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Monsieur Narcisse (A)...

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La Bassée, le 02 juin 2011.

Monsieur Narcisse (A),

Je me permets – ne vous en étonnez pas – de vous écrire une petite lettre sous le soleil de La Bassée, 59480 pour préciser le code postal propre à ma commune (B) de résidence (C) (belle invention que ces « codes » qui facilitent la circulation du courrier). La présente – n’en soyez pas surpris – remplace un autre courrier rédigé hier, le premier juin 2011 pour adopter la posture d’une exactitude qui est loin d’être sans faille car j’omets de vous renseigner sur l’heure à laquelle la rédaction de cette correspondance (celle d’aujourd’hui, évidement, datée – permettez-moi de le souligner afin de clarifier les choses - du deux juin 2011) a commencé. En revanche, je peux vous affirmer que j’ai tracé les premières lignes de la lettre d’hier, premier juin, dès 16H33 (seize heures et trente trois minutes, heure d’été). La rédaction de cette dernière a duré presque quarante minutes en comptant une petite pause d’une durée que je ne puis vous spécifier : je me suis simplement accordé un instant pour déguster un café assez corsé. Pour en revenir à la présente qui n’annule pas mais remplace celle d’hier (premier juin) laquelle ne vous sera pas envoyée (cette décision n’est pas encore définitive), je tiens à vous certifier sans complaisance – vous me faites confiance et à ce sujet, mes sincères remerciements réitérés sont, vous le savez bien, dénués de toute flatterie – que ce courrier (celui d’aujourd’hui, en conséquence daté du 02 juin 2011 (D)) a la particularité d’être identique à quelques mots près à la lettre du premier juin 2011.

J’envisage également d’écrire une autre lettre. Dès demain. Cette missive serait alors datée du 03 juin 20115 (E) (F) et pourrait remplacer – simple hypothèse – et la présente de ce jeudi 02 juin 2011 et la précédente du premier juin (G). Il va sans dire que si vous vous consacrez à la lecture de ce courrier du jeudi 02 juin 2011 - et je vous remercie d’avance de l’attention que vous y portez, mon cher Monsieur Narcisse (H) - rédigé par mes soins, en plein soleil - confortablement installé dans un fauteuil de camping en toile orange au moment des faits, devant ma petite maison - ma résidence principale ou officielle (I), cela signifie bel et bien que vous l’aurez reçu (sous enveloppe sur laquelle seront mentionnés : nom de la rue, numéro, 65410 Sarrancolin, ainsi - mais vous vous en doutez, que votre nom mon cher Monsieur Narcisse. N’ayez crainte votre nom mon cher Monsieur Narcisse figurera sur l’enveloppe de format rectangulaire (J). Loin de moi l’idée de rendre la tâche de votre facteur habituel plus compliquée que de coutume). En conséquence, la présente lettre ne pourrait plus se voir détrônée par un supposé envoi rédigé un 03 juin 2011 même si son contenu avait la particularité d’être presque identique à celui de la présente que vous êtes peut-être en train de lire et également à celui de la précédente (celle du premier juin 2011) que vous ne pourrez pas lire. La situation est assez claire : si vous recevez la lettre du premier juin, celle d’aujourd’hui perd tout intérêt. En revanche si vous détenez ce courrier, je me dispenserai de vous faire parvenir celui de la veille. Quant à l’hypothèse du trois juin 2011, je ne peux vous en dire plus puisque nous ne sommes que le 02 juin. De plus, je ne suis pas du genre – je pense que c’est une évidence pour vous – à tergiverser.

Reste à savoir ce qui a motivé ma décision, à savoir : remplacer la lettre du premier (juin) par celle du deux (juin également). En réalité, je n’en ai aucune idée. Seule certitude ; dès ma première rédaction, j’envisageai sérieusement et sans raison une autre missive. Le lendemain me semblait le jour le plus approprié. De fil en aiguille, l’envie de répéter l’expérience jour après jour devint une évidence. La même lettre avec quelques nuances, des différences minimes. La même mais pas aux mêmes dates, la plus récente « annulant » la précédente.
Je n’ai rien de prévu le 04 juin 2011, si ce n’est – peut-être – la rédaction d’un courrier qui, vous pouvez en être certain, résumera toutes les lettres précédentes. A moins que... Enfin, il n’est pas impossible que le 05 juin... Certes ce n’est que prospective ou possibilité encore incertaine voire lointaine.

Je mesure bien que le mois de juin 2011 compte 30 (trente) jours et vous devinez déjà l’affaire ! Vingt huit lettres virtuelles, la présente comme la toute première n’étant déjà plus du registre de la fiction !

Que faire ? Que préférer faire ? Vous envoyer celle du 15 juin 2011 qui remplacerait celle du 14 juin 2011 ? Ou encore vous faire attendre jusqu’au 30 juin qui tordrait le coup à un imposant corpus épistolaire sans le trahir pour autant. Il y aurait pire : par exemple poster l’hypothétique pièce du 03 ou 04 juin 2011 un 29 juin de la même année, le cachet de la poste – et, il y a là, matière à un nouveau débat que nous maintiendrons pour l’instant à l’arrière plan – faisant foi. Comment deviner votre préférence ? J’ai bien une solution. Elle consiste à vous consulter, à vous poser la question le plus rapidement possible et tant qu’à faire... par courrier. Un courrier, de surcroit, prioritaire.

Je vous prie d’agréer, mon cher Monsieur Narcisse, mes salutations les plus délirantes.

NOTES :

A - Dès cette adresse, une brève hésitation m’envahit : « Cher Monsieur Narcisse » ou « Monsieur Narcisse » ? J’avoue que j’ai renoncé à la première formule. J’espère que la seconde vous convient. Mieux que la troisième envisagée une fraction de seconde, beaucoup trop ampoulée à mon sens et engluée dans les convenances des titres de civilité et leurs abréviations.

B - Code postal que vous n’ignorez pas, je suis le premier à l’admettre.

C - Du moins ma résidence dite « principale » ou « officielle », vous connaissez certainement mieux que moi cette irrésistible tendance au nomadisme qui me caractérise car vous êtes – j’en ai la certitude - le seul à l’avoir remarqué

D - Sur la présente, le lieu de rédaction ainsi que la date sont mentionné en haut de page, à droite.

E - Le lieu de rédaction et la date (dans ce cas de figure, le 03 juin 2011) figureraient aussi en haut de page à droite, sauf imprévu (format de papier différent ou, sait-on jamais, simple oubli de ma part).

F - Ne pas lire « 20115 ». Erreur de frappe. Désolé M. Narcisse.

G - De l’année 2011.

H - Et là, je l’écris sans hésitation même si l’adjectif possessif « mon » n’est pas indispensable. Il est vrai que l’usage de « mon », « ma » est déconseillé par la plupart des dictionnaires de la langue française dotés d’une rubrique intitulée « Les formules de la correspondance ». Le Robert « Plus » (ISBN : 978-2-298-00161-7) précise que l’utilisation d’un adjectif possessif rend la formule un peu familière. Ah, mon cher Monsieur Narcisse ! Ce « un peu » m’exaspère au plus au point ! Pourquoi s’interdire une appellation comme « Ma chère Madame La Juge » ou « Mon cher Monsieur l’Ambassadeur » ?
Vaste débat voire polémique susceptible de faire couler beaucoup d’encre et de remplir des pages entières dans la plus modeste feuille de chou !

I - Voir note A.

J - Enveloppe agréée par LA POSTE – Agrément N° 988 – Lot D12M / 45545.
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Isabelle Musz · il y a
Vertige, vertige, Monsieur Narcisse ! Un sens de l'absurde que j'aime bien...drôle et inquiétant.
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Raymond De Raider · il y a
Cool !
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