Mémoires d'enfance: FD

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J'aime écrire, c'est mon salut, ma respiration pour pouvoir vivre à pleins poumons. j'aime illustrer chacun de mes poèmes, par un dessin au crayon. Puis certains deviennent des sculptures en  [+]

     

                                                                 Mémoires d’enfance : FD

 

                                                                 Chapitre  1

 

J’ai poussé mon premier cri, au début de l’automne 1948, dans la chambre conjugale de mes parents, 31 rue Coli au Portail Rouge, la Galochère, et tenez vous bien, je pesais 9 livres en présentant mes fesses, sorti du ventre de ma mère par les fers, déjà je voulais en découdre avec la vie. Ma mère m’a nourri au sein jusqu'à l’âge de mes deux ans. Un jour le facteur apporta le courrier alors qu’elle était en train de me donner son lait maternel, assis sur une chaise. Un soir, J’ai le souvenir aussi d’être allongé nu sur la table de la cuisine enveloppé d’une couverture, mes frères et sœurs autour de moi, regardant ma mère m’enlevait une épine dans le pied. Mon père avant de se marier avec ma mère avait à charge ses trois enfants Yvette l’ainée, Yves et Geneviève la cadette d’une première union. J’ai encore une photo du jour de la communion de la plus grande, nous sommes tous réunis, mon père me porte dans ses bras, ma mère est dans ses pensées  les mains sur les épaules de ma sœur Geneviève, regardant je ne sais où , il y a aussi mes frères Pierre et Vincent et des amis de mes parents.

Pierre avait dix huit ans à ce moment là, il est le premier fils de ma mère qu’elle a eu de son premier mariage. En automne 1944, elle est enceinte de Vincent, juste avant de connaitre mon père.

Vers trois, quatre ans, ma mère me mettait sur le porte bagage de son vélo, elle m’attachait les pieds au cadre avec des sangles pour qu’ils ne se coincent pas dans les rayons, m’emmenait à la maternelle, juste en face de la fabrique des biscuits Brun où elle travaillait. J’ai le souvenir d’être assis devant une table essayant de reconstituer un cochon rose, emboitant dans son corps, la tète, les pattes et la queue en tire bouchon. Après avoir mangé, l’après midi nous faisions la sieste dans un hamac, c’était cool. A quatre heures, j’ouvrais mon petit panier en osier pour manger mon gouter, j’avais des biscuits et une banane. Un jour ma mère l’a oublié, elle demanda à mon frère Yves de me l’apporter. Arrivé à la maternelle, il restait plus que les biscuits. La banane, il l’avait mangé en route. Qu’est-ce que j’ai pu pleurer car j’étais un vrai morfale. Yves à l’âge de treize ans , fut placé chez un boulanger comme apprenti à Rives, ville située à 30 kilomètres au nord. Je le voyais des fois certains dimanches, il nous apportait une pogne avec des framboises en sucre dedans. Plus tard à vingt ans il partit faire la guerre. Tous les jeunes de son âge furent embarqués dans un camion pour Grenoble puis l’Algérie.

Ma sœur Geneviève quand elle revenait de l’école, nous ramenait des biscuits qu’elle faisait en cours de pâtisserie.

J’ai aucun souvenir de ma sœur Yvette, à part qu’elle s’est mariée avec le fils du menuisier à 100 mètres de chez nous, ils se sont installés  dans un village en direction  de Chambéry.

 L’hiver 54, le thermomètre affichait – 15° on grelottait les mains dans les poches. Quand nous revenions de l’école mon frère Vivi et moi. Prés de la maison, on jetait des seaux d’eau sur la rue, pour qu’elle gèle, avec les copains du quartier on faisait des interminables glissades avec nos godillots jusqu'à 10 heures du soir, nous n’avions pas froid, sur les cotés de la rue la neige entassée par les chasse-neiges était plus haute que moi. Derrière chez nous il y avait la voie ferrée et une pente assez importante, elle arrivait jusqu’au jardin de la maison. Notre père nous avait fabriqué une luge avec des lattes d’un vieux tonneau, on s’en donnait à cœur joie de glisser des heures et des heures. Dans la cuisine, un poêle en fonte brulait du charbon en continue il en devenait  tout rouge, c’est le seul chauffage de la maison. En revenant de l’école, je me mettais tout prés pour me réchauffer et apprendre mes leçons que mon père me faisait réciter. Le soir, ma mère posait des briques dessus le poêle  pour qu’elles soient chaudes, puis les entourait d’un chiffon et les mettait au fond de notre lit pour que l’on ait chaud aux pieds. Avec Vivi on dormait dans le même lit, et comme il était étroit on se couchait en quinconce pour être plus à l’aise. On n’arrêtait pas de se chamailler, se faire des prises de judo, il avait toujours le dessus.

Dans la cour de récré de l’école, j’étais souvent avec mon copain Marco, on s’entendait bien, il me disait que plus tard, il serait cycliste professionnel où moniteur de ski, son grand-père  avait un atelier de cycles, avenue Ambroise Croizat. Un autre copain que j’avais surnommé « coco », il faisait des tours de magie à la récré, pour gagner quelques sous .Il disait : Je te donne 10 cts si tu gagnes, en me montrant son tour. Il avait un œuf blanc en plastique qu’il ouvrait en deux, si à l’intérieur la couleur était verte je gagnais, si la couleur était rouge je perdais? bien sur elle était toujours rouge, il était malin comme un singe tous les gars se faisaient avoir. Son truc c’est qu’il pouvait ouvrir son œuf à deux endroits. Son surnom il la gardait encore aujourd’hui, son magasin de primeur s’appelle « Coco fruits » à Saint Martin d’Hères.

En 1955  nos parents divorcent, suite aux violences de mon père envers ma mère. Un jour il a dépassait, les bornes, il l’a menacé d’un grand couteau de cuisine, ils se disputaient et criaient de plus en plus fort, je revois encore la scène, nous étions attablés ma sœur, mon frère, ma mère, mon père et moi, il a saisit un grand couteau et l’a brandit sur ma maman, j’ai eu la peur de ma vie, heureusement mon frère Pierre arrivait de son travail, voyant le drame qu’il allait se produire, il sauta sur mon père et le désarma en le couchant au sol. Nous crions et pleurons tous. Les voisins entendant du bruit, se précipitèrent pour nous rassurer. J’ai su plus tard, que mon père après la guerre, reviendra du maquis, diminué physiquement et moralement, aux vues de ce qu’il a subi à cause des » boches ». Son nom de maquisard était « Dagobert »comme le roi (qui mettait sa culotte à l’envers). Il a fait des centaines de kilomètres pour échapper à ces barbares, changeant de village en village(Villars de Lans ,Corrençon, Autrans etc....) dés que ça sentait le roussi, car ces pourris brulaient tout sur leur passage et tuaient les villageois sans pitié, ils avaient faim et froid, mangeant la faune qu’ils attrapaient avec des collets, quand ils étaient bredouilles, ils faisaient bouillir  les racines des arbres, cela à duré plusieurs mois jusqu'au mois d’aout 1944.En hiver devant  la maison, après la guerre il a continué à poser des pièges sur la neige, il prenait des petites planches de bois, posait du pain dessus après les avoir enduits de glue, des grives et des merles attirés par l’appât, elles restaient les pattes collées dessus. Plus tard il eut l’idée d’acheter des couveuses par l’intermédiaire du chasseur français. Derrière la maison, il a construit un grand poulailler et élevait des poussins. Il lui arrivait de se lever la nuit pour chasser les rats où les renards qui rodaient en quête d’attraper leurs festins. Souvent il me demandait d’aller chez le père Nicolas, situé à 100 mètres de chez nous. Un petit homme besogneux, , il était toujours dans sa boutique, le béret sur la tête, habillé de sa blouse grise, il vendait toutes sortes de choses et des cigarettes bien-sur. Le paquet de gauloises coutait 85 centimes. Mon père me donnait une pièce de cents francs, il me disait tu garderas la monnaie pour t’acheter une friandise.

Quand nous allons dans sa boutique mon frère Vivi et moi, il me disait :- Occupes le père Nicolas. Pendant ce temps, il piquait des chewings-goms  car c’était trop cher, on ne pouvait pas se les payer. Le commerçant ne voyait que du feu.

Un jour en classe, l’instituteur(le père Combe) nous fait faire une dictée. Il commence à lire le texte »Le ruisseau coule de la montagne ». Au lieu de mettre un point à la fin de la phrase, je l’ai écrit en toute lettre. Combe passe derrière moi, lit ce que j’écris, en colère, prend mon plumier en bois et me frappe de toutes ses forces sur mon crâne. J’ai failli tourner de l’œil, je vous cache pas la bosse que j’avais, la taille d’une pièce de cinq francs. Il a cru que je me foutais de sa figure, alors que j’étais innocent et seulement ignorant. En rentrant à la maison, je le dis à mon père, il est devenu furieux. L’instituteur  a passé un mauvais quart d’heure.Il l’a prit par le col de sa veste en lui disant que s’il venait à me retoucher ,il portait plainte à la police.

Une fois par an, avec Vivi nous  allions au cinéma « Moncinè » dans la ville de Saint Martin d’hères. Ils projetait un film de western avec Gary Cooper. Je me souviens quand il se bat contre un indien, chacun un couteau à la main les pieds dans l’eau d’une rivière. A l’entracte, Vivi achète une glace dans un petit pot rond,avec les quelques sous qui lui reste, il était censé me laisser la moitié du contenu. J’ai eu la surprise de le voir manger toute la glace. Je lui dis :- hé ! Ma part. Il me répond :-Tu n’as pas de chance la mienne était au fond. Je lui en ai voulu longtemps. Sacré Vivi. 

                                                                    Chapitre  2

 

La décision

Après avoir murement réfléchit et trouver un autre logement, ma mère prit la décision de partir, elle ne supportait plus les violences du paternel. Nous nous sommes installés dans un petit appartement à la plaine prés du vieux village de Saint Martin d’Hères .Avant ce déménagement,  notre maison  était à 300 mètres de l’école, nous y allions à pied, accompagné de notre chien Rip, un chien berger tout noir, dès qu’il voyait un chat, il détalait après, et parfois il lui coupait sa queue. Arrivez à l’école, il restait un petit moment devant le portail, puis rentrait à la maison, revenait vers 11heures 30, nous attendait de nouveau devant la grille, assis sur ses deux pattes arrières. Maintenant, nous devons faire trois kilomètres pour  aller en classe, je n’ai plus revu mon chien. Alors pour nous rendre à l’école, Vivi a bricolé un vieux velo.il a récupéré un cadre dans une déchèterie , monté des roues, une selle, un pédalier, un guidon en forme de U qu’il avait quémandé chez le vendeur de cycle à deux pas de chez nous, il la peint en vert et le tour était joué, à part qu’il manquait les freins. Quand nous allions à l’école, nous passions à travers champs, je montais sur le guidon et j’avais la responsabilité de freiner avec mes deux pieds sur la roue avant, dés qu’il m’en donnait l’ordre. Une fois j’ai tellement freiné fort que j’ai fait un vol plané les mains en avant, et je me suis retrouvé la tête dans l’herbe. Mon frère n’en pouvait plus, il riait, il riait à se pisser dans les frocs. Nous étions heureux, mais cela n’a pas duré.

Dés fois, Il m’arrivait de rentrer seul à l’appartement, je passais par la voie ferrée où se trouve » le bon Pasteur », un couvent de jeunes filles, entouré de  grands murs avec des bouts de vert encastrés sur le dessus. A l’époque je pensais qu’elles se protégeaient des voleurs, plus tard j’ai su que les sœurs avaient peur que les filles s’évadent car c’était pire que d’être en prison. Elles avaient pas mal de problèmes familiaux. Souvent je voyais une vieille dame, pliée en deux, arrachant des orties, les mains nues, enflées comme des ballons de foire et les mettre dans un grand sac en tissu, pour faire la soupe à ces demoiselles. Un jour après être sortie d’une leçon de catéchisme, je rentre chez moi, je  longe les voies, le ciel était remplie de nuages noires, soudain un orage éclate, il me trempe jusqu’aux os, je m’abrite sous le toit d’une cabane de chantier, voila cinq minutes que je suis planté là, la pluie continue à tomber avec intensité, j’ai peur, je récite les mains jointes une prière(notre père) que le curé vient de m’apprendre, une porte s’ouvre, un ouvrier me voyant tout mouillé, me dit : -Entre petit te protéger de la pluie, j’accepte son invitation, je rentre dans la cabane, cinq, six ouvriers magrébins sont assis sur un banc, me regardent des pieds à la tète, j’ai le corps qui tremble, comme une feuille sous le vent, j’ai des frissons , la trouille de ma vie, cette situation m’est insupportable, j’ai un mauvais pressentiment, je  suis mal à l’aise, un des frisés se lève, s’approche de moi, me regarde avec ses yeux noirs et me dit en me caressant la joue, :-N’est pas peur. Celui qui m’a fait entrer, habillé d’une salopette bleue, lui tape sur l’épaule, en lui disant : Ne touche pas au gosse  l’autre se retourne et reçoit un direct du gauche .L’affreux  trébuche en arrière et s’affale sur des planches dans l’angle de la cabane, voyant la scène, j’en profite pour sortir,  la pluie s’est s’arrêtée de tomber, je  cours à toutes enjambées sans regarder derrière moi, pendant cinq cents mètres, je crois que j’ai battu le record du monde de course à pied d’un enfant de sept ans, mon cœur bat très fort. Je l’ai échappé belle, ces gens ne inspiraient pas confiance. Arrivé à l’appartement, j’ai pris mon quatre heures et garda cette mésaventure pour moi jusqu'à aujourd’hui. Souvent je repense à ce moment,- Et s’ils m’avaient violé ces types ?, il suffit de regarder les faits divers. Comment aurait été ma vie, peut- être, qu’elle se serait terminée  ce jour là. Au fond de moi, je me suis dis : Que Bon Dieu m’a protégé. Il n’empêche que plus tard, quand mon enfance a morflé, je suis devenu hâté, je ne croyais plus en rien .Qu’il me pardonne : Monsieur le bon Dieu » s’il existe ».

Un soir, attablés tous les quatre, ma mère nous sert des pâtes avec de la sauce tomate. 

 Pierre et ma mère discutent sur notre avenir. Il dit : Maman il faut que l’on prenne une décision, cela ne peut pas durer comme ça, regarde leurs résultats à l’école ils sont médiocres. Au lieu de faire leurs devoirs, ils sont toujours fourrés dehors. Et il se met à crier de plus en plus fort du haut de ses vingt cinq ans.- Il faut les mettre en pension, sinon ils vont devenir des voyous. Mon frère Vivi, de colère, prend son assiette et la fait volé par terre. Ma mère pleure, moi je ne comprends rien, pour moi la pension c’était du charabia, je ne me rendais pas compte de l’enfer qui m’attendait. Pierre se leva, prit Vivi par le col de sa chemise et le ferma dans la chambre. Quand tu seras calmé, tu frappes à la porte. Il ne frappa pas.

Au début de l’été 1956, Ma mère, Vivi et moi nous prenons le train pour nous rendre à Pordenone en Italie voir les sœurs de ma mère et sa famille. Le voyage a été long et assez pénible, nous avons eu très chaud, le train était bondé, un monde fou, certains on fait le voyage debout. Sa sœur Victoria exploite une ferme avec son mari Berto. Ils ont deux garçons Luigi qui à l’âge de Vivi, Enzo un an de moins. Nous sommes arrivés très tard le soir, la fatigue dans le corps. Après les embrassades nous sommes allez nous coucher. Nous laissions nos chaussures au bas des escaliers car à l’intérieur c’était d’une très grande propreté, rien à voir avec les fermes en France. Le carrelage brillait et dans les chambres, le parquet était ciré. Dans la cuisine il y avait une grande cheminée avec un gros poêlon en cuivre qui servait à cuire la polenta. Notre tante Victoria était très gentille, ma mère disait toujours que c’était une madone, elle était toujours dans sa cuisine à préparer les repas.  A quatre heures, elle nous préparer des sandwiches avec de la pancetta et aussi de la marmelade, elle nous parlait en italien avec une douceur incroyable et à la fin de chaque phrase, elle nous faisait un petit sourire. Il y avait une grande cour intérieure avec un bassin en pierre au centre, l’eau fraiche coulait en continue, il y avait souvent une pastèque dedans que l’on mangeait pendant le repas, c’était un délice. A table, nous mangions tous ensemble, sauf ma tante, elle mangeait toujours avant, ma mère lui disait viens Victoria mange avec nous, elle ne voulait pas, c’était la tradition chez eux, il y avait aussi la grand-mère, petite voutée, les cheveux blancs. Un jour, j’entendis le vendeur de gelate passait devant la maison avec son tricycle blanc. il criait : »Gelati, gelati », j’ai fais la comédie pour en avoir une, ma grand’mère me courrait après, avec un bâton, en bafouillant en italien, »Ti daro’ un gelate, vedrai poco avido ( je vais t’en donner un gelate moi ,tu vas voir petit gourmand )» Dans les écuries, il y avait deux chevaux, trois vaches, une  grande charrette. De l’autre coté de la cour, un grand poulailler avec des poules, bien sur, des canards, une oie. Mon oncle et Enzo attelaient les chevaux à la charrette et nous allions au champ  ramasser le foin où cueillir des raisins, mon cousin  me laissait prendre les rênes, je les serrais très fort, je me croyais dans un film de western, j’étais aux anges. Le soir après la traite des vaches, nous portions le lait à la coopérative et revenons avec une grosse motte de fromage de parmesan, que ma tante râpait dans les pates .Avec mes coussins nous allions parfois, nous baigner à la rivière .Le dimanche, ils s’habillaient de leurs beaux costumes et allions à la messe à Saint Vito al Tagliamento à un kilomètre, puis nous promener avec notre mère , dans un grand marché prés de l’église en mangeant une glace(un délice), rien à voir avec celles de France. Sur la place, sa Sœur Adeline et son mari tenaient un bar. C’est là que j’ai connu mes cousines, deux belles filles de mon âge et un garçon de deux trois ans de plus, qu’ils avaient adopté, elles avaient toutes les deux des beaux cheveux, d’un blond vénitien. De ce séjour, j’ai appris quelques mots d’italien .Le frère de Berto et sa femme, la troisième sœur de ma mère vivaient à coté dans le même bâtiment de la ferme,  en plus de son travail d’agriculteur, il exerçait le métier de coiffeur, il avait toujours un cure- dents dans sa bouche et parlait très fort. Dans le salon j’attendais mon tour, pour me faire couper les cheveux, assis sur une chaise, le regardant raser un client. J’étais impressionné par la vitesse de ses gestes qu’il exerçait à aiguiser son coupe-chou sur la bande de cuir qu’il tendait, une extrémité était attachée au bureau et l’autre tenue fermement par sa main gauche. Je me disais plus tard quand j’aurais de la barbe, je me raserai au coupe –chou. J’aimais quand il me coupait les cheveux, cela sentait bon, l’eau de Cologne et la brillantine. Ils avaient deux fils et une fille , Carlo l’ainé, âgé de vingt ans, il faisait des études d’architecte, son frère Eddy avait mon âge, nous étions toujours ensemble à faire du vélo et gambader dans les champs .Sa sœur venait des fois au champ avec nous, elle se déplaçait toujours avec son vélo. J’ai de très bon souvenir de ses vacances. J’aurais aimé rester là-bas, je me sentais bien dans ce pays, j’avais l’impression d’être protégé, j’avais le sentiment que j’aurais été heureux, les gens étaient gentils. C’est bête ce que je vais dire mais je me sentais mieux là-bas, quand France. Peut- être que je présentais que le reste de mon enfance ne serait pas au top, je dirais même sinistre.

A la plaine

Juste avant d’allez en pension, notre mère nous dit : Vous n’avez pas vu votre père depuis deux ans, rendez lui visite. Arrivez à sa maison rue Coli, nous sonnons à la porte, mon père nous ouvre, les mains pleines de sang, il venait d’égorger un poulet surpris on a fait deux pas en arrière, ha ! C’est vous les enfants, tout étonné de nous voir. Il nous fait entrer dans la cuisine, nous fait assoir et prend de nos nouvelles, tout en plumant sa volaille. Au bout d’un moment il dit : Venez, on va chez le père Nicolas, je vous offre une friandise. En retournant chez nous Vivi me dit : J’aurais préféré qu’il nous file le poulet, bon sang de bon sang, quand je pense qu’il n’a jamais donné un sou à notre mère, du jour où nous sommes partis de chez lui. Vivi n’avez pas sa langue dans sa poche, il ne la jamais revu. Pour ma part j’ai été surpris de le revoir une fois, pour les fiançailles d’une de mes nièces. Ce jour la, il m’a rendu mal à l’aise, il me dit : –Bonjour grand ! Alors que cela faisait des lustres que je ne l’avais revu. Ne sachant quoi répondre, je lui dis - Bonjour monsieur, pour moi j’avais tiré un trait à jamais sur ce type, ce n’était plus mon père. Quand il est mort, à son enterrement, je n’y suis pas allé, je n’ai eu aucune peine.-L’être est conçu de façon à ce qu’il devienne :(Que ce soit, une femme où un homme), avec des sentiments bons où mauvais, suivant  l’amour où l’indifférence qu’il a reçu d’autrui pendant son enfance).

                                                                  Chapitre  3

 

Dimanche 7 Octobre 1957 La côte Saint André 10 heures  

C’est le début de l’automne, le temps est gris, mon frère et moi sommes conduits en pension, ce sera un jour maudit inscrit à tout jamais dans ma tête. Ma mère m’a mit mes plus beaux habits, une chemise blanche, un pantalon golf d’un de mes frères, trop petit pour lui, des chaussettes qui montent jusqu’aux mollets, des souliers noirs, un chandail bleu qu’elle a tricoté avec ses petites mains, un blouson marron. Je suis le cadet de la famille, j’ai toujours hérité des vêtements déjà portés. Je ne reverrai plus mes copains de jeux. Je vivais jusqu’alors dans un tourbillon d’insouciance et malgré notre  pauvreté, la vie était belle. Ma mère avait réussi à acheter un trois pièces à crédit, aucune banque ne voulait lui prêter, alors elle a demandé au notaire où elle travaillait de payer le bien  en contre partie elle lui avait signé des traites toutes les  fins de chaque mois, afin de le rembourser avec l’aide de mon frère Pierre. Comme débrouillarde c’était quelqu’un. Tous dimanches, elle se levait à six heures pour nous préparer des gnocchis à la sauce tomate,  dont j’ai encore le goût à la bouche. Nous mangions aussi, un civet de lapin avec de la polenta.

Oui, ce jour de 7 octobre 1957, tout à basculé.la vie est devenue triste, terne, sans intérêt, sans joie aucune. Une immense peine entourait mon cœur et cela a duré, trop duré..... jusqu'à l’âge de mes seize ans. Sept ans à endurer de cette foutue vie à languir des jours meilleurs, je ne comprenais pas pourquoi, les pions, les profs étaient si sévères avec nous, besoin de casser l’animal qui est en nous, pour leur ficher la paix, pour qu’ils se sentent bien supérieurs à nous, pour qu’ils aient toujours la main levée au moindre faux pas. ça la main ils l’avaient agile et rapide, j’en ai pris des baffes, des coups de pieds où je pense, des coups de règle sur les doigts, me prendre par les oreilles à me lever de terre et je vous cache pas comme cela a été difficile de reprendre confiance en moi, très difficile, quelque chose est cassé en moi,  à suivre le troupeau, , d’être des petits moutons bien sages à brouter dans leur main, ils avaient atteint leur but. Ah ! la psychologie à deux balles des adultes parlons-en. Ils s’en foutaient si dans notre tête, tout se déglinguer. Je n’ai plus ni enthousiasme, ni envie de vivre.  L’insouciance et la gaité de mes jeunes années me manquaient profondément, je n’étais plus le même rêveur qui gambadait dans les champs, montant aux arbres pour regarder les petits oisillons dans leur nid, attendre leur mère pour recevoir la becquée, déguster des mures dans les ronces - Qu’est-ce que j’ai pu en manger. Même quand le ciel est bleu, je le voyais d’un gris à pleurer. J’étais malheureux.

Le Foyer

Mon frère Pierre conduit une voiture quatre chevaux prêtée par un ami, qui  passe une grande grille en fer forgée où il est écrit en toutes lettres « Foyer Départemental ».

 Vivi et moi sommes assis à l’arrière de la voiture, j’ai le nez appuyé contre la vitre qui se perle de gouttes de pluie très fines, les deux mains entre mes cuisses recroquevillées comme un hérisson, avec des frissons dans le dos, j’ai peur de ce qui m’attend. Pierre dit :

 - Nous arrivons !

Assise sur le siege passager, notre mère nous regarde :

 -ça va les enfants ?

 Elle a le visage grave et des  larmes au coin des yeux. Elle porte un foulard autour de la tête, pour cacher ses premiers cheveux gris, je me dis : Mais à quoi pense-t-elle bon sang ?pour être obligée de laisser ses enfants dans un endroit pareil. Ma pauvre maman, elle n’a pas eu la vie facile et ce depuis bien avant ma naissance. A l’âge de ses dix-neuf ans, elle est partie de son pays natal,(Pordenone, Italie) car elle ne trouvait pas de travail, elle a pris le train pour la ville de Bourgoin(France) où vivait mon oncle Louis. Comme elle était mineure, elle a falsifiée ses papiers pour se vieillir de deux ans. Elle a rencontré un homme, elle s’est  mariée, et mon frère Pierre est né. La vie commune n’a pas duré  longtemps. Elle a rapidement quitté le domicile conjugal avec son fils en direction de Grenoble. Elle fut accueillie par des arméniens des gens très gentils, elle en gardera toujours un bon souvenir, pour survivre elle faisait des ménages. En 1940 les boches envahirent la France, elle fut hébergée par le curé de la cathédrale Notre dame de Grenoble, en contre partie elle devait effectuer différentes tâches, pour lesquelles, elle recevait un peu d’argent et logeait avec son fils, qu’elle laissa plus tard chez son frère à Bourgoin. Elle me disait que le curé, c’était un sacré radin, mais elle n’avait pas trop le choix.

 Toute sa vie elle a travaillé sans relâche pour que l’on ne manque de rien, et pourtant elle est obligée de se séparer de nous à contre cœur, car c’est vrai, nous serions devenus des voyous, sans aucun doute. Nous commencions à fréquenter des types louches, surtout mon frère Vivi, et comme je lui collais toujours aux basques, c’est sur, j’aurais pris le même chemin.  Pas très loin de chez nous, un quartier qui s’appelle «  l’abbaye » encore aujourd’hui, il y a beaucoup d’étrangers, une vraie pépinière pour faire un bon voyou.

Ma mère nous renouvelle la question. Pas un son sort de nos bouches .Je zieute  Vivi, il a les mâchoires crispées, les yeux noirs et les poings serrés. Lui aussi il en a bavé, mon père qui l’a reconnu, ne pouvait pas le voir, même si c’était moi qui faisais une connerie, c’était lui qui recevait les baffes. Mon père et ma mère s’étaient connus alors qu’elle était enceinte de Vivi, c’était à la fin de la guerre, toutes les femmes de notre village étaient charger de porter de la nourriture aux maquisards de Saint Nizier dans le Vercors, elles prenaient leur vélo avec les sacs remplis de victuailles distribuées par la mairie. Bien entendu dans les montées  elles mettaient le pied à terre, pour marcher, tout en le poussant. Voila comment, ils se sont connus. A la même période, le père de Vivi (Vicenzo) travaillait dans une fonderie à Grenoble, il arriva un drame. Avec un collègue de travail, ils descendaient à l’aide d’une poulie une grosse pièce d’acier dans une cuve remplie d’huile bouillante, pour faire des traitements (trempe et revenu)  afin de durcir l’acier, son copain fit une fausse manœuvre, glissa et tomba dans celle-ci, Vicenzo voulut le rattraper, malheureusement il fut entrainé avec lui.

 

L’arrivée au Foyer

 Nous montons depuis 200 mètres, je regarde les arbres alignés le long de la route, sur la gauche je vois un terrain de foot, 100 mètres plus loin, la voiture s’arrête devant le perron d’un grand bâtiment ressemblant à un sinistre monastère.

Nous entrons dans un hall qui donne sur une grande cour intérieure avec des massifs de plantes formant un jardin, entourée de colonnes rondes soutenant le 1er étage.

Le sous directeur, un homme d’une cinquantaine d’années, de forte corpulence, en costume trois pièces, nous reçoit, il serre la main de ma mère et mon frère et nous caresse la tète comme il le fait avec son cabot.- Venez entrez dans mon bureau. Il nous fait assoir sur des chaises. Après avoir discuté avec ma mère, il lui fait signer un document,  s’approche de nous, remarque que nous avons chacun une montre, il nous dit :- Donnez- les moi, elles vous seront rendus quand vous partiraient à l’âge de vos seize ans. J’ai à peine eu le temps de lire l’heure, ma mère nous en a fait cadeau le jour même,  avant de partir de l’appartement. Je me dis : (cela commence bien) en  regardant mon frère en colère, rouge comme du sang de cochon que l’on vient d’égorger.

Trois mois plus tôt, à la plaine

Vincent a trois ans de plus que moi, il vient d’avoir 12 ans, bien entendu il a autorité sur moi. Ma mère lui dit souvent.- Vivi, fais attention à ton petit frère. Vivi et moi étions souvent seuls quand nous revenions de l’école, car notre mère rentrait tard le soir, à faire des ménages chez le notaire et d’autres notables du village. Nous prenions un morceau de pain et deux sucres et descendons dans la cour intérieure de l’immeuble voir les copains du quartier, Daniel, Denis O. (des italiens), Alain, son frère Serge V., Jacky P.et les deux frères yougoslaves Christian et Bernard ( je ne me souviens pas de leurs noms). Serge avait une spécialité, il avait souvent  une souris blanche dans sa poche. Pour gagner trois sous, il allait voir les gamins qui habitaient de l’autre coté de la rue dans les beaux quartiers, il mettait sa souris dans la bouche à celui qui lui donner cinq francs.( Plus tard vers 18 ans,  il partit depuis chez lui, à Katmandou à pied, il devint beatnik, puis alla en Israël dans le kibboutz.

 Un dimanche matin, alors que ma mère était partit à la Grive chez ses cousines, j’étais seul  à l’appartement. La sonnette retentit, j’ouvre, je vois un grand type, habillé d’une grande tunique orange avec des slogans pacifiques écrits dessus, un jean usé, les pieds nus, un appareil photo en bandoulière, il avait les cheveux frisés longs, posant sur ses épaules, les yeux vitreux. Je fais un pas en arrière l’air étonné et dit : -Merde, Serge !!! C’est toi ?il ouvre de grands yeux et rit à gorge déployée, en me montrant ses dents toutes jaunes, me tapant sur l’épaule, -Salut Jean lou. Je le fais entrer, nous buvons du vin, pendant qu’il me raconte tout son périple. Il me demande s’il peut fumer un chichon, j’approuve de la tête en prenant une gauloise dans mon paquet posé sur la table. J’étais captivé par ses paroles, il me racontait les paysages qu’il a admirés tout le long de son voyage, ses anecdotes dans les pays qu’il a traversés.  Son aventure a duré deux ans, je n’en revenais pas, il me faisait rêver. A Katmandou il a survécu en faisant différents boulots, il a aussi donné son sang, rencontré toutes sortes de gens, beaucoup étaient paumés, se détruisant avec de l’alcool et de la drogue, se prostituaient afin d’acheter leur came pour pouvoir assouvir leur manque. En Israël, il a planté des arbres fruitiers, il tomba amoureux d’une anglaise, l’a mit en cloque, il avait l’intention de partir en Angleterre chez les parents de la fille et se marier. Tout en parlant il me montre le dessous de ses pieds, une peau morte d’un centimètre s’était formée à force de marcher pieds nus, c’était impressionnant. De son récit, il m’a donné envie de lire « les chemins de Katmandou » de Barjavel, que me prêta Mirelle P. une fille du troisième qui était amoureuse de moi,( j’en parlerai plus tard). Le héros du bouquin s’appelle Olivier (ce sera le prénom de mon premier fils). Son frère Alain a voulu prendre le même chemin, mais il est vite revenu, il n’avait pas la même intelligence et force physique de son frère. Il faut être très malin et endurant pour s’aventurer dans l’inconnu). Je reviens à mon histoire, presque tous les jours nous jouions au foot dans le pré d’à coté. Un jour, On posa comme des pros du ballon rond.( La photo, je l’ai encore soixante quatre ans après,)Elle fut prise par une jeune belle femme qui s’approcha de nous, en se dandinant comme un mannequin faisant un défilé de mode.

- Bonjour les gars, je peux vous prendre en photo ? Surpris de la question, On s’arrête de jouer et on se regarde tous l’air étonné, Jacky le plus grand de nous, s’adresse à la belle inconnue : -bien sur, mais nous n’avons pas un sou .-c’est pas grave, je vous l’offre vous êtes trop choux .On se dit :Mais d’où vient  cette beauté ?

-Je me présente Edith, Je suis locataire au rez de chaussé dans votre immeuble depuis peu, et je travaille dans une boutique de photographie à Grenoble (Plus tard, on sut quelle était prostituée rue Montorge ).On n’a toujours pas compris pourquoi elle s’intéressait à nous ? Est-ce qu’elle voulait en dépuceler un , deux ou trois ? On ne le saura jamais. Quand j’étais seul, je restais à l’appartement, je savais où mon grand frère cachait la clé de sa chambre, au dessus de la moulure de la porte. Avant de partir travailler, il me recommandait de ne pas y aller, bien entendu, je lui jurai que je resterai sage. Une fois qu’il ait passé la porte de sortie de l’immeuble, je prenais une chaise pour attraper la clé, j’entrais dans sa chambre, poser un disque sur sa platine, avec beaucoup de précaution pour ne pas le rayer, m’asseyais sur le lit  et écoutais des musiques  de jazz de Sydney Bechet, Armstrong, Glenn Miller et aussi des chansons de Brassens, Mouloudji, Juliette Greco. Cela me plaisait, mon cœur bâtait très fort, bien que je ne comprenne pas tout, mais cela me faisait du bien, j’aimais vraiment. J’étais dans un autre monde, un monde où plus rien d’autre ne comptait, j’avais le cœur léger et heureux.je me disais : elle existe cette musique ? Même encore aujourd’hui, j’adore le jazz. Un quart d’heure avant qu’il revienne, je rangeais tout à sa place. Il ne sait jamais douter de quoi que ce soit, sinon je ne donnais pas cher de ma peau. Ses disques, c’était sacré, certains étaient prêtés par ses copains. Je me disais, plus tard, je jouerai d’un instrument à vent comme Sidney Bechet( petite fleur, les oignons). Georges Brassens m’impressionnait beaucoup aussi, les mots simples qu’il employait dans ses chansons, m’interpellaient. S’il avait été mon instituteur, là je crois que j’aurais été le premier de la classe. Cela me parler. J’adorais particulièrement » les bancs publiques » et »Quand Margot dégrafait son corsage ».

 

 

                                                                   Chapitre  4

 

La séparation

Nous regardons notre mère et Pierre partirent après nous avoir embrassés, de grosses larmes coulent sur nos joues. Vivi me prend par le cou et me dit : Ne tant fait pas jean lou, je suis là .Le gros bonhomme, nous dit avec un air bizarre : -D’abord vous allez à l’infirmerie ,vous faire ausculter et lavez (comme si on avait la peste). Il nous fait sortir sur le perron et nous indique le bâtiment qui est situé sur notre gauche. Une femme en blouse blanche nous accueillent.-Déshabillez vous les enfants vous allez prendre une douche : dit-elle en nous tendant un slip et une serviette .Je me déshabille me lave, me sèche prends le slip trop grand pour moi, je remarque qu’il est imprimé FD avec de l’encre noire. Je dis à mon frère c’est quoi ça ?il me dit, cela signifie « fou dangereux » et se met à rire. Bien que j’étais triste, j’ai ris à mon tour.  Nous sommes assis sur un banc. L’infirmière, une femme assez forte, une grosse poitrine, le visage sévère des cheveux blonds coiffés d’un chignon, nous ausculte, regarde notre dentition, nous mesure et nous pèse chacun notre tour, avant de nous rhabiller de nos vêtements. Un jeune de quatorze ans environ, les cheveux roux la coupe au bol, habillé d’un blouson marron, d’un pantalon court en velours et de grosses galoches, entre dans l’infirmerie et nous interpelle.

 -Vous êtes les nouveaux ? Mon frère incline sa tête -Suivez- moi. Nous retournons dans le grand bâtiment passons plusieurs couloirs, montons au premier étage, entrons dans de grands dortoirs, il nous montre nos lits .Le mien est dans un deuxième dortoir, il y a une centaine de lits alignés sur quatre rangées ,au fond un grand lavabo en zinc de la largeur du dortoir, sur le mur des portes manteaux et un petit crochet sont fixés pour accrocher notre blouson et les brosses à dents, une porte qui donne sur les WC et sur toute la longueur d’un mur des fenêtres  où l’on pouvait apercevoir des arbres dans la campagne. J’ai le cœur serré, c’est la premier fois que je me sépare de mon frère.il me dit : -T’en fait pas on se verra plus tard. Le gars m’emmène au deuxième étage. Viens nous allons à la lingerie et à la cordonnerie.- Bon je te laisse, quand tu seras habillé de tes nouveaux vêtements tu me rejoindras prés de ton lit.

A la lingerie, des femmes travaillent à différentes besognes. Une d’entre elle me reçoit, prend mes mesures et me donne une chemise bleue foncée, un pull bleu marine à manches longues, un short marron en velours des chaussettes marrons, un blouson en velours marron, un béret bleu et une pèlerine bleue marine pour l’hiver.

Avant de partir, elle me dit :- nous laverons tes vêtements et les enverrons à ta mère, passe à coté à la cordonnerie, ils te donneront des chaussures.

Et quelles chaussures ! Des galoches avec des fers dessous qui faisait un bouquant du diable quand je marchais dans les couloirs. L’avantage, c’est super pour les glissades en hiver, cela me rappeler quand j’étais plus petit rue coli.

Me voila de nouveau devant mon lit en fer, sur le barreau au pied du lit, je vois une étiquette, il est écrit » mon nom ».je me dis mais c’est jean-lou mon nom. Le gars arrive, il me dit :- ben voila on est habillé pareil maintenant.bon tu fais ton lit, voila deux draps et une couverture, dans deux mois, je t’en donnerai une autre car il n’y a pas de chauffage et les hivers sont rigoureux ici dans les terres froides. Plus tard j’en ai fait l’expérience,  quand l’hiver arriva il faisait  – 15° , je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie, il était interdit d’avoir des caches nez, des gants aussi. Comme nous avions tous des pantalons courts, mes genoux étaient recouverts de gerçures, sur les mains n’en parlons pas, elles ne guérissaient pas et il arrivait qu’elles saignent, c’était très douloureux et difficile à soigner. A l’infirmerie, ils me donnaient de la glycérine pour me soulager.

 En faisant mon lit, je remarque de nouveau les deux initiales sur les draps FD.(Ils ont peur qu’on les vole où quoi ?).Quand tu auras fini, je te monterais ta classe et la cour de recréation.

J’arrive dans la cour, elle est immense séparée en trois parties et au centre un grand préau. Ma cour c’est celle du milieu, elle est remplie de mômes de mon âge. Le gars ne me lâche plus, il me dit :-Tu vois, en tout on est 500. De trois ans à seize ans. Quand il me dit ça, j’ai cru m’évanouir, je n’avais jamais vu autant d’enfants rassemblés.-je te laisse, amuses-toi.

Je n’ai pas le cœur à ça, je cherche mon frère, au bout d’un quart d’heure ne le trouvant pas, je m’assois sur un banc, mes mains sous mes cuisses, en me demandant ce que je fous là. Des souvenirs me reviennent, je me revois gambader dans les champs derrière ma maison « rue Coli », je suis avec ma voisine Danièle, nous avons le même âge ( 6 ans) et étions amoureux, nous allions souvent gambader dans les champs. Prés d’un gros arbre, il y avait un étang où nageaient les grenouilles. Nini( c’est comme ça que je l’appelais), elle avait vu son père une fois les attraper avec un bout de chiffon rouge attaché à un bâton. Quand nous en attrapions une, elle passait un mauvais quart d’heure, c’est horrible ce que je vais dire, mais nous ne pensions pas faire du mal. J’introduisais une paille en elle et soufflait de toute mes forces, elle gonflait comme un ballon, jusqu’a ce qu’elle éclate, on en avait plein la figure. Je l’ai fait qu’une fois, je le promets, j’ai compris que c’était  cruel, j’espère qu’elle m’a pardonné. Un jour Nini est revenue chez elle avec une seule sandalette, elle avait perdu l’autre dans le champ, car il nous arrivait de nous mettre tous nus dans les hauts herbes et jouer au docteur. Depuis ce jour, son père nous  a interdit de nous voir, nous étions obliger de nous cacher. Le pire que l’on ait fait, je crois ! C’est le jour ou elle s’est accroupie devant moi pour pisser,- je lui demande, je peux voir ?- Elle me dit regarde, je n’ai pas osé.

Les parents de Nini  exploitent une petite ferme à coté de chez nous, ils ont des poules, des lapins, des cochons, un cheval qu’il attèle à une charrette pour ramasser les foins au mois de juin. En décembre 1954, son père et deux de ses amis ont tués un cochon, j’ai tout vu de la scène .Ils l’ont attachés à une échelle, qu’est-ce qu’il couinait, des cris stridents à vous percer les oreilles, après l’avoir bien fixé avec une grosse corde, la tète en bas ils l’ont  arrosé d’eau chaude puis rasé avec un grand couteau. Le père de Nini lui a tranché la gorge, le sang a jailli puis coulé dans une grande bassine, le cochon s’est tu .J’ai trouvé cela barbare, j’avais mes deux mains sur la figure, mais je n’ai rien raté de l’exécution. Me voyant terrorisé. Nini me dit :- tu sais c’est normal, ils vont faire du boudin et plein de saucisses.

Dans la cour

Un garçon me tape sur l’épaule, il est un peu grassouillet, les cheveux en batailles.- Hé tu rêves ?-Tu es nouveau ?

-Oui, je viens d’arriver.-Ok, Je m’appelle Gérard B., cela fait un an que je suis là.- Tu as quel âge ?Neuf ans.

-Moi aussi, on sera peut- être dans la même classe ?- Peut- être. Tu joues au basket ?Non, moi c’est plutôt le foot.-Ah ici c’est interdit. -Dommage, à plus tard, et il part. Dans la cour ils ont installés six panneaux de basket. A part courir c’est le seul sport que l’on peut pratiquer .Moi qui aime le foot c’est foutu, j’ai joué dans l’équipe minimes du Portail Rouge à la Galochère, notre maillot était rouge avec un écusson bleu représentant un chamois jaune brodé dessus, mon poste était avant centre.

 Les enfants courent dans tous les sens, d’autres jouent au basket .Sur un autre banc, quatre ou cinq gars sont regroupés .Je m’approche par curiosité, Un des leurs, leur raconte une histoire de sa propre imagination, c’était bleffant, une histoire d’indiens et de Cow- boys, ils étaient tous captés et ne manquaient pas un mot du récit, regardant sa bouche pleine de salive, tellement il parlait.

 Un coup de sifflet nous perce les oreilles. Je remarque un pion en blouse grise, un béret sur la tête, la cinquantaine, un visage mauvais, taillé au couteau, son bras gauche n’a plus de main, un crochet la remplace. Je saurais plus tard qu’on le surnomme » Gestapo ».Deuxième coup de sifflet. Tous les enfants courent vers lui.je fais de même. Je regarde l’horloge du préau, les aiguilles marquent midi.

Le sifflet à la main, un cordon en cuir qui pend, il le fait s’enrouler autour de son doigt-Allez en rang par deux et que ça saute, je ne veux pas entendre un mot. Mettez les mains dans le dos, si je vois des mains dans les poches, c’est une gifle et trois fois le tour de la cour au pas de course. J’ai vite pris la température de cette peau de vache.

Nous montons au réfectoire au 1er étage. C’est une immense salle divisée en trois parties séparées par des rideaux en plastique .Nous entrons dans celle du milieu. Chacun se met à une table rectangulaire avec un plateau en marbre soutenu par des pieds en fer, de chaque  coté, il y a des bancs en bois. Tout le monde  s’assoit. J’entends -» debout », je ne veux pas entendre un mot, asseyez vous.

Je me dis c’est pire qu’en prison ici. Je cherche mon frère, je le vois dans la dernière table au fond à gauche prés de fenêtre où on peut voir la cour. Je n’ose pas me lever, je lève le bras.

La gestapo s’en aperçoit, il s’approche de moi.-Pourquoi tu as levé le bras ? J’ai fait signe à mon frère pour qu’il me voit.-Tu le verras tout à l’heure, tu ne recommences pas sinon tu manges debout dans l’allée devant tout le monde. Je n’ai presque rien mangé, j’avais le bourdon. En général ils nous donnaient des choux rouges coupés en fines lamelles, des carottes râpées, des betteraves rouges coupaient en cubes. De la viande en sauce où il y avait plus de gras que le reste, une tranche de pain .Une fois par semaine des frites et en dessert de la marmelade de prunes .Pour Noël nous avons eu droit à une orange. A mardi gras des bugnes, alors la, j’adorais, le cuistot les faisait aussi bonne que celle de ma mère, c’est le seul moment où je revivais .Une fois que nous avons fini notre repas, nous amenions tous notre assiette et nos couverts en file indienne à la cuisine .certains de nous étaient désignés pour faire la plonge ,chacun notre tour.

Puis nous retournions dans la cour. Aujourd’hui dimanche à 15heures, nous voyons un film, l’entrée de la salle de cinéma se situe sous le préau. Nous nous installons dans les fauteuils rouges, la salle est immense avec un grand écran. En général nous regardons des films de Laurel et Hardy, Charlot ou alors des films de westerns. De voir ces films cela me faisait du bien, je ne pensais pas à ma triste situation. Je sais que j’en ai pour  sept ans. Cela me faisait tellement du bien que ces artistes sont restés en moi et que j’admire toujours autant. En un seul jour, mon cerveau en a pris un coup, je n’étais plus le même. La réalité c’est que cela a été trop brutal, pire qu’un coup de pied dans le cul alors que l’on ne s’y attend pas.

Lundi 8  , 8heures  rentrée des classes

Nous sommes tous en rangs dans la cour, chaque instituteur  appelle ses élèves : j’entends mon nom, je me mets derrière lui avec les autres, nous sommes à peu prés une trentaine par classe .je regarde l’homme avec qui je vais passer toute l’année scolaire, il est assez fort de corpulence pas très grand, un béret sur la tète, le visage rondouillard des lunettes rondes en fer blanc, une moustache à la « Charlot »,une blouse grise, dans sa poche revolver des stylos de toutes les couleurs, environ la cinquantaine. Nous sommes alignés en rang par deux colonnes. Allez les enfants nous allons dans la classe. A première vue, il parait sympa. Je remarque qu’il boite un peu.

Nous nous asseyons à nos pupitres sans encrier, il y a dessus un cahier et un stylo bille bleu et un autre rouge. C’est la première fois que j’écris avec un stylo à bille. Il fait de nouveau l’appel, le gars qui est à coté de moi, s’appelle jean Louis M. Ce sera un de mes meilleurs potes. J’ai fait en sorte d’être à coté de lui, jusqu’au CM2.C’est grâce à lui si j’ai réussi mon entrée au collège  Hector Berlioz à la cote saint André. C’est un bon élève, j’ai pratiquement tout copié sur lui. De tant en tant, il me disait : Arrête de copier Rollon (l’instituteur) va s’en rendre compte. Où cela se gâte c’est quand je dois réciter une fable au tableau. Je n’apprenais rien .Un jour il m’interroge : Trévisan ! au tableau récite- moi »  le héron (et la carpe).- Ah ! ça la carpe, j’ai su la faire, pas un mot ne sortait de ma bouche. Rollon excédait, désigna deux élèves. Venez, mettez vous de chaque coté de moi. Il me dit, tourne toi, j’ai vite compris qu’il voulait me mettre un coup de pied sur les fesses. Il élança sa jambe droite et frappa, je l’esquive et attrape son pied, toute la classe se mit à rire sauf lui.il me dit :- lâche ma jambe, lâche. Quand je l’ai lâché, j’ai reçu une paire de claque.- Bien, tu vas copier 100 fois la fable, pendant que tes copains s’amuseront dans la cour. Je peux vous dire, que je l’ai su par cœur.

Deux mois et demi on passé, nous arrivons à Noel. Nous devons nous donner en spectacle pour les gens de la Côte. Certains jouent au théâtre, d’autres font des acrobaties. Un autre copain me dit : -Viens, on s’inscrit à la chorale, je sais que l’on pourra se produire dans différents villages du département, comme ça on sortira de ce trou à rats le dimanche.- Super ! Tu as raison Jean-Louis, son nom ressemblait au mien, il s’appelait Trevi. J’ai encore une photo quand nous avons chanté pour la fête de Noel .Cette fête dura toute la journée, quand nous ne jouons pas, ils nous parquaient dans notre classe, un pion nous surveillait, nous tapons les cartes où au jeu des «osselets ».

Dans l’après midi de Noel, ma mère que je n’avais pas revue depuis mon entrée au foyer, a voulu me faire une surprise, elle avait prit le car depuis Grenoble, jusqu'à la côte, a marché pendant trois kilomètres jusqu'à la pension, il faisait froid ce jour la, et beaucoup de neige était tombée.

On lui refusa de me voir, car elle n’avait pas prévenu le directeur 15 jours avant. Elle ne se démonta pas, elle passa par derrière le bâtiment, chercha ma classe. Quelle est ma surprise, je l’aperçois par la fenêtre dans son manteau bleu, un cadeau enveloppé d’un papier rouge, venant vers moi.

Mon cœur battait très fort. Je dis au pion : C’est ma maman, c’est ma maman. Il ne réagit pas.35 ans plus tard j’en ai fait un poème.

Noel 1957

Le manteau bleu

 

Par un matin d’hiver

Tu as pris le car

Le visage triste et l’air blafard

Mais toujours droite et fière

Te protégeant de la neige et du vent

Pour venir me voir

Malgré un froid cinglant

Afin me redonner de l’espoir

Arrivée au « foyer »

On te refuse l’entrée

Tu contournes le bâtiment, décidée et sans retenue

Car tu ne t’avoues jamais vaincue

Là,  c’est Noël, la fête pastorale

Certains de nous jouent au théâtre

Pour les villageois, donc certains sont habillés en pâtres

J’ai cru bon de m’inscrire à la chorale

Bien que, ne sachant chanter

A un moment le prof me dit

Fait semblant c’est mieux, Petit

Remue les lèvres, se sera parfait

Quand nous ne jouons pas

Plutôt de nous laisser voir le spectacle

Ils préfèrent nous parquer dans notre classe, sans tacle

On ne nous mélange pas avec ces gens là, n’est-ce pas ?

 

Dans ton manteau bleu

Je t’aperçois part la fenêtre

Je n’en crois pas mon être

Je suis heureux

 

Tu marches vers moi

Toi qui ne m’as pas embrassé depuis des mois

J’ai envie de te serrer dans mes bras

Te demander comment tu vas ?

 Mon cœur se met à battre très fort

Si fort, que j’en tremble de tout mon corps

Je demande au pion, assis sur l’estrade en bois 

Je peux ouvrir la fenêtre, juste une fois ?

Il me regarde et dit : Non, très fort

Comme un chien galeux, Il m’envoie paitre

Le regard noir et l’air dédaigneux

Je n’en crois pas mes yeux

Quel traitre !

 C’est ma maman !

Que j’aime tant

De son bras d’un simple mouvement

Me montre ma chaise, le visage méchant

Il  refuse  ce couillon

Mais pourquoi vous ne voulez pas, qu’elle m’embrasse ?

D’un ton ferme, Il me répond :

Reste à ta place

Elle n’a pas d’autorisation

J’ai envie de tuer ce sale pion

Dans ses mains, elle a un cadeau

Enveloppé d’un papier rouge, très beau

 

Elle m’appelle : « Jean Lou, Jean Lou »

Ayant essuyé un nouveau refus

J’en deviens fou

A le traiter intérieurement de tordu

Elle repartit le paquet sous le bras

Je la regarde s’éloigner

Je me mets à pleurer

Le nez contre la fenêtre, le moral au plus bas

Je pleurais sans comprendre pourquoi 

Je maudissais ce pion, qui s’en croit

 Me jurant de me venger de ce type mauvais

J’ai  neuf ans, je suis malheureux comme jamais.

 

Je vis ma mère, six mois plus tard. Grâce à des amis, elle nous emmena en vacances, mon frère et moi. Elle se débrouilla de louer une toile de tente, nous partîmes faire du camping dans le var. Installer la tente sous les pins, à 300 m de la plage. Nous étions heureux, c’est la première fois que je voyais la mer. A 16 ans et demi, je quittais le foyer, cet endroit maudit, Je me suis juré de ne  jamais y mettre les pieds. Bien qu’ils m’aient permis d’apprendre le métier d’ajusteur.

Si le pion est encore de ce monde Il se reconnaitra et comprendra, que certains actes vous marquent à vie. Comme l’on marque une bête au fer rouge. FD

Année 1959, pour les vacances de Pâques, notre grand frère vient nous chercher avec une deux chevaux. A mon frère Vincent, il lui restait trois ans à faire dans cette taule, moi six ans. Le dimanche, notre mère nous emmena à la foire de l’esplanade de Grenoble. Nous tirons à la carabine pour crever des ballons de toutes les couleurs en mouvement dans une cage en fer, aussi sur des cartons ciblés. A un autre manège, nous jouons  au flipper, au centre du jeu, il y avait une grande table avec un champ de course de chevaux qui avançaient chaque fois que l’on faisait tilt, je me souviens Vivi avait le numéro 7, moi le 9, son cheval passa le premier la ligne, on était fou de joie, il gagna une poupée pour notre mère.

Où j’ai eu la peur de ma vie, c’est quand nous sommes montés dans un avion. Vivi tirait le plus possible sur le manche pour monter le plus haut possible, il mettait ses deux bras en l’air et il criait »je suis le roi du monde » puis poussait d’un coup sec, l’avion piquait brusquement, il faisait cela plusieurs fois de suite et il riait, moi je me cramponnais à la carlingue, j’en ai pissé dans mes culottes.

Quand nous sommes descendus, notre mère lui cria dessus avec des mots d’italiens, du genre (Bruta bestia , en lui donnant une claque sur la tête, qu’est-ce que tu as dans ta caboche, tu as fais peur à ton frère) mais il s’en foutait, il ne pensait pas faire du mal , il était dans son fripe ,un vrai casse- cou.

 

                                                                Chapitre  5

 

Les mois  passèrent, Octobre 1960, me voila au collège H. Berlioz, je rentre en 6em. Dans notre  classe, du Foyer, quatre sont reçus. Jean louis M ., Alain F., Michel J. et moi. Malheureusement mon pote Jean-Louis n’était pas dans ma classe, j’ai galéré toute l’année, car c’est grâce à lui que j’ai réussi l’entrée. J’avais plus la tête à regarder les petits oiseaux qu’a écouter les profs m’enseignaient le français, les maths, l’anglais et les autres matiéres.je n’ai toujours pas encaissé d’avoir à subir la pension. Il m’arrive des jours de faire l’école  buissonnière, dés que le prof a fait l’appel, je sortais avant la fin du  cours .je me plaçais toujours au fond de la classe, m’accroupissais et sortais, pour me balader dans la campagne, à rêver en m’asseyant dans un champ et me vider la tète en pensant aux années heureuses. Bien sur, un jour un des profs s’aperçut de mes escapades, je fus coller à faire des devoirs trois samedis de suite. Chaque bulletin de colle devait être signé par le directeur du foyer. La punition s’aggravait de cinq dimanches supplémentaires, enfermés dans une classe surveillée par un pion.je me suis fais avoir qu’une fois. Pendant des jours et des jours, j’ai imité la signature du directeur, il s’appelait N., bien sur quand j’étais collé au collège le samedi, il fallait que je sois malin, car je devais sortir du foyer, faire quatre kilomètres pour arriver au collège, sans être vu, sinon la sanction était grave.

Quand je signais la colle d’un copain, le prix était de deux gauloises, j’avais commencé à fumer, alors que c’était strictement interdit.

Quand on descendait du collège, je m’arrêtais au tabac pour acheter des P4( un paquet de quatre cigarettes),et s’il me restait un peu de sous, un pied de cochon que je rognais jusqu'à l’arrivée du foyer.

Dans la cour, il y avait une dizaine de WC à la turc , fermés par une porte en bois. C’est la que nous fumions, pendant qu’un copain surveillait le pion. On rentrait quatre dans un WC, nous nous asseyions  sur le brodequin du gars en face de nous, et nous passions la clope chacun notre tour. Pour pas que le pion voit la fumée, on soufflait dans nos blousons.

Après la 5em vu mes résultats catastrophiques, je fus viré avec pertes et fracas.

N., le directeur me fit la morale et me dit : Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as d’apprendre, c’est pour ton avenir. Qu’est-ce que tu aimerais faire ?

-Retourner chez ma mère.

-Ce n’est pas possible .Tu vas apprendre la forge et tache d’y mettre du tien, en attendant avant la nouvelle rentrée, pendant les vacances tu seras puni, tu travailleras à la ferme du foyer.

Pendant  un mois, je me suis occupé des cochons avec mon copain Trèvi. A cinq heures du matin, le fermier venait nous réveiller, si nous n’étions pas levés, il retournait le matelas, cela fait drôle quand tu roupilles encore.

 Ma tache c’était de les faire sortir dans la cour, d’enlever la paille souillée de nettoyer toute la porcherie en jetant des seaux d’eau et frotter de partout au balai brosse.il y avait trois gros cochons, deux truies, avec une dizaine de petits. Après avoir mis de la paille de partout, je les faisais entrer, puis j’allais chercher de l’eau grasse dans les sous sols du foyer, une grosse bassine de 50 litres était placée sous les cuisines où tous les restes de la nourriture arrivaient par un gros tuyau. Avec l’aide d’un chariot qui se terminait par deux espèces  de barres formant une fourche, monté de deux roues en fer, je déplaçais cette foutue bassine remplie à raz bord, je vous dis pas l’odeur, pour la supporter je me mettais un mouchoir sur le nez .Quand je tirais le chariot sur le plat cela allait, mais après être sortis du sous sol, je devais monter une pente pas négligeable, je devais m’y prendre en plusieurs fois, c’était un calvaire pour moi qui pesait à peine 45 kilos tout mouillé, l’astuce c’était de mettre une cale tous les vingt mètres, pour reprendre mon souffle, la ferme était à 100 mètres .Arrivé à la porcherie, je faisais chauffer le tout dans une chaudière puis vidais l’eau grasse dans les mangeoires. A huit heures on se réunissait avec le fermier, le vacher et mon pote Trévi, pour prendre un morceau de pain et du lard fumé( 50 ans plus tard, je revis mon pote Jean-Louis, la première chose qu’il m’offrit, deviner quoi ? du lard fumé, et oui certaines choses on ne les oublie pas. Quand je n’avais rien à faire, mon pote et moi allions chercher les œufs dans le poulailler. Avant de les récolter , on en gobait chacun un, et les autres ont les jetés contre le mur par rébellion. Le fermier nous voyant revenir bredouille. Alors les gars, et les œufs ? Elles n’en ont pas fait monsieur. De tant en tant, on lui en ramenait quelques uns. Pour qu’il n’ait pas de soupçons. Trévi tomba malade, pendant quelques jours, il n’est pas venu à la ferme, j’ai du le remplacer comme vacher, j’ai conduis une dizaine de vaches au champ .Le fermier m’avait recommander d’ouvrir de temps en temps la vanne de la citerne placée en son milieu pour leur donner à boire. Le problème c’est que je me suis allongé sous un arbre et que je me suis endormi. Quand je me suis réveillé toutes les vaches avait couché la clôture du champ d’à coté et mangé le mais. le fermier rapporta ma bêtise au directeur, j’ai écopé d’un dimanche de colle.

Métier de Forgeron Octobre 62

Nous sommes dix nouveaux en apprentissage. Le prof  nous reçoit dans un grand atelier. Il se présente : Je m’appelle monsieur Martau Félicien,( nous l’avons surnommé vivi l’œuf, car il n’avait plus un cheveu sur le caillou).- Pendant trois ans je vais vous enseigner la serrurerie et la forge, afin que vous réussissiez votre  C.A.P. l’atelier, c’est une grande pièce sans cloison, dans l’angle au fond à droite, le bureau du prof. Des établis sont installés au milieu sur quatre rangées, ainsi que le long d’un mur, sur le mur d’en face, il y a plusieurs forges avec leurs grosses enclumes, des élèves de deuxième et troisième années martèlent le fer rouge  pour réaliser des formes suivant un plan qu’ils ont préalablement défini.

Nous recevons chacun un bleu de travail. -Vous allez dans un premier temps, apprendre à limer l’acier. Il me donne un parallélépipède rectangle recouvert sur quatre cotés de calamine, les deux autres cotés avec des traces de scies.une grosse lime, une plus fine pour la finition, une équerre en acier et un pied à coulisse. Je dois limer chaque face la plus plane possible, qu’elle soit d’équerre avec les autres faces, en respectant les cotes du dessin. Cela a durer plus un mois, j’avais mes mains plein d’ampoules. En observant mes mains, Vivi l’œuf me dit c’est le métier qui rentre. Ce type était un peu fou, deux élèves de deuxième année discutaient à la forge, les voyant, il se lève de son bureau, il crie – hé la bas  les deux ! il prend un marteau et leur lance dessus, en disant :-Vous allez bosser oui, je ne sais pas s’il avait une bonne adresse mais, le projectile est passé à cinq centimètres des oreilles de l’un d’eux. Une fois ma pièce terminée, je l’a pose sur un marbre et à l’aide d’un trusquin, je fais un trait tout les cinq millimètres, puis avec un pointeau et un marteau, je marque chaque ligne , je la serre dans mon étau et usine des saignées de dix millimètres de profond avec un burin en enlevant de fins copeaux. J’ai eu les compliments du prof. C’est la première fois de ma vie que je recevais un compliment, j’ai eu une note de 16/20.Souvent, je regardais  travailler les troisièmes années, ils réalisaient des cadres, des volutes, des cercles et assemblaient chaque pièces avec des rivets pour former un grand portail.

Mon frère Vincent apprenait le métier ajusteur dans l’atelier de mécanique de précision, il demanda à son prof si je pouvais apprendre le même métier, aux vues de mes bonnes notes du premier trimestre, il accepta.

Donc, dés le deuxième trimestre, me voila dans l’atelier de mécanique. Mon frère avait réussi le CAP d’ajusteur. Il travaillait comme un dieu, c’était  un des meilleurs éléments .Cela faisait déjà cinq mois qu’il avait quitté ce trou.il a été embauché Chez  Morel un ancien du foyer qui venait de se mettre à son compte prés de chez nous à la plaine.ils usinaient des pièces en acier pour fabriquer des moules métalliques pour la plasturgie afin de mouler des pièces en plastiques.

La proposition

Dans la cour, j’étais dans un coin, assis parterre en train de bouquiner une BD de bleck le roc que Léo,(apprenti forgeron) venait de me prêter. Deux copains ( Gérard B et René P) s’approche de moi, s’assoient, un des deux me dit :Jean , on va se tirer de cette tôle, tu peux nous aider les premiers jours de notre évasion ? Surpris de leur question, je me sens pris au piège. Oui pourquoi ?

Voila on se tire dimanche après la messe, car il n’y a pas d’appel jusqu’au lundi 5heures, on en a plein le cul de cette tôle. On veut faire prendre conscience au monde entier, que l’on est mal traité dans cet enfer (Ils ont toujours eu des notes catastrophiques, à force d’échecs, ils se sont retrouver à la ferme, je les comprends, moi qui l’ait connu à remuer la merde des cochons pendant un mois, eux ils en étaient au sixième mois et ne voyaient pas d’issue pour sans sortir, à travailler les mains gelées au froid, souvent les vêtements mouillés quand il pleuvait.

 -D’accord mais je fais quoi moi ?-on ira se planquer dans la vieille grange abandonnée derrière le château, tu sais celle où tu nous a emmené un dimanche après midi au lieu d’allez au cinéma ,cette grange que tu avais visité quand tu faisais l’école buissonnière, même qu’on avait tout cassé à l’intérieur, on s’asseyait sur des planches à fumer des clopes et on avait des discutions à n’en pas finir et rêvions d’avoir une belle vie, la liberté quoi ? .-Oui je me souviens. Tu nous apporteras à bouffer et nous donneras des nouvelles, où ils nous cherchent ces cons ? etc....-Je leur dis qu’ils peuvent compter sur moi.

Le premier Dimanche du printemps comme prévu ils se tirent après la messe, l’église se situé dans le centre de la Cote .ils ne peuvent emporter quoique se soit avec eux, cela aurait éveillé des soupçons, ils comptaient sur moi pour leur apporter des sacs remplis de vêtements, qu’ils avaient préparé cachés sous leurs lits et aussi un peu de nourriture. Pour la nourriture, j’avais ma petite idée, a peine une semaine avant, Léo me dit :Tu ne sais pas jean ? En se moment je travaille avec  André P. un troisième année, on répart deux fenêtres de la chapelle.-Oui et alors ? Et bien figures- toi que l’économe, emmagasine plein de charcuterie, Saucisson, jambon dans la chapelle.- Ah bon !le salaud lui qui nous file de la  bouffe dégueulasse. Fait une empreinte de la clé, tu me la donnes et je ferai un double au boulot. –Ok, mais comment je fais l’empreinte ?-Tu prends de la mie de pain, tu la mouilles un peu, la malaxe, ça va marcher,-Ok, mais on partage la bouffe d’accord ?.- Marché conclu.

Ah l’économe ! Ce petit bonhomme, le nez crochu, toujours sur le qui-vive, il n’était pas tranquille dans son costume de prix-unic, assez sinistre, ne parlant à personne .il vivait dans un petit appartement prés de la chapelle à l’intérieur du foyer, sa femme était très belle, une blonde aux yeux bleus, comme on en voit au cinéma. Nous la voyons très rarement toujours accompagnée de son mari. On sut plus tard qu’il la séquestrait, car il était sacrément jaloux le fumier, lui interdisant de sortir seule, malgré ça, elle eu une aventure avec un élève de troisième  qui travaillait à la menuiserie, le jour il arrangea sa porte d’entrée, le mari n’étant pas là, il arriva ce qui arriva. Quelques temps après, elle se tira une balle dans la tète, cela à fait grand bruit,(c’est le cas de le dire). L’économe fut congédié un mois plus tard, cela faisait mauvaise presse pour l’établissement, car c’était un peu louche cette histoire, on n’a jamais su la vérité. Je pense qu’il s’en ait bien sorti l’affreux. Les flics ont conclus à un suicide.

Lundi matin 5 heures, le fermier ne voyant pas les deux gars à leur poste de travail, à été directement voir le dirlo .Ils les ont cherchés partout et on conclu à une fugue .Je vous dis pas le branle-bas de combat. Le directeur a prévenu la gendarmerie de la cote afin de trouver les fugitifs.

Au fond de moi, je me marrais de tout ce foin. Cela leur fait du bien à ces pourris, maintenant tout le monde va savoir comment certains élèves sont traités dans cet enfer. Et ça, je sais qu’ils n’aiment pas que l’on mette le nez dans leurs affaires.

Heure du couché 9 Heures Trente

Je suis couché depuis deux heures 15 minutes .Je sais que le pion roupille dans un coin du dortoir derrière son rideau blanc. Je me lève doucement, j’ai rendez vous à minuit avec Léo devant la chapelle, je m’étais couché tout habillé, je prends mes galoches à la main et sort du dortoir. Me voila dans l’escalier, descend le premier étage, m’assoit sur la dernière marche, me chausse et va au rendez vous. Léo m’attend devant la porte de la chapelle, il me dit :-ça va ?Je lui fais un signe affirmatif de la tète. Je sors la clé de ma poche, la rentre dans la serrure, tourne, ouf ! ça marche. Léo me dit :-t’as bien bossé Jean, je lui fais un petit sourire, car je n’étais pas très sûr de moi.

-Viens voir, il m’amène dans un renfoncement prés de l’autel.-Regarde !je lève les yeux, tout le long de deux poutres des saucissons, des jambons, des saucisses sont pendus à sécher. Je ne peux pas m’empêcher dire-ho ! Ben merde alors. Tout ceux-ci, me parait irréel. Léo pince moi !Mais je rêve ma parole. Après que j’eu retrouvé mes esprits, nous prenons une chaise, je monte dessus, prends un couteau dans ma poche et coupe la corde de deux jambons et saucissons, je les passe à mon copain, nous les enveloppons dans deux serviettes. En promettant de revenir plus tard. Au moment de partir, nous entendons du bruit, c’est l’économe qui ouvre la porte, que nous avons fermé à clé par précaution, on se planque dans un coin noir, il éclaire la pièce et nous voit tous les deux blottis derrière une poutre.il dit :-Qu’est-ce que vous faites là, à peine il a terminé sa phrase Léo lui saute dessus en le menaçant de son couteau sous la gorge.-Si tu nous dénonces je te crève .Léo c’est un type qui a le sang chaud, c’est un pied noir qui en a vu des vertes et des pas mures en Algérie .l’économe est devenu tout blanc comme un linge.-je ne dirai rien , je vous le jure(Il ne pouvait rien dire, c’est illégal ce qu’il faisait, planquer de la charcuterie dans une chapelle) Il retourne se coucher la tète dans les épaules. Je dis à Léo : Avec la trouille que tu lui as foutue, J’espère qu’il fermera sa gueule ce connard. Léo je peux te dire un secret,-Oui quoi ? – je sais où sont partis Gérard et René,-A bon !je lui explique l’affaire et lui demande de venir avec moi les retrouver pour leur donner à bouffer. Léo n’hésite pas et me dit :- je vais avec toi, il est un peu comme moi, il est révolté de la façon que certains sont traités parce qu’ils ne sont pas dans le moule qu’ils ont construit. Je dis à Leo :-Je sais où je vais planquer la marchandise, viens .Nous descendons au sous sol muni d’une petite lampe que j’avais pris dans l’atelier de mécanique, mets le tout dans ma cachette. Un trou que j’avais remarqué dans le mur, quand j’allais chercher la nourriture pour les cochons. Nous remontons dans le dortoir nous nous couchons satisfaits d’avoir planqué notre larcin .Je sais que le lendemain, se sera une autre paire de manche pour secourir les fugitifs.

Avec Léo nous avions prévu de se retrouver le lendemain à 23 heures au sous sol pour récupérer une partie de la marchandise. Dans le dortoir tout le monde dort, je me lève doucement sans faire de bruit, je prends les deux balluchons cachés sous mon lit , un rempli de vêtements et l’autre des tranches de pains et deux bouteilles d’eau. Je sors du dortoir, et descends l’escalier jusqu’au sous-  sol. Leo m’attend à coté de notre cachette.je remplis le deuxième baluchon du jambon et des saucissons. Allez on y va Leo. On sort du sous-sol descendant par le jardin pendant 200 mètres, nous arrivons devant le mur d’enceinte .Leo m’aide à le franchir en me faisant la courte échelle, je m’assois à cheval sur le mur, il me passe les baluchons, je les jette de l’autre coté au bord de la route, je me mets à plat ventre, lui tends la main pour l’aider à monter ,nous sautons de l’autre coté et montons pendant deux kilomètres le long des arbres pour ne pas se faire remarquer quand une voiture passe, bien qu’a cette  heure-ci, il n’y a pas âmes qui vivent, nous traversons la ville par des  petites rues passons les halles en direction du collège Hector Berlioz, nous le contournons, arrivons sur un chemin de terre, nous nous éclairons d’une lampe de poche et enfin nous voyons la fameuse grange.je siffle trois fois, on nous répond de la même façon, nos deux copains sont là dans un coin assis sur de la paille.

Gérard dit : Ah !enfin vous êtes la, cela fait deux jours que l’on n’a rien bouffé. On leur donne les deux baluchons, ils se jettent sur les victuailles et mangent comme des loups affamés.

-Alors, les nouvelles ?

- Les flics vous cherchent de partout. Au foyer, le dirlo est furieux.

Ça lui fait les pieds au vieux, il a qu’a mieux nous considérer, merde alors. René qui n’a encore rien dit : Balance, on n’est pas des chiens quand même en mangeant un gros morceau de sausse. En tout qu’à merci les gars, vous nous sauvez la vie. Assis sur des planches, J’allume une clope et la fumons chacun notre tour.

-Vous comptez faire quoi maintenant ?

-On se barre le plus loin possible de ce trou en direction de Grenoble, j’ai un coussin qui pourra nous planquer. Leo donne son couteau à Gérard, il lui dit : Tiens, cela pourra te servir.

- merci tu es un frère Léo.

-Bien on rentre au bercail, on se prend dans les bras, bon courage les gars et vive la liberté.

Nous reprenons la route, une heure après nous étions tous les deux dans nos plumards. Je n’arrive pas à dormir, je pense à mes deux copains fugitifs, je mets mes deux mains derrière la tète et pense : Ils sont sacrément gonflés quand même,  Gérard et René, il faut vraiment qu’ils en aient marre pour s’etre barrés. Je refais le parcours dans ma tête, à un moment en redescendant, on a eu la trouille quand une voiture nous a éclairé de ses phares, on a juste eu le temps de se planquer derrière un talus.

J’ai su plus tard, qu’il était resté dans la grange jusqu’au samedi soir, entre temps, il avait réussi à piquer un vélo et rouler toute la nuit  jusqu’a Grenoble. Le cousin ne pouvant les héberger, Gérard a frappé à la porte de l’ appartement de sa mère, surprise de les voir arriver, elle leur a filait un de ses savons et les menaçant de les dénoncer aux flics s’ils ne rentrent pas au foyer. Ils sont restés deux , trois jours, puis on vagabondait dans Grenoble, ils ont squatté un viel immeuble abandonné prés de la rue Tréscloitre se nourrissant de fruits et de biscuits qu’ils avait chapardé dans une épicerie .Voila trente cinq jours qu’ils ont fait la malle. Au trente sixième jours, à 6 heures du matin les flics les surprirent dans leur sommeil et les ramenèrent au bercail. Ils furent mis en quarantaine, le crane rasé, puis emmener à Beauregard prés de Grenoble.(Qui les a dénoncé on sera jamais)

Un jour je reçois une lettre de Gérard que sa mère m’a envoyé.

 

Salut Jean,

C’est la galère ici, pire qu’au foyer, on est deux par cellule quand nous sommes arrivés, la première chose qu’ils ont fait ces s......, c’est nous faire prendre une douche froide et nous donner du pain et de l’eau pendant dix jours. J’ai le moral dans les godasses, mais je tiens le coup, je préfère encore ça que de remuer la merde des cochons. Si je fais le con, il m’attache les mains dans le dos, je dois tenir une feuille de papier avec mon nez contre un mur pendant des plombes, si elle tombe. je prends des coups de triques sur la tête. Je deviens fou dans ce trou à merde .J’espere que ça va pour toi. Allez salut et merci encore. Gégé.(Je l’ai revu plus tard, il travaillé comme peintre à Grenoble, ils avaient reussi à le mater).

                                                                 Chapitre  6

Première année de Mécanique

 

Quand je suis arrivé en mécanique, j’ai eu droit au bizutage. En allant aux toilettes, j’ai eu la surprise de voir quatre troisièmes années, me foutre par terre, baisser mon froc et me barbouiller ma bite de graisse rouge, c’était la tradition. Les jours passent, j’aime de plus en plus mon métier, je suis en deuxième année, je commence à réaliser des pièces plus complexes, tel une queue d’aronde à retournement, toutes les fins de semaine nos pièces sont présentées sur un grand établi pour que le directeur passe les examiner. Une fois, on sait tous poilés, il a pris une pièce tournée fait par un copain, il essayait avec vigueur de dévisser l’objet alors que c’était un seul élément.

L’été 1964, pendant un mois, je suis chez ma mère en vacances. Un après midi, je prends le solex de mon frère et je vais à la piscine municipale du village de ST M d’Hères, c’était une grande piscine avec deux bassins. Dans le grand, il y avait un plongeoir de trois mètres.  Pour la première fois, je monte l’escalier et m’apprête à plonger, j’avais un peu la trouille, mais je l’ai fait, j’étais content j’avais vaincu ma peur.

Quand j’ai rejoins le bord de la piscine, j’entends une voix qui me dit :- Mais tu es jean Lou ? Je lève la tête, qui je vois, Nini en maillot de bain deux pièces, je sors de l’eau. Sur le moment je ne l’avais pas reconnue, elle était devenue obèse. Voyant mon étonnement, elle me dit : Je suis Danièle, on s’embrasse voila 9 ans que l’on ne s’était revu. Pendant une heure, chacun à son tour on se raconte ce que l’on est devenu. En lui parlant, je voyais dans ses yeux bleus, les enfants que nous étions à l’époque des escapades dans les champs. Bien sur une idée me trottait dans la tête, je commençais mon adolescence et la testostérone me travaillait.je lui propose de la ramener chez elle sur mon solex. Elle accepta, mais par malchance, le solex ne supporta pas le poids imposé, au bout de 300 mètres la roue arrière se décrocha, et Nini se retrouva le cul parterre, les quartes fers en l’air. Honteuse, en colère, elle me traita de tous les noms de la terre et partit à pied. Penaud, j’ai essayé de refixer la roue et je suis rentré chez moi.(il aurait mieux fallut que je ne la revois pas. Un jour, je parle à Vivi de ma mésaventure, et voila qu’il me dit : tu vois la Danièle, ben je vais te dire en me tapant sur l’épaule, moi je l’ai sauté ! Sacré Vivi, il me les fera toutes.

 

En troisième et dernière année, le vendredi soir, le sous-directeur nous réunit tous dans une salle pour nous faire un pitch,(de la morale en somme),nous donne la note de la semaine à chacun d’entre nous. Si on n’a pas la moyenne on est privé de sortie le dimanche après midi.

A l’âge de mes seize ans, J’ai été désigné comme Pion, j’avais tout un dortoir à surveiller des enfants de huit à dix ans. le dimanche après midi, j’étais libre, j’avais un droit de sortie en ville, en général, j’allais au cinéma, où à la vogue quand les forains étaient la. Avec Franck,(il apprenait l’ajustage aussi) on été toujours fourrés aux autos- tamponneuses. Je faisais très peu de tours vu mes moyens. Il me dit : On garde un jeton pour prendre les cotes, on en fera plein avec le tour dans l’atelier de mécanique tu veux ?. Ok ! J’ai trouvé l’idée géniale. Donc pendant la semaine quand le prof n’était pas là, nous avons usiné des jetons en aluminium, nous les avons bien polis, et le dimanche d’après, nous voila au stand des autos tamponneuses. On passe au guichet prendre deux jetons chacun pour qu’il n’est pas de soupsons et on choisit deux voitures, Franck prend une bleue et moi la rouge .On entendait une chanson de Franck Alamo chantait » biche au ma biche tu as des jolies yeux »avec Franck on se tamponnait, on n’arrêtait pas, c’était vraiment bien, on tamponnait aussi une voiture où il y avait  deux filles très mignonnes, elles riaient, je crois qu’on avait la cote. Après avoir utilisé les deux jetons, nous utilisons les faux jetons nous en mettons un dans la fente. Hourra !ça marche, on continue à faire des tours gratis, à la fin du troisième tour un employé du stand saute sur mon auto, je suis en train de mettre mon quatrième jeton dans la fente, il essaie de me la retirer, je pousse très fort pour que le jeton rentre dans la fente. j’ai le front trempé de sueur, le gars me regarde et me dit :- c’est le dernier tour gamin après tu te tires d’accord ?- Oui monsieur. J’ai fait ni une ni deux, j’ai arrêté l’auto et on est parti sans demander nos restes. Franck me prend par le cou et me dit : on les a bien baisé hein, je lui réponds : Oui ! Mais cela à été chaud, en soufflant sur ma main encore souffrante d’avoir forcé sur le jeton pour qu’il disparaisse dans la fente. Franck s’était un bon copain, déjà avant de venir en pension, il en a bavé plus que moi, quand nous allons faire de la gym, c’était le plus fort, dans toutes les disciplines, la course à pied, le monter à la corde, les barres parallèles, barres fixes, c’est le seul qui faisait la figure du « soleil » il était vraiment doué.

Un dimanche, j’aimais bien être seul, je prends un billet de cinéma et m’installe pour voir le film, une place à coté de moi étant libre, une jeune fille s’assoit en me regardant, je lui fais un sourire, elle me sourit à son tour, je n’en revenais pas, c’est la première fois depuis longtemps,( depuis Nini d’ailleurs), qu’une fille me sourit. Avant que le film commence, je lui demande son nom.-je m’appelle Giséle et toi ?Jean.

Je la regarde, elle est brune, les cheveux courts, les yeux bleus, le visage assez rond, habillée d’un tailleur gris avec des rayures bleus, avec une jupe plissé, pas trop mal foutue, elle a une bonne paire de seins.- tu es du foyer ?,-oui, nous les filles de la cote on se méfie des gars du foyer. Oui Je sais nous avons mauvaise réputation.- Mais toi tu parais mignon. –Merci. Le film commence, j’attends cinq minutes, je tente de lui prendre la main, elle a un petit sursaut mais ne la retire pas, je pose ma main sur sa cuisse, et la caresse doucement, je n’avais jamais touché une peau aussi douce, elle me dit :- Mais tu vas où comme ça ?. Choqué je retire ma main.-Oh pardon !-tu es un rapide toi.- Désolé, vous êtes trop belle !-Et ben embrasse moi alors. Je la prends par le cou et pose mes lèvres sur les siennes. C’est mon premier baiser, je n’en revenais pas , enfin une douceur dans ma vie, c’est incroyable, une fille s’intéresse à moi. A la fin du film, la salle s’éclaire, nous nous regardons complices de nos baisers, sortons en se tenant la main, et promettons de se revoir. Je ne l’ai jamais revue. Un autre dimanche, j’ai connu Yolande une belle brune avec des grands yeux noirs, je lui ai proposé de boire un verre dans un bar, puis nous sommes allés nous promener derrière le château Hector Berlioz, où plus jeune je faisais l’école buissonnière, nous nous sommes assis dans un champ et avons flirté comme des amoureux. Puis nous nous sommes séparés vers cinq heures.je ne l’ai jamais revu non plus.

Examens

Arrive le 30 mai 1965, nous passons nos examens, d’abord pratique puis théoriques.

Le 18 Juin, j’ai la bonne surprise, d’avoir réussi mon C.A.P. d’ajusteur. Le diplôme en poche, ni une ni deux, je dis au revoir à Léo et à Franck et mon prof de mécanique monsieur André S. j’ai pris ma valise avec mes affaires et je suis monté  à la cote st André, le cœur léger, je crie comme un fou, heureux d’être libre .Je prends le car pour Grenoble, je me suis juré de ne plus remettre les pieds dans cet endroit. Vive la liberté. Enfin la vie va me sourire jusqu'à aujourd’hui.

De retour chez ma mère, tous mes copains étaient partis vivre leur vie, il restait plus qu’Alain le frère de Serge, je m’entendais bien avec lui, c’était un bon pote .Le week- end nous allions boire des pots avec d’autres copains dans le centre de Grenoble, car en semaine,je travaillais. J’ai tout de suite trouvé du boulot. Puis j’ai connu Mireille, ses parents avaient emménagé au troisième de l’immeuble. Des fois elle venait me voir, dans ma chambre, on échangeait des livres. elle avait deux ans de moins que moi, elle avait un très beau visage d’italienne avec de grands yeux, les cheveux très noirs coupés à ses épaules. Quand elle m’a prêté le livre de Barjavel, j’ai tout de suite flasher, certains autres était plus sérieux (Victor Hugo , Balzac, etc....)mes livres, c’était plutôt des polars(le saint, OSS 117, San Antonio).nos sommes restés amis jusqu'à mes vingt, après j’ai pris mes ailes, je ne l’ai plu revue. Je n’ai jamais osé l’embrasser, bien qu’elle soit plus jeune elle m’intimidait, pourquoi ? je ne sais toujours pas, peut- etre la trouvais-je trop intellectuelle, allez savoir. Avec ce que j’avais enduré plus jeune, je manquais de confiance en moi surement.

La société où travaillait Vivi m’a embauché comme outilleur, je travaillais neuf heures par jour et après le boulot je suivais des cours du soir, pendant trois ans, pour apprendre le métier de dessinateur industriel. J’y suite resté jusqu’a l’armée, puis je suis partit pour Genève dans une société sous-traitant du CERN, mais ça c’est une autre histoire.

 

                                                                              FIN

Maintenant, je commence à être vieux. La sagesse est en moi.

 

Faire parler son cœur

C’est,comme une fleur qui s’ouvre

Parfumant la vie

 

Contemple les étoiles

Choisis en une

Elle te guidera vers ton chemin

 Tout le long de ta vie

 

L’essentiel c’est d’étudier

Comprendre la nature

Pour connaître tous ses secrets

Et surtout la protéger

             

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