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Mon journal intime...

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Lisa

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Chapitre 1 : L'ombre.


25/03/2014

Maman vient de me donner ce journal pour que, je cite, « tu lui parles comme à un ami » (ben voyons !), il appartenait à mon père avant qu'il ne disparaisse, même la police n'a pas pu le retrouver.
Sinon autre chose, ma mère m'a dit qu'il fallait se présenter à son journal, je trouve ça stupide mais bon au point où on en est allons-y : mon prénom ? Leïla, mais en général les gens me surnomment Leï, j'ai seize ans et je devais faire mon entrée au lycée, mais nous venons tout juste de déménager dans cette nouvelle maison non loin d'un village nommé Urçay. Pour seuls voisins nous avons des arbres et des champs... GENIAL ! En plus, je vais sans doute devoir prendre des cours par correspondance, ce qui me fait encore plus détester cet endroit, mais au moins, il ne contient pas tous les anciens et douloureux souvenirs de notre précédente maison.
Enfin bref, il est clair que je ne vais pas faire l'étalage de mes sentiments, désolée Maman, je me doute que tu voulais me lire en secret, mais c'est raté !
Tiens d'ailleurs, en parlant d'elle, je l'entends crier mon prénom, il est sans doute l'heure de manger (enfin !). Puisque tu ne manges pas, je ne te souhaite pas bon appétit, mais pour pousser le ridicule jusqu'au bout, je vais faire comme toutes ces filles dans les films qui ont un journal, je vais te dire « au revoir », je ne voudrais pas risquer de te vexer !

Donc au revoir cher journal !

Leï.

J'entends Maman me prévenir que le repas va être froid, je jette le journal sur mon lit et descends rapidement les escaliers. En entrant dans la cuisine, je discerne le faible son de notre poste de télévision, Maman est assise juste devant, concentrée sur les paroles du journaliste. Je me lave brièvement les mains et prends place face à elle.
— Tu en as mis du temps pour descendre, que faisais-tu ? interrogea-t-elle curieuse.
— J'étais en train d'écrire dans le journal que tu m'as donné...
— Tu vois que c'était une bonne idée ! Et alors, qu'as-tu écrit ?
— Maman, c'est un journal intime ! rappelais-je.
— Oui, mais bon, tu sais moi à ton âge...

Je commence alors à manger et ne l'écoute plus que d'une oreille distraite, je connais toutes ses histoires même si des fois, j'ai vaguement la sensation qu'elle en invente certaines, je pense qu'elle fait ça pour m'impressionner. Soudain, je l'entends me demander vexée :
— Leïla, tu m'écoutes au moins ?
— Oui Maman, mentis-je, mais tu m'as déjà raconté cette histoire...
— Je sais ma chérie, je suis désolée, s'excusa-t-elle tristement.
— Maman, ce n'est pas grave, tu...

Elle se lève de table précipitamment, je sais qu'elle se dirige dans sa chambre pour pleurer pour éviter que je ne la vois, elle fait ça de plus en plus souvent en ce moment, ce qui m'inquiète. Comme à chaque fois dans ces cas-là, je me lève de table, la débarrasse, fais la vaisselle et un peu de rangement.
Ça y est, je viens de finir, je jette un coup d'œil à la pendule, elle indique déjà 21:30, avec le déménagement nous avons mangé tard, je suis percluse de fatigue, je remonte les escaliers et fais une escale par la salle de bains pour me brosser les dents. Alors que je regarde mon reflet dans le miroir, je vois soudainement passer une ombre dans le couloir. Surprise, je recrache le dentifrice et sors de la salle de bains, seule ma brosse à dents pour me défendre contre d'éventuels ennemis. D'une voix angoissée, je ne peux m'empêcher d'appeler ma mère :
— Maman ?

Personne ne répond, je regarde tout autour de moi, le couloir est vide, pourtant je suis sûre d'avoir vu quelqu'un passer. Je m'avance à pas de loup, la maison est très silencieuse, en quelques secondes je me retrouve devant la chambre de ma mère. Alors que j'avançais la main vers la poignée, j'en sens une autre saisir mon épaule. À ce moment-là, je ne peux me retenir de sursauter et de pousser un petit cri.
— Maman, haletais-je, tu m'as fait une de ces peurs ! Je pensais que tu étais dans ta chambre.
— J'étais descendue prendre un verre d'eau quand je t'ai entendu m'appeler, ça va ? Tu es toute pâle...

Je prends une grande bouffée d'air pour calmer ma voix tremblante, pendant ce temps ma mère en profite pour réajuster son peignoir. Quand je suis sûre qu'elle ne va pas flancher je lui réponds :
— Oui, je suis juste très fatiguée, ne te fais pas de soucis après une bonne nuit de sommeil, je serais à nouveau d'attaque !
— Bon, alors file au lit, demain nous aurons encore les cartons de la voiture à décharger et à ranger ! dit-elle d'un ton enjoué.
— Passe une bonne nuit Maman.
— Toi aussi, ma chérie, je t'aime, fais de beaux rêves.

Avant d'aller dans ma chambre, je retourne à la salle de bains poser ma brosse à dents et me rincer la bouche. Bien, voilà que la fatigue me fait perdre la tête. Je me dépêche de rejoindre mon lit et de me glisser sous les draps en éteignant la lumière. Je peux enfin fermer les yeux, mais je me rends vite compte que malgré le fait que je sois exténuée, le sommeil s'obstine à me fuir. Finalement, à bout de patience, je rallume la lumière et attrape le journal.

Bien que ce soit difficile à croire, me re-voilà !
Je ne sais même pas quoi t'écrire, le seul fait marquant de cette soirée, c'est qu'en me brossant les dents, j'ai cru apercevoir une ombre dans le miroir. Je suis sortie alors courageusement de la salle de bains avec comme arme ma brosse à dents, pour au final sursauter devant ma mère qui était simplement allée chercher un verre d'eau... Attends deux secondes, elle n'avait pas de verre d'eau avec elle et maintenant que j'y repense, pendant que je reprenais ma respiration elle a réajusté son peignoir, mais juste après il s'est un peu rouvert et je crois que j'ai vu une sorte de grand couteau... Non, c'est impossible, la fatigue me joue encore des tours ! En plus, hier soir, je n'ai pas beaucoup dormi à cause d'un cauchemar. J'ai rêvé de mon père, il avait des ennuis, je crois, il était avec deux hommes qui portaient de longues blouses blanches comme dans les laboratoires... Mais quelle imbécile, je suis ! Maintenant, c'est sûr que si ma mère lit ces lignes, elle va m'envoyer chez un psy... Manquerait plus que ça.

Bon, ça suffit pour ce soir, on verra demain.

Leï.


Chapitre 2 : Invités surprises.

— Oh non pas déjà !

Le réveil vient de sonner, j'enfouis la tête sous l'oreiller, mais après quelques minutes, je me lève en grognant. J'ai mal partout, en descendant les escaliers, je peux entendre mes genoux craquer. Néanmoins, ce n'est pas le pire, à partir du moment où j'entre dans la cuisine ma mère me harcèle de questions :
— Alors tu as bien dormi ? dit-elle de bonne humeur.
— Oui...
— Tu n'as pas eu froid ?
— Non...
— Tu as rêvé de quoi ?
— Je ne sais plus, m'empressé-je de répondre.

Je sais que ce n'est pas bien de mentir, mais je ne peux pas lui dire que j'ai encore rêvé de mon père : il était entouré d'hommes et de femmes en blouses blanches, ils bougeaient tous très vite, sauf mon père. Lui était assis devant des tas de feuilles, se tenant la tête entre les mains d'un air désespéré. J'essaie de l'appeler, de le toucher, mais ma main passe au travers de lui et aucun son ne sort de ma bouche. Puis le réveil a sonné et a marqué la fin de ce nouveau cauchemar. Je ne veux pas inquiéter Maman, alors dès que j'ai fini de déjeuner, je remonte à l'étage pour m'habiller et me préparer mentalement à encore déballer des cartons.
Sans repasser par la cuisine, je sors de la maison pour me diriger vers la voiture, quand soudain mon regard est attiré sur le jardin à gauche de la maison. Sous le grand châtaigner quelqu'un regarde les fenêtres de nos chambres, puis sa tête pivote vers moi. J'en ai des frissons, mais décide d'avancer de quelques pas dans sa direction. Cependant, au même moment, j'entends ma mère me rappeler à l'ordre :
— Chérie les cartons ne vont pas rentrer à la maison tous seuls !
— J'arrive Maman.

Je m'étais détournée et quand je regarde à nouveau il n'y a plus personne. Perplexe je secoue la tête et me dirige sans plus attendre vers la voiture.
C'est la fin de la journée, nous venons tout juste de terminer les derniers rangements. Pour me détendre, je décide d'aller prendre une longue douche chaude, mais une image n'arrête pas de revenir dans mon esprit. Je me demande qui était cette personne et si je ne ferais pas mieux de prévenir la police... Frustrée que l'eau chaude ne m'aide pas y voir plus clair, j'enfile mon pyjama et vais me jeter sur mon lit. Je ne sais pourquoi, une soudaine envie d'écrire dans mon journal me prend. J'attrape brusquement le petit carnet, je l'ouvre à la première page et constate qu'il y a une autre écriture que la mienne. Je le rapproche de mes yeux, mais à ma grande stupeur je ne distingue maintenant plus que mes propres caractères.
— Cette fois, c'est sûr et certain, je deviens folle... murmuré-je la voix tremblante.

26/03/2014

Cette fois, c'est sûr quelque chose ne va pas chez moi ! Je me mets à voir des choses que je ne devrais pas voir, puis ces horribles cauchemars que je fais n'arrangent pas les choses, en plus je ne peux en parler à personne à l'exception de ce stupide journal.
Mais attends, maintenant que j'y pense, c'est depuis que j'ai commencé à écrire que toutes ces choses se sont produites, je ne crois pas aux coïncidences, mais là, il faut avouer que c'est quand même étrange...
Ce matin, j'ai aussi remarqué qu'il manquait le gros couteau à viande dans la cuisine ce qui veut dire qu'hier soir, je n'ai peut-être pas imaginé que ma mère le cachait sous son peignoir donc, si ça est vrai, qu'en est-il de tout le reste ?
J'ai besoin de réfléchir et, de toute manière mes mains tremblent trop pour que je puisse continuer à écrire.
Sans doute à plus tard.

Leï.


Je me lève, je fais les cent pas et secoue les mains, je sens des larmes monter aux coins de mes yeux, je les chasse d'un geste rageur, ce n'est pas le moment de craquer.
Alors que je commence tout juste à me calmer, j'entends ma mère m'appeler :
— Leï, descends, j'ai besoin d'aide en cuisine.

Je ne réponds pas, j'attends encore quelques minutes durant lesquelles je me force à respirer doucement. Quand je me sens mieux, je dévale rapidement les escaliers. C'est étrange, tout est silencieux hormis le son de la télévision. D'une voix mal assurée, je m'entends demander :
— Maman t'es là ?

Alors que j'entre dans la cuisine, un cri à l'étage retentit. Je sens la peur s'insinuer en moi, mais sans plus réfléchir, je fonce vers les chambres, surtout vers celle de ma mère car je suis sûre que c'est d'elle que provenait le hurlement. Je suis devant sa porte, mon cœur bat à tout rompre, je prends mon courage à deux mains et l'ouvre. La scène qui se joue à ce moment-là me glace le sang. Ma mère est en train de se battre : elle tient le couteau à viande dans une main, son adversaire est un homme. Il est beaucoup plus grand qu'elle, il lui maintient les bras au-dessus de la tête. Pendant quelques secondes je la vois se figer, elle vient de m'apercevoir, son ennemi en profite pour l'assommer en lui donnant un coup de poing, elle tombe inerte sur le sol. Je voudrais crier, mais aucun son ne peut franchir mes lèvres. En revanche, je sens les larmes ruisseler sur mes joues, cette fois je ne les retiens pas. L'homme se retourne enfin vers moi, il me jauge un long moment du regard avant de me dire :
— Tu arrives juste à temps, on dirait.

Je voulais lui répondre, mais les mots se mélangent dans mon esprit. L'inconnu fait un pas dans ma direction, aussitôt j'en fais un en arrière. Nous nous immobilisons, puis d'une voix rassurante, il reprend la parole :

— Écoute petite, je suis seulement venu récupérer un vieux journal, dès que je l'ai, je m'en vais, promis.

Je le regarde droit dans les yeux, je sens qu'il me ment. Sans rien laisser paraître, je lui souris, il en profite pour me sourire à son tour puis, dans un mouvement rapide, je referme la porte sur lui, j'attrape un bout de carton et m'en sers pour bloquer la porte. Ça ne tiendra pas longtemps, mais c'est déjà ça de gagné. Je fonce ensuite dans ma chambre et attrape le journal. J'ai à peine le temps de me retourner qu'il franchit à son tour la porte, je serre fort le carnet contre moi, sa voix grave vient briser le silence :
— Que comptes-tu faire ? Tu es toute seule, tu ne pourras pas m'échapper.
— Pourquoi vous voulez tant ce journal ?
— Ce ne sont pas tes affaires, donne-le moi maintenant parce que je commence à en avoir assez de perdre mon temps avec toi ! m'avertit-il.
— Non, je...

Brusquement, la fenêtre explose dans mon dos, une personne apparaît se plaçant devant pour prendre ma défense, elle aussi vêtue de noir. D'après sa silhouette, il s'agit d'un homme, en travers de son dos est posé un fourreau duquel il sort dans un mouvement rapide une épée. Je n'arrive pas à croire ce que je vois, les deux hommes se jaugent du regard, aucun des deux ne semble vouloir lancer l'attaque. J'ai l'impression d'être à nouveau en train de faire un cauchemar, je ferme les yeux. À croire que c'est le signal du début du combat, j'entends le choc sourd des épées qui se cognent l'une à l'autre. En rouvrant les yeux, je me rends compte que les adversaires sont quasiment sur moi. Je ne sais pas d'où me vient ce réflexe, mais je me baisse rapidement et fais une roulade, évitant ainsi un coup d'épée. Je suis maintenant devant ma porte assez loin des combattants. J'entends l'un des deux me crier :
— Fiche le camp !

Je pense que c'est celui qui est arrivé après, j'aimerais bien lui venir en aide, mais je sais qu'au milieu d'un combat d'épée, je serais très inutile. Tout à coup, je repense à ma mère, je fonce dans sa chambre et me jette à côté de son corps. D'une voix brisée, je l'implore :
— Maman, Maman, réveille-toi, je t'en prie.

La fenêtre est ouverte, l'air frais me fait du bien mais je commence à paniquer, comme pour ne rien arranger un autre homme tout vêtu de noir pénètre dans la chambre. Non loin de moi se trouve le couteau à viande, je le ramasse et le pointe sur ce nouvel arrivant de façon menaçante. Ma mère fait obstacle entre lui et moi. Il me sourit, sa bouche est édentée, j'allais lui faire une remarque quand une forte douleur vient naître à l'arrière de ma tête puis tout devient noir.


Chapitre 3 : Captive.

J'ouvre les yeux et le regrette aussitôt. La lumière est éblouissante, je sens des élancements de douleur dans ma tête. Avec la plus grande des précautions, je me redresse et entrouvre les paupières. On dirait que je suis dans une infirmerie. Tout est blanc autour de moi, même le lit dans lequel je me trouve. Il compose le seul mobilier de la pièce. Avec espoir, je pense que je pourrais être dans l'un de mes cauchemars : pour le vérifier, je me pince fortement le bras, malheureusement rien ne change, tout cela est bien réel.
Il est clair que j'ai été kidnappée, tout ça à cause d'un stupide journal... D'ailleurs où est-il ? Je tourne la tête dans tous les sens, soulève le drap et regarde sous le lit, mais je ne le trouve nul part, ils ont dû me le prendre quand ils m'ont assommée. Je sens mon cœur battre plus vite, il faut que je fasse quelque chose, hélas, je ne connais ni mes ravisseurs, ni le lieu de ma détention, ce qui m'empêche de concocter le moindre plan. Je remarque qu'en face de moi se trouve la porte, je ne peux pas rester là, dans le cas où je viendrai à croiser quelqu'un, je pourrai toujours lui dire que je me suis égarée. Ce plan n'est certes pas le meilleur, mais au moins il me permet de passer un peu à l'action, m'évitant par la même occasion de trop penser à ce qu'il pourrait m'arriver. Je me lève, je porte toujours mon vieux pyjama, le sol est froid sous mes pieds nus. D'une main tremblante, je saisis la poignée de la porte, malheureusement au moment où je pose la main dessus, j'entends des pas qui semblent venir dans ma direction, ils sont deux et parlent en employant des termes scientifiques que je ne comprends pas. Je sens la peur me saisir, je regarde le lit, c'est la seule cachette de la chambre alors, sans plus attendre, je m'allonge sur le sol et me glisse en dessous. Au bout de quelques minutes, le couloir derrière ma porte est redevenu silencieux, me donnant un espoir que les deux personnes aient pu seulement passer. Alors que j'allais sortir de ma cachette, les voix se font de nouveau entendre, cette fois de manière très claire :
— Avez-vous réussi à lire le journal ?
— Non, nous voyons seulement l'écriture de la fille... Nous pensons qu'elle seule est capable de le déchiffrer.
— Pourquoi professeur ? Qu'a-t-elle que nous ne possédons pas ?
— Si je le savais, nous ne serions pas là. Comment va-t-elle ?
— Elle ne devrait pas tarder à se réveiller, néanmoins quand ce sera le cas, elle sera effrayée et désorientée, il vaudrait mieux attendre un peu avant de lui poser des questions.
— Docteur, vous savez très bien que nous n'avons pas de temps à perdre ! proteste le professeur.
— Comme vous voudrez, mais ne la brusquez pas trop, conseille-t-il.
— Bien, allons-y.

La porte s'ouvre doucement, je suis tétanisée, je n'ose pas respirer de peur de trahir ma présence. Au-dessus de moi, j'entends le professeur s'écrier :
— Jérémiah, où est-elle ?
— Je n'en sais rien, je ne comprends pas, elle...
— Imbécile, j'espère pour vous que vous allez la retrouver ! menace le professeur.

Les pas s'éloignent précipitamment, la porte claque, je suis à nouveau seule dans la chambre. Il faut que je me sauve, mais mes membres sont paralysés par la peur.
Malgré tout, une pensée n'a de cesse de revenir, il faut que je retrouve le journal, il peut peut-être m'aider à comprendre ce qu'il se passe. Je ferme les yeux et me concentre sur ma respiration. Quand je sens que je suis calme, je sors de ma cachette et m'élance vers la porte. Heureusement, ils n'ont pas pensé à la verrouiller. Une fois dans le couloir je suis étonnée de ne voir personne, cela m'inquiète, d'autant plus que le moindre bruit que je fais en marchant ou en respirant se répercute fortement contre les murs. En panique, je me tourne dans tous les sens pour m'assurer que personne ne vient. Comme dans la chambre, tout autour de moi est blanc, à un autre moment, j'aurais sans doute trouvé cette couleur reposante, le lieu même nous donne l'impression de flotter ou d'être sur un nuage. Soudain, mon regard est attiré par quelque chose au bout du couloir, un élan d'espoir déferle en moi, il doit s'agir d'une porte. Sans plus réfléchir, je fonce dans sa direction, mais j'ai beau courir sans m'arrêter les murs restent désespérément blancs. Je suis effrayée, ma respiration est saccadée, une sueur glacée coule dans mon dos, je sens des sanglots naître dans ma gorge, je ne sais plus quoi faire. L'esprit totalement embrouillé, je repars sur mes pas mais le couloir s'étend à l'infini ne m'offrant aucune porte de sortie. Les larmes coulent sur mes joues, je m'arrête et plaque mes mains sur ma tête. A bout de forces, je me laisse choir sur le sol, le corps parcouru de tremblements incontrôlables.
Tout à coup, je perçois un autre bruit à travers la brume de mon esprit, je distingue deux silhouettes qui se rapprochent rapidement. Quand elles sont en face de moi, je suis persuadée qu'il s'agit des deux personnes de tout à l'heure, mais de toute façon, je n'ai plus la force de leur résister. Je relève la tête et les regarde droit dans les yeux. A ma grande surprise les leurs n'expriment aucune animosité, au contraire, ils semblent ne pas me vouloir de mal. Le plus jeune des deux me tend une main, j'hésite un peu, mais finit par la prendre et c'est avec une force incroyable qu'il me tire vers le haut.

Chapitre 4 : Sauvée.

Pour la deuxième fois aujourd'hui, je me réveille dans un endroit inconnu, la peur laisse la place à la frustration puis à la colère, j'ai l'impression que quelqu'un tire les ficelles, comme un marionnettiste avec sa marionnette. Cependant, ce n'est pas mon plus gros problème... Petit à petit, je me rends compte que je suis revenue dans la chambre, mais le lit n'est plus là, cette fois je suis certaine que personne ne viendra me chercher. Un bruit persistant brise le silence, des bips-bips réguliers par moments, irréguliers à d'autres. Si je me concentre, je peux aussi entendre des pas, il y a des gens également et une femme qui pleure, mais ils paraissent tellement loin. Sa douleur me fait frissonner, brusquement le bruit s'intensifie, j'entends certaines personnes m'encourager, d'autres crient mon nom, j'ai l'impression que toute la terre est entrée dans ma tête, pourtant je ne vois personne et la salle est toujours silencieuse. Pour ne rien vous cacher, ce calme me fait peur, j'ai la sensation d'être entre deux mondes. Je me concentre de nouveau, une des voix revient plus que les autres, on dirait un écho, je suis sûre de la connaître mais impossible de me rappeler à qui elle appartient. Elle semble vraiment affligée, sa peine me touche, je n'ai qu'une seule envie, la rejoindre, me jeter dans ses bras pour la consoler, lui dire que tout va bien, mais je ne peux pas, le marionnettiste n'est pas d'accord.
Toutefois, la voix de cette femme représente le plus beau de tous les sons que je n'ai jamais entendu, même s'il reflète la plus triste des mélodies. J'en ai la chair de poule et cette fois ça n'a rien à voir avec la peur. Mais elle s'éloigne de plus en plus et quand elle n'est plus qu'un murmure à peine audible, je me décide à faire quelque chose. Je sens les fils invisibles qui me retiennent se resserrer, cependant je ne me laisse pas faire. Plus je me débats et plus la salle se transforme, elle commence à se colorer. Pourtant la seule chose que je vois c'est ce son, oui je sais ce que vous pensez, vous êtes en train de vous dire qu'on ne peut pas voir un son, mais croyez-moi celui-ci dégage une froideur et une chaleur immense, il est à la fois un appel pleins d'espoirs et une résignation, les couleurs les plus vives s'opposent à celles plus fades. J'en ai la tête qui tourne, le marionnettiste en profite pour reprendre le dessus, mais je ne me laisse pas faire, je sens que je suis toute proche, mes liens se brisent dans une affreuse douleur. Je prends soudainement conscience que je tiens quelque chose dans la main, je jette un œil, il s'agit du journal. Je l'avais complètement oublié, mais l'avoir à mon côté me redonne l'énergie nécessaire pour affronter ce mal, je le serre encore plus fort qu'auparavant. Ça y est, je vois l'arrivée, j'ouvre les yeux, les couleurs emplissent mon champ de vision, les sons forment une douce mélodie à mes oreilles, le monde est si beau, si magique que je sens des larmes naître aux coins de mes yeux. Avant que je ne prenne réellement conscience de l'endroit où je me trouve, je sens les derniers fils se rompre, la souffrance est insoutenable, cette fois ce n'est plus le blanc que je vois, mais le noir le plus profond.

Plus tard...

— Dieu soit loué Leïla, tu t'es enfin réveillée !
— Maman ? Que s'est-il passé ?
— Tu ne te rappelles de rien ?
— Non pas vraiment...

Je suis fatiguée, mais je prends le temps de regarder autour de moi les personnes qui m'entourent. À ma droite, me tenant la main, se trouve ma mère, elle me couve d'un regard rougit par les pleurs. En face de moi, je retrouve quelqu'un que je n'avais pas vu depuis quelques mois, ma grande sœur Juliette. Elle m'observe, au bout d'un moment, elle me sourit et me fait un petit geste de la main, j'aimerais tellement le lui rendre, mais mes muscles ne sont pas d'accord, alors je lui rends simplement son sourire. À ma gauche, me tenant l'autre main, celui que je ne pensais plus jamais revoir, mon père, il me sourit et me montre le petit carnet. D'une voix faible, je lui murmure :
— J'ai vécu une aventure vraiment très étrange...
— Tu peux nous la raconter si tu veux ?
— Je sais, mais plus tard, je suis fatiguée.
— D'accord ma puce, dors, nous aurons tout le temps de t'écouter après.

Cette phrase m'apaise, je ferme les yeux et presque immédiatement sombre dans un sommeil sans rêve.

Quelques heures plus tard...
— Alors vous en pensez quoi ? demandai-je.

Ma famille me regarde avec de grands yeux, je viens de tout leur raconter, depuis l'histoire du déménagement jusqu'au kidnapping. C'est étrange, mais depuis que je me suis réveillée, j'ai l'impression que ma vision a changé, je me rends compte que toutes les choses, même les plus banales, possèdent une beauté qui leur est propre. Alors que j'allais leur redemander leur avis, ils se mettent à éclater de rire. Ne les comprenant pas mais ne voulant pas rester de côté, je me mets à rigoler avec eux. Après une dizaine de minutes, le silence revient, mon père profite de ce moment pour m'avouer :
— Tu as toujours eu beaucoup d'imagination.
— Je dois sans doute tenir ça de toi.

Sur cette phrase, je lui montre le petit journal dans lequel il écrivait et dessinait ses histoires lorsqu'il était plus jeune.
— Possible... Tu veux savoir ce qu'il s'est vraiment passé ?
— Oui.
— Bien, tu étais en train de ramener des cartons à l'intérieur, mais tu lisais en même temps. Quelque chose t'a fait trébucher et tu t'es cognée la tête sur une des grosses pierres qui borde l'allée. Au bout d'un moment, ta mère ne te voyant pas revenir s'est penchée par la fenêtre, elle t'a vu inconsciente par terre. Tu saignais beaucoup, les pompiers sont venus te chercher et t'ont amenés ici.
— C'est tout ?! Comment j'ai pu imaginer toutes ces choses ? questionnais-je
— Je ne sais pas, répondit-il, mais en tout cas, les deux personnes en blouses blanches pourraient représenter les médecins, c'est même la seule chose de sûre.
— Ce n'est pas important ma chérie, l'essentiel, c'est que tu sois avec nous, s'exclame joyeusement ma mère.

30/03/2014

Bonjour cher journal,
Tu sais depuis que je suis revenue, l'idée d'écrire dans un journal me plaît bien plus qu'avant, peut-être parce que maintenant je ne vois plus les choses du même œil ? J'ai pris conscience que le monde n'était pas simplement ce nous voyons, il est aussi toutes ces choses que nous ne prenons pas le temps d'observer. Tu vas me prendre pour une folle, mais je suis sûre que j'ai vraiment vécu cette aventure et certaines personnes ont peut-être eu une expérience similaire à la mienne, qui sait ?
Si j'avais imaginé tout cela, je n'aurais pas ressenti mes émotions aussi fortement, les sensations étaient présentes également, alors qu'en penses-tu ? Tout ça s'est-il réellement passé ?

Voilà mon cher journal, c'est tout pour aujourd'hui, si tu connais la réponse à mes questions dis-le moi...

A bientôt, Leï

PRIX

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Lisa · il y a
Bonsoir Valoute34, ton message me fait énormément plaisir et, je t'en remercie, quand à une suite et ben pourquoi pas, il faudrait que j'y réfléchisse :)
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Valoute Claro · il y a
Très bien écrit , presque un thriller! Et si elle n'avait pas rêvé? Suite en 2016?

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