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Michael Llewelyn Davies

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Mathéo Feray

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Qui se souvient de Michael Llewelyn Davies ? Englouti dans les profondeurs de Sandford Lock un soir de mai 1921 ? Sandford Lock, ce coin brumeux de Tamise ! C’est pas beau les légendes... c’est moi qui vous le dis... Disney, tout ça... du tralala gélatiné pour cent ans. Les héros, en vérité, n’en sont point. Ils brillent par devant et broient par derrière. Des ignobles. Peter Pan par exemple... l’engeance obstinée d’un rêve impossible... prêt à tuer pour son petit fantasme...son infime caprice... Führer de Neverland, fou à lier, icône des tarés malheureux. Disney en a fait un crétin. A la bonne heure ! Faut pas aller chercher bien loin ! Les cinémas, maîtres absolus de la conscience ! Voilà ce que je dis ! Mais qui se souvient de Michael Llewelyn Davies ? C’est bien gentil, ces fariboles, mais ça ne réhabilite pas. Au contraire, ça endort. Sandford Lock s’en souvient, lui. Ses profondeurs nébuleuses en pleurent encore. Toujours. De Michael Llewelyn Davies. Plus de Neverland qui tienne. Plus de rêveries qui valent... Non. Juste un jeune homme et son amant. Ils marchent. Ils s’enfoncent dans l’eau. Ils disparaissent. Ils glougloutent encore un peu. Se taisent à tout jamais. Rien n’aura été plus fort que leur pacte. Rien, pas même James Matthew Barrie. Peter Pan, c’était lui. Llewelyn Davies. Pas cul-cul ni salaud pour un kopeck. Juste jeune. La statue, dans Kensington Gardens, avec Peter juché sur son rocher, la myriade de créatures extraordinaires tout autour, c’était lui aussi. Icône des passants et de tous les morveux de cette terre. Noyé par amour. C’était lui. Michael Llewelyn Davies. Si, un jour, vous passez par Hampstead, n’hésitez pas. Visitez l’église. Allez au cimetière. Parcourez la lande désertique. Imprégnez-vous. Vous trouverez. Dans un coin. Sa tombe. Entourée d’herbes grasses et de quelques jasmins miteux. Ces mots, sur la stèle noircie :

‘’ Sacred to the memory of Michael Llewelyn Davies. Fourth son of Arthur and Sylvia Llewelyn Davies. An undergraduate drowned at Oxford while bathing. May 19th 1921. Aged twenty. ‘’

Si c’est pas triste, la tombe de Peter Pan... Dans un carré d’herbes grasses, au milieu de nulle part, presque dans les fumées du smog. Fumées et lampions macabres. Je pourrais encore vous citer les poèmes vicieux du vieux Barrie. Maudites fascinations. Putain pervers fini. Vous m’excuserez. L’envie de vous faire découvrir. Que vous restiez pas là, béant, attendant vos prix et vos pipes. Il faut que vous découvriez. Que vous vous éleviez. Que vous disiez pas : ‘’ Pan, c’est ce bon vieux Walt ‘’. Non... clair et net : ‘’ Peter, c’est Michael Llewelyn Davies ‘’. La vérité. Rien que la vérité. Les beaux garçons méritent qu’on les réhabilite. Même tas d’os à Hampstead. Ça excuse pas. La mort excuse rien, y compris son infinie bonté. Elle est comme ça. Partir dans le monde à côté, c’est bien gentil. Encore faut-il montrer pattes blanches. J’oubliais... le poème... les quelques mots du gros vicieux à la petite étoile :

‘’
Michael
A Poem
Leinster Corner
Lancaster Gate, W.
7 jan 1906

A’s any Asses that don’t love my Mick,
B’s what I fling at them, namely a Brick,
C’s Combinations, with Michael inside,
D’s Normandy’s Dives where he once did reside.
E’s Evian water, his favourite drink,
F is his Friend, who is that, do you think ?
G stands for George, his elderly brother,
H for 14 and 2, that alarmed his mother.
I stands for Imp, whch applies to the lot of you,
J is for Jack, who is sometimes too hot for you.
K is for Kads who don’t do as you wish,
L’s the eeL caught at Dives when we went out to fish.
M’s your dear Mary, who’s always awake,
N’s Nick, who’s your sweet mother’s smallest mistake.
O’s the Oil you are told for to take like a man
P stands for Peter, and Peter for Pan.
Q are the Questions Mick asks for to pose me,
R my Replies, which are vain, for he knows me.
S stands for Sylvia, Michael’s delight ;
T is his Tu’puenny when tucked in at night.
U is U silly who are reading this letter,
V is your Vanity, you couldn’t do better.
W’s old Wilk, who is still trouncing boys,
W is the X’s sent Lick with his toys.
Y is the Yawns I give till we meet,
Z are the Zanies who are not at his feet.

J.M.B
‘’

Comme ça, propre et net ! Vieux cochon ! Pour Mick ! Personne d’autre ! C’est qu’il devait les avoir à la bonne, ses cinq étoiles... George, John, Peter, Michael et Nicholas... Moi, je garde que Michael. Je suis comme ça. On pourrait encore en raconter pourtant, des horreurs. Que George a laissé sa peau dans les Flandres. Que Peter s’est foutu sous un train. Que John s’est laissé mourir. Un fauché. Trois suicidés. La belle affaire... vous parlez d’une malédiction... Peter Pan... Pas plus de Neverland que de beurre au cul... Bête noire des fratries. Eux aussi, ils sont à Hampstead. Dans une autre tombe. Ils sont tous réunis. Sauf Michael. Tout seul dans son carré d’herbes grasses. Pas même son amant pour dormir avec lui... Comme ça. Pas autrement. Le destin du vilain petit canard. Vous m’excuserez encore. Je cause beaucoup par fragments. J’irais même jusqu’à avouer que je balbutie piteusement. Voyez-vous, j’ai pas la force des phrases finies. J’ai jamais eu la force de grand-chose. Je reste à ma place, voilà tout. La modestie. Comment ça me vient, des idées pareilles ? Oh, je peux bien vous raconter... C’était un soir. Je repensais à Solène, à nos jeux d’enfants. Peter Pan m’est venu en tête. D’un coup. Comme j’ai pas la science infuse, je suis allé me renseigner. Et j’ai découvert. Les abominations oniriques. La fratrie tragique. Le regard triste de Michael. Comme un enfant qui sourit maladroitement après avoir pleuré. Il y a des choses comme ça qui vous marquent et dont vous vous voulez parler, envers et contre tout. Vous pouvez pas faire autrement. C’est une lubie. Les mots débordent, confusément. Désastre complet. Vous pouvez plus les retenir... Alors vous vous inclinez. Vous couchez l’hallali sur papier. Vous suez trois heures et vous êtes soulagé. J’exagère rien. Ça a été comme ça pour Michael Llewelyn Davies. J’ai des passions qui me traversent parfois et qui retombent en douceur. Et qui remontent encore. Plus puissantes.
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Chateaubriante · il y a
merci Mathéo d'avoir donné les clés qui m'ont permis de pénétrer l'univers de votre récit où j'ai beaucoup appris
je ne sais pas vous dire, autrement que ci-dessous, combien j'ai aimé !
ou en un seul mot : MERCI

"...tralala gélatiné..."
"...les héros n'en sont point..."
"...Führer de Neverland..."
"... le pacte du suicide ...
"... noyé par amour ..."
...‘’ Peter, c’est Michael Llewelyn Davies ‘’...
"...les quelques mots du gros vicieux à la petite étoile..."

spelling book

"...Le destin du vilain petit canard..."
"...Je cause beaucoup par fragments. J’irais même jusqu’à avouer que je balbutie piteusement. Voyez-vous, j’ai pas la force des phrases finies..."
"... Et j’ai découvert. Les abominations oniriques. La fratrie tragique. Le regard triste de Michael. Comme un enfant qui sourit maladroitement après avoir pleuré..."

https://fr.images.search.yahoo.com/search/images;_ylt=AwrP4lBABKZcei0AxBgk24lQ;_ylu=X3oDMTE0aDRlcHI2BGNvbG8DaXIyBHBvcwMxBHZ0aWQDQjY1NjlfMQRzZWMDcGl2cw--?p=Michael+Llewelyn+Davies&fr2=piv-web&fr=mcafee

"...Vous couchez l’hallali sur papier..."


"James Matthew Barrie, plus connu sous la signature de J. M. Barrie (Kirriemuir en Écosse, 9 mai 1860 – Londres, 19 juin 1937), 1er baronnet, est un écrivain et dramaturge écossais, célèbre pour avoir créé le personnage de Peter Pan ..."

"... Il fut un ami très intime de la famille Llewelyn Davies, surtout des enfants, qui lui inspirèrent les personnages de Peter Pan, et pour qui il était « l'oncle Jim ». Il cultivait une amitié ambiguë, mais respectueuse avec Sylvia Llewelyn Davies, la mère des enfants.

Lorsque Arthur Llewelyn Davies mourut en 1907, Barrie était proche des Davies, en leur fournissant un soutien financier, les revenus de sa pièce Peter Pan et d'autres travaux, pourvoyant largement aux besoins de subsistance et d'éducation des enfants. Il proposa à Sylvia de l'épouser, ce qu'elle refusa.

Cette période de la vie de J. M. Barrie est retracée dans le film Neverland (avec quelques adaptations par rapport à la vraie histoire).

Sylvia mourut en 1910, en demandant que James Matthew Barrie soit l'administrateur et le tuteur de ses garçons, avec sa mère Emma, son frère Guy Du Maurier et le frère d'Arthur, Compton. Cela montre aussi sa confiance en Barrie comme protecteur de ses fils et son désir qu'ils le traitent avec une confiance absolue et sincérité. Il s'occupa donc des garçons pendant leur enfance et leur adolescence, devint leur tuteur et traita ses pupilles George, Jack, Peter, Michael et Nicholas comme ses fils.

Deux des enfants connurent un destin tragique qui affecta Barrie très profondément. George fut tué en 1915 pendant la Première Guerre mondiale ; Michael, avec qui Barrie avait tenu une correspondance tous les jours jusqu'à l'université, se noya en 1921 avec son ami Rupert Buxton, à Sandford Lock près d'Oxford, environ un mois avant son 21e anniversaire.

Peter devint éditeur (Peter Davies Publishing). Mais, à la suite d'une grave dépression nerveuse, il se suicida en se jetant sous une rame de métro à la station « Sloane Square » à Londres, le 5 avril 1960. Il était âgé de 63 ans ..."

https://www.telerama.fr/cinema/films/neverland,205260.php

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/%C3%A0-neverland-le-ranch-de-michael-jackson-cauchemar-au-paradis/ar-BBUyyJq
"Le ranch de Neverland (Neverland Ranch en anglais, également appelé Neverland Valley Ranch ou bien simplement Neverland) est une propriété privée de 2 700 hectares située à Los Olivos, dans le comté de Santa Barbara, en Californie. Elle appartenait à Michael Jackson qui l'avait achetée en 1988 et transformée en immense parc d'attractions. Le ranch tire son nom de Neverland, le pays imaginaire de Peter Pan où les enfants ne grandissent jamais..."

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Mathéo Feray · il y a
Merci pour ce rappel, Chateaubriante.
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Chateaubriante · il y a
en fait, j'ai découvert, presque tout ça, en vous lisant...
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Mathéo Feray · il y a
Ah ! Je me disais bien qu'il n'était pas si raté...
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Chateaubriante · il y a
bien au contraire
je voudrais avoir plus souvent (ici ou ailleurs)
de si bons textes à lire
de si bons moments à passer
à chercher, à découvrir
"une pépite" vous dis-je, et cela sans flatterie aucune, ni courbettes, non plus
encore merci à vous
et je vais aller lire vos autres textes, derechef

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Mathéo Feray · il y a
Merci Chateaubriante. Ça me fait chaud au cœur ! Je passerai vous lire...
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Chateaubriante · il y a
📚 🖍 ✒
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Renise Charles · il y a
« Je cause beaucoup par fragments. » Eh oui ! Ça m'a un peu laissée sur ma faim.
Bon, j'ai quand même redécouvert quelques personnages célèbres grâce à vous Mathéo.

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Mathéo Feray · il y a
Merci Renise ! A défaut de comprendre complètement, vous vous renseignez. C'est une preuve d'intelligence.
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Renise Charles · il y a
De curiosité tout au plus. :-)
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Françoise Mornas · il y a
Rien compris non plus...
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Mathéo Feray · il y a
Alors apprenez à comprendre. Je n'ai pas la prétention d'égaler Gérard Boudor, certes...
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Françoise Mornas · il y a
Visiblement pour vous, c'est le lecteur qui a tort, qui ne veut pas comprendre, qui ne fait aucun effort... Encore faut-il que le texte donne envie de chercher à comprendre et donc, que l'auteur ait fait l'effort de son côté de fournir quelques clés de lecture, quelques éléments pour qu'on puisse entrer dans son monde qui reste, sinon, inaccessible ! Mais c'est peut-être pour vous une compromission...
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Mathéo Feray · il y a
Oui, j'affirme que le lecteur ne veut pas (ne veut plus ?) comprendre. C'est une expérience dont tous les auteurs, génies comme imbéciles, ont fait l'expérience. Pour reprendre une image de Céline, le lecteur, lorsqu'il achète son livre, se contente d'assister à un spectacle achevé. Il se fiche de savoir ce qu'il y a derrière. Ce qu'il veut, c'est profiter (en toute logique). Or, profiter aveuglément ne stimule pas forcément l'intelligence. J'ai donné des éléments de compréhension qui se trouvent au sein du texte (noms, lieux, date...) et que certains ont su trouver.

Françoise, ce que je critique, ce n'est pas vous. C'est votre commentaire. Dire '' Rien compris '' équivaut, pour un enfant de cinq ans, à dire '' C'est pas bon '' après avoir à peine gouté le plat d'épinards.

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Françoise Mornas · il y a
J'arrête là la discussion et vous laisse à vos certitudes... Bonne soirée !
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Mathéo Feray · il y a
Excellente idée. Bonne soirée à vous également.
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Elisabeth Marchand · il y a
Rien compris... rien de rien... l'essentiel est que vous vous y retrouviez, Mathéo...
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Mathéo Feray · il y a
Je m'y retrouve complètement Elisabeth. C'est peut-être même la seule chose dans laquelle je me retrouve...
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Blin · il y a
Un peu du "j'vais dans tous les sens" ce texte... Pas désagréable mais un peu "foutrac" quoi. Finalement, on ne sait pas trop quelle est la nature de votre propos. C'est haché, saccadé (oui, je sais, c'est voulu), emberlificoté, pas déplaisant pour autant mais bon, je ne suis pas certain qu'il y ait eu un vrai travail. Bon, peut-être me trompe-je.
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Mathéo Feray · il y a
Détrompez-vous Blin ! Des heures à traquer le moindre petit défaut ! Mais votre franchise vous honore, contrairement à certains.

L'incompréhension généralisée quant à ce texte vient essentiellement du fait, outre le style particulier, que les gens ne connaissent pas vraiment James Matthew Barrie ou ne cherchent tout simplement pas à se renseigner. Peut-être même pire : ils ne cherchent plus à comprendre. J'ai toujours été une merde finie en écriture, certes, mais j'ai toujours aimé écrire. Là est le paradoxe. Je n'ai fait que suivre les fluctuations de ma pensée, tentant au moins de leur donner une forme. Ce que je n'aime pas, et j'ose espérer que vous me rejoindrez sur ce point, ce sont les romances préchauffées, l'obsession constante du coup de foudre à la noix, de la femelle magique. Il y a des gens de cinquante balais qui se font de l'argent sur ces conneries. C'est extrêmement dangereux. Ça branle le lecteur. Ça le guide comme un handicapé. Moi, je ne veux branler personne. Je n'ai aucune prétention particulière, mais si il y a bien une chose que j'affirme haut et fort, c'est que je n'aime pas les branlés. Or, la littérature actuelle est gangrenée de branlés (à quelques exceptions notables près).

Dans tous les cas, sachez que j'apprécie votre honnêteté. Restez comme vous êtes !

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Blin · il y a
Je partage votre avis sur la pseudo-littérature romantico-merdouillo-lamentablo-tristos qui envahit les étals des librairies. Mais que voulez-vous, c'est, hélas, la loi du marché. Nous sommes envahis par ces merdes parce que, bien sûr, ça rapporte un maximum de caillasse à ceux qui les pondent.

Bon, surtout ne vous sous estimez pas en vous considérant comme une merde en écriture. Ce n'est pas le cas. Vous avez un univers intéressant mais je pense que vous devriez davantage travailler la structure de votre texte. c'est davantage un "problème" technique que littéraire, finalement. A la revoyure

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Renise Charles · il y a
Je rejoins Blin, ne sous-estimez pas votre écriture. Ce style, c'est vous. Il ne reste qu'à le polir. Il est riche, étonnant certes, mais intéressant puisque différent des autres.
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Mathéo Feray · il y a
Un grand merci pour vos conseils avisés.
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