Maya

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Ça y est, la petite Maya vient de naître. Elle paraît toute frêle, là, dans son berceau, entourée de sa famille. Il y a maman Marcia, à l’allure si androgyne qu’on aurait aisément pu la confondre avec son jumeau l’oncle James. Puis à coté d’elle, il y a papa, Erik junior, ou encore Erikson, qui a le même prénom que grand-père Eric, ce qui l’a probablement empêché de devenir totalement lui même ! Et c’est vrai que quand on regarde les albums photos des vacances d’été, celui où les photos se sont subrepticement mélangées, les photos de papa Erikson et grand-père Eric à la plage se retrouvant l’une à coté, on a vraiment l’impression de regarder les photos de la même personne, mais à des âges différents... La petite Maya dort paisiblement dans son berceau, fatiguée du voyage qu’elle vient de faire entre la maternité et sa toute nouvelle maison. Papa et maman la regardent dormir, avec un air déterminé dans le regard. Ils se le sont jurés, à eux deux, Erikson et Marcia, ils feront tout pour que leur petite Maya devienne elle même. Ils l’aideront à dépasser tous les dilemmes, toutes les crises ! Maya deviendra Maya ! Et personne d’autre !

La petite Maya n’est pas née depuis si longtemps. Elle n’a pas encore un an. Le bébé est donc dépendant de ses parents. Elle dépend d’eux complètement ! Néanmoins, elle a déjà compris 2-3 trucs. Elle ne peut rien faire, certes. Elle ne peut pas se nourrir toute seule par exemple. Elle ne peut même pas maintenir en place son biberon quand elle tète ! Pourtant... pourtant elle peut pleurer quand elle à faim ! Brailler, chouiner, pleurer, hurler même. Ça, elle peut parfaitement le faire. Surtout quand elle a faim. Et là, elle a vraiment, vraiment, vraiment faim! Elle pourrait boire au moins deux biberons d’affilé d’une seule traite ! Le problème, c’est que Maman s’est vraiment levée du mauvais pied aujourd’hui ! Elle est grincheuse et à tendance à crier pour un rien, hurlant parfois même plus fort que Maya ! Mais il fait si faim... et la petite se sent si inconfortablement installée dans son lit... elle est sur le point de crier... Mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que la compilation de tous les instants tels que celui qu’elle est en train de vivre sont en train – juste à cet instant – de se télescoper pour se compiler en un événement unique, déterminant pour son futur. Maya va commencer à pleurer, tant elle soufre de la faim. Maman va alors arriver. Et le sentiment que ressentira Maya juste au moment où elle apercevra maman, juste au moment ou elle ne fera que sentir son odeur caractéristique de maman même, conditionnera son futur. Est-ce que Maya, à l’approche de maman, se sentira Confiante ? Persuadée qu’elle est que maman comprendra tout de suite son problème et lui donnera son biberon dans la foulée ? Ou est-ce que c’est la Méfiance qui l’emportera, persuadée que maman est décidément de trop mauvaise humeur, et qu’elle hurlera donc nécessairement – en retour – encore plus fort qu’elle ?

Voilà passé le 1er stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 0 et 1 an et débouche soit sur la confiance, soit sur la méfiance.

Pas beaucoup plus tard. Ça y est, Maya a fêté sa 1ère bougie il y a quelques mois, et elle n’est probablement pas loin des 2 ans. L’enjeu en ce moment, ce qui occupe une grande portion de sa vie et de ses pensées, c’est le pot ! Aujourd’hui, maman travaille. C’est papa qui la garde. Et papa est derrière sont ordinateur. Et Maya, elle, elle a trop trop envie de faire caca ! Elle a bien essayé d’attirer l’attention de papa... et elle se souvient très bien de maman en train de gronder papa par avance, ce matin, pour le forcer à pas oublier de la mettre sur le pot en milieu de matinée... Ou là là ! Maya a décidément trop envie d’aller sur le pot ! Elle ne sait pas si elle va réussir à se retenir ! Papa va bien finir par y penser ? Ça y est, il se lève... Est-ce qu’il se souvient enfin ? Et s’il se souvient pas, est-ce que Maya va réussir à tenir encore un peu ? Elle ne le sait pas, mais aujourd’hui est un jour spécial, où doit se télescoper tous les jours passés et à venir où elle aura jamais envie d’aller faire caca à nouveau ! Oui ! Rien que ça ! Et là, ça va sacrément dépendre du contenant qui le recevra en 1ère instance ! Parce que la récompense, si elle arrive à continuer à jouer au super héros pour se retenir tant que le pot ne sera pas à disposition, c’est un super méga sentiment d’Autonomie ! Mais si tout atterrit dans sa culotte faute de timing... là c’est la Honte et le Doute assurés ! Est-ce qu’elle arrivera jamais à se débarrasser de ces couches puantes et encombrantes qui la font ressembler à un sumo miniature ?

Voilà passé le 2nd stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 1 et 2 ans et débouche soit sur l’autonomie, soit sur la honte et/ou le doute.

Flash-back suivant. Bien des mois ont passé encore. Maya est entrée en maternelle depuis un bon moment déjà. Elle a donc plus de 3 ans mais moins de 5. Elle ne sait plus trop, parce qu’on est pas en classe mais dans la court de récréation. La petite fille vient d’avoir une super-méga bonne idée, dont elle est super-méga fière ! Grimper à l’arbre qui trône au milieu de la court pour être hors d’atteinte du chat qui les poursuit et donc gagner haut la main la partie ! Bon, rien qu’à l’idée, sa mère en aurait la nausée ! Et si son père l’apprend, c’est la fessée assurée !! Mais elle en est sûre. Persuadée même ! Elle peut y arriver. Elle peut gagner !! Elle ne le sait pas, mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. C’est encore une fois un jour où se télescopent tous les jours passés et à venir. L’enjeu ? Ben monter à l’arbre, pardi ! Est-ce qu’elle arrivera assez à faire preuve d’Initiative pour grimper à l’arbre et gagner la partie ? Est-ce que la voix de ses parents résonnera tellement dans sa tête que tout sera balayé par un énorme sentiment de Culpabilité à l’idée de le faire ? Ce qui immanquablement la fera ralentir, permettant indubitablement au chat de l’attraper ?!

Voilà passé le 3ème stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 3 et 5 ans et débouche soit sur l’initiative, soit sur la culpabilité.

Ça y est, Maya est passée chez les grands, en primaire. Elle apprend ardemment à lire et à compter. Elle essaie d’être une bonne élève, de participer, et de répondre le mieux qu’elle peut à sa maîtresse. C’est qu’elle l’adore, sa maîtresse, et Maya veut très fort qu’elle soit fière d’elle ! Elle n’a déjà plus 6 ans depuis bien longtemps. Elle est encore loin des 12. Ils sont en salle de classe, en cours d’histoire si elle se souvient bien. La maîtresse vient de leur poser une question. C’est une question difficile. Maya n’est pas sûre de réussir à donner la bonne réponse mais elle lève quand même sa main très vite. La maîtresse donne souvent la parole au premier qui lève la main et Maya ne peut l’impressionner que si elle essaie. N’est-ce pas ? La petite sent son cœur battre très fort dans sa poitrine. Peut-être sent-il, lui, parfaitement qu’on est à nouveau un jour spécial ? Est-ce que les cœurs sont assez sensibles pour avoir cette intuition là ? L’intuition des jours qui se télescopent tous en un seul ? Dans tous les cas, comme elle a levé la main très vite, c’est sûre, ce sera à Maya de répondre à la question difficile ! Et là, elle se trouve à nouveau au carrefour de deux chemins possibles ! Soit elle arrive à répondre correctement et le sentiment de Compétence qu’elle ressentira alors sera tel que ça lui donnera confiance en elle à tout jamais ! Soit elle se trompera lamentablement, laissant à son adversaire le plus redouté la possibilité de briller à se place. Et alors, à coup sûr, un effrayant sentiment d’Infériorité la balaiera de part en part, la transformant à tout jamais en une petite coccinelle fragile tout juste bonne à paraître mignonne !

Voilà passé le 4ème stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 6 et 12 ans et débouche soit sur la compétence, soit sur l’infériorité.

Plusieurs années passent, le collègue arrive. Puis le lycée. Et l’adolescence qui l’accompagne. Maya s’éloigne enfin de plus en plus de ses 13 ans, tout en se désespérant chaque jour de ne pas encore en avoir 18. Au grand soulagement de son père, elle se questionne vraiment beaucoup. Oh, sur tout et sur rien. Sur le sens de l’existence, sur son parfum de glace préféré, sur ce qu’elle veut devenir plus tard, sur qui elle admire le plus, sur le garçon avec qui elle rêverait de sortir... Et si son père s’en émerveille, c’est qu’il ne s’est jamais beaucoup questionné, lui, quand il était jeune. Il s’est contenté de s’engager dans la même voie que son père, résigné à entrer dans l’affaire familiale. Du coup, il s’est enfermé tout seul dans une sorte de Forclusion, devenant un clone de son propre père ! Néanmoins, il arrive tout de même à se féliciter que ça fille – elle – décide de tout remettre en question. Il n’y a plus qu’à attendre que Maya fasse ses propres choix, s’engage sur ses propres décisions, afin d’obtenir enfin une Identité réalisée. Dans l’entre deux, la jeune fille reste dans une sorte de Moratoire des plus confortable ! Profiter de n’être pas tout à fait adulte, toujours sous la responsabilité de ses parents, pour tester toutes les possibilités, afin de choisir ce qui lui correspond vraiment le mieux, ce qui lui permettra de la révéler à ce qu’elle est vraiment. Et elle en profite d’autant plus que cette capacité à se questionner est tout nouveau pour elle. Auparavant, incapable ni de se questionner ni de s’engager, elle avait l’impression d’être coincée dans une sorte de Diffusion d’identité. Comme si elle était une sorte de marionnette portant 36 milles masques les uns sur les autres, condamnée à tous les porter sans jamais savoir lequel lui conviendrait le mieux, ni avoir le courage de n’en porter aucun. Mais elle a eu un déclic, dernièrement, qui a contribué à débloquer la situation. Oh pas un de ces moments bizarres, qui lui arrivent parfois. Non. Juste un déclic. Enfin... plutôt trois, pour être tout à fait exact ! Mais les uns après les autres. Un déclic composé de trois !! Le premier déclic, il s’était fait lorsqu’elle s’était aperçue qu’en fermant très fort les yeux, elle continuait néanmoins à rester elle même. Il y avait une sorte machin en elle, un noyau dur, comme en chimie. Comme le noyau du cours, tout au centre de l’atome, avec des forces énormes qui étaient là pour empêcher les électrons de se carapater ailleurs, permettant ainsi à l’atome de garder son intégrité en un tout cohérent. Et bien c’était pareil. Elle aussi avait un noyau tout au fond d’elle même, une identité intérieure secrète qu’elle n’arrivait à percevoir qu’en fermant très très fort les yeux et en se concentrant sur elle même. Et les même forces qu’en chimie étaient bien là elles aussi. Si bien que quand elle réfléchissait après coup à ses actes, elle s’apercevait qu’ils ne dépareillaient pas tant que ça avec cette fameuse identité secrète cachée, censée la représenter. Ils s’y intégraient bien souvent parfaitement même. Et le tout était bigrement cohérent. Si bien qu’il était parfois même plus facile d’analyser ses actes que de fermer les yeux pour la voir ! Surtout que cette cohérence, elle la retrouvait au fond à chaque fois, quand elle regardait vraiment très fort en elle, en fermant très très très fort les yeux ! Ça marchait à l’école autant qu’avec les parents. Mais aussi quand elle était avec sa meilleure amie. Pareil entre potes. Et même parmi des inconnus. Tout s’agençait parfaitement à son identité intérieure secrète. Intégrité ! Ensuite, le second déclic, il était arrivé lorsqu’elle s’était aperçue que son identité intérieure secrète, ben... à bien y réfléchir, elle était pas si secrète que ça ! Tout du moins pour elle même. Plus exactement pour celle qu’elle était avant d’être elle même aujourd’hui. Dernièrement, elle était retombée sur le journal intime qu’elle avait tenu des années plus tôt. Et en le relisant, un soir, à la lampe de poche, calfeutrée sous sa couette, elle l’avait parfaitement reconnue ! Elle était bien déjà là, un peu différente mais parfaitement reconnaissable, entre ces pages d’un autre âge. La nuit suivante, elle avait fait un rêve bizarre, où elle était vieille. Et l’identité intérieure secrète était bien encore là. Pas tout à fait identique mais super ressemblant quand même ! Et bim ! Deuxième déclic. Elle avait compris qu’on était pas chaque jour différent, on continuait toujours à être la même. Et on ne changeait jamais qu’à peine et petit à petit. Continuité ! Le troisième déclic, elle l’avait eu dans la foulée des deux premiers.Le jour où elle avait compris qu’une bonne façon de se débarrasser une fois pour toute de tous ces masques qui l’encombraient, c’étaient de se contenter... d’avoir le courage d’interagir avec les personnes qui l’impressionnaient le plus. Ceux qui la faisaient irrémédiablement se questionner. En les imitant, plus besoin de masque. Magique ! Et ça aidait drôlement à la rendre bien visible – tout du moins à ses propres yeux – son identité intérieure secrète (comme elle se plaisait à l’appeler). Au bout d’un moment, plus besoin même de fermer les yeux ! Intégrité, Continuité et Interactivité, les trois formules magiques propres à faire miroiter son identité intérieure secr... Sauf qu’un jour, après moults questionnements, il avait fini par arriver, ce moment où tout se télescopait, emballant son cœur à lui en faire manquer un battement ! Et ce jour là, elle avait du choisir : s’engager à faire de son identité intérieure secrète son identité tout court, visible par tous et assumée. Son Identité tout court, quoi ! Ou bien continuer à chercher indéfiniment, ne jamais se fixer, et rester en pleine Confusion d’identité.

Voilà passé le 5ème stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 13 et 18 ans et débouche soit sur l’identité, soit sur la confusion d’identité. Avec 3 composantes du développement identitaire que sont l’intégrité (et la cohérence), la continuité et l’interactivité.

Mais il y a aussi ici les 4 statuts d’identité (ou niveau de construction identitaire) de Marcia (1966, 1980) à savoir l’identité réalisée, le moratoire, la forclusion et la confusion d’identité. C’est 4 niveaux correspondant à un état – activé ou non – du questionnement et de l’engagement.

De nouvelles années ont passé. Maya est maintenant adulte, elle a plus de 19 ans. Enfin... adulte légalement parlant. Parce qu’on fond, elle se sent pas vraiment adulte, elle. Pas même jeune adulte à vrai dire. Enfin... c’est pas comme si elle avait déjà 35 ans quand même ! Maya est très heureuse en ce moment. Parce qu’elle a un amoureux. Depuis des mois maintenant. Et elle en est persuadée de chez persuadée ! Cette fois ci, c’est le bon ! C’est forcément son âme sœur ! Et d’ailleurs, elle y croit tellement qu’elle lui a proposé qu’ils emmenagent ensemble ! Et il a accepté !! Y a plus qu’à trouver un truc qui leur convienne à tous les deux. Bon. C’est vrai. Et a demander à leurs parents respectifs de se porter caution. Quelques mois plus tard, installée dans son plus si nouveau appartement, Maya se sent un peu triste et à l’impression que son cœur s’emballe un peu. Elle le met sur le compte de la colère, ne se rendant pas compte d’être à nouveau un de ces jours de tempêtes où le passé et le futur se télescopent. C’est qu’il n’est pas si facile que ça de vivre ensemble au final ! Pas si facile d’être un à deux tout en restant soit même. Pas si facile de simplement réussir à partager tant de choses et à vivre au même endroit. Surtout quand on commence à s’apercevoir qu’on est quand même très différents l’un de l’autre. Et que cet autre, justement, il nous semble sacrément différent de ce qu’on pensait qu’il était au début ! C’est que vivre ensemble nous en apprend, des choses, sur celui qui partage notre vie ! Et là, deux possibilités s’offrent à elle. Encore une fois. Soit Maya remporte le pari de l’Intimité en cherchant une solution pour dépasser ses craintes et pour trouver le moyen d’accepter son amoureux tel qu’il est, tout en ne se niant pas elle même. Vaste programme ! Soit elle décide de ne transiger sur rien et elle se réfugie dans l’Isolement ! Rien que ça ! C’est pas un choix qu’on fait tous les jours. Voilà qui explique nécessairement son cœur qui s’emballe ! Tout en se mordillant le pousse, Maya se roule en boule, toute à ses hésitations.

Voilà passé le 6ème stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 19 et 35 ans et débouche soit sur l’intimité, soit sur l’isolement.

Ça fait pas si longtemps que Maya a fêté son 36ème printemps. Si tant est qu’on puisse encore parler de printemps à son âge ! Elle est d’ailleurs aujourd’hui si patraque qu’elle a l’impression d’en avoir plutôt 60 ! Rien que ça ! C’est qu’elle se triture les méninges depuis quelques jours. Est-elle vraiment prête pour faire un enfant ? Est-elle assez mûre pour mettre en route la génération future ? Et quand bien même elle n’en voudrait pas, d’un petit mouflet grassouillet et bruyant, est-ce que ça l’exempterait vraiment de ne rien construire ? Est-ce qu’elle ne se doit pas, quelque part, de laisser une trace à la postérité ? Un battement de cœur lui manque tandis que tout un tas de jours de questionnements divers se télescopent en cet instant. Fera-t-elle donc preuve de Générativité, accouchant – au choix – soit d’un môme soit d’un projet grandiloquent et passionnant qui, dans un cas comme dans l’autre, l’engage au moins jusqu’à sa retraite ? Ou son incapacité à sauter le pas la plongera-t-elle dans une Stagnation des plus écœurante ? D’un coté, elle a des ressources : un bon job, un conjoint aimant... ou du moins pas trop chiant ! De l’autre... de l’autre, c’est quand même super tentant, de passer ad vitam ses soirées à manger des pizzas sur le canapé en regardant des séries TV. De simplement se contenter de faire face au quotidien. Une flaque d’eau accroche son regard : la machine à laver s’est encore mise à déborder ! Alors ? Va-t-elle enfin acheter cette bouteille de Destop pour bien le déboucher, cet évier ? Ou se contentera-t-elle de continuer à stagner dans des flaques d’eau savonneuse tout en passant la serpillière ?

Voilà passé le 7ème stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule entre 36 et 60 ans et débouche soit sur la générativité, soit sur la stagnation.

Maya est maintenant à la retraite et ses 61 ans commencent à être loin. Mais bah... tant qu’elle est en vie... ! Dans tous les cas, elle le sent de plus en plus chaque jour ! Elle a maintenant dépassé l’âge de l’espérance de vie de son sexe et peut bien crever à tout moment ! On dira donc que chaque jour, c’est bonus ! Dans tous les cas, il est plus que temps de faire un peu le bilan de sa vie. Histoire d’être sûre de partir peinard ! Oh, elle y pense souvent, se retournant sur son passé, revivant les grands évènement de son existence. Et en trempouillant chacune de ces madeleines délicates dans sa tasse de thé sans aucune culpabilité encore ! Mais là, aujourd’hui, elle le sent au plus profond d’elle même, à chaque battement de cœur qui s’enlise. Oh ! Rien de grave ! Pas de quoi s’inquiéter. C’est qu’elle a appris à les reconnaître, ces fameux jours si spéciaux, pendant lesquels tant de choses différentes semblent se télescoper ! Et aujourd’hui, la question cruciale est de savoir si – au regard des expériences et des choix qui ont jalonné sa vie – Maya arrive à garder la tête haute, sûre et certaine qu’aucun de ces moments n’a porté intégrité à ses valeurs personnelles les plus profondes ! Alors ? Peut-elle vraiment le dire sereinement, en son âme et conscience, alors qu’elle se retourne sur sa vie passée ? A-t-elle donc réussi à faire preuve comme il se doit d’Intégrité personnelle ? Parce que si la réponse est négative, elle n’a plus que ses yeux pour pleurer, sûre qu’elle sera de plonger dans le Désespoir le plus total. Enfin... à moins qu’elle ne se décide enfin à devenir croyante et à allumer cierge sur cierge, durant tous les jours qui lui restent, matin midi et soir. Sur un malentendu, on pourra peut-être quand même lui permettre de faire la paix avec elle même non ? Et peut-être même que le petit bonhomme tout rabougri, là, celui qui garde les portes du paradis en scrutant tous ceux qui s’y présentent... Peut-être qu’il aura alors assez pitié d’elle, toute couverte de cire qu’elle sera, pour lui en ouvrir tout de même les portes...

Voilà passé le 8ème et dernier stade du modèle du développement du moi en 8 stades psychosociaux d’Erikson (1968). Ce stade se déroule au-delà de 61 ans et débouche soit sur l’intégrité personnelle, soit sur le désespoir.
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