Mon amie

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Aujourd'hui nous étions en période de froid intense, c'était un hiver douloureux et extrême, en effet, j'avais du mal à agir naturellement. Mon nez coulait, mes doigts étaient gelés, j'essayais comme je pouvais de me protéger de ce froid dévastateur. Heureusement, j'avais ma musique qui consolait mes maux, j'étais dans un autre monde, face aux lycéens dans le hall qui venaient tous d'arriver à cause de la sonnerie. Il y avait du monde, c'était normal, dans l'établissement, c'était respirable et vivable par cette température chaude et réconfortante, il y avait de nombreux groupes, tout le monde avaient des amis, de nombreux amis, ils rigolaient tous, dès le matin. Moi, j'étais toute seule,
je cherchais mon amie, elle m'était très chère, à chaque fois que je me sentais seule, elle était là pour moi, elle me réconfortait, me rendait plus forte, plus heureuse et me libérait d'un poids immense. En vain, je ne parvenais pas à la voir, je regardais, regardais longtemps jusqu'à ce que je l’aperçois, elle se dirigea vers moi et je murmurais, presque à moi-même :

-Soledad !

J'étais vraiment contente, je lui fis la bise et parlais un petit peu avec elle le temps de me diriger à la salle de classe ; j'avais Histoire et je devais faire quelque chose en groupe, j'angoissais énormément, car les interactions sociales avec les personnes me faisaient terriblement peur. Quelques minutes plus tard, comme je l'avais prévu, la professeur dit, d'un ton las :

-Bon, comme je vous l'avais dit la semaine dernière, vous allez faire un travail de groupe sur la seconde guerre mondiale, bien entendu, vous pouvez choisir le sujet qui vous intéresse, il faudra le présenter dans un mois, j'espère que vous tiendrez les délais. Déplacez-vous en silence, choisissez bien votre groupe.

Comme je l'avais prédis, tout le monde avait trouvé son trinôme ou son binôme, moi, je restais insatiable face à ce spectacle. Je ne savais pas quoi faire, je me sentais piégée, coincée, énervée. Mes camarades étaient déjà entrain de débattre, de parler d'un sujet précis, et moi, j'observais simplement. Voyant cette triste scène, ma professeur dit :

-Si tu veux Marine, tu peux le faire toute seule, ce n'est pas grave !

Rouge de honte, les larmes me montaient, j'allais faire une crise d'angoisse face à ce désastre. Nous n'étions que le matin et j'avais déjà les nerfs. Vite, que cette situation disparaisse, que ma gêne, ma honte disparaisse. Que cette situation n'existe plus. Pitié. Néanmoins, une personne qui m'était chère vint à ma rescousse, comme toujours d'ailleurs, en effet, Soledad arriva vers moi et me dit :

-Si tu veux je peux me mettre avec toi ! Ça me ferait extrêmement plaisir de travailler avec toi !


J'acceptais rapidement sa proposition, au moins, je n'étais plus seule, et elle mettait fin à cette humiliation. Je l'aimais beaucoup. C'était une personne en or. Je souriais de toutes mes dents et la remerciais toutes les minutes d'être venue. Elle me dit que ce n'était rien, cela faisait d'elle une personne encore plus généreuse selon moi.

La journée se passa tranquillement, elle était maussade, ennuyante, monotone, mais comme j'avais à mes côtés Soledad, je me sentais déjà plus vivante et je ne faisais plus attention au monde triste qui m'entourait. Il était à présent l'heure de manger, je n'avais pas hâte, car je détestais le regard qu'avait les gens quand nous mangions, ils étaient pleins de jugement, de haine, de dégoût. Enfin, c'était comme cela que je le percevais. Je pris mon plateau et essayais de trouver une place rapidement. Malheureusement, peu de places se présentaient à moi, toutes les tables étaient habitées par des énormes bandes, des groupes d'amis, des rires, des fous-rires, des discussions variées, etc. Je noyais facilement mes reperds, je ne savais plus quoi faire. Allais-je devoir manger seule ? La honte. J'en rougissais d'humiliation d'avance. Je n'aimais pas cela. Vite, que quelque chose me sauve, je me sens seule, où est donc Soledad ? Peut-être mange-t-elle déjà avec ses autres amis ? Je ne me verrais pas lui envoyer un message... Une personne impatiente me demanda d'avancer, elle devait en avoir marre de rester coincer, elle voulait sans doute rejoindre ses amis, je pouvais la comprendre. Je m'excusais et repérais un coin tranquille. Mon cœur battait anormalement fort. Pouvaient-ils l'entendre ?

Je m'étais assise, je commençais à manger le plus vite possible, pour pouvoir m'enfuir, quand, tout d'un coup, Soledad apparut derrière deux lycéens, je lui fis signe et elle m'accompagna.

-Ah tu es là ! Je te cherchais ! Tu essayais de m'éviter haha ?

Je retrouvais mon sourire si fugacement éteint, j'étais vraiment heureuse de la retrouver, elle ne se rendait pas compte à quel point elle m'était vitale, elle comblait ce vide, cette gêne, cette vie marginalement solitaire.

Je rentrais enfin chez moi, j'étais vraiment heureuse aujourd'hui. Soledad m'avait fait rire, mais genre beaucoup, en effet, elle se moquait gentiment de tout ces lycéens qui se ressemblaient. Mes parents et ma sœur m'attendaient pour manger le dîner. Ce soir, c'était salade et crudités.

-Alors, comment était ta journée Judith ? Demanda ma mère, curieuse.
-Et bien j'ai bien aimé, Ana, Beca, Yllia et Jie on a trop rigolé ! Bon... on s'est fait un peu engueulé par le prof de sport, mais en soit, rien de méchant, je vous rassure ! Elles sont trop drôles ! Je les adore haha ! -Dites, elles pourraient venir ce week-end ?
-Bon, essayez de moins bavarder quand même ! D'accord, mais elles ne resteront pas trop tard !

J'écoutais d'une oreille discrète, ma sœur se vantait un peu trop de ses copines, personnellement, je ne les aimais pas trop, elles étaient trop pimbêches et avaient une mauvaise influence sur ma sœur, Judith. Mais bon, tant qu'elle était heureuse et qu'elle avait des amis, je n'avais rien à dire, ce n'était pas ma vie. Ma mère tourna la tête vers moi et me posa la même question :

-Et toi Marine ?
-Moi ben c'était une journée un peu pourrit, comme d'ab. Mais Soledad m'a tenue compagnie, je vous jure, c'est la fille parfaite cette fille, je l'adore, elle n'est pas comme les autres personnes, elle me ressemble étrangement, mais en mieux, elle transpire la bienveillance, la générosité ! Elle m'a même dit de vous passer le bonjour !
-Bah dis donc... depuis qu'on entend parler d'elle, ça serait peut-être tant de la voir... pesta ma sœur.
-Et toi je t'ai pas sonné, j'ai pas envie qu'elle te voit, elle est trop bien pour toi !
-Non mais j’hallucine, la meuf a une seule amie et elle ne se sent plus pisser !

Pour mettre fin à cette bagatelle, ma mère nous intima d'arrêter. Énervée, je décidais de monter dans ma chambre, j'ouvris la porte et eu un cris de surprise. Soledad était là. Sur mon lit.

-Mais qu'est-ce que tu fais ici ? T'es venue comment ?
-Hey du calme haha, je suis passée par la fenêtre, je voulais te voir, j'avais l'impression qu'aujourd'hui tu n'allais pas vraiment bien...
Je te remercie vraiment... t'es vraiment une merveilleuse personne... désolée de t'avoir inquiétée, ce n'était pas mon but, mais oui, tu as vu juste...

Je discutais, discutais sans m'arrêter. Elle m'écoutait.

-Tu vois, tu m'apportes beaucoup ! Tu es là quand j'en ai besoin, tu combles...
-Ta solitude ? Essaya-t-elle de compléter

Soudain, ma sœur ouvrit la porte sans frapper et me demanda :

-Tu parles à qui ?

Surprise, je tournais la tête. Je n'arrivais pas à formuler une phrase.

-Rien t'inquiète, à personne.
-Ah ok, j'avais cru t'entendre parler.

Puis elle ferma la porte. Soledad avait disparu. Je m'allongeais dans mon lit et contemplais longuement mon plafond. Voici la vie que j'avais décidé de mener. Ma vie n'était que mensonge. Je me mentais à moi-même. Ma solitude. Toujours présente. A vrai dire, Soledad existait simplement dans ma tête, parce qu'en réalité, j'étais constamment seule. Parce que personne ne s'intéressait à moi, j'étais obligée de me créer une amie. Etais-je folle ? Je commençais à pleurer, beaucoup de larmes tombaient de mes joues ; je faisais pitié. J'étais pitoyable. Soudain, je sentis une main m'essuyer ces gouttes salées, j'ouvris les yeux :

- Tinquiète pas Marine, je serai toujours là pour toi. Soledad et Marine, c'est pour la vie !
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