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Nathalie. Anaïs. L'alcool

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Mahogany

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Chaque instant où je repense à elle est un blanc. La définition de ma vie ? L’absence du souvenir de Nathalie. J’ai une existence en pointillés. Je m’agrippe aux extrêmes, au concret éphémère, à la force de l’instant, aux cuites, aux orgasmes. Je suis devenu volage, une intensité volage.

Je revois souvent Anaïs.
C’est à ces moments-là que je me mets à penser, dans la quiétude nos corps vidés qui s’emmêlent tandis que nos âmes se dépêtrent l’une de l’autre, dans la danse de ma tête calée dans sa poitrine haletante, au rythme de ses doigts qui ripent sur mon crâne.
C’est à ces moments-là que je comprends.
Mon oreille collée sur son torse épie les battements frénétiques de son cœur qui n’avait certainement plus connu pareil emballement depuis l’amour.
Le cœur d’Anaïs est nostalgique de sa propre frénésie. Aussi, pour lui rappeler aux bons souvenirs des temps où il battait la chamade, elle me convie.
D’une façon ou d’une autre, son cœur doit accélérer ses battements, et si ce n’est pas par la voie des sentiments alors ce sera par celle de la chair, de l'effort; et si ce n’est pas pour toujours, si ce n’est que le temps d’une intensité volage, alors ce sera mieux que rien.
Je suis son produit dopant, sa nitroglycérine.
Je ne l’aime pas car elle me l'interdit. Je ne l’aime pas car je ne sais plus.
Je dois la palper, tremper mes doigts dans sa chair, la secouer ! Elle ne veut pas de caresses, mais un massage cardiaque. Je dois être brutal ! Violent ! Intense ! Pour qu’elle se sente vivre, pour que tonne son cœur dans sa poitrine, qu’elle l’entende !
Puis il faut que je m’arrête, que tout redevienne calme, qu’elle s’allonge sur le dos et que tout son corps vibre au rythme de son cœur qui se hâte.
Et dans ces moments-là, qui ne m’appartiennent déjà plus, j’ai juste le droit d’écouter son cœur se rappeler de l’amour de jadis.
J’ai réussi à créer l’illusion et elle s’endormira dans l’écho de ces souvenirs artificiels.
Quant à moi, c’est dans ces moments-là que je n’existe plus.

Je sors souvent, je bois souvent. Je n’arrive pas à inclure la pesanteur de l’autodestruction dans les légèretés de l’ivresse. De toute façon, j’ai bien moins peur de la mort que de la tristesse, car les spéculations m’effraient moins que les certitudes.
Mourir, c’est atteindre le paroxysme de l’intensité de la vie.
Malheureusement, « l’extrême » est éphémère.
L’alcool crée un génie artificiel, dope mon imagination. On ne devrait jamais laisser la sobriété nous extirper de notre cocon de chaleur illusoire. La « décuite » arrive comme un retour brutal et nauséeux à une réalité frelatée.
Boire demeure pour moi le meilleur moyen d’amplifier mon quotidien, d’atteindre le pôle, la cime.
Je ne suis pas alcoolique, pas encore. Je vous rappelle que je suis une intensité volage.
Sous alcool, ma vie n’est qu’une passerelle vers un monde de liberté débauchée, de réalité prostituée.
La vie est une pute. Quand je suis saoul, je la baise gratis.
Ivre à point, je suis un dragueur efficace, un super coup au lit, un écrivain génial, le tout en étant également l’homme le plus modeste de la terre entière. L’alcool est une médecine dont la maladie est ma vie. J’arrêterais de boire quand j’en serais guéri.

Et Anaïs est ma morphine. Je côtoie d’ailleurs de plus en plus d’Anaïs. Je vagabonde d'oreillers en oreillers, moulant la forme de mon corps dans la mousse de leurs matelas et, tel une Cendrillon, m'en vais rejoindre la nuit ne laissant en guise de soulier de vair que mon parfum sur les plumes d'oie.
Je suis un apatride.
Au gré d'un vent sans provenance, je sème mes caresses comme le pollen.
Je ne joue pas. Je suis le jeu.
Je suis l'éphéméride dont elles ont besoin, et pour cette raison je ne vis que quand vous le jugez nécessaire.
J’ai complètement délégué mon existence à leurs libidos.

AaaaaHH ! Mes Anaïs !! Vous êtes ce qui fait la différence entre exister et vivre.
Vous ne vous en rendez pas compte mais ce niveau de réciprocité est rare comme l'amour.
Aussi longtemps que le tourment hantera vos cœurs, j'aurais une raison d'exister. Je suis la manifestation de votre désir d'aller bien quand vous avez l'impression que tout va mal.
Je me dois d'être à la hauteur de l'importance que me confère votre inconscient.
Je suis une virgule, un aparté, un moment d'évasion livré comme une pizza.
Je suis l'étreinte coupable, la cajolerie félonne, tantôt la morsure sur vos épaules, tantôt le suçon dans votre cou ; tantôt vos cheveux défaits, tantôt vos sous-vêtements éparpillés.
Je suis vos mains contre le mur, nos sueurs mélangées, nos rires libertins.
Je suis votre amant.
Je suis l'intensité volage.

Je suis tout l’instant d’un rien.

Alors oui, cette assurance insolente n’est qu’une mascarade désespérée orchestrée par mon égo. Et alors ? Ces moments-là sont comme « une parenthèse entre deux néants », comme l’écrit Jean D’ormesson en parlant de l’existence.
Quand, au bal des âmes déchues, les esprits faibles se rencontrent, les amants imitent l’amour avant que leurs désespoirs respectifs les rattrapent. Et c’est la fin du ballet.
Alors pourquoi ? Pourquoi patauger dans une telle misère ? Qu’est-ce qui créé ainsi ce sous-monde dont le pathétique donne un semblant de remous à mon existence ?
Les dérives de l’émancipation de la femme sont-elles mécènes de mon libertinage, garantes de mon rassasiement charnel, justification de la légèreté de mes caprices impudiques ?
Est-ce parce que les femmes veulent tellement ressembler aux hommes ? Est-ce jusqu’au-boutisme (par ailleurs parfaitement cohérent avec la mentalité manichéenne de notre société) qui transforme les princesses en crapauds ?
Est-ce la promotion de l’égalité au détriment de la complémentarité ? Est-ce le fait de préférer un homme qui n’a parlé que par son physique, le fait de voir dans son regard ténébreux la matérialisation prématurée de fantasmes qui conditionnent au même destin qu’un préservatif dont on se débarrasse après la première utilisation (normalement) ?
Est-ce à cause des erreurs de jugement sur ces éphèbes/grisettes loué(e)s pour leur plastique que nous sommes renvoyés dans les poubelles de notre naïveté ?

A défaut d’être un « moins-que-rien », je serais un « mieux que rien » ?
Seulement, je sais qu’entretenir mon libertinage, c’est cautionner mon célibat donc ma solitude.
A y repenser, ma vie n’est-elle finalement pas qu’une transition jusqu’au prochain moment où je repenserai à Nathalie ?

Il n’y a pas de hiérarchie dans cette course, nous sommes tous pitoyables. Moi surtout.
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