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Mon p'tit chat

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Après force supplications et bonnes notes à l'école, ma soeur et moi obtinrent de recueillir un chaton à la maison.:un joli minet au dos noir,au ventre et au bout de la queue blancs.
Mon dieu,quel passe -temps c'était, Quand ce Belaud vire-voltait, Folâtre,autour d'une pelote; Quel plaisir quand sa tête sotte Suivant sa queue en mille tours, D'un rouet imitait le cours. pouvais -je réciter en classe avec conviction en citant Du Bellay. Hélas, dans les années cinquante,mes parents purent enfin acquérir une voiture et décidèrent de visiter la France,ce pays qu'ils décrivaient à leurs élèves et qu'ils n'avaient jamais vu. Comment faire quand on a une famille et peu de moyens financiers? La solution fut le camping avec des tentes canadiennes,une grande pour les parents et la cuisine, et une petite pour coucher les deux filles. Les voilà en train d'entasser dans la simca aronde les matelas et le gonfleur à pied,les duvets,les casseroles en laiton,, les assiettes en plastique,le buffet pliant,les valises de vêtements,nos jouets de plage et la trousse de pharmacie .Pas encore de galerie ou de remorque,tout devait tenir dans le coffre et sur la banquette arrière.Ma soeur,coincée contre moi,son petit pot sur les genoux,_elle était sujette au mal des transports_ enfonçait dans une pile de draps, de serviettes et de torchons. Evidemment pas de place pour notre chaton! Nous l'avions confié à ma grand-mère qui vivait à la campagne ""Il sera bien, elle a l'habitude des animaux, il pourra s'ébattre dans le jardin parmi les fleurs!" disaient nos parents, très tranquilles.
En arrivant au premier camping, quelques huit heures après, nous étions fourbus, le petit pot de ma soeur était plein,le robinet de la vache à eau,cette grande poche en toile imperméable juchée en haut d'une pile récipients divers et variés, le robinet avait fait un trou dans le tissu au plafond de la voiture!...Mon père en pleurait de rage:cette belle voiture toute neuve,des économies de près de trois ans!
Après quelques jours d'acclimatation,nous profitâmes du voyage. En Bretagne nous suivîmes le pèlerinage de Sainte Anne d'Auray en chantant avec les bretons" Sainte Anne, bonne mère,protège tes bretons" Ma soeur et moi ajoutions:"et notre petit chaton",avec la rime,ça passait très bien.. En Dordogne,nous admirâmes les dessins dans la grotte de Lascaux. _"Mais pourquoi n'y a-t-il pas de chat?" demandions -nous à nos parents.
" _Ces lointains aïeux ne peignaient que les animaux qu'ils espéraient attraper pour les manger" répondaient nos doctes parents. Nous poussions un soupir de soulagement, au moins ils ne mangeaient pas les chats! Nous avions pris les bains de mer en Bretagne, nous reçûmes les orages en montagne. Une nuit,prés du lac Chambon,en Auvergne,il y eut un vrai déluge avec éclairs et tonnerre .Je ne dormais jamais aussi bien que dans les tempêtes.Ma soeur me secouait de temps en temps:
_"Tu n'as pas peur?" chevrotait-elle d'une toute petite voix. _"Laisse-moi dormir et fais en autant"disais-je en replongeant dans le sommeil.
_"Mais je n'ai pas mon doudou de chat très doux pour me rassurer !" pleurnichait-elle en se recroquevillant dans son duvet. Au matin,nos parents ,en ouvrant notre petite tente, nous trouvèrent,flottant béatement sur nos matelas,fraîches et bien reposées. L'ennui, avec les canadiennes,c'est qu'il fallait laisser sécher la toile avant de la plier,sous peine d'en perdre l'imperméabilité.Ainsi, à Vic-sur-Cere,"le pot de chambre du Cantal" le bien nommé,nous passâmes quinze jours assis au bord de la tente à regarder la pluie tomber et à guetter une éclaircie entre les nuages gris et lourds.
Ma soeur et moi habillions et déshabillions nos poupées en soupirant: _"Où est notre petit chat qu'un bouchon au bout d'un fil amusait toute une journée et nous avec!"
De retour chez la grand-mère,nous courûmes à la recherche de notre chaton.Pas dans la maison,pas dans le grenier,pas dans le jardin!...Pas dans la cour,pas dans le fenil,pas sur les clapiers à lapins! _"Mémée,qu'as-tu fait de notre chaton chéri?" _"Je l'ai emmené dans les bois...Il était assez grand pour faire sa vie tout seul!"
Ma soeur et moi éclatâmes en sanglots,nos parents ne savaient que dire ni que faire pour nous consoler.
Grand-mère était imperturbable,un fossé existait entre nous à cause de la façon dont elle traitait les animaux.Walt Disney avec son Bambi et notre confort urbain où l'on trouvait tout chez le marchand avaient bouleversé le rapport avec les ,animaux.
Bien des années ont passé,j'ai moi-même subi continûment, journellement, des repas à faire trois à quatre fois par jour pour une famille,avec au moment du dessert, cette angoissante question"et ce soir, qu'est-ce qu'on mange?"...Ma grand-mère commençait sa journée en donnant le grain aux poules, puis l'herbe aux lapins,la beurnée aux canards,la pâtée aux cochons et préparait la nourriture pour toute sa famille.Toutes les heures,toutes les minutes,toutes les ,secondes de toute une vie,occupées à chercher et à procurer de la nourriture pour elle et les autres. A lors ,le petit chat, au soir de sa vie,maintenant je le comprends, c'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. N'empêche,qu'à cause d'elle,ma soeur et moi avons connu notre premier chagrin d'amour.
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