Mon plus bel arrêt

il y a
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Finaliste
Jury
Je me trouvais étendu dans l'herbe, au beau milieu d'étoiles scintillantes, revivant par bribes le calvaire de cette après-midi pourtant lumineuse...
La chaleur était accablante, et bien qu'étant dispensé d'efforts intenses dans mes cages, je transpirais à grosses gouttes. Mes coéquipiers jouaient au ralenti comme anesthésiés. Les jaunes, en face, déboulaient sans cesse vers moi et me canardaient « à la chinoise », tirant dans les coins sans aucune retenue. A chaque action, il me fallait aller chercher la balle au fond des buts, la tête basse, sous les quolibets de mes partenaires.
On m'avait collé dans les caisses parce que sur le terrain, j'étais un peu mou du genou. C'était sans doute un moindre mal, mais en vérité, j'avais une trouille bleue du ballon. J’étais nul. Mon coach ne prenait d'ailleurs pas de gants pour me le rappeler. Je n’étais pas son goalkeeper, mais son « goal qui a peur ».
Mais droit devant, l'attaquant transperçait une nouvelle fois la défense apathique. A mesure qu'il s'approchait, je ressentais la terre vibrer sous mes pieds et le sang battre plus fort à mes tympans. « Sors, mais sors ! » me criait-on. Alors qu'il armait un tir puissant, je restais planté sur ma ligne en me protégeant le visage et les roupettes avec mes gants immenses. J'esquissais à peine un geste, puis je regardais le ballon voler et embrasser le filet noir dans un bruit sec. Sur la touche j'entendais les commentaires des parents spectateurs : « Tu parles d'une passoire celui-là ! »
Piqué au vif je décidai rageusement de leur montrer ce dont j'étais capable. Me sentant pousser des ailes, je profitai d’une nouvelle attaque pour partir à l'assaut du goléador adverse, bien décidé à lui chiper la balle à la manière d'un goal volant. Mais emporté par mon élan, je me livrai inconsidérément et fus victime d'un petit pont. Entre mes jambes béantes fila cette balle insaisissable et mes derniers espoirs de footballeur.
C'est alors que je ressassais mes erreurs qu’un nouveau missile m'atteignit en plein visage.
Quand je repris connaissance sur le bord du terrain, j'entendis mon entraîneur dire à mes coéquipiers : « Y'a pas à dire, c'est son plus bel arrêt ! »
Ce soir-là, en rentrant à la maison avec un magnifique cocard, je décidai de raccrocher les crampons.



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Faboule · il y a
Au rugby au moins , ils s'en foot' plein la gueule pour pas un - ballon - rond. ..:) Bravo pour cette nouvelle !
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Olivier Verger · il y a
MERCI Faboule, je ne connais pas bien le rugby et j'aime le foot mais il faut avouer que l'état d'esprit au foot est moins sympa que dans d'autres sports co...
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KaiserBoB · il y a
Félicitations cousin c'est joliment tourné !
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Olivier Verger · il y a
merci mr Kaiser, je sais qu'en tant que bon sportif tu n'as jamais connu une telle déroute!
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Italic · il y a
"italic" alias "megalic" felicite "taravanic" pour ce but historique...
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Olivier Verger · il y a
merci Italic pour cet amusant commentaire, penchant vers une bonne cri...tique!