Monsieur Barillet

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Caractère : adaptable aux circonstances mais aussi « insaisissable » – pieds sur terre et tête dans les nuages. Mon dernier roman "Et la vitre se brisa" vient de paraître aux Editions  [+]

Image de Hiver 2021
On ne peut pas dire qu’il soit collet monté non, car sur sa physionomie poupine un éternel et vague sourire se dessine timidement. Il paraît heureux, sans fatras et sans embarras. Son bonhomme de chemin est tracé depuis longtemps et, à l’âge de la retraite, construire des bateaux à l’aide d’allumettes est son passe-temps favori. Quoique d’une nature très réservée, il salue volontiers ses voisins lorsque dans la rue il les croise. On ne sait pas grand-chose de lui dans le quartier et les gens ont fini par oublier leur curiosité à son sujet. Il fait partie du décor et le matin quand l’épicière accorte le voit passer, chaque fois, elle s’exclame :
— Tiens ! Voilà M. Barillet qui passe, ce doit être neuf heures !
En effet, chaque matin à la même heure, M. Barillet sort de chez lui pour aller acheter les croissants chez le boulanger du coin. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, sa silhouette se profile quotidiennement sur les murs des immeubles qui bordent la rue de l’Avenir. Tout en lui paraît simple. On le dit aisé, car il est toujours très convenablement vêtu, mais toutefois sans recherche. Personne ne sait au juste quel travail avait été le sien du temps de sa jeunesse et beaucoup lui ont prêté le métier de charpentier. Pourquoi ? On n’en sait rien ; peut-être est-ce à cause de sa démarche légèrement chaloupée, qui ressemblerait aussi à celle d’un marin, et qui est le fruit d’une habitude à chercher constamment à retenir son équilibre.

Il y a près d’une année que M. Barillet et sa femme se sont installés au numéro trois de la rue de l’Avenir. Ils y occupent un modeste trois pièces et vivent encore au milieu des meubles qu’ils avaient achetés après leur mariage. Ils ont épargné leur vie durant en prévision de ces vieux jours qui maintenant sont les leurs. Leur existence s’est écoulée jusque-là sans grandes aspirations. Ils ont eu leur part de soucis et de menus plaisirs, sans jamais s’en plaindre. Peut-être même sont-ils heureux ainsi, sans complication, et ont-ils trouvé le moyen de vivre en bonne harmonie, sans se mêler des affaires des autres, en demeurant derrière l’abri de l’anonymat. Ils n’ont pour ainsi dire pas d’amis. Des enfants peut-être ? Hélas ! Non, et ce fut leur plus grand chagrin, mais ils ont bien dû se faire une raison. À les voir se promener tous deux chaque après-midi, ils évoquent un bonheur tranquille. Ils sont le reflet d’une vie de labeur et leur repos actuel semble avoir été durement acquis. Dans le quartier, on les aime bien. Tous les respectent et les tiennent pour des personnes agréables. En effet, M. Barillet est considéré par sa femme comme étant un saint homme. Il a su l’entourer de sa tendresse et agir, tout au long de leurs quarante années de mariage, comme seul un être honnête peut se comporter. Aucune discorde n’est jamais venue ternir leur entente. Mme Barillet, bien entendu, est considérée par son mari comme étant une sainte femme. Ainsi, leurs sentiments sont réciproques et demeurent inchangés au fil des ans. Peu d’intimes connaissent leur extraordinaire bonheur et c’est peut-être parce qu’ils ont vécu repliés sur eux-mêmes qu’ils ont pu, jusqu’à maintenant, vivre heureux. Leur richesse est en eux ; égoïstement, ils l’ont préservée des assauts que le monde extérieur n’aurait pas manqué de leur porter. Ils s’apprêtent maintenant, plus que jamais, à vivre pour eux seuls et ne pensent pas à changer le cours de leurs nouvelles habitudes, établies depuis que M. Barillet a pris sa retraite. Il n’est ni charpentier ni marin ; le métier qu’il a exercé est tout simplement celui de comptable. Très consciencieux de nature, ce travail lui convenait admirablement et il l’a accompli avec le même soin méticuleux qu’il voue à présent à la construction des bateaux qu’il fabrique avec des allumettes. Il n’est jamais pressé, mais chaque jour il fait ce qu’il croit faire, ni plus ni moins. À ses yeux, tout est bien ainsi et sa route demeure belle droite devant lui, aucune courbe ne lui cache l’horizon, aucun mystère ne vient le troubler. Indéniablement il est heureux et sa femme aussi. Ils sont de ces âmes simples qui passent dans l’existence sur la pointe des pieds, sans trop se rendre compte ni comment ni pourquoi ils sont là. Il n’y a, chez ces braves gens, aucun besoin nostalgique d’évasion vers d’autres contrées enchantées. Leur petit intérieur propre et confortable, leurs petites occupations honnêtes et régulières et les petites distractions qu’ils se procuraient formaient le cercle étroit où évoluait leur petite existence. Si, de temps à autre, ils s’absentaient quelques jours – par obligation souvent – c’était tout un drame. Mais quel bonheur c’était alors pour eux lorsqu’ils revenaient de cet exil forcé, de retrouver leur petit appartement et leurs petites occupations quotidiennes. Car, aussitôt franchi le seuil de leur maison, les Barillet ne se sentaient déjà plus à l’aise.

Mais un jour la vie apprit à M. Barillet qu’on ne peut pas toujours être également heureux. Un matin, alors qu’il allait sortir pour se rendre à la boulangerie chercher les croissants du petit déjeuner, sa femme se plaignit de maux de ventre assez violents. Il les attribua à une mauvaise digestion, car la veille ils avaient diné copieusement pour fêter leur quarantième anniversaire de mariage et Mme Barillet, qui était une excellente cuisinière, avait bien fait les choses. Il sortit tout de même et, comme à l’accoutumée, il rapporta quatre croissants. Quel ne fut pas son étonnement lorsque, de retour chez lui, il ne huma pas l’odeur caractéristique que dégage le café fraîchement passé. Alors, il se souvint de ce que sa femme lui avait dit. Inquiet soudain, il se précipita vers la chambre à coucher et trouva Mme Barillet se tordant de douleur sur son lit. Affolé, ne sachant quoi faire pour la soulager, il finit par se ruer vers le téléphone et, fébrilement, il composa le numéro de leur docteur qui vint rapidement. Incertain de son diagnostic, celui-ci ordonna d’urgence le transfert à l’hôpital. Puis tout se déroula très vite ; d’après les examens établis par le spécialiste, il fallut opérer immédiatement. Terrassé, M. Barillet, impuissant, avait assisté à toute cette scène sans en avoir une claire conscience. Comment il avait réagi à l’annonce faite par le chirurgien, grave et digne, qui lui avait dit ne pas pouvoir se prononcer avant deux ou trois jours, le temps pour Mme Barillet de surmonter le choc opératoire, il n’en savait rien. Un brouillard épais s’étendait sur ses souvenirs et les rendait flous et incertains. Il ne pouvait encore croire à ce malheur. Interminables, ces trois journées s’étirèrent dans l’angoisse. Il s’attendait à tout moment à entendre le téléphone sonner et une voix anonyme lui apprendre la fatale nouvelle. De même, lorsque furtivement il sortait de chez lui pour courir à l’hôpital, en longeant les murs pour ne pas être aperçu par quelque voisin et être interrogé sur l’état de santé de sa femme, il s’attendait toujours, au bout de sa course folle qu’on lui déclare qu’il n’y avait plus d’espoir possible. Il vécut ainsi très affligé, ne sachant où il puisait la force qui le soutenait. Mais la fatale nouvelle tant redoutée ne vint pas. Le destin permit que Mme Barillet se rétablisse. Alors M. Barillet se reprit à vivre. On eut dit que le fait de s’être constamment attendu au pire le maintenait tout à coup dans un état euphorique. Il était, bien sûr, soulagé en même temps qu’heureux.

Néanmoins, au début, sa solitude lui pesa. Ses habitudes rompues lui causèrent un réel déséquilibre. Il essaya bien de s’occuper à la construction du navire qu’il fabriquait avec des allumettes, mais le cœur n’y était pas. Quelque chose lui manquait. Et puis, le temps aidant, il se réinstalla dans sa petite existence. Il connut de nouveau la tranquillité, cette tranquillité béate qui avait été toute sa vie et qui continuerait à l’être. Il prit même un certain goût à sa solitude. Il lui semblait vivre enfin sa vie de garçon. Il s’organisait en fonction de ses seuls désirs et, par exemple, il éprouvait une joie secrète à déjeuner au restaurant. Il était comme ces écoliers en vacances qui, échappant à la surveillance de leur moniteur, fument en cachette une cigarette – bien meilleure parce que défendue – et qui les transforment, dans leur imagination, en hommes virils et solides. Il n’avait jamais eu besoin de s’affirmer, car toutes les décisions étaient prises en commun. Jamais il n’aurait pensé décider quoi que ce soit au nom de son épouse ; depuis toujours il l’avait consultée et la consulterait encore. Mais maintenant, il se sentait libre. Oh ! Raisonnablement libre, comme sa raison concevait la liberté et il en jouissait raisonnablement. Lorsqu’il était hors de chez lui, il prenait naturellement une mine de circonstance. Il ne craignait plus d’être arrêté dans la rue par l’épicière, la boulangère du coin ou autres voisins.
— Pauvre Monsieur Barillet, vous avez là bien du malheur. Et votre chère femme, elle est si gentille, si bonne, si travailleuse ! Vraiment, ce n’est qu’aux honnêtes gens que ces choses-là arrivent !
Il secouait inlassablement la tête à chacune de ces phrases exprimées avec commisération. Son visage poupin ne trahissait pas la griserie qui envahissait son cœur de brave homme à l’énumération de toutes les qualités de sa femme. En même temps ce bonheur d’être libre, et paradoxalement celui d’être plaint, lui tournait l’esprit. Lui-même ne savait plus qui était le plus à plaindre. Était-ce lui, abandonné, mais heureux de cette vie nouvelle, ou sa femme, enfermée dans une chambre d’hôpital ? C’était aussi à qui s’offrirait pour lui rendre service. On s’inquiétait de savoir si son linge était en ordre et que s’il avait une commission à faire, qu’il le dise, on enverrait le fils ou la fille la lui faire. Entouré, choyé et pris en pitié, M. Barillet continuait d’affecter des airs tristes.

Prétexte à les fuir, il se mit alors à sortir à la nuit tombée. D’abord, il ne fit que promener sa solitude dans les rues alentour. Puis il s’enhardit et quitta son quartier. Chaque soir, il allait un peu plus loin et rentrait de plus en plus tard. Loin de chez lui, il respirait. Il aspirait le mouvement nocturne de la foule anonyme et s’y mélangeait avec délice. Cette découverte ne lui suffit bientôt plus. Aussi bien, s’installa-t-il à la terrasse d’un grand café-concert. Envoûté, des heures durant, il demeurait assis là, savourant son plaisir en même temps qu’un verre de bon cognac. Après plusieurs soirées passées ainsi, il désira autre chose. Mais quoi ? Que pouvait-il faire, seul dans la ville ? Aller peut-être dans un autre bar ? Bah ! Ce n’était pas nécessaire. Non, il voulait un changement d’atmosphère. Il ne savait pas quoi au juste, mais une distraction différente que celle de regarder les gens passer en écoutant de la musique. Le lendemain soir, au cours de son escapade devenue presque une nécessité maintenant, il entrevit une immense enseigne lumineuse dont les feux colorés lui firent cligner de l’œil. Qu’était-ce donc ? Ah ! Mais c’est une réclame, pensa M. Barillet, interdit devant ce déploiement de couleurs chatoyantes qui flattaient le regard. Il tenta de déchiffrer le texte lumineux qui s’éteignait sporadiquement, mais il n’y parvint pas. Lassé, il continua son chemin sans plus penser à cet étrange panneau publicitaire. Soudain, il se trouva pris dans une foule compacte, composée de gens jeunes et vieux qui l’empêchèrent de passer. Il essaya bien de jouer des coudes pour se dégager, mais rien n’y fit. On le regarda même de travers et, d’un coup, toute sa timidité remonta à la surface. Il se tint coi et attendit, comme tout le monde, d’être libéré de ce bouchon incompréhensible pour lui. On avançait d’un pas ou de deux, puis on s’arrêtait. M. Barillet sentit sourdre en lui une certaine inquiétude. Que pouvait-il donc bien se passer pour que ces gens soient ainsi bloqués sur ce trottoir ? On le poussa, on le tira et tout à coup, sans comprendre ni comment ni pourquoi il se trouvait là, il se vit devant un guichet et il entendit une voix féminine l’interpeller assez brusquement :
— Et pour Monsieur ?
Comme il ne répondait pas, la jeune femme lui demanda quelle décision il prenait : trois, cinq ou sept francs la place ?
Au hasard, il jeta d’une voix chevrotante :
— Cinq !
Il lui fut remis un billet et, derrière lui, quelqu’un lui demanda de dégager le passage. Une fois de plus happé par la foule, il suivit le mouvement. À son grand étonnement, il se rendit compte alors qu’il entrait dans une salle de cinéma. Assis confortablement, il se laissa emporter par l’histoire du film et s’identifia même au héros. Il y avait tant et tant d’années qu’il n’avait plus été s’asseoir dans une salle obscure ! Les images qui se déroulaient devant ses yeux, tantôt l’oppressaient, tantôt le faisaient rire. Rien d’autre ne comptait pour lui que ce qui se passait sur l’écran. C’était une histoire fantastique à son goût et tout son être suivait avec avidité les gestes et les paroles des acteurs. Il avait tout oublié ; sa femme à l’hôpital, sa solitude désordonnée du début, la compassion de son entourage, tout cela n’existait plus. Il vivait une autre vie, celle qui miraculeusement lui était présentée dans ce cinéma. Évadé du monde des vivants, il fut surpris quand le mot FIN s’inscrivit en grand sur l’écran. Il regretta de devoir déjà se lever et ne le fit que lorsque le public s’en fut presque complètement en allé. Tel un somnambule, il déambula dans les rues et ses pas le guidèrent jusque chez lui, tandis que ses pensées demeuraient sous l’emprise du spectacle auquel il avait assisté sans s’y être volontairement convié. Cette nuit-là, il dormit mal. Son imagination débordante l’en empêcha. Il prit d’ores et déjà la décision de retourner le lendemain soir voir un autre film. Et, comme pour un enfant à qui l’on aurait promis une surprise, l’excitation le maintint longtemps éveillé.

Le matin suivant, l’épicière accorte s’inquiéta de sa mauvaise mine. La boulangère ne manqua pas de lui recommander la patience : Mme Barillet ne tarderait pas à revenir chez elle. Il ne devait pas se faire autant de souci. Ce ne serait plus long, maintenant. L’air toujours très affligé, M. Barillet secouait la tête et ne disait rien. Et pour cause, il était si loin ! Certes, il bouillait d’impatience, mais ce n’était pas l’absence prolongée de sa compagne qui motivait cette impatience ; il n’attendait que la fin du jour pour pouvoir s’enfuir allègrement. Ce qu’il fit donc dès le crépuscule. Cette fois-ci, il se dirigea d’un bon pas vers le centre de la ville où, croyait-il, des cinémas par dizaines devaient offrir aux citadins quelques heures de liberté. Il se dépêcha et, comme la veille, il se trouva tout à coup au milieu de gens indifférents qui le bousculaient. Le piétinement incessant qui l’entourait le rendait nerveux. Le temps lui parut long jusqu’au moment où il fut enfin en face du guichet de location. Comme la veille, il attendit que la jeune femme, une brune cette fois-ci, le questionnât. Il sourit même en se souvenant qu’à l’autre cinéma – dont il ne connaissait pas le nom – c’était une jeune femme blonde qui l’avait reçu. Cette brune-ci semblait plus aimable que la blonde de là-bas. De même, sa voix était plus douce lorsqu’elle s’adressa à M. Barillet :
— C’est complet pour ce soir, Monsieur. Voulez-vous un billet pour demain ?
Sans hésitation, il répondit affirmativement. Puis le flot de la foule le poussa définitivement, pour ce soir-là du moins, hors de son rêve. De nouveau sur le trottoir, hébété, il regardait le bout de papier rose qu’il tenait serré dans sa main. Surtout, ne pas le perdre, pensa-t-il. Et il s’en alla s’asseoir à la terrasse du café-concert qui l’avait accueilli les premiers jours. Il savourait d’avance la soirée qu’annonçait le ticket rose et qui, à ses yeux, avait tant de valeur. Cinq francs de rêve ! N’était-ce pas merveilleux !

Une fois rentré chez lui, il se surprit à chantonner. Sa toilette faite, il se coucha pour s’endormir immédiatement d’un sommeil profond, heureux et sans remords. Il n’imaginait pas une seconde que, d’un jour à l’autre, toutes ses nouvelles habitudes pouvaient être bouleversées. Il suffisait pour cela que Mme Barillet réintégrât le domicile conjugal. Mais le brave homme, installé désormais dans sa vie de garçon, ne pensait pas au lendemain. Et pourtant…

Un immense bouquet de fleurs dans les bras, ce fut un M. Barillet alerte qui se rendit à l’hôpital cet après-midi-là. Il entourait continuellement sa femme de sa tendresse et se montrait envers elle l’époux affectueux et respectueux qu’il avait toujours été. La convalescente allait mieux chaque jour et M. Barillet trouva sa femme plus resplendissante que jamais. Tout heureux de constater ce progrès, il insista naturellement auprès du docteur qu’il rencontra dans les couloirs, pour savoir quand sa femme rentrerait à la maison. Si son sourire ne s’effaça pas de ses traits, c’est qu’il n’en eut pas le temps ; le docteur lui déclarait avec gentillesse que Mme Barillet verrait demain son appartement. M. Barillet élargit même son sourire et remercia chaleureusement le chirurgien. Puis il s’en fut, les épaules voûtées, de cette démarche chaloupée, mais aujourd’hui légèrement vacillante semblait-il pour un œil averti. Il pensait au billet rose qui l’attendait chez lui. Il y pensait désespérément. Serait-ce donc sa dernière soirée de liberté ? Allait-il vraiment s’enfermer dans ce cinéma ? Il ne le savait pas. Pourrait-il apprécier le film comme l’autre fois ? Il ne savait plus rien. Ce qu’il savait, c’était que demain… demain recommencerait la vie à deux. Non ! Il ne gâcherait pas les derniers instants de son célibat en nettoyant la maison. Tant pis pour la poussière !

L’heure venue il partit, tout de même troublé par sa conscience. Mais sitôt installé dans le noir, il fut prêt à vivre d’illusions. Il éprouva le même plaisir délirant que l’autre fois et, lorsqu’il réalisa que le film était terminé et qu’il lui fallait rentrer chez lui, il en conçut une certaine amertume. Adieu cinéma, adieu café-concert, adieu les bons mots des voisins, tout allait rentrer dans l’ordre dès demain. Il sentait qu’il aurait de la peine à réintégrer ses anciennes habitudes dans le cours de son existence, mais il le fallait bien. Il vivrait peut-être alors de ses souvenirs et serait quand même content du retour de sa femme au foyer et il essaya de s’en persuader.

Le lendemain, M. Barillet accueillit son épouse en affichant une joie excessive. Et Mme Barillet – comme toute femme d’ailleurs – n’eut pas l’idée de se méprendre sur cette joie. Tout naturellement, elle l’attribua à son complet rétablissement. Elle s’attendrit même beaucoup et laissa couler une larme brûlante en s’exclamant soudain :
— Mon pauvre chéri, comme tu as dû t’ennuyer ! Tu n’as même pas eu le courage d’ajouter une allumette à ton si beau navire !
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