Mauvaise pente

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Née à Nantes en 1980 : petit beurre, jaune canari et club Dorothée. Installée au Luxembourg depuis 2010 : kachkéis, lions rouges et multilinguisme. Lectrice, spectatrice et peut-être  [+]

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Le cours d'anatomie paraît interminable ce matin. Nos lacunes contrecarrent les plans du professeur qui perd patience face à notre mutisme et nos airs de plus en plus léthargiques :
— Vous ne savez même pas ça ? Mais c'est au programme du collège !
Je ne garde du collège que des souvenirs flous, car à cette époque, rien ne comptait à part Émilie. Quand je n'étais pas avec elle, j'essayais de prolonger sa présence : je lisais les livres qu'elle recommandait, regardais les films qu'elle adorait et écrivais dans mon journal mon désir de la retrouver. Tout ce qui n'était pas Émilie me semblait gris : ma famille, les cours, les parties de football. Mon cœur ne semblait battre qu'en réponse à celui d'Émilie. Je passais donc quatre années noyée dans les fictions et les rumeurs, quatre années dans l'imagination tourmentée de ma première meilleure amie.
Avant, je n'avais jamais été isolée, mais je n'avais eu aucune relation privilégiée. Durant les récréations, je préférais jouer au ballon avec les garçons. Les filles se méfiaient de moi : le garçon manqué dont le père avait disparu sans laisser d'adresse. J'étais une camarade de jeu occasionnelle, un second choix à qui on ne confiait aucun secret. Ma mère le regrettait souvent : elle aurait voulu me laisser dormir chez une amie de temps en temps ou au moins me savoir occupée les après-midis. Mon frère aussi râlait de devoir me trainer sur les terrains de sport.
Quand Émilie apparut dans ma vie, notre famille parut retrouver son équilibre. Ma mère me trouvait plus joyeuse et plus facile à vivre ; j'étais enfin devenue une fille selon mon frère. Je ne pouvais dire s'ils avaient raison, car je m'appliquais seulement à plaire à Émilie. J'avalais tout ce qu'elle me donnait : Agatha Christie, Stephen King, Martin Scorsese, Virginia C. Andrews, Quentin Tarantino... Émilie était aveuglée par les images et moi j'étais aveuglée par Émilie. Elle me rejouait ses scènes favorites. Elle pouvait incarner tous les personnages : les voix, les démarches et les postures. Un vrai caméléon. Lorsqu'elle était morose ou abattue, je devais alimenter son imagination pour retrouver sa compagnie. La fiction agissait sur elle comme la cocaïne sur Tony Montana. L'été, je la trainais sur la plage et dans l'océan en lui promettant d'inventer la vie des vacanciers que nous croisions.
Quand Émilie avait reçu sa dose de fiction, elle m'entraînait dans le bouillon d'énergie où baignait toute sa famille. Être invitée chez elle équivalait pour moi à gagner un séjour à Disneyland. Tout était si coloré et bruyant, à des années-lumière de notre petit pavillon triste où l'on chuchotait pour respecter le sommeil des autres. Chez Émilie, c'était des invités surprenants, des pique-niques sur la plage, des spectacles dans le parc...
Pendant les vacances d'été, nous allions chez ses grands-parents en Vendée. Ils habitaient en face de la plage et nous laissaient une entière liberté à condition que nous soyons à l'heure pour les repas et que nous consacrions les premières heures de la journée à notre cahier de vacances. Le reste du temps, nous allions et venions entre la plage, la supérette et notre chambre. Je me souviens de deux étés passés à nager, lire des romans de poche et jouer aux cartes. Une insouciance totale que je regrettais beaucoup durant le troisième été que je passais dans la peur d'être punie pour nos vols et nos dégradations. Si le crime m'amusait beaucoup dans l'instant, je le vivais mal ensuite... Toutefois, je devais m'y habituer, car Émilie avait décidé qu'il était temps pour nous de « break bad »...
Nous avions treize ans lorsque nous avions découvert la série « Breaking Bad ». Nos parents nous laissaient la regarder sans se douter de sa violence parce qu'elle passait sur Arte. Nous étions fières de regarder une série pour adultes et nous nous sentions supérieures à nos camarades et leurs histoires de vampires. Plus nous nous enfoncions dans la fiction, plus nous pensions être dans le vrai.
Parmi toutes les histoires que j'ai partagées avec Émilie, cette série occupe pour moi la première place, pour elle ce serait « Rage » de Stephen King. Je me souviens encore de mon admiration pour le personnage de Walter White. Il incarnait pour moi le refus de l'injustice à laquelle ma mère s'était résignée. Elle enchaînait les gardes à l'hôpital pour un salaire qui nous suffisait à peine. J'éprouvais pour ses yeux cernés et son dévouement un mépris profond : elle sacrifiait son sommeil et sa santé pour permettre aux médecins de dormir et de briller. Walter White avait su un jour dire stop à cette exploitation. J'aurais voulu que ma mère l'imitât. Étant infirmière, elle s'y connaissait assez en chimie pour se lancer dans le commerce de stupéfiants au lieu de rapporter des paniers de repassage pour arrondir les fins de mois. Elle avait tout le matériel nécessaire dans la pharmacie de l'hôpital.
Pour Émilie, « Breaking Bad » était la preuve qu'on ne pouvait pas respecter la loi. Walter White devait toujours l'enfreindre davantage et son personnage préféré, Gus, avait réussi parce que, sous des apparences ordinaires, il avait construit un monde parallèle à celui de la loi. C'était le rêve d'Émilie : vivre en secret une vie de hors-la-loi. Aussi nous passâmes l'été de nos quatorze ans à taguer les murs, échanger les étiquettes des prix dans la supérette et voler les lunettes de soleil abandonnées sur les plages pour les revendre au vide-grenier.
Plus tard, Émilie serait une dessinatrice de bande dessinée et une trafiquante d'art. Moi, je serais son assistante. Je ne savais pas exactement en quoi cela consisterait, mais à cette époque, j'aurais été ravie de passer ma vie à tailler les crayons d'Émilie. Rien d'autre ne comptait pour moi que de respirer l'air qu'elle respirait. Ma mère pensait aussi qu'Émilie avait une bonne influence sur moi, qu'elle me rendait moins timide et plus sage. Aussi lorsqu'elle rencontra mon professeur principal de troisième, Monsieur Chavornain, à la fin du premier trimestre, elle s'étonna de sa mise en garde :
— Je pense que Manon devrait passer moins de temps avec Émilie. Elle l'étouffe. Manon a besoin de développer sa personnalité, d'avoir ses propres opinions, de fréquenter d'autres gens. Je ne leur permets plus de se mettre ensemble pour les travaux en groupe. Elles peuvent bien sûr se retrouver sur la cour, mais pour moi, c'est très important de donner de l'espace à Manon.
Ces propos inquiétèrent ma mère qui superposa mon visage à toutes les overdoses qu'elle traitait aux urgences.
— Qu'est-ce que vous fabriquez, Émilie et toi ?
Je lui jurai que rien, mais ne parvint pas à la rassurer. Elle fouilla ma chambre. Elle n'y trouva ni drogues ni préservatifs, mais les dessins d'Émilie, noirs, violents, glaçants. Elle y vit la preuve qu'Émilie était une mauvaise fréquentation. Je protestai en me moquant de son angoisse soudaine : ce n'était que des dessins. Elle n'y connaissait rien à l'art.
— À l'art non, mais à la folie oui.
Convaincue que j'étais en danger, elle changea ses horaires, m'inscrivit au basket et demanda à mon frère de m'amener à des matchs de football le weekend.
Émilie n'essaya pas de rencontrer ma mère pour la faire changer d'avis. Selon elle, tout dépendait de Monsieur Chavornain :
— S'il meurt, tout redeviendra comme avant.
J'étais étonnée par son calme. Je pensais qu'elle allait se battre, protester auprès du Principal et de la CPE. Il n'avait pas le droit d'inquiéter ma mère et de nous séparer ainsi.
— Il faut faire quelque chose ! Il ne peut pas décider notre vie à notre place !
— Non. C'est pour ça qu'il doit mourir.
Je demeurai interloquée. Je mis du temps à comprendre que mon amie venait de condamner notre professeur à mort et se proposait d'exécuter la sentence.
— C'est ce que Walter White aurait fait, ajouta-t-elle pour me convaincre.
Nous passâmes donc les récréations de janvier à imaginer Chavornain se tordre de douleur. Nous savions depuis la seconde saison de « Breaking Bad » que la ricine était un poison idéal pour tuer quelqu'un sans éveiller les soupçons. Émilie imitait Walter White :
You are an insane, degenerate piece of filth and you deserve to die.
Tous les jeudis, nous avions cours avec lui en première heure. Il arrivait toujours en catastrophe, une tasse de café à la main. Il la posait sur le bureau, faisait l'appel et nous donnait des exercices. Pendant que nous nous mettions au travail, il sirotait sa boisson chaude. Il nous suffirait donc de profiter de la confusion du début du cours pour glisser le produit dans la tasse. J'étais en effet idéalement assise : ma table touchait son bureau. Un petit étirement et le tour serait joué.
Je criais à ma mère que nous ne faisions rien de mal, mais c'était tout le contraire. Nous nous habillions mal, nous dormions mal, nous répondions mal aux professeurs et nous préparions mal notre orientation au lycée. Lentement mais sûrement, nous nous étions engagées sur une mauvaise pente. Je me demande aujourd'hui laquelle y a poussé l'autre. Certes, c'était son idée de tuer Monsieur Chavornain, mais jamais je n'ai tenté de la dissuader. Au contraire, je lui ai fourni l'arme.
I am not in danger. I am the danger, avouait Walter White dans la quatrième saison.
À partir de février, le projet d'assassinat devint plus concret. Émilie fit des recherches sur la ricine sans parvenir à s'en procurer. Elle devint alors de plus en plus sombre. Elle passa en revue tous les poisons que la nature offrait : muguet, belladone, amanites... À chaque fois, quelque chose contrariait ses plans : le dosage, le goût, les traces dans le corps... Elle avait beau relire Agatha Christie et surfer sur le web : elle ne trouvait que des données contradictoires ou imprécises. Comme toujours, j'étais sa parfaite assistante. J'empruntais les livres à la bibliothèque, lisais les passages qu'elle indiquait et recopiait ce qu'elle dictait. Néanmoins, ce rôle ne me galvanisait plus comme avant. J'appréhendais les nouvelles demandes, anticipant les déceptions. Je souhaitais qu'elle réalisât que son projet était insensé, mais j'agissais comme si j'y croyais. Elle aussi finit par se lasser de notre répartition des rôles, car en avril elle s'écria :
— Tu pourrais participer aussi ! Trouver des idées pour une fois !
Le ton tranchant ou le mépris dans son regard durent enclencher une réaction dans mon cerveau, car aussitôt je m'écriai :
— De l'insuline !
Ma mère m'avait expliqué que les piqûres d'insuline étaient fatales à ceux qui n'étaient pas diabétiques. Or, Jeanne-Marie était diabétique.
— Elle n'a pas d'insuline sur elle, me rétorqua Émilie.
— Au collège non, mais chez elle, oui.
Émilie ne le savait pas, mais depuis plusieurs semaines, je prenais un goûter chez Jeanne-Marie après l'entraînement de basket. Elle m'avait expliqué le diabète : l'obligation de faire du sport, les gâteaux spéciaux que sa mère préparait et les réserves d'insuline. Aussitôt, j'eus peur qu'Émilie ne devinât mon amitié naissante avec mes coéquipières. J'étais allée à reculons aux premières séances d'entraînement. Puis, petit à petit, j'avais pris goût au jeu, aux autres. J'étais assez douée et pour cela sans doute les autres filles m'avaient aussitôt acceptée. Tout d'un coup, Émilie n'était plus la seule partie de ma vie en couleurs.
Elle gardait néanmoins une place particulière. Durant les récréations, je restais à ses côtés. Quand elle déposait en cachette une lettre sous mon paillasson, je me dépêchais de la lire et d'y répondre. Émilie avait changé : elle était de plus en plus sombre, obsédée par son idée d'empoisonnement. Elle n'avait plus ni idées flamboyantes ni sens de l'humour. Elle ne dessinait que des scènes de carnages et ne parlait que d'intoxication. Elle me mettait de plus en plus mal à l'aise. De soleil radieux, elle était devenue une boule dans mon ventre qui m'empêchait de vivre pleinement chaque instant.
J'avais peur. Était-ce d'Émilie, des dessins d'Émilie ou de son effet sur moi ? Je ne sais pas, mais je me souviens très bien de cette angoisse dans mon ventre. Je finissais par espérer ne pas recevoir de lettre ou ne pas la rencontrer dans la cour. Je ne m'amusais plus, mais je ne pensais pas à l'exclure de ma vie.
Elle mit du temps à accepter mon idée. L'insuline ne pouvait pas s'ingérer, elle devait être administrée en intraveineuse... Comment pouvais-je espérer piquer Chavornain sans être remarquée ? Elle insistait encore pour que je vole de la digitaline en visitant ma mère à l'hôpital. Je lui avais pourtant expliqué que c'était impossible : l'armoire à pharmacie était protégée par un code et son accès surveillé.
Elle n'acceptait aucune explication, car elle se croyait dans un film où les coïncidences profitent toujours aux héros. Son imagination qui m'avait si longtemps fascinée me fatiguait : j'avais envie de plus de réalité. Voilà peut-être pourquoi je passai à l'action : je volai l'insuline chez Jeanne-Marie, décidée à profiter des bousculades dans l'escalier pour piquer Monsieur Chavornain, ni vue ni reconnue.
Émilie était très négative :
— Ça ne marchera jamais. Tu n'auras pas le temps de le piquer si vite.
Elle ne croyait jamais dans les idées des autres, mais j'étais décidée à lui prouver le contraire. J'étais fille d'infirmière, je n'avais pas peur des aiguilles. Et Jeanne-Marie, ravie que l'on s'intéresse à sa maladie, m'avait tout expliqué. Je m'étais entraînée avec de l'eau.
Un mercredi de mai, je vins au collège armée d'une seringue d'insuline, résolue à prouver ma valeur à ma meilleure amie. Tout se passa comme prévu : la sonnerie à huit heures, l'engorgement dans l'escalier, les bousculades, l'impuissance des surveillants à obtenir le calme. Mais Monsieur Chavornain ne sortit jamais de la salle des professeurs. J'attendis jusqu'à ce que l'escalier se vide, mais il ne se présenta pas.
Il ne vint pas au collège de toute la journée. La semaine suivante, on nous apprendrait que Monsieur Chavornain serait absent jusqu'à la fin de l'année scolaire. Il avait été renversé par une voiture en venant au lycée et avait deux jambes cassées. Émilie était ravie, persuadée qu'un dieu mafieux nous avait aidées. Elle dessina une bande dessinée pour raconter sa version des faits. Je la trouvai ridicule : un amas de superstition et de clichés. Si un dieu était intervenu, c'était parce qu'il avait eu pitié de moi et m'avait sauvé de la folie d'Émilie.
J'acceptai d'aller en sport études au lycée et consacrai la fin de l'année scolaire à m'entraîner pour être acceptée. Émilie, vexée de mon manque de disponibilité, se mit à m'ignorer et cela me convenait. Je n'avais plus de temps pour elle. Je ne l'ai pas revu depuis le brevet des collèges. Jeanne-Marie m'a dit qu'elle avait déménagé à l'étranger.
Je n'ai pas envie de la revoir ni de me demander ce que j'aurais fait si Monsieur Chavornain était venu ce mercredi-là.
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Viviane Fournier · il y a
Bravo à vous, Marie, j'avais aimé et je viens de relire ...c'est vraiment mérité !
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Patricia Laetitia URIE · il y a
Quand amitié rime avec complicité pour le meilleur et pour le pire ! J'ai adoré le passage racontant cette addiction littéraire partagée avec votre amie. Elle deal des livres, vous les consommez, elle est en manque d'humeur et vous lui fournissez des doses d'imagination issues de vos lectures pour la rendre euphorique. Magnifiques ces shoots entre amies !
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Nadege Del · il y a
Voilà une crise d'adolescence bien retranscrite.
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Nelson Monge · il y a
Un scénario bien campé soutenu par une écriture impeccable.
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Marie Vercors · il y a
Ouf, j ai craint aussi le pire pour cette pauvre Manon. Vous avez bien manœuvré, la morale est sauve. Mais il est vrai que ces jeux d influence se font de moins en moins rares.... Bravo
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François B. · il y a
Un récit très bien mené. Mon soutien renouvelé
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Line Chatau · il y a
Je vote à nouveau pour ce texte que j'avais déjà aimé. Bonne finale.
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Fred Panassac · il y a
Jusqu’où des adolescents sont-ils capables d’aller pour honorer une amitié amoureuse ? Terrible histoire qui m’a captivée de bout en bout, je découvre votre texte et me souviens de cette extraordinaire série « Breaking bad » que la mère n’a pas pensé à interdire de regarder, en raison de l’alibi Arte…grave erreur de sa part et fiction dont vous avez tiré le meilleur parti possible et bien au-delà dans cette histoire merveilleusement ficelée !
Mon soutien et mon abonnement à votre page après le piratage.

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Mapie Soller · il y a
Être influençable est souvent un malheur! Bonne chance!
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Guy Bellinger · il y a
Singulière évocation d'une amitié vénéneuse. Je revote.
Je ne me souviens pas si vous aviez eu l'occasion avant le piratage de lire mon poème finaliste "Les bleus au cœur d'un bleu du
cœur". Dans la négative, en voici le lien :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/les-bleus-au-coeur-dun-bleu-du-coeur

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