Mort pour l'histoire

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Une ombre donna un grand coup sur la tête de l'étudiant. Celui-ci s'effondra sur les pierres blanches et humides des souterrains de la ville. Quant à l'ombre, elle disparut aussi vite qu'elle avait surgit.
Quelques instants plus tard, l'étudiant repris brièvement connaissance. Juste le temps de prendre conscience qu'il ne pourrait pas s'en sortir à moins d'un miracle. Et à nouveau son esprit plongea dans le noir le plus complet.

Lundi matin, les égoutiers, comme à leur habitude, descendirent dans les bas-fonds de la ville berruyère. Chaque année des petits malins s'aventurent dans les souterrains pourtant interdits et se retrouvent coincés dedans. Un cul de sac. Un effondrement partiel. Ou tout simplement un souci d'orientation. L'équipe avait ainsi de temps à autres des petites surprises mais jamais comme celle qu'ils trouvèrent ce matin-là.
De leur torche qui éclairaient de part et d'autre les parois, le plafond et le sol, une masse se fit voir. Une masse longue et fine. Les deux hommes s'approchèrent à pas de loup comme pour ne pas réveiller la masse endormis.
L'un des deux hommes s'accroupit près de la masse éclairée par son collègue. L'homme cru qu'il s'agissait d'un jeune qui avait fait du zèle et avait fini par s'endormir comme beaucoup d'autres avant lui. Mais quand il essaya de le réveiller rien ne se passe. Son collègue approcha le faisceau de lumière sur le jeune homme. Les compères virent du sang séché sur les pierres blanches.
Les deux hommes restèrent interdits face à leur découverte pendant quelques minutes. Puis l'un d'eux dit qu'il serait bon que l'un reste près du corps, à distance et que l'autre signale le cadavre à la police.

Une heure à attendre dans le souterrain avec un cadavre, l'égoutier commençait à céder à la panique. Fort heureusement pour lui, une petite troupe d'homme arrivait à sa hauteur. Un policier en uniforme prit en charge l'homme en le reconduisant à la surface.
Pendant ce temps, dans le souterrain, le travail des scientifiques de la police et du médecin légiste s'opéra. Balisage avec les bandes jaunes classiques. Mise en place des numéros d’identification. Photographies de la scène de crime. Détourage du corps d'un trait blanc. Recherches des premiers indices. Le médecin pu déjà affirmé qu'il s'agissait d'un jeune homme d'une vingtaine d'années malgré le manque de papiers officiels. La mort semblait avoir eu lieu entre quarante-huit et soixante-douze heures. Puis vint la phrase classique d'un légiste : « l'autopsie devrait confirmer l'heure de la mort exacte ».
Debout derrière le médecin, le jeune inspecteur remarqua que le cadavre tenait quelque chose dans sa main gauche. Celle-ci était si crispée que l'homme à la blouse blanche ne pût lui retirer. Il décidait donc qu'il était temps d'emporter le corps à la morgue pour réaliser les examens complémentaires.
Jimmy Land resta un moment dans le souterrain comme pour interroger les murs, seuls témoins de la scène. Que pouvait bien faire un jeune homme de son âge ici, se demandait-il perplexe. Et difficulté supplémentaire, il n'avait pas de papiers sur lui. Lui avait-on volé ou ne les portait-il pas ? Quel serait le mobile du crime ? Et où est l'arme ? Le coupable l'aurait remmené avec lui ? Tant de questions qui persécuté l'esprit de l'inspecteur.

Dès le début de l'après-midi, les résultats de l'autopsie se trouvaient sur le bureau de Jimmy Land. L'heure de la mort était aux alentours de minuit à une demi-heure près, le vendredi soir. L'objet qui avait frappé la victime semblait être une barre à mine. Quelques éclats de métal rouillé s'étaient agrippés dans la plaie. Le coupable se trouvait dans le dos de la victime et la frappa d'un seul et unique coup. Il est probable que le meurtrier soit un homme costaud au constat de la force du coup et de l'arme utilisée. Cependant le coup n'occasionna pas une mort immédiate. Celle-ci survint à la suite de la plaie hémorragique.
Le dossier du légiste lu, Jimmy Land demanda d'émettre dans les médias un portrait-robot de la victime puisqu'elle n'était pas fichée.
Il se souvenait du papier que la victime tenait dans sa main crispée. Il regardait si le légiste l'avait bien déposé dans le dossier. A sa plus grande surprise il se retrouvait face à une partition de musique à seulement une portée. Curieux se disait en lui-même le jeune inspecteur. Pourquoi la portée pour la main gauche était inexistante ? Il regardait la page chiffonnée attentivement. Un titre y était indiqué : Le secret des Anges.
Ce bout de papier retrouvé soulevait de nombreuses questions à Jimmy. La victime était-il musicien ? Ce titre avait-il une signification particulière ? Et si la partition n'était pas une simple symphonie incomplète ? Peut-être un message codé ? Si c'était le cas, il devait si mettre immédiatement.

La journée passée, rien de nouveau sur cette enquête. Jimmy Land commençait à être épuisé. Personne n'avait reconnu la photo. Et chou blanc du côté de la partition. Il se décidait donc à rentrer chez lui.
Il était tard. Le jeune homme regardait dans son casier à bandes dessinées pour voir laquelle il lirait. Il en prit une et s'installa dans son fauteuil. Quelque chose le fit sursauter de son assise. Il venait de réaliser que Le secret des Anges était aussi une bande dessinée. Le premier numéro d'une série intitulée le Cycle de l'échiquier. Il reposait le livre qu'il possédait en mains pour l'échanger avec ce premier tome. A nouveau il s'installa dans son fauteuil et entreprit sa lecture.
Eurêka ! Il venait de trouver la solution à travers les cases et les bulles. La victime et certainement le tueur avaient comme passions communes la bande dessinée, les échecs et la musique. La partition était inévitablement un message codé. Bien que fatigué, Jimmy se mit à l'ouvrage pour décoder chaque mesure de la partition. Lui-même avait été un jour mélomane. Dans son adolescence. En alliant échiquier et notes de musique, le message allait s'éclairer peu à peu.

" Rendez-vous vendredi 20h dans les souterrains,
zone B2. Échange à effectuer. "

Le lendemain à la grande surprise de Jimmy Land l'enquête s'était décantée dans la nuit. La victime avait été identifiée. Les choses allaient pouvoir avancer. Il allait aussi pouvoir commencer son enquête en interrogeant les parents.
Le jeune inspecteur se rendit sans attendre auprès des parents de la victime.
" Qui est votre fils ?
- Que lui est-il arrivé ? sanglota la mère.
- Mes hommes ne vous l'ont pas dit ?
- Votre fils a reçu un coup de barre à mine sur la tête. On l'a retrouvé dans les souterrains de la ville avec une curieuse partition dans une main. C'est pour cela que j'ai besoin de mieux connaître votre fils. Était-il musicien ?
- Il jouait un peu de guitare et connaissait la musique comme n'importe qui. Cela fait partie du programme de collège.
- Ok. Était-il amateur d'échec et de bandes dessinées ?
- Plus jeune il aimait lire les bd mais ces dernières années il n'en avait plus le temps à cause de ses études. Et pour les échecs, expliquait le père songeur, je l'ai initié très tôt.
- En quelles études était-il ?
- Première année de master d'histoire.
- Comment l'avez-vous trouvé ces derniers temps ?
- Plutôt stressé mais à cause de ses études. C'est une année cruciale, appuie la mère les larmes aux yeux, il s'est toujours consacré à l'histoire. "
Jimmy Land montait dans la chambre du jeune homme de 22 ans avec le père. Allait-il trouver quelque chose d'utile dans cette chambre d'étudiant ? Des livres d'histoire remplissaient une pleine colonne. Rien d'anormal. L'inspecteur vit des ouvrages sur Bourges et des trésors. Jimmy interrogea le père : « L'histoire de Bourges est au programme ? » La réponse de celui-ci appris qu'il traitait une thèse sur la ville.
Tout en inspectant la chambre de la victime, Jimmy eut un flash. La filière histoire n'existe pas à Bourges. Il en était sûr car un de ses amis avait été à Châteauroux pour sa licence et à Tours pour son master. Cela signifie donc que la victime avait un studio sur Tours la semaine. Hypothèse que le père confirmait. Le jeune inspecteur était convaincu qu'il ne trouverait rien dans cette chambre. L'enquête piétinait. Jimmy n'aimait pas cela. En plus il va falloir qu'il collabore avec des inspecteurs de Tours pour une fouille de la chambre universitaire. Une démarche lourde de paperasse.

Vingt-quatre heures se sont écoulées. Jimmy avait convoqué le père de la victime et ils partirent au studio de l'étudiant. La route entre Bourges et Tours était l'occasion d'approfondir sur la personnalité du jeune homme. Mais malgré cette discussion rien ne présageait ce destin funeste.
La nouvelle perquisition dans le vingt mètres carré allait très certainement faire avancer l'enquête. C'était le plus grand désir de Jimmy.
Une colonne de livres apparaissait. Beaucoup d'ouvrages d'histoire mais pas seulement. Jimmy sortait les livres étagère par étagère. Quand l'une d'entre elles était complètement vide, à l'aide d'un collègue tourangeau, il épluchait chaque livre pour voir si quelque chose n'y était pas dissimulé. Et là, il trouva ce qu'il cherchait.

De retour dans sa belle ville berruyère, Jimmy savait que l'enquête commencerait véritablement. L'indice manquant jusqu'à ce moment expliquait le sujet de thèse de l'étudiant sur la ville de Bourges. Mais quel lien entre la thèse et le meurtre ? Le faisait-on chantait ? Mais qui était ce "on" ?
Le document trouvé chez l'étudiant était de la bombe. Le meurtrier s'agissait forcement de quelqu'un qui était visé directement. Mais qui pouvait être cette personne ? Le document datait du XVIIe siècle. Il y avait prescription.
Le palais Jacques Cœur n'aurait jamais dû appartenir à la municipalité en 1682. Colbert avait tout fait pour que la ville de Bourges acquière ce bâtiment malgré le régime monarchique français. Le document que la victime avait trouvé attestait que Colbert n'était pas en droit de vendre le palais à la municipalité de l'époque. Un document qui donnait toutes les raisons à une personne de s'en prendre à l'étudiant.
En cette fin d'après-midi, Jimmy prenait le temps de passer des coups de fil. Notamment à l'université pour lister les camarades de la victime et voir lesquels résidaient aussi à Bourges. Deux suspects apparaissaient. L'un d'entre eux pouvait être le coupable idéal puisque fils du maire et descendant d'une lignée noble. Le père était évidemment un conservateur. Ce papier pouvait être nuisible et discréditait l'ancienne monarchie.
Jimmy fit transférer le fils du maire berruyer de Tours jusqu'à la PJ de Bourges. Dans une salle d'audition, le jeune homme reconnaissait bien connaître la victime pour s'être connu dès la première année de licence. Mais le meurtre il le niait, de même que la connaissance du document que son camarade avait en sa possession. Il savait que sa thèse portait sur Bourges mais sans plus. De plus, le vendredi soir il était chez sa copine comme chaque vendredi. Seul moment pour les tourtereaux de se voir. L'alibi était vite vérifié et le jeune vite relâché.
Le second suspect est interrogé à son tour. Contrairement au fils du maire, il avait connaissance du folio que la victime avait trouvé. C'était ensemble, aux archives de la mairie de Bourges, qu'ils étaient tombés par hasard sur ce document. Sur le coup, les deux compères n'avaient pas réalisé que le folio ferait l'effet d'une bombe s'il était révélé au grand jour. Mais pour la suite le suspect ne travaillait pas sur cette période. La victime avait changé sa thèse après la découverte de ce folio.
"À part vous, qui était au courant de ce revirement de situation ? demanda l'inspecteur Jimmy au suspect.
- Son professeur référent. En principe il a dû lui en parlé à moins qu'il ait voulu attendre d'approfondir sa piste.
- Nom de ce professeur ?
- Madame Gaëlle Delaval.
- Qui d'autres auraient pu être au courant ?
- Éric, le fils du maire de Bourges. C'était son meilleur ami. Tous les trois nous avions créés un lien depuis notre rencontre en première année de licence. Mais Jules était plus intime avec Éric qu'avec moi. Je suppose que moi-même le sachant, il a bien dû lui en faire part également.
- Jeune homme, prononça Jimmy d'une voix roc et fermé, Éric a été notre premier suspect et nie la connaissance de ce document. Pensez-vous qu'il aurait pu lui cacher ?
- J'en serai étonné.
- On a retrouvé dans l'appartement de la victime à Tours des bouts de papier avec des messages codes. C'est avec vous qu'il a établi ce genre de message musical ?
- Non c'est avec Éric car son père est toujours sur son dos et veut tout savoir. Comme si être maire lui autorise bien des choses.
- Vous connaissez le rudiment de ce code ?
- Je sais qu'il est basé sur un jeu d'échec et de notes de musique. Mais je ne m'y suis pas intéressé car nous n'en avions pas besoin avec Jules.
- Et où étiez-vous vendredi soir ?
- À Tours. Je rentre à Bourges que le dernier week-end du mois. J'ai un colloc' qui pourra vous le confirmer."
Jimmy décida de garder le jeune homme en garde à vue et de rappeler Éric. A peine une heure après celui-ci était accompagné de deux policiers. Le jeune inspecteur misait sur une confrontation des deux camarades de la victime. Peut-être que cela ferait avancer l'enquête.
La confrontation permit de réfléchir et de se souvenir que son ami lui avait parler de ce document un soir. Éric lui avait donné rendez-vous chez lui. C'était dans le vestibule qu'ils avaient eu cette conversation. Le jeune homme se souvenait de l'excitation de son ami. Il lui avait parlé de ce document mais lui-même était dans l'empressement de sortir qu'il ne s'en était pas préoccupé. Jimmy était convaincu que les deux camarades de la victime n'avaient rien à se reprocher et étaient innocents. L'enquête bloquait à nouveau. Ou presque.
La nouvelle interrogation se reposait sur la personne du maire, le père d'Éric qui aurait pu entendre la conversation de son fils avec son ami. D'autant plus qu'un des inspecteurs spécialisés dans la généalogie avait cherché qui était le maire de l'époque. La découverte fut étonnante et clarifiant. La municipalité en 1682 était tenue par un ancêtre du maire actuel.
Jimmy décidait d'attendre le lendemain pour interpeller le maire. Il n'y avait aucune raison qu'il s'enfuisse de par sa fonction et du fait de la garde à vue prolongée de son fils. Le jeune inspecteur avait eu la volonté de garder les deux jeunes gens en cellules non pour leur culpabilité mais pour un fin stratagème. La seule solution pour piéger le meurtrier.

L'aube venait de se levait. Une voiture de police venait de débarquer devant la maison du maire. Sans résistance celui-ci les suivait. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait.
Vingt-quatre de garde suffit pour que l'homme politique craque et avoir tout. Le soir où la victime et son fils étaient dans le vestibule il avait entendu la conversation. Et le folio que le meilleur ami d'Éric avait trouvé aurait fait l'effet d'une bombe s'il avait été rendu public. Il fallait absolument récupérer le document. Le maire connaissait le code des deux jeunes gens et l'avait décrypté. Il lui était donc facile de s'en servir pour duper le jeune homme et lui donner rendez-vous dans les souterrains.
"Je ne voulais pas le tuer. Juste lui faire peur. Quand je suis arrivé il était retourné et je ne sais pas ce qu'il m'a pris je l'ai frappé par derrière. Mais juste pour l'assommer et récupéré le document. Rien de plus.
- Où se trouve le folio maintenant ? demanda Jimmy.
- Je l'ai détruit.
- En réalité le document est entre nos mains. Le jeune homme avait certainement emmené une copie avec lui, ce soir-là. Et l'original était resté planqué dans un de ses livres à Tours. Monsieur le maire, vous avez tué pour une copie. Je vous arrête donc pour homicide non prémédité. Et pour ce qui est de la révélation du document, le juge décidera de vous inculper ou non."
Jimmy relâcha les deux jeunes gens et mis le maire en cellule.
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