7
min

Maxence...

Image de Hervé Mazoyer

Hervé Mazoyer

142 lectures

32

1 - Il arrive

Quand il se décide à rejoindre l’autre rive,
A quitter le doux cocon des neuf mois,
Pour provoquer le plus doux des émois,
Maman le sent et crie « il arrive ».

Mon amour j’ai perdu les eaux !!!

C’est par cette phrase laconique que Véronique s’exprima devant son compagnon médusé, le cœur battant la chamade.

Il lui demanda de bien vérifier mais pas de doute c’était bien le cas...

La panique gagna le jeune couple qui ne trouvait plus la valise et les affaires pour l’hôpital.

Une fois dans la voiture ils se regardèrent l’un l’autre avec émotion...

Très bientôt nous serons trois et tu feras un papa merveilleux.

Leurs yeux embués de larmes brillaient d’amour.

4 heures du matin. Les quais du Rhône englués dans une circulation automobile dense en journée étaient déserts.
Le trajet ne prit guère plus de 15 mn pour rejoindre l’hôpital.

L’accueil et les formalités administratives terminés, ils se retrouvèrent seuls dans une chambre silencieuse.
Ils se comprenaient très bien sans même avoir à articuler un seul son.
Il se pencha sur le ventre de Véronique y déposa un bisou et s’adressa à son futur enfant.

Je t’attends Maxence, si tu savais comme je t’attends...

Le toc toc toc sur la porte d’entrée rompit ce moment d’émotion. L’infirmière et la sage-femme confirmèrent l’arrivée très prochaine du bébé et donc des contractions pour Véronique.

Il lui serra la main. Pour ne faire qu’un avec elle. Pour lui signifier sa volonté de faire face ensemble..
Ce sentiment d’inutilité était tellement frustrant pour lui...

Débute alors l’attente... après tout cela fait neuf mois qu’il se fait désirer il n’est plus à quelques minutes près...

Le va et vient du personnel soignant rythme la matinée qui passe doucement.
Puis à l’heure du déjeuner les premières douleurs violentes et la péridurale qui s’impose...
Véronique est redevenue calme. Il en profite pour aller déjeuner .
Il a la tête dans les étoiles quand il passe sa commande au restaurant.
A peine est-il servi que son portable sonne.

Viens vite tout s’est accéléré. Je vais accoucher d’une minute à l’autre.

Remontant les marches de l’hôpital vitesse grand V il surgit dans la chambre pour voir tout le personnel affairé autour de Véronique qui pousse des cris de souffrance.
La tête était déjà visible. Quelques poussées plus tard, la douleur n’était plus qu’un mauvais souvenir. Maxence venait de naître tandis que son père en larmes ne parvenait plus à articuler un seul son.
Le soir venu dans la chambre plongée dans la pénombre Véronique s’endort avec à côté d’elle une petite respiration qui la rassure.


2 – Un grand malheur

Le malheur est comme un oiseau de proie,
Les serres ouvertes il fond avec mauvais aloi,
Sur sa victime en plein désarroi ,
L’âme détruite, le cœur rempli d’effroi...

Quelque chose ne va pas Docteur ?

Le praticien n’arrêtait pas d’ausculter Maxence avec son stéthoscope. Puis l’air inquiet il se tourna vers Véronique.

Il y a un souffle perceptible à l’examen. De plus je ne perçois aucun pouls fémoral
Et cela implique quoi ?
Probablement un trouble cardiaque. Nous allons prévoir une échographie pour demain matin. Essayez de vous reposer.

Le monde venait de s’écrouler sur les épaules de Véronique. Elle voulait croire que ce n’était rien, qu’un enfant tout neuf était forcément en bonne santé, mais au fond d’elle-même, elle avait un mauvais pressentiment. Ne voulant pas l’inquiéter outre-mesure, elle parla d’un simple examen de contrôle à son compagnon ne nécessitant pas sa présence. Elle pensait être en mesure d’affronter ce moment toute seule.

Le lendemain matin, blottis dans l’ambulance les voilà tous les deux en route vers le centre cardiologique. Elle n’avait pas dormi de la nuit scrutant les moindres gestes de son bébé. Le verdict allait bientôt tomber.

Allongé sur la table Maxence était calme pendant que la sonde échographique passait sur sa poitrine.
Puis le radiologue se racla la gorge, se tourna vers Véronique et prit la parole.

Je vois des choses. Il va falloir être courageuse et ne pas pleurer. Maxence souffre d’une malformation cardiaque appelée coarctation de l’aorte. Pour faire simple, une partie de son aorte est très rétrécie ce qui empêche la partie inférieure de son corps d’être correctement irriguée. C’est pour cela que les pouls fémoraux sont absents. Nous allons lui donner un médicament visant à maintenir temporairement le canal artériel ouvert. Il souffre aussi d’une CIV un trou dans un ventricule cardiaque. Il va falloir l’opérer très rapidement pour son problème d’aorte car si rien n’est fait son pronostic vital est engagé à très court terme. Puis si tout se passe bien dans quelques mois il sera opéré à cœur ouvert afin de réparer le trou présent dans son ventricule. Vous allez être mis en contact rapidement avec le chirurgien qui vous en dira plus. Faites confiance à la médecine et couvrez votre bébé d’amour il va en avoir besoin pour traverser cette épreuve.

Un tsunami venait de s’abattre sur la jeune maman. Elle, si épanouie et heureuse il y a un jour à peine était ravagée par l’angoisse ne pouvant contenir une crise de larmes.
Mis au courant, son compagnon vint la rejoindre très rapidement se serrant très fort l’un contre l’autre pleurant toutes les larmes de leurs corps.
Et la peine ne venait que de commencer. Lorsque les infirmiers vinrent pour mettre Maxence en couveuse et le transférer en soins intensifs, la séparation d’avec ses parents fut un déchirement absolu. Et la douleur à son paroxysme. Ils allaient faire connaissance avec un univers qui allait les marquer à jamais.


3 – Si petits pour souffrir

Existe-t-il un âge pour souffrir,
Pour se confronter à la mort,
A peine nés qu’il faut partir,
Sans le moindre réconfort .

Le rituel était toujours le même. Sonner à la porte. Le sas qui s’ouvre. Enfiler une charlotte, une blouse, des protections pour les chaussures. Puis se laver les mains avec un savon spécial. Enfin le gel hydro alcoolique.
Une deuxième porte qui coulisse...et un monde qui s’ouvre à vous. Des infirmières qui s’affairent d’une couveuse à une autre. Des parents dépités, angoissés, en pleurs. Et le bruit insoutenable d’alerte des moniteurs quand la saturation en oxygène est trop basse ou le rythme cardiaque anormal.

L’unité des soins intensifs abrite soit des bébés en attente de transfert vers un service chirurgical lorsque de la place se libère, soit des grands prématurés.

Dire que cet endroit est impressionnant est en dessous de la vérité. Enfermés dans des sortes de boîtes qui pour beaucoup de parents prennent des allures de cercueil , des petits anges luttent pour leur vie.

Certains ne pèsent que quelques centaines de grammes. De quel côté vont-ils basculer ?

Dans une des couveuses, un nouveau-né semble souffrir. Il est agité, pris de spasmes, recourbé sur lui-même. Et immanquablement l’alarme se met en route. L’infirmière arrive ouvre la couveuse et le prend dans ses bras. Aussitôt, il se calme. Temporairement seul et séparé de la présence parentale, ce petit bout d’homme ne supporte pas la solitude qu’il vit comme un drame absolu à tel point que cette absence peut mettre sa vie en péril.

Dans une autre couveuse, perfusé et relié à une machine par des tuyaux, Maxence s’endort.
A deux pas de lui, ne pouvant ni le toucher, le prendre ou le caresser Véronique et son compagnon, anéantis de chagrin n’ont plus de larmes à verser. Réduits à l’impuissance la plus totale, ils observent leur enfant rongés par la fatigue et l’absence de sommeil.

Il faut attendre qu’une place se libère à l’hôpital cardiologique. Vu l’urgence de l’opération cela ne devrait pas être long. Mais ce délai devient un supplice du pire acabit pour le jeune couple.

A côté d’eux, un médecin a la lourde tâche d’annoncer à des parents l’impensable. Leur bébé son doudou serré contre lui va bientôt rejoindre les nuages. Une semaine passée sur Terre à distiller son amour puis vaincu par la maladie il va déjà rendre son âme laissant un papa et une maman dévastés complétement abasourdis et détruits.

Cette vision finit d’achever le moral de Véronique. Heureusement soutenus par le dévouement sans faille du personnel soignant ils réussissent à ne pas perdre pied. Pour l’amour de Maxence.

Matin, midi et soir, dimanche et jour fériés, à n’importe quelle heure, elles sont là. Diffusant un courage exemplaire aux parents, aimant ces enfants comme si il s’agissait des leurs.

Une telle dévotion les faisait passer pour des héros auprès des parents. Nulle autre profession ne pouvait avoir plus de noblesse que celle-ci.

Puis une main secoua l’épaule de Véronique. C’était l’infirmière.

Demain vous nous quittez direction l’hôpital cardiologique.


4 – L’espoir

Refusant de s’éteindre pour de bon,
La petite flamme fait de la résistance,
Mettant en exergue ce dicton,
De l’espoir je fais ma pitance

C’est une opération très délicate mais indispensable pour la survie de Maxence.
Il va s’agir de réparer la partie de l’aorte abîmée. Nous pouvons par exemple découper la partie malade avant de recoller les deux bouts séparés.
Je ne vous cache pas qu’intervenir sur une aorte de sept jours de vie sur un cœur plus petit que mon poing est une intervention risquée. Cela va de la possibilité de séquelles plus ou moins graves jusqu’au décès...

C’est une opération que j’ai réalisée à de nombreuses reprises aussi faites-moi confiance.
Mais en tant que professionnel je ne peux omettre de vous signaler toutes les possibilités.

En ces termes s’exprimait le chirurgien devant le couple partagé entre espoir de guérison et fin du tunnel et issue épouvantable et vie brisée à jamais.
Ils signèrent les autorisations en vue de l’intervention du lendemain et essayèrent dans la soirée de trouver un repos illusoire.

Quand arriva l’heure de l’opération, Maxence sourit à son papa et à sa maman. Puis il fut transféré sur un brancard qui partit au fond d’un long couloir qui semblait interminable.
L’idée selon laquelle il s’agissait peut être de la dernière fois où ils le verraient provoquait un chagrin épouvantable et ils ne purent s’empêcher d’éclater en sanglots.

Puis arriva certainement le moment le plus affreux et le plus douloureux. Assis dans la salle d’attente, réfugiés dans les bras l’un de l’autre, chaque minute qui passait était comme une lame de couteau qui s’enfonçait un peu plus près de leurs cœurs.

Ces mêmes minutes qui semblaient des heures et ces heures qui prenaient des allures d’éternité.

Les sonneries de téléphones qui se multipliaient de la part des proches et des amis ne faisaient qu’augmenter leur stress. Mais c’était aussi par ce moyen que le chirurgien avait promis d’appeler à l’instant même où il aurait posé son bistouri.
Impossible donc de l’éteindre.

Rien ne pouvait dissiper cette angoisse qui grandissait à l’intérieur d’eux comme le ferait une tumeur cancéreuse d’une prodigieuse vivacité.

Maxence était partout. En fond d’écran du portable, au plus profond de leurs cœurs, gravé dans leurs têtes...

Le supplice n’en finissait pas de durer. Il prenait des allures de torture.
Quatre heures passèrent quand enfin le téléphone sonna.
Jamais un coup de fil n’avait été aussi important dans leur vie.

Oui c’est le chirurgien. Ecoutez l’aorte était vraiment très serrée. Ça n’a pas été simple mais l’on peut dire que l’opération a été une réussite. Maxence va bien il va lui falloir du repos maintenant. Je vous verrai tout à l’heure.

Véronique éteignit le téléphone. Ils restèrent immobiles quelques secondes avant de s’étreindre. Ils laissèrent alors s’évacuer la pression par des larmes de joie qui n’en finissaient pas de couler....

Il allait vivre même si tout n’est pas gagné.

Quand ils purent voir Maxence, il dormait profondément relié par un nombre incroyable de fils et de tuyaux à un moniteur et des perfusions.

Pendant qu’elle passait des coups de téléphone pour rassurer la famille, le chirurgien entra dans la pièce où le papa de Maxence lui caressait doucement la main.

Bonjour Monsieur comme je l’ai dit tout à l’heure à votre femme, votre champion a tenu le coup son aorte est réparée. Il faudra cependant une surveillance très régulière car une rechute est possible. D’autre part d’ici un an, il devra subir une opération à cœur ouvert pour fermer le trou dans le ventricule. Cela semble impressionnant mais en fait c’est moins risqué que celle qui vient de subir car une machine prend le relais du cœur pendant l’intervention.
Il y a autre chose. Ce genre de malformation cardiaque est fréquemment associé à un syndrome génétique.
Il va falloir faire des examens approfondis pour savoir si certains gènes sont défectueux.
Cela va prendre du temps beaucoup de temps. Mais il revient de loin. Alors montrez lui l’exemple soyez courageux Monsieur Mazoyer...

32

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Atoutva
Atoutva · il y a
Une bouleversante histoire. Bonne chance au petit Maxence et courage aux parents !
·
Image de Catherine Baillet
Catherine Baillet · il y a
Dans quelques années, quand Maxence sera à même de lire tout seul son histoire, il sera certainement très fier de tout l'amour que ses parents ont su lui apporter. Je vous souhaite à tous trois le meilleur pour les années à venir
·
Image de Aëlle
Aëlle · il y a
C'est très émouvant et bouleversant. Merci pour ce témoignage !
·
Image de Dominique Coste
Dominique Coste · il y a
Je pleure, émue par votre très touchante histoire.. J'espère de tout coeur que Maxence va mieux..Mes voix à un papa plein de courage d'avoir écrit ce texte.
·
Image de Hervé Mazoyer
Hervé Mazoyer · il y a
Rassurez vous même si il conserve un peu de retard Maxence va bien ...
·
Image de Francine
Francine · il y a
Bonne chance petit Maxence, la vie mérite de se battre. Récit poignant par des parents courageux. C'est un texte inclassable mais qui a sa place dans les cœurs.
·
Image de Georges Marguin
Georges Marguin · il y a
Sacré Maxence, il a fait pleurer un papy 92 ans. Je le rencontrerai dans une dizaine d'années....
·
Image de Hervé Mazoyer
Hervé Mazoyer · il y a
Il va bien rassurez vous
·
Image de chris76
chris76 · il y a
Touchant , émouvant , je n'ai qu'une envie : soutenir les parents dans ce terrible drame et surtout , ne pas désespérer : si petite soit la flamme , l'espoir est là , ajouté à cela beaucoup d'Amour qu'il faut savoir distiller à Maxence qui a besoin de le sentir autour de lui , sur lui , en lui .
·
Image de Hervé Mazoyer
Hervé Mazoyer · il y a
Il va mieux aujourd'hui
·
Image de Lilytop
Lilytop · il y a
Emouvant . J'ai beaucoup aimé.
·
Image de coline
coline · il y a
Je n’ai pu retenir mes larmes, ayant moi même une cardiopathie congénitale, ce temoig’ M’a bouleversé. Vous êtes vraiment courageux, merci infiniment pour ce temoi 😭❤️🙏🙏
·
Image de Hervé Mazoyer
Hervé Mazoyer · il y a
Je vous adresse sincerement toute ma sympathie. Vraiment. Maxence va mieux. Je vous souhaite le meilleur. Soyez forte et souriez a la vie malgre tout...
·
Image de coline
coline · il y a
*temoig’age
·
Image de Chris
Chris · il y a
Très très réaliste et c est comme une sorte de témoignage je l ai lu jusqu’à la fin (même si cela m a rappelé il y a presque 18ans la naissance de ma fille avec également un problème au cœur ❤️et ces 3 opérations....) et qui aime la vie comme Maxence
Merci d avoir écrit ce texte vraiment très très bien fait.👍

·
Image de Hervé Mazoyer
Hervé Mazoyer · il y a
Si realiste que c est vrai...
·
Image de Chris
Chris · il y a
Je me doutais tellement de choses me rappel ces moments là.
Le moment où le pédiatre vous l annonce (2-3heures après l accouchement) puis le départ pour un autre hôpital..(dans le Rhône)........ que de moments difficiles qui font de nos enfants des battants et nous des être différents. Ils sont des champions et croquent la vie à pleine dent bon courage à vous parents

·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

NOUVELLES

Savez-vous quel est l’un des plus grands mystères du milieu du 19e siècle en Angleterre ? C’est la disparition énigmatique d’un village et de tous ses habitants dans le Sussex. ...