, journal, mon père était tellement... tellement plein de bonnes choses! À l’école, mes amis m’appelait : « Madame je-sais-tout » parce que Daddy m’apprenait beaucoup. Mais revenons-en.

Le 11 septembre 2012, mon père à dû aller sur un bateau pour filmer et narrater un film sur les baleines à bosses. Il était aidé par Jakob Grisley, le filmeur (ben, le monsieur qui filme, là) et par Catherine Potvin, l’infirmière pour les urgences. Il y avait aussi Paul Larivière, le navigateur, (celui qui dirigeait le bateau) mais il ne faisait pas vraiment partie de l’histoire.

(Le hic, c’était que Jakob était TRÈS lourd. Son poids était celui de mon père ET de Catherine regroupés ensemble. Donc, évidemment, il avait une bedaine très volumineuse... )

Ok. Fin de la parenthèse. Continuons.

Là, alors que Jakob filmait les baleines, une de celles-ci a accroché le bateau, et puis Jakob a perdu son appareil photo. Il a soudainement dit : « j’vais aller chercher mon appareil et je reviens! » Mais quand le mastodonte a plongé pour le récupérer, ça à fait basculer le bateau, et Catherine pis mon père sont tombés sous l’eau. Paul, lui, ben, les avait pas vus tomber, alors il continuait tout bonnement à diriger le bateau. Quand Jakob est revenu avec son appareil photo, il a remarqué que l’infirmière et le narrateur étaient pus là, pis il a replongé. (après avoir mis son appareil à l’abris, dans une boîte sur le bateau)

Là, il a vu mon père et Catherine, leur corps flottant, et inanimé. Jakob a fait le saut. Tout à coup, il a vu une bande de trois requins apparaître devant lui. Ils semblaient dire : « Hey! Pas touche! C’est mon repas! Sinon, je te mangerait toi aussi! » Et Jakob a compris. Tout était de SA faute. Il avait fait mourir ses précieux amis.

Mais... Hey! Avoue que c’est tellement bizarre comme histoire! Mon père tué par des requins...

Ben, c’est surtout triste. 

Voilà. C’était l’histoire de la mort de mon père. Argh! C’est quoi son problème, à ce Jakob! Pis à Paul! Il aurait pu remarquer l’accident! 
Après avoir dit bye bye à Henri, je soupire en regardant les photos de mon père. Il était si heureux dans son travail!
Et Jakob était genre son meilleur ami... Je ne sais pas quoi penser de ça. Je haïs cet éléphantesque monsieur! Tant qu’à faire, Y pourrait aller au Japon, pis commencer à faire du sumo! Il serait, en plus, mille fois plus respecté dans ce travail!
Ah pis j’suis toute embrouillée...

À suivre...
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