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Gerald Chereau

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Capitale du duché de Bretagne

Lorsque les embruns de l'atlantique s'abattent sur la Bretagne, dont Nantes, ville que certains mal-pensants devenant ridicules à force de répéter des poncifs éculés, bardés de prétention et de
préjugés dépeignent comme grise et austère; le breton comme le gallo courbent l'échine, rentrent la tête dans les épaules et continuent de leur pas alerte ou pesant leur chemin.
Nantes, perle de la Bretagne historique, lieu de résidence des ducs, ville frère et rebelle qui à l'instar du duché en son entier; rappelons-nous tous les hommes de l'île de Sein, hormis le prêtre, le médecin et le boulanger rejoignant le France libre par la mer dès le mois de juin 1940 est parmi les premiers à prendre les armes lorsque la patrie est en danger.
Ville martyre qui tout au long de la longue et grande histoire du monde a payé un lourd tribut de sang et de larmes quand il s'agit de se lever contre la barbarie, de refuser l'inacceptable, aussi dressées à la porte des faubourgs autant que , refusant l'hydre noire et fasciste, le payant par bombardements. Ou plus loin dans le passé, chassant des vikings sanguinaires et assoiffés de destruction qui , avant de s'enfuir, n'ont pas hésité à massacrer tous les notables, dont l'évêque, réfugiés dans la cathédrale.
Le Breton est un voyageur, un bourlingueur, n'hésitant pas à quitter le pays pour s'en aller chercher fortune aux quatre coins de la planète, ayant toujours enfoui au fond de la mémoire cette ria, ce bout de terre où il lui est si chère de retourner. Nantes n'y échappe pas , elle qui au fil des siècles à vu ses illustres hommes, de Jules Vernes à Aristide Briant, de Cambronne à Jacques Demy, s'envoler porter haut fort et loin le nom et la renommée et la notoriété de la France. Ville insoumise, dynamique, sensuelle, qui comme toute la Bretagne sait se faire belle à qui veut la captiver, à tout à chacun sachant l'appréhender avec le cœur. Peuplée d'irréductibles taiseux bourrus, durs au mal mais toujours fidèles en leur idéal, ouvrants grands leur porte à l'étranger afin de l'intégrer, ne reniant jamais leur âme ni la parole donnée. Ne craignant nullement de tutoyer le diable et attendant sereinement l'ultime jugement.
Personnages qui, lorsqu'au détours d'une tempête, des tonnes de détritus s'échappent d'un tanker, drossés sur les rochers, retroussent leurs manches, crachent dans leurs mains et inlassablement, fièrement, la tête haute, le regard tourné droit vers l'horizon nettoient sans rien demander à personne la souillure s'étendant sur les grèves de la côte d'émeraude à celle de granite rose. Quant au sortir de vents déchaînés lors d'un terrible équinoxe la forêt n'est plus que moignons brisés gisants tristement au milieu de la lande et la bruyère, patiemment, laborieusement ils déforestent et replantent. Puis ils s'en vont au creux d'un été assoupissant et émollient s’agenouiller au détours d'un pardon devant Sainte Anne, patronne de tout un esprit collectif.
De cette région , Nantes, posée tel un diadème au confluent du plus majestueux des fleuves, lovée au fil des méandres de la plus jolie des rivières de l’hexagone, en est la capitale. Nantes l'éternelle, si bien chantée par Barbara, grande dame à l'apanage de toutes les nantaises, qu'elles soient nées sous les frondaisons de Procé, aussi bien que dans les bas quartiers de Chantenay. Nantes citée portuaire où si l'on prête attention, on aperçoit encore un épisode de l'histoire de France, triste période esclavagiste partie intégrante de la ronde la plus noire de l'humanité. Nantes, calme, pondérée, réputée froide par certain chagrineux, s'enflammant comme un fétu de paille du centre ville aux banlieues au soir d'une apothéose délivrée par une bande de gamin, imprégnés d'une philosophie footballistique, parfois oubliée, jamais reniée, forçant l'admiration de tous.
Nantes, capitale indomptable de la Bretagne indépendante, offerte en hommage au royaume par la Duchesse Anne et qui depuis ne s'est jamais départie de la moindre loyauté. Nantes une ville où les gens sont affables, avenants, généreux, sympathique, simplement humains.
Nantes une ville dégageant de l'intelligence, une ville où il fait bon vivre. Et quand malheureusement l'ankou apporte le dernier message, alors tous, de Paimpol à Landévennec, de Châteaubriant à Pornic sonnent le glas pour avertir qu'un compagnon, un frère s'en est allé.
J'appartiens à ce peuple, j'ai ce bout de granite arc-bouté à l'océan, battu par le noroît, mouillé par le crachin, viscéralement amarré à mon cœur.

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Flo Fitzgerald · il y a
Jolie nouvelle sur la Bretagne, que j'ai découvert à travers ce récit. Bravo!
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