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Miséricorde oblige

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Sandrine

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" Que tout le monde pose les mains sur sa tête et me regarde droit dans les yeux. Au moindre geste, je fais péter les cervelles ! "

Quelques cris fusèrent dans l'assistance qui s'exécuta aussitôt. L'homme cagoulé faisait pivoter son revolver de gauche à droite, prenant un malin plaisir à mettre en joug chaque personne qui se trouvait dans la banque. Un rire sadique filtra à travers le tissu qui recouvrait ses lèvres. C'est alors qu'un autre homme masqué intégralement vêtu de noir franchit le seuil du bâtiment.

" Que personne ne bouge ! Ceci est un hold-up ! s'exclama-t-il.
- Mais qu'est-ce que tu fous ? l'interpela son complice qui s'était tourné vers lui.
- Bah, je vais prendre le pognon.
- Et ton flingue, tu l'as perdu ?
- Je suis pas stupide ! Il est dans la voiture.
- T'es vraiment le premier des crétins !
- Moi je récupère le fric et toi tu menaces les gens, c'est ce qu'on avait convenu. Je vois pas à quoi va me servir le pistolet. En plus il me restera plus qu'une main de libre.
- Triple andouille ! Un cambrioleur digne de ce nom ne sort jamais sans son arme. Va la chercher et met-la dans ta poche. "

L'autre grogna avant de sortir. Il revint une dizaine de secondes plus tard, le revolver coincé dans la ceinture de son pantalon. Il se dirigea ensuite vers un banquier et lui demanda.

" Vous pouvez me dire où vous mettez l'argent ? "

L'intéressé haussa un sourcil surpris. L'homme reprit :

" Pardon. Vous pouvez me dire où se trouve l'argent s'il vous plait ? "

Le banquier désigna une porte derrière le comptoir. L'homme masqué fit le tour puis alla ouvrir le battant de bois. Avant de s'engager dans la pièce, il fit un pas en arrière.

" Excusez-moi, vous auriez pas un sac par hasard ? Ou plusieurs, ça serait mieux en fait. "

Voyant la stupéfaction sur les visages et la colère dans les yeux de son complice, il se reprit :

" Sinon c'est pas grave, hein. Je ferai plusieurs voyages. "

Il disparut dans la salle adjacente. L'autre soupira et reporta son attention sur l'assistance qui le regardait toujours. Il tourna la tête vers une mère agenouillée auprès de son enfant qui semblait fournir un effort surhumain pour retenir ses larmes.

" Ah ! C'est dégueu ! " s'exclama l'homme cagoulé en voyant la morve couler du nez du petit.

Il coinça son revolver entre ses cuisses et farfouilla un instant dans ses poches avant d'en sortir un paquet de mouchoirs à moitié vide qu'il balança au gamin.

" Allez mouche-toi. C'est écœurant. "

Comme le bambin ne réagissait pas, il pointa son arme sur lui.

" Magne-toi ! Tu veux me faire vomir ou quoi ? "

Cette fois-ci, le petit éclata en sanglots. Sa mère attrapa les clinex et entreprit d'essuyer la frimousse de son fils en prenant soin de ne faire aucun mouvement brusque. Au même instant, le deuxième cambrioleur revint, les bras chargés de billets.

" Je me croirais dans un film, fit-il remarquer, ravi.
- Ouai bah active. On n'a pas toute la journée.
- T'imagines un peu ? Je pourrais écrire mes mémoires. Ce sera un buzz tellement phénoménal que je ferai la une des journaux et que mon histoire sera adaptée au cinéma. Il faudrait juste que je trouve un titre. Et puis je parlerai de toi aussi.
- Tu veux pas la boucler ? "

Les otages n'y comprenaient plus rien. Cette situation ressemblait plus à une mauvaise blague qu'à un cambriolage. Certains avaient retiré leurs mains de leur tête et regardaient le spectacle d'un air ahuri. L'un d'eux avait même sorti discrètement son portable pour filmer la scène.

C'est alors qu'une femme d'un certain âge entra dans la banque. Très élégante dans son bustier crème et ses chaussures à talons, ses cheveux grisonnants relevés en un chignon parfait, elle tenait un petit sac orangé à la main. En voyant ce qu'il était en train de se passer, elle s'immobilisa. Quelqu'un cria :

" Ne restez pas ici madame ! Sortez vite ! "

Mais cette dernière ne bougea pas. L'expression affichée sur son visage était indéfinissable. Elle fit un pas en avant.

" Ne faites pas ça ! Fuyez ! "

Elle n'écouta pas et continua à avancer. Les deux cambrioleurs s'étaient tus. Ils n'avaient pas esquissé le moindre geste. La vielle dame s'arrêta à hauteur de celui qui tenait encore les billets dans ses bras.

" Pose ça et dégage. " dit-elle.

À la surprise générale, l'homme ne se fit pas prier. Il laissa tomber l'argent sur le sol et s'en alla sans demander son reste. Quelques secondes plus tard, une vieille voiture rouge passa en trombe devant la banque. La nouvelle venue s'approcha alors de l'homme masqué dont les mains tremblaient. Elle se posta devant lui, fragile petite femme devant ce grand gaillard à l'allure de géant, et, d'un geste sec et précis, lui assena une claque monumentale. Elle lui attrapa ensuite le lobe de l'oreille à travers la cagoule et se mit à crier :

" Tu peux me dire ce qui t'est passé par la tête ? Tu vas me faire le plaisir de partir d'ici immédiatement. Il va falloir qu'on ait une petite discussion toi et moi.
- Oui...
- Oui qui ?
- Oui maman...

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