Mr Pink VS Mr Geave Chapitre Un

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Il est six heures cinquante, je me réveille avec les yeux cramoisis. J’apercevais à ma fenêtre que le soleil n’était pas encore levé, et cela ne m’arrangeait pas. Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner à cause du réveil, et j’étais trop fatigué pour lever ma main pour l’arrêter. D’habitude, je me lève vers sept heures, sept heures cinq, mais aujourd’hui, j’avais envie de prendre ma douche avant ma soeur Carole. Cette peste n’arrêtait pas de mettre du temps à se préparer, ce qui m’avait provoqué quelques retards au lycée. Je décide donc de sauter sur cette belle occasion. D’ailleurs, je ne savais pas vraiment pourquoi je devrais le faire, mis à part qu’un nouvel élève arrive dans le lycée, mais ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Il y a toujours de nouveaux élèves tous les trimestres, même si on n’était qu’au deuxième.

Je me redresse de mon lit, mon téléphone à la main droite que je réussi tant bien que mal à l’attraper et l’arrêter avant que cette dernière ne me fil des fourmis à force de vibrer. Je commence à m’étirer de partout. Des bras, du dos, de la nuque jusqu’au jambes. Je me frotte les yeux du bout de mon index et de mon pouce et je me redresse sur moi-même. Sur mon chemin, je prends quelques vêtements qui se trouvaient sur ma chaise de bureau (il faut que je pense à ranger cette pile, au passant). Je me sentais un peu ridicule avec seulement un caleçon. J’ouvre la porte de ma chambre et remarque que ma mère était en bas déjà réveillée, préparée, mais pas encore partie. D’habitude, je ne la croise pas le matin, mais elle nous prépare tout le temps le petit-déjeuner avec deux tranches de bacon, ou pas, avec des oeufs brouillés - froid - qui sont un peu infects. Obligé de les réchauffer au micro-ondes.

Je passe dans le couloir à pas feutrés pour ne pas réveiller ma soeur et mon père. Comment dire que le matin, il ne faut pas réveiller mon père, sinon il devient de mauvais poil. Merci ma CHÈRE petite soeur de le réveiller à coups de pas d’éléphants tous les matins. Et en marchant furtivement, je remarqua que Carole laissait toujours sa porte de chambre ouverte, ce qui laissait échapper ses atroces ronflements d’hippopotames. Bizarre, vraiment. Pourtant, elle n’avait rien avoir physiquement avec à un hippopotame ou à un éléphant. Bref, je continue mon chemin vers la salle de bain et scrute furtivement que Carole n’était pas réveillée. Je laisse échapper un soupir de soulagement et en entrant dans la salle de bain, je ferme la porte avec un coup de pied.

Je remarque le miroir, et je m’observe avec tant de charisme en faisant semblant de prendre une pause de bodybuilder, mais je n’étais qu’un gringalet. Sincèrement dans ce reflet, je voyais juste un adolescent comme les autres avec au dessus de son crâne une sorte de nids d’oiseaux, ou juste des cheveux bruns trop rebelles pour se laisser se coiffer correctement. Et dans mon regard, je voyais un océan circulaire dans chaque oeil avec un immense trou au milieu. Et mon corps, aussi blanc que ma salle de bain. J’oublie mon corps pendant deux secondes et je repense à prendre ma douche. Je m’installe dans la baignoire et ouvre le robinet en laissant couler l’eau chaude sur moi, puis en tournant un peu l’eau froide pour avoir la température parfaite.

Quinze minutes, tel est le temps maximal que je passe dans la salle de bain. Et ce matin, je suis en avance, bien réveillé grâce à cette douche, et de bonne humeur. Sauf qu’entre-temps, j’ai entendu taper à la porte. C’était Carole. Elle beuglait que je sorte, que sinon elle allait être en retard. Je ne voyais vraiment pas ce qui lui permettait de dire cela. Elle me provoque toujours des retards au lycée, j’ai le droit de me venger. Enfin, pas vraiment. Mais elle faisait de ses caprices quand elle n'obtient pas ce qu’elle voulait. J’arrête de couler l’eau et sort de la baignoire en prenant ma serviette et me frottant de partout. J’étais bien réveillé. Ma soeur continue encore et toujours à frapper à la porte. J’en avais marre et je mis ma serviette autour de ma taille, je prends mes affaires et ouvre la porte. Ma soeur me regarda avec un regard noir avec ses affaires qu’elle tenait à bout de bras.

- Tu sais TRÈS BIEN que d’habitude, c’est moi qui est à la douche à cette heure-ci ! me beugle-t-elle. Je vais être en retard moi, à cause de toi !

Sur ces mots, elle me bouscula et entra dans la salle de bain en claquant la porte. Ça y est, mon père était sûrement déjà réveillé. À cause d’elle, encore une fois. Je sors mon téléphone et regarde l’heure. Sept heures sept. J’étais dans les temps. Je repartis dans ma chambre et m’y changea dedans. Quand j'eus terminé, il était sept heures quinze. J’avais fini de me préparer, et pour une fois, j’étais en avance. Je pris mon sac de cours avec quelques bouquins dedans, et sur mon bureau, j’attrape Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. J’adore ce livre. Cela fait au moins la quatrième, ou cinquième fois que je le lis. Et à chaque que je le lisais devant mes parents, ou ma soeur, ils me répétaient toujours : “Tu peux pas choisir un autre livre ? Tu l’as tant lu celui là. Change un peu.” J’ignorais leur commentaire, mais je m’étais dit que peut-être, je changerai pour Swift, Les Voyages de Gulliver.

Certes, j’adore lire, mais pas n’importe quel livre ! Je suis passionné depuis quelques temps par les classiques, surtout anglais. Je les trouve plus réels et plus fantastiques. Ce n’est que mon humble avis bien évidemment. Je sors de ma chambre propre et habillé et descends les escaliers. Et c’est en étant au milieu des marches que j’entends la porte du salon se refermer. Ma mère est déjà partie. J’aurais quand même aimé la voire pour lui faire un petit bonjour. J’atteins le rez-de-chaussée, et je remarque à travers la fenêtre que le soleil s’était enfin un peu levé. Je me dirige dans la cuisine, comme à mon habitude, et je regarde ce qu’avait préparé ma mère. Comme toujours, deux assiettes de bacon et oeufs brouillées. Mais cette fois, tiède. J’hésite un peu à les manger, et en fin de compte, je me convainc d’aller déjeuner en chemin. Je trouverai sûrement quelque chose.

Je prends mes Converses bleu marine vieille de deux mois, j’enfile ma veste en jean et je sors de chez moi en fermant derrière moi. J’inspire une profonde brise d’air par le nez, elle était fraîche et apaisante. J’aimerais vivre ce moment chaque fois que je sors. Je commence à marcher vers mon lycée et je sors encore une fois mon téléphone. Sept heures vingt et un. Je suis vraiment en avance. Heureusement que j’ai décidé de prendre mon déjeuner autre part que chez moi. Il faut que je pense à faire cela plus souvent. D’ailleurs, j’en profite pour regarder sur Maps pour voir si il n’y a pas un café, ou un petit restaurant sur ma route. Et par chance, il y en avait un. Même deux, devrais-je dire. Revive Espresso & Tea ou Dutch Bros Coffee. Sur le coup, j’ai encore une fois hésiter.

Je me suis documenté sur les notes et avis de chacun par les gens. Mais je remarque que Dutch Bros Coffee a plus d’avis que Revive Espresso & Tea, et il était plus proche de mon lycée. Je vais au Dutch. Il doit y avoir toutes sortes de cafés là-bas. Plus qu’au Revive. Je ne regrette pas mon choix. Je continue à avancer fièrement tout droit avec un sourire discret au lèvre. Je n’avais qu’à faire un tout droit, et je croiserai le café. J’observe encore et toujours l’heure. Sept heure vingt cinq. C’est bon, j’arrête de regarder l’heure. Je l’ai assez regardé pour le moment, et puis, je suis en avance. Je mets dix minutes avant d’arriver enfin au Dutch, mais je remarque en entrant une queue d’au moins sept personnes. Sérieusement ?! Bref, ce n’est pas grave. Je suis en avance.

Sept heures cinquante. Il reste une encore deux personnes devant moi. Ça commence à m’agacer et à me faire perdre patience. Comment peut-il y avoir beaucoup de gens à cette heure-ci ? Je remarque que la personne devant celle qui était devant moi venait de partir avec sa boisson. Un gros monsieur avec une moustache et des cheveux blonds bouclés qui lui arrivent à ses épaules, et coiffé d’une casquette avec une marque d’une usine. Il portait une chemise en flanelle grise à manches courtes avec un maillot inscrit dessus : “C’EST MOI LE CHAUFFARD, CHÉRI”, puis un jean un peu trop serré pour lui et des Rangers à ses pieds. Je le vis passer à côté de moi et m’observe de ses yeux bleues transperçant. Cela me laisse paralysé sur place. Je me retourna pour le voir partir, et je vis son derrière qui dépassait de son pantalon. Je retourne mon regard devant moi avec un air de dégoût.

Il faudra que je pense à laver mes yeux à la javel en rentrant. Mais en fixant mes yeux devant moi, je remarque que sur les boissons proposés, il n’y en avait pas beaucoup et qu’aucune ne m’attirait vraiment. Je m’attendais à voir un café, un cappuccino, un chocolat ou un mocha tout simplement. J’hésitais à partir pour aller à Revive, mais des personnes se trouvaient derrière moi. Et puis, cela fait quinze minutes à attendre. Je n’allais pas partir comme ça après avoir poireauté un bon moment. Je veux mon café, maintenant ! Et apparemment, je ne suis pas le seul. Derrière moi, derrière deux personnes, j’entends quelqu’un dire :

- Pff, c’est long, franchement ! Ils peuvent pas se dépêcher un peu ? Je vais être en retard, moi !
- Voyons, du calme Monsieur. Ne soyez pas si presser, des gens attendent leur tour aussi.
- Oui. Mais je préfère partir, à force.
- Très bien, Monsieur. Comme vous voudrez.

Je trouve cette attitude étrange. Sur le coup, je décide de me retourner pour voir qui venait de parler à l’instant. La voix que j'eus entendu n’avait rien à voir avec celle d’un “Monsieur”. Malheureusement, la queue derrière m’empêche d’observer cette personne, et cela me contrarie un peu. J’essaye quand même en vain de regarder quand même qui est-ce, même si les personnes derrière moi me regardent bizarrement, ce qui me met mal à l’aise. Et puis, j’entends une voix m’appeler.

- Monsieur ? Monsieur !

Je me redresse devant moi précipitamment, c’était à mon tour de passer commande. J’avance un peu vers le comptoir, mais je n’avais pas encore décidé ce que je voulais.

- Oui... ? dis-je maladroitement.
- Qu’est-ce que vous voulez que l’on vous serve ?

Je tourne mon regard sur le menu. Difficile à dire ce que je voulais. Il y avait à la fois tant de choses, mais pas assez non plus. Bref, je ne réfléchi pas et je sors :

- Euh... J’aimerais un White Chocolate Mocha, s’il vous plaît.
- Small, Medium ou Large ? me demande le caissier.
- Medium, dis-je brusquement.
- Chaud ou froid ?
- Chaud, s’il vous plaît.

Je ne sais pas pourquoi je mis “s’il vous plaît” à la fin de ma phrase, mais cela m’a paru essentiel de le dire. Il tape sur son clavier ce que je venais de commander, ce qui mit quelques secondes tellement il notait lentement. Pourtant, il n’avait pas l’air d’un ado, et je suis sûr que ce n’en est pas un. Il retourna son regard sur moi en ajoutant :

- Ce sera tout ?

J’hésite à dire oui, mais je re-regarde encore une fois le menu, et je dis :

- Avec une barre Granola.

J’avais un petit creux. Il re-nota sur son clavier et enfin, il me dit :

- Ça vous fera six dollars et vingt-cinq cents.

Je sors de ma poche de ma veste mon portefeuille et lui tend un billet de dix. Il le prit d’une telle délicatesse et la rangea soigneusement dans la caisse. Il ressortit la monnaie et me la tendit dans ma main. Je la rangea dans ma poche. Qui sait si j’avais envie de m’acheter autre chose au lycée. Il y avait un distributeur. Puis je vois le caissier (Brandon de son vrai nom inscrit sur son badge accroché à son maillot) se retourner en sortant des trucs que je ne connaissais pas l’existence qu’il installa sur une machine bizarre. C’est ça, une cafetière ? Et je le vois prendre un gobelet inscrit “Dutch Bros Coffee” dessus et l’installa dans la machine. Je vois la boisson sortir et couler dans le récipient, ce qui met un petit peu de temps à se remplir. Il prit un couvercle, le plaça sur le gobelet, et me le tendit avec ma barre de Granola.

- Voilà votre commande.
- Merci. Au revoir.

Je n’ai pas eu la patience de lui dire “Bonne journée” car j’avais l’impression que j’étais en retard. Je sortis en passant à côté de la queue. Certains me dévisageaient, ça me perturbait, alors je regardais tout droit. Je poussa la porte et m'extirpe de cette endroit. Et en regardant dehors, je vis une Mercedes noir sortir du parking. C’était la personne qui s’était plaint et qui est sorti, j’en suis sûr. J’ai essayé de l’apercevoir, mais je n’y parvient pas. Je remarque que la voiture faisait route en direction de mon lycée, ce qui était étrange. Peu importe, je continue à marcher vers mon lycée et sortant mon téléphone. Sept heures cinquante-six. J’étais toujours en avance. Et pendant ma marche, je bu une gorgée de mon café, et je dois avouer qu’il n’était pas si mauvais que ça. Je ne regrette pas de l’avoir choisi.

Huit heures deux. Je n’étais pas encore arrivé au lycée, je n’avais pas complètement fini ma boisson (qui était un peu chaude, fallait le reconnaître) mais j’étais encore de bonne humeur. Mais ma batterie de téléphone s’était déchargé trop vite à force que je scrute l’heure toutes les deux minutes. Je sirota une autre gorgée de ma boisson, et je remarqua que la Mercedes que j’avais aperçu sur le parking fit demi-tour et alla dans la direction du Dutch. J’ai quand même essayé d’apercevoir en vain le passager qui était dedans, mais la voiture roulait trop vite, et j’ai eu l’impression que la place de derrière était inoccupée. De plus en plus bizarre... Tout en me questionnant, je sors ma barre de Granola, je l’ouvre et je mange un bout. Je détestais son goût. Il y avait du cranberry, et ça m’a écoeuré.

Huit heures six. Je suis presque arrivé devant mon lycée. Le lycée Columbia River de Vancouver. Je vois quelques gens qui se sont installés devant le bahut, d’autres qui rentraient au fur et à mesure. Moi en attendant je marchais en direction de l’entrée avec mon café presque fini. Il était interdit de ramener des boissons dans l’établissement, alors je le fini d’une traite et je le jète à la poubelle. Je dévale l’allée du lycée, en observant de gauche à droite quelques autres lycées. Certains formaient des groupes et discutaient, et des couples se roulent des pèles. Ça me dégoûte un peu de voir les langues faire des va et vient dans leur bouche. La salive qui se mélangeait, eurk. Ça me fait frissonner à l’idée d’imaginer ça. Bref, j’arrive devant les portes de l’établissement et je les ouvre, en remarquant que des gens derrière moi me suivaient à la file indienne.

Huit heures dix. Je m’installe à mon endroit favori que je fréquente fréquemment quand je suis solitaire. C’est-à-dire, tout le temps. Mais il fut un temps où je n’étais pas seul. J’avais une meilleure amie. Kaitleen Kranble. Je l’avais rencontré au collège, à ma première année. Elle était dans ma classe, et notre professeur nous avait demandé de se mettre en binôme. Je n’avais pas bougé de ma place, c’était elle qui était directement venu à moi. Toute la classe avait son binôme, mais pas nous. Et c’est ainsi qu’au fur et à mesure on se parlait de tout et de rien en s’échangeant même quelques passions communes. C’était surtout elle qui m’avait un peu donné goût aux romans. D’ailleurs, en pensant roman, je sors mon livre de mon sac et je commence à le lire.

Mais malheureusement, Kate (elle se faisait appeler souvent comme ça) a dû déménager à Paris. En fait, les études qu’elle voulait faire qui n’étaient pas en communs avec les miens se trouvaient en France. Du coup, elle a passé une année à apprendre le français, qui dès fois me récitait son apprentissage, alors que je ne savais pas parlé un seul mot de cette langue et que je ne pouvais pas lui donner un avis positif ou négatif. Bref, après cela, avant le début des grandes vacances, je l’avais vu avant qu’elle ne parte. Je l’avais serré dans mes bras et elle était partie. Comme ça. Elle ne m'avait jamais donné son numéro de téléphone, et inversement. Elle n’avait aucune application, pas de Facebook, ni un autre truc dans le genre. Et cela fait depuis presque deux ans.

Mais pendant ce petit laps de temps qui m’est consacré avant que j’aille en cours, j’en profite pour me concentrer sur ce que j’ai en main. Je lis, la tête légèrement tombé vers la bas, et mes bras détendus avec mes mains qui tenaient mon roman. Malgré le brouhaha qui était présent dans le couloir, j’arrivais quand même à me concentrer sur ma lecture. Dorian qui rendait visite à son ami. C’était un avantage de l’avoir lu tant de fois. D’un coup, alors que mes yeux se laissaient guider par les mots, se sont retournés vers le couloir. Pourquoi ? J’entendis des pas martelés le sol, à tel point que ce dernier tremblait et que mes fesses le ressentirent. Je voyais les autres élèves se dirigés vers la sortie et s’y regroupés. Qu’y avait-il d’intéressant ? J’aimerais le savoir.

Je ferma et rangea mon bouquin dans mon sac et me dirigea vers eux. D’habitude, je ne faisais pas cela. Les événements et autres trucs qui se passaient au lycée ne m’attirait point, mais là, c’était différent. J’avais l’impression que je devais le savoir impérativement. Mais malheureusement, les gens qui se trouvaient entassés devant ce mystère m’empêchait de voir cela. Qu’est-ce que je hais ma taille. Je n’étais pas vraiment petit, mais j’avais toujours l’impression de l’être, et cela m'énerve. Je me rapproche au fur et à mesure d’un pas normal. Pas comme les autres qui n’arrêtent pas de se précipiter comme des taureaux. Et par chance, j’ai entendu une demoiselle dire à ses amis : “Le nouveau vient d’arriver. Il paraît qu’il est ultra riche.” Tout en fonçant vers le troupeau.

Alors comme ça, ce nouvel élève, qui est un homme à ce que j’ai pu comprendre dans cette conversation, est quelqu’un de riche ? J’ai hâte de le rencontrer, quand j’en aurais l'occasion. Je connais les gens comme ça. Ils s’intéressent qu’aux autres compères fortunés, ils traînent avec eux et tout le panoplie qui les accompagnent. Bref, je continue à avancer, encore et encore. Qu’est-ce qu’il est long ce couloir, quand même. Je me demande à quoi il ressemble, ou même, il est dans quelle classe ? C’est un première année ? Deuxième ou dernière ? Sera-t-il dans ma classe ? Non, là je me fais trop d’idées d’un coup. Est-il petit ? Ou peut-être grand ? Surtout qu’à cause des dernières années qui le recouvraient et qui ressemblaient à des joueurs de baskets.

Mais au dernier moment, dès que je fus arrivé à quelques mètres de lui, la cloche retentit et annonce le début de la journée. Je comprends mieux pourquoi tout le monde s’était précipité sur lui maintenant. Je reporte ma chance à demain et je me dirige à mon cours. Pour commencer, de l’histoire. Un lundi. Super. Mais j’entendis quelqu’un dire : “Il nous suit.” Sur le coup, je me retourna, mais je ne le remarqua point. Il était encore caché par ses géants. Par mes gardes alors que j’avais la tête tourné, je ne savais pas où j’allais et je m'affale dans les escaliers. Je me renverse en avant, mes bras positionnés en avant pour amortir ma chute, mais je tombe quand même.

Je vois les autres élèves me regarder. Ils se mettent à se rire de moi. Je commence à mourir de honte et je me relève de si tôt et reprend mon chemin sans me retourner encore une fois. J’avais atteint mon lot de curiosité en regardant derrière moi qui m’ont conduit à la honte. Même si ma conscience hurle en boucle : Retourne toi ! Il est juste derrière toi, t’as une chance de le voir maintenant ! Mais je m'abstiens de ses commentaires. Je tourne à droite et m’enfonce dans un couloir. Là, je suis sûr qu’il ne me suivra point. Je vois mon professeur (Mr Bogard) me regarder moi et quelques autres personnes de ma classe s’enfoncer dans la salle. Je n’étais pas arrivé en retard, ni en avance. Juste dans les temps, comme toujours. Je m’installe à ma place qui se trouvait au milieu de la classe et commence à sortir mes affaires.

Dès que j’eus fini de faire ce que j’avais à faire, je leva mon regard droit devant moi, mais j’ai été bizarrement attiré par la vitre qui montrait le couloir, et je vis la classe de dernière année qui avait cours à côté de la notre. Sciences, si je ne disais pas de bêtises. Je reconnaissais le professeur qu’ils avaient. Mr Fergaux. Je l’avais eu l’année dernière, mais qu’est-ce qu’il est ennuyant à mourir. Heureusement que je ne l’avais pas eu cette année encore une fois. Surtout qu’il est très peu attentif aux faits et gestes des élèves, et que cela était un avantage pour certains. Moi mon seul et unique avantage que j’avais avec lui était que je pouvais lire quand je voulais (même si il m’a déjà interpellé peut-être deux ou trois fois). Je voyais les dernières années rentrées un par un, ou par deux. Je les connaissais tous. Il m’a peut-être fallu tout le premier trimestre pour me familiariser avec eux.

J’observe aussi le restant de ma classe qui arrivent en dernier et qui se précipitèrent à leurs places en préparant leurs affaires. Pendant ce temps, Mr Bogard ferme la porte derrière eux et annonça d’une voix claire et brute :

- Bonjour à tous ! Sans plus tarder, je vais commencer l’appel. Pas de bavardages, je vous prie.

Je tourna mon regard vers lui. Maintenant, j’étais attentif au cours et à ce qui allait suivre. Il prit sa fiche d’appel et appela un par un les élèves dans l’ordre alphabétique.


- Gaspard Alto ?
- Présent !
- Leah Becky ?
- Présente !
- Conan Cooper ?
- Présent, m’sieur !
- Jenny...

Sa voix fut interrompu par des rires qui provenaient du couloir. Le restant des élèves de dernières années commencèrent à rentrer en classe. Toute la classe se tourna vers eux, et moi qui n’avais pas l’habitude de faire ça, je me tourna vers eux aussi. Je vis Arnold Zemkins, Bradley (ou Brad) Jevers, Helena Ginge, Carole Sinma et un autre que je ne reconnut point. D’un coup, mon coeur arrête de se battre. C’était... le nouvel élève. Qui se trouvait... dans la salle à côté de moi !? C’est pas possible !? Il y a forcément une erreur quelque part !

- Bref, passons, je reprends, reprit Mr Bogard. Euh... Jenny Ceurt ?

Mon regard resta figé sur lui. Malheureusement, je n’arrive pas à voir son visage. Il était tourné vers Brad qui se trouvait à sa gauche. Fait chier ! Mais je remarqua que ses cheveux (qui étaient aussi en bataille comme les miens) étaient sombres, aux nuances cuivrées. Il portait un costume gris foncé (pour un premier jour d'école, c’est original) et son sac de couleur bordeaux se trouvait dans sa main droite.

- Aristide Geave ?

Mr Bogard m’appelait, (oui, je m’appelle Aristide Geave. J’ai oublié de le préciser ?) mais je l’ignorais. Je voyais le nouveau rentrer en dernier, et Mr Fergaux lui fit signe de s’arrêter.

- Aristide Geave ?

Je vis la porte se refermer derrière lui. Mais grâce à la fenêtre de la salle, je pouvais encore le voir, mais de dos, encore Mr Fergaux se tourna vers la classe et je crois qu’il leur a dit le discours habituel quand un nouvel élève arrivait qui était : “S’il vous plaît, gardez votre calme ! Aujourd’hui, nous accueillons un nouvel élève dans la classe etc...” Mr Fergaux fit un signe de la main au nouveau qui signifiait bien évidemment : “Présente toi”. Ça y est, j’allais enfin voir son visage ! (à moitié, certes, mais ça en valait quand même la peine) Mes doigts commençaient à se refermer sur ma table, mon coeur battait à dix milles pour cent, ma curiosité avait atteint son comble ! Il commençait à se retourner, je n’allais pas tarder à voir son visage !

Soudain, j’entendis un gros BOUM frapper sur ma table. Mon coeur s’arrêta de se battre, j'écarte mes mains de là où ils se trouvaient, c’est-à-dire près de l’impact. Mon regard se tourna devant moi. Mr Bogard qui se tenait devant moi, un gros bloc-notes qui était posé sur ma table, avec des mains froissées et remplis de quelques pétéchies. Je lève mon regard sur cette personne. Des yeux verts me fixaient, avec des lunettes posées sur son nez, et un début de calvitie. Il dit d’une voix froide tout en rapprochant son visage du mien :

- Est-ce que le jeune Aristide Geave est ici présent dans cette classe, oui ou non ?

La peur me paralysait, mais je réussi à répondre :

- Oui... oui, monsieur...
- Bien ! dit-il en se redressant.

Il se dirigea vers son bureau et repris l’appel. Je n’avais plus le courage de retourner mon regard vers la classe d’à côté. Et à chaque fois qu’il appelait un élève, son regard commençait à se diriger sur la personne en question, puis elle passait vers moi. J’étais encore paralysé par la peur. Quand il eut fini (ce qui mit deux minutes environ) il ferma son bloc-notes et dit.

- Bon ! L’appel terminé, nous allons pouvoir passer au cours. Prenez vos livres page quatre-vingt quatre.

Tout le monde s'exécutent, même moi. Et en sortant mon manuel de mon sac, je profite de l'occasion pour regarder de nouveau vers la salle d’à côté. Malheureusement, il n’était plus là. Seul Mr Fergaux présent au tableau qui retrousse ses manches de son pull vert. Je me redresse en posant mon livre sur la table, et quand je tourna mon regard sur le tableau, (je ne sais pourquoi) Mr Bogard me regarda de nouveau assis sur sa chaise avec son manuel ouvert. Cela me fit frissonné et je m'exécute à ouvrir mon livre à la bonne page. Page quatre-vingt quatre, l’histoire de l’esclavage des noirs au dix-huitième siècle. Vraiment passionnant. En attendant que Mr Bogard annonce quelque chose, je regardais les images une par une, avec un air mélancolique.

La cloche retentit, le cours est enfin terminé. Pendant cette heure, je n’ai fait que poiroter avec mes stylos et à imaginer la suite de mon bouquin (même si je la connaissais déjà). Je rangeais mes affaires dans mon sac en faisant attention de ne pas écraser mon livre. Je relève la tête, Mr Bogard me regardait toujours, ça me mettait mal à l’aise. Je fourre mon sac sur mon dos et sort précipitamment de la salle. Ma curiosité revint. J’essaye de regarder à travers la vitre de la salle pour apercevoir le nouveau, mais je n’y arrive pas, je ne le vois pas. Soudain, mes pieds s'entremêlent, je commence un peu à tituber, j’arrive un peu à me rattraper mais quelqu’un me poussa à terre. Je trébuche par terre et me sens honteux. Je me retourne pour voir qui m’avait poussé. C’était Clay Parker.

- Fais gaffe où tu mets les pieds, Geave, me dit-il ironiquement.

Je le regard d’un air contrarié, et ce dernier pendant que je me redressais, passe sa main derrière mon crâne et le projette sur sur le sol. Je retombe une deuxième fois. Et pendant ce temps, mes camarades de classe rigolent. J’ai encore plus de honte qui s’accumule en moi. Pourquoi ce genre d’attitude envers moi alors que je n’avais rien fait ? Je suis un souffre-douleur. Plus précisément, le souffre-douleur du lycée entier. Quand je passais dans un couloir ou autre, j’étais obligé d’apercevoir quelqu’un qui allait tôt ou tard me faire quelque chose juste pour se marrer, lui et son entourage. Ou même les gens présents sur la scène. Bref, je me relève et me dirige à mon cours de sport. L’idée d’apercevoir le nouveau m’était totalement indifférente. Et de toute façon, il n’allait pas quitter la classe avant une heure. Les cours de sciences et de sport durait deux ou trois heures. Pas grave, peut-être que je l’apercevrai à la cafétéria.

Il est midi et quart, je m’étais installé à une table, seul, en plein centre de la pièce. Je voyais quelques personnes me dévisager avec leurs plateaux, et je ne savais pas pourquoi. Mon menu était le même qu’eux. Mais malheureusement, je ne vis pas le nouveau. Ou peut-être que je ne l’avais pas remarqué. Je tournais sans cesse ma tête de gauche à droite et à l’arrière, aucun signe de lui. Je remuais ma purée molle et tiède dans mon assiette avec la sauce de ma viande (je ne l’avais pas touché car elle me dégoûtait, même si je risquais de me faire prendre un savon par les gérantes de la restauration). Je finis ma purée et passe directement à mon dessert. Une compote de pomme. Génial... pensais-je ironiquement. Je prends quelques cuillères de cette chose en la fourrant dans ma bouche et que j’avale avec mépris.

Je quitte la cafétéria et je me dirige dans les couloirs comme à mon habitude en sortant mon Oscar Wilde de mon sac encore une fois et je le bouquine en attendant la sonnerie de mon prochain cours. Maths avec Mme Prunelle (elle me fait un peu peur cette prof avec ses rides qui tombent de son visage et de son maquillage de sorcière). Entre temps pendant que je lisais, je pensais que peut-être je croiserai le nouveau et que je le verrai enfin. Je ne perdais pas encore espoir. Mais le devrais-je ? Non. Je renierais mes pensées pendant quelques temps, j’avais besoin de me concentrer sur ce que je lis. J’oublie ce que mes oreilles écoutaient et laissait traîner mes yeux dans ses mots noirs. J’entendais des élèves passer, mais je m’en fichais.

Il est seize heures et demi. Je venais de finir les cours d’aujourd’hui, mais je ne l’ai point vu du restant de ma journée. Fait chier ! Je sors du lycée et m’en éloigne de manière contrarié. J’étais contrarié. Tout le bahut l’avait vu, le connaissait, mais pas moi. J’avais un petit peu au ventre, et j’hésitais à retourner au Dutch pour prendre quelque chose à manger. Tout sauf cette barre de Granola immonde. Au final, non. Je n’irai pas là-bas, le fait de penser à ce truc me dégoûte. Le Dutch me dégoûte. Tout me dégoûte ! J’étais vraiment énervé. Tout ce que je voulais, c’était qu’on me foute la paix. Mais malheureusement, en route je vis la même Mercedes noir de ce matin me dépasser. Je n’ai pas pu voir le passager. ARGH !! Je presse le pas en serrant les poings et je rentre chez moi.

Dix-sept heures moins le quart. J’arrive enfin chez moi. J’enfonce la porte et sans faire gaffe je percute ma mère avec qui passait par là.

- Tu peux faire attention, au moins ! me braille ma mère.

Je l’ignore et monte directement dans ma chambre en montant les marches deux par deux comme à mon habitude.

- Tu pourrais t’excuser, au moins ! me gueule encore une fois ma mère.

J’en ai marre de ces “au moins” qu’elle met tout le temps à ses fins de phrases. J’ai eu l’impression d’entendre ma mère marmonner : “Quelle gosse, j’te jure.” Quelle mère, j’te jure. J’arrive au palier, et j’avais complètement oublié d’enlever mes chaussures. D’habitude, on est obligé de les enlever quand on rentre, mais actuellement, je n’avais pas le moral pour ça. Mais en voulant rejoindre ma chambre, devinez qui je croise ? Carole. Elle me foudroie d’un regard à faire frissonner un pingouin en Antarctique.

- J’espère que tu es content, me dit-elle, car je me suis pris un retard par ta faute ! T’imagines pas à quel point j’ai été recalé par mon prof !

T’imagines pas à quel point j’ai eu tant de retard à cause de toi. Et que je ne m’en suis pas plaint une seul fois ! (Excepté une fois). Je n’avais toujours pas le moral pour parler, et je n’avais toujours pas envie qu’on me dérange, alors je suis parti en direction de ma chambre.

- T’en as rien à faire, c’est ça ?! me beugle-t-elle. Et n’essaie pas de te filer en douce !

J’atteins ma chambre et je referme la porte avec une telle brutalité.

- C’est pas bientôt fini, ce boucan ?! crie ma mère à travers ma porte.
- C’est pas moi, c’est Aristide ! lui répond ma soeur.

Pendant ce temps, je jette mon sac à terre près de mon bureau et je commence à m’allonger dans mon lit en emportant avec moi mon casque Marshall (que j’ai eu pour Noël dernier) et que je les place à mes oreilles. Je le branche à mon téléphone (qui avait plus que quinze pour cent de batteries). Fait chier. D’habitude, je n’utilise pas mon téléphone tant que ça, mais faut croire qu’aujourd’hui, j’ai fait exception. Bref, je vais sur Spotify et je clique sur ma playlist tout en me laissant me faire bercer par la mélodie d'Ofenbach, étendu sur mon lit sur le dos et en contemplant mon plafond blanc, jusqu’à ce que je ferme les yeux et que j’oublie cette journée pourrie.
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