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« Mon Yann, pardonne-moi, je suis désolée. »

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Soki

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Une matinée de semaine un peu comme les autres, que moi la meilleure employée de ma boite trois mois d’affilées, à cause de mon dévouement passionné pour notre entreprise mais surtout pour ma ponctualité exagérée, j’aperçois de mon bureau le directeur général de notre service se diriger vers moi un peu comme tous les matins pour me faire un briefing des tâches importantes à accomplir avant la fin de la journée. Mais cette fois, il n’était pas tout seul mais accompagné de deux jeunes hommes très élégants et une jolie dame aussi bien endimanchée que le reste de son équipe. « Bonjour Sylvia, de bon heure comme d’habitude. » Très fier me saluait le directeur tout en s’adressant à la petite équipe qui l’accompagnait. « Sylvia est l’une de nos meilleures employées. » Ajoutait-il. « Sylvia je te présente nos trois nouveaux associés qui viennent de nos partenaires d’Australie. Ils vont travailler avec nous pendant une année. Ils sont nouveaux dans la ville et habite pas très loin de chez toi alors je te les confie pour que vous fassiez route ensemble du moins jusqu’à ce qu’ils s’habituent au coin. Je vous laisse déjà échanger vos coordonnes et bien sûr faire connaissance. Mes amis vous êtes entre des bonnes mains. » Souriant a l’équipe le directeur retourna à ses occupations. Comme toute bonne gens éduquée et courtois je me lançais donc aux présentations et aux échanges de coordonnées comme suggéré par le directeur. Par des salutations assez chaleureuses mais très professionnelles je fis la connaissance de Yann et de ses deux compagnons australiens. Surprenant que dès le premier jour, moi qui de nature ne suis plutôt pas bonne en mémoire de nom, je pu retenir sans trop d’effort celui de mon nouveau collègue, Yann. Surement parce qu’il était le premier qui de manière très innocente et spontanée me passa son numéro de portable pour que nous restions en contact pour notre nouvel itinéraire quotidien. Yann était un jeune homme beau de visage, je lui donnerai à peine trente ans, très calme, au regard discret et au sourire innocent. On le comparerait à celui d’un enfant. Son compagnon par contre, de qui par après je fus obligée de me souvenir du prénom, Peter, était un jeune homme très bavard et très sûr de lui, tout l’opposé de Yann. Lui et sa collègue Marine, la demoiselle qui les accompagnaient comblaient nos trajets de toute sorte de conversation, sur leur pays d’origine l’Australie, notre entreprise, notre continent africain compare à l’Océanie d’où ils venaient, leurs amours au loin qui leur manquait déjà énormément. En moins d’une semaine j’en savais bien de chose sur Peter et Marine. Quant au mystérieux Yann, il se contentait d’écouter les conversations, de rigoler ou de sourire aux blagues, de faire quelques répliques discrètes mais en générale demeurait très calme. Son calme et son charisme m’intriguaient beaucoup et quelque fois en posant mon regard de manière subtile sur lui à travers le rétroviseur de la voiture j’essayais d’élucider ce mystère mais très vite au moment où nos regards se croisaient comme un coup de foudre ils se fuyaient pour revenir à la normale. Une semaine après leur arrivé, Peter et Marine furent affectés à la deuxième branche de notre entreprise se trouvant à l’autre bout de la ville. Du coup, je me suis retrouvée seule à faire le trajet de tout le matin avec le mystérieux Yann. Yann était un homme d’une intelligence remarquable, dans l’entreprise il fut très vite connu par son habilité de délivrer toujours à temps ses taches et de très bien le faire. Un attribut de plus que j’ajoutais a sa personne que je découvrais a peine. Nos vingtaines de minutes de voyage tous les matins et parfois les soirs en rentrant à la maison étaient très silencieuses depuis le départ de Peter et de Marine. C’est à peine si Yann et moi échangions sur des sujets de nature professionnelle très souvent. Heureusement que ma sélection de musique qui jouait de la radio de ma voiture et que lui aussi semblait apprécier venait parfois détendre l’atmosphère et casser le silence. J’aurai tellement voulu aborder d’autres sujets divers pour en savoir un peu plus sur mon collègue et compagnon de route dont le charisme me plaisait énormément, mais je me suis retenue et ai laissé jouer le jeu du silence. Sorti d’une rupture très difficile dont je continuais à m’accrocher pour essayer d’arranger les choses, non pas vraiment par amour pour le père de mon fils de six ans mais surtout pour le bon épanouissement de notre enfant, je ne voulais pas me piéger et me retrouver dans une autre aventure que je ne saurais gérer. Mon but était de renouer avec Tom, le père de mon fils Eddy que j’avais eu très jeune alors que je n’avais que 18 ans. Mon Cœur pourtant me l’interdisait formellement de peur de ré-subir les souffrances que Tom m’avait affligé dans le passé. Mais à la vue de mon fils et à toutes ses questions sur l’avenir de ses parents, je me disais que le meilleur serait de supporter mes peines et de me relancer avec son père dans une histoire fade d’amour. Le fait d’avoir eu mon fils tôt me mettait une très grande pression par rapport à son avenir et à son épanouissement. Je ne voulais pas gâcher la vie de mon fils. Même si Tom était parfois très cruel avec moi, il savait prendre soin de son fils, de notre fils et je suppose que c’était une raison suffisante pour tout arranger. Les mois passèrent et ma relation avec Yann était toujours aussi professionnelle qu’a la première semaine de notre rencontre. Bien que j’avais son numéro de portable et que nous habitions a deux blocks l’un de l’autre, nous ne rencontrions jamais que pour aller au boulot tous les matins de la semaine et parfois à la salle de gymnastique les weekends. Yann était un athlète FANTASTIQUE. Il adorait la gymnastique et le faisait très bien. Je me perdais parfois au gymnase en le regardant s’exercer de mon petit coin sans dire mot. Il m’impressionnait vraiment. Mon envie de me rapprocher de lui et de le connaitre un peu s’amplifiait avec le temps mais je n’osais pas faire le premier pas. Clairement lui non plus ne voulait pas le faire.
Un mois avant son départ pour l’Australie, je me suis convaincue d’arrêter de fantasmer sur ce jeune homme qui surement devait avoir une conquête qui attendait son retour de pied ferme dans son pays et de qui il ne voulait en aucun cas se séparer. C’est à ce moment précis qu’un miracle se produisit. Yann m’envoya une demande d’amis sur Facebook. Je n’en revenais vraiment pas. Je m’y attendais pas de sa part, pas de quelqu’un de son charisme en tout cas. Pourquoi avait-il pris tout ce temps avant de le faire ? Je n’en ai aucune idée. Mais j’étais plutôt heureuse. Enfin un autre côté de lui que j’allais découvrir. Très vite je découvris ses photos sur son mur, ses postes, ses amis et quelque membre de sa famille. Merci Facebook, j’ai l’impression d’avancer dans une enquête sans but précis que j’ai commencé mais qu’à chaque instant qui passe je savoure énormément. Visiter son profile Facebook était devenu mon passe-temps favoris. Quelques jours après que nous devenions “amis sur Facebook”, un autre miracle se produisit. Il m’invita à dîner dans son appartement. Il voulait me faire ‘’l’une de ses spécialités’’. « Il faudrait que tu goutes à ma cuisine ca même avant que je m’en aille » Me répétait-il presque chaque matin comme pour insister à son invitation. « J’ai quelques petits talents aussi de ce côté-là. » L’invitation était un peu mal tombée parce que pendant près de deux semaines jours pour jours après le boulot j’accompagnais mon fils à sa compétition de musique tous les soirs vu que son Père était en voyage. J’avais donc deux semaines de retard à mon invitation. Bien que je me pose beaucoup de question du pourquoi de son changement subit a quelque semaine de son départ, je lui avais promis volontiers de passer gouter à sa cuisine une fois que la compétition de mon fils serait terminée. C’était une bonne occasion pour moi de collectionner un peu plus d’information sur mon enquête mystérieuse “sans but”. Puis vint ce mystérieux jour où je devais finalement répondre à son invitation. Apres le boulot, je pris une douche parfumée et enfila l’une de mes robes ordinaires de sorti. « Pas besoin de sortir le grand jeu, je n’ai pas envie qu’il se fasse des idées. Toujours convaincue qu’il avait une jolie copine australienne qui attendait mordicus son retour. » C’était exactement une semaine avant son départ, je suis allée à “notre premier rendez-vous”. Il m’attendait tout heureux et ému ; je ne sais trop pourquoi. C’était la première fois en une année que je découvrais cette facette de lui; tout en joie et très bavard pour une fois. Nous avons dîné, parler de tout et de rien. Il m’a raconté beaucoup d’histoires drôles, les heures sont passées et au bout d’un moment, nous nous sommes retrouvés sur le canapé. Il était déjà minuit passé. Peut-être à court d’histoires ou des blagues, nous étions tous les deux silencieux et nous sommes regardés droit dans les yeux. Je pouvais presque entendre le battement de son cœur et lui du mien. Soudain, il a posé sa main sur la mienne tout en me fixant des yeux. En ce moment, je pu sentir l’amour à travers son regard et celle qui se transmettais a moi par son toucher comme une douce chaleur qu’on applique pour réchauffer un enfant. C’était l’un de moment les plus magiques de ma vie. Presque comme le moment où à la naissance d’Eddy je l’ai pris dans mes bras pour la première fois ; ses petits yeux, ses petites mains, son petit sourire. Je m’en souviens encore comme si c’était hier. De même que je me souviens de ce toucher mystérieux de Yann. Moi dépourvu d’amour et de tendresse depuis si longtemps, je redécouvrais une expression d’amours inconnus mais très agréable. Comme j’aurais payé des millions pour qu’il dure un peu plus. On ne se disait toujours rien et puis il soupira à mon oreille: « Il va se faire très tard, je dois te raccompagner. » Le sourire aux lèvres, nous nous sommes mis en route. A peine dix minutes de marches et nous étions déjà arrivés devant chez moi. Et là encore comme par enchantement, les discussions avaient reprises. Nous avons passé une demi-heure à rigoler sur toutes sortes d’histoires qui venaient un peu de nulle part mais qui semblaient nous amuser. Il était finalement temps de le laisser partir. On se fit un gros câlin, pour la première fois depuis une année entière ; et je l’observais s’éloigner de mon immeuble vers le sien remplie de joie et d’admiration. Bien que la seule chose que nous ayons échangée était un câlin, un regard et un touché, ce fut le début d’une autre dynamique dans notre relation professionnelle. Les quelques jours qui précédaient son départ fut les plus beaux de tout son séjour. Notre trajet matinal était plein de vie, de rigolade, de sourire. Même au boulot, pour la première fois il venait s’asseoir dans mon bureau et parfois sur ma table, pas pour me poser des questions professionnelles ou me faire des rapports d’entreprise mais juste pour passer du temps avec moi et me faire rire. J’avais finalement complété quelques pièces du puzzle de mon enquête comme quoi il n’avait pas de copine australienne qui attendait son retour. J’étais tellement heureuse de découvrir cette nouvelle dynamique, non pas basé sur le sexe, mais sur une expression d’amour passion silencieuse et pas complètement exprimée mais remplie de joie et de bonne humeur. Depuis ce fameux soir, tous les deux savions exactement nos sentiments l’un pour l’autre mais sans le dire ouvertement a l’autre. Certains nous traiteront de lâches mais les choses semblaient jusque-là parfaites pour nous à un rythme que nous nous laissions découvrir. Vint le fameux jour où il devait s’en aller. La tristesse dans le cœur, je lui offris un petit carnet de note, une nouvelle montre et un sac de voyage. « Je ne sais pas si ça te plaira mais c’est tout ce que j’ai trouvé sur moi. Au moins tu te souviendras de moi.» Lui disais-je sur un ton de tristesse. Et lui répliquait très ému: « Je n’ai pas besoin de ça pour me souvenir de toi. » J’eus droit à mon dernier long câlin avant son départ. Il allait me manquer. Tout compte fait, la roue avait tourné, c’était maintenant moi ‘’son australienne’’ qui était triste de son départ. Depuis cet instant, pas un jour ne s’était écoulé sans qu’on ait été en communication. Il m’écrivait tous les jours, me racontait ses journées, ses activités et j’en faisais de même. Il devenait l’un de mes plus grands admirateurs sur Facebook. Il aimait et commentait à presque chacune de mes photos, vieilles comme nouvelles. Ne pas avoir de ses nouvelles en une journée devenait presque anormal. Un peu comme si je n’avais pas parlé à mon Fils de toute la journée. Pour la première fois depuis des années je me sentais de nouveau légère et heureuse. J’avais oublié et abandonné toute idée de renouer avec Tom. Tout avait l’air beau.
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