Matinée mouvementée

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Je m'appelle Mathys Bernigaud. J'ai découvert la passion de l'écriture il y a peu et je m’amuse à partager toutes sortes d'histoire que j'adore écrire  [+]

Une mélodie calme sort des enceintes du téléphone pour se répandre doucement dans la chambre. Il est 7 heures du matin. Nicolas se tourne afin d’éteindre cette sonnerie selon lui irritante. La douce lumière matinale vient dans sa chambre, éclairer le dormeur. Nicolas ouvre les yeux et pense au rêve qu’il vient de faire. Un rêve utopique où il pêchait avec son meilleur ami. Ils étaient ensemble tellement heureux, se racontaient des blagues jusqu’à se muscler les abdominaux.
Nicolas regarde, repense, revit ce rêve qu’il oubliera dans quelques heures. Sans aucune satisfaction, il s’assois au bord de son lit avant de se lever pour aller déjeuner.
Son appartement est lumineux en cette matinée. Nicolas fait faire à la machine à café un expresso long. Dans le bruit infernal de la machine noire et rouge, Nicolas roule une cigarette. Le coup de langue lui procure une micro-satisfaction, sa première de la journée. La deuxième sera quand il tirera la première taffe en goûtant à son café, sur son balcon, au-dessus de la rue de la croix. La troisième sera quand il ouvrira une bière à la fin de la journée. Il repense à son rêve qui le laisse perplexe. « C’est débile, n’aimait pas pêcher » dit-t-il pensif avant de tirer une latte sur sa cigarette en plissant les yeux pour que la fumée ne rentre pas dans son œil.
Après avoir fini sa première cigarette, il rentre dans son appartement et se prépare pour aller au travail. Son dressing est rempli de costume, mais Nicolas prit un pull à coll roulé et un blaser. « Il faudra bien que je revende un jour tous ces costumes de pingouins » fit-il avec une incroyable mauvaise foi. Après s’être brossé les dents, l’homme pris ses clefs et descendit le magnifique escalier en chêne ciré du bâtiment de son appartement. « Ce satané escalier grince encore, je ne vais quand même pas m'en occuper moi-même ! » Bougonna-t-il.
Par manque d’argent, Nicolas avait vendu sa voiture afin de s’acheter un vélo de ville. Il le prit après s’être convaincu qu'il faisait friqué. Dehors, il fait 19°C mais le fond de l’air était frai ce qui irrita immédiatement notre ronchonneur.
En pédalant il se plonge dans ses problèmes d’argent. Il y a un an, son entreprise a croulé sous les dettes avant de faire faillite. Depuis, il est tombé dans un cercle vicieux de dépenses inutiles pour satisfaire sa tristesse. Son meilleur ami et collaborateur, lui avait sombré dans une dépression profonde juste avant de se donner la mort. Nicolas, en plus de faire le deuil de son entreprise, a donc dû, faire celui de son meilleur ami. Il s’était donc trouver un petit travail stable et non contraignant afin de se focaliser sur lui.
Malheureusement, il ne se rends pas compte qu’il n'arrive pas à faire le deuil. Il a même oublié que son travail avait pour objectif de prendre du temps pour lui. Il est donc tombé dans une routine confortable et sans l'ambition de chef d’entreprise qu’il avait.

Arrivé dans l’open space, il regarde la grande pièce divisée en petits compartiments. Son instinct de grand chef d’entreprise reprend le dessus « Putain, le patron pourrait quand même faire quelque chose pour qu'on prenne du plaisir à travailler, ça rend les salariés tellement productifs, c’est con. » Pensa-t-il.
Une femme s’approcha de lui, elle était plein d’énergie. En parlant à une vitesse anormale, elle dit :
- Bonjour Nicolas ! Alors comment vas-tu aujourd’hui ?
- Bien, je te remercie Sandrine.
- Eh bien de rien ! Je voulais te demander, tu as fini le dossier de 30 pages que je t’avais demandé la semaine dernière ?
Un coup de chaud s’empara de Nicolas « putain j’ai oublié » s’affola-t-il intérieurement. Extérieurement, il sembla très détaché.
- Et bien tu fais bien de demander ! J’ai quelques petites retouches à faire dessus. Je peux te le pose à midi pétante dans ton bureau. Ça te va ? Dit-il avec audace en lâchant un petit rictus traduisant sa nervosité intérieure.
- Midi ? Il te faut quatre heures pour faire de petites retouches ?
Un autre coup de chaud s'empara de Nicolas.
- Malheureusement oui, je fais des fautes d’inattention vraiment bêtes. En plus je t’ai fait un truc vraiment qualitatif tu verras.
Sa personnalité, preneuse de risques, se retint face à l’obstacle de la prud...
- Mais si c’est vraiment urgent Sandrine je te le pose à onze heures !
- Non non ne t’inquiète pas Nicolas je ne suis pas à une heure près. Merci de ton implication ! On se revoit tout à l’heure !
Quel bluff ! Il était très fier d’avoir réussi sa double pirouette.
Elle se retourna vivement pour aller demander à un autre employé s’il avait fini un travail.
Nicolas, en soufflant pour extérioriser sa nervosité regarda Sandrine en pensant « J’te jure. L’époque de l’esclavage n’a pas changé. Toujours un contremaître pour vérifier si ton travail est productif !». Il se rappela que dans son entreprise il y en avait deux.
Soudain, il attrapa un dernier gros coup de chaud en se rappelant qu’il devait faire un travail d’une semaine en quatre heures.

Il courra vers son petit espace fermé pour se mettre au travail. Il sentit l’adrénaline monter en allumant l’ordinateur. Chaque seconde était précieuse. En regardant l’écran de chargement, il tapait des pieds. Stressé, il se demanda : comment avait-il pu oublier ce dossier important. Il est vrai que Nicolas n’avait pas grand-chose à faire de la réussite de l’entreprise dans laquelle il travaillait mais de là à oublier !
L’écran d’accueil Windows 10 apparu. Il ne prit même pas le temps de dire « bref » qu’il était déjà sur le logiciel de traitement de texte en train de travailler sur le dossier. Il n’avait rien oublié du sujet. Son écriture était fluide, il ne bougeait presque pas la tête. Seules ses mains bougeaient à une vitesse ahurissante. Sans s’en rendre compte, Nicolas était dans le flow. Un état d’extrême conscience où il était beaucoup plus productif en ayant l’impression globale d’avoir fait moins d’efforts.
Au bout d’une heure de travail, Nicolas pris du recul sur le travail qu’il venait de faire. Il avait écrit environ 6 pages, c’était énorme ! Il continua en repensant aux énormes charges de travail qu’il arrivait parfois à accomplir en une journée quand il était patron. Ce travail lui procure du plaisir, le fait de travailler sous adrénaline lui rappelle les nuits d’hiver qu’il passait sur son ordinateur à régler des choses qui devaient se faire. En repensant au passé, il était heureux.
Il ne se donna pas le luxe de prendre une pause. En continuant de travailler comme un acharné, il commença à regretter ce temps-là. Puis il se demanda la valeur qu’avait le dossier qu’il était en train d’effectuer, il n’en trouva aucune. En fait, il n’aimait pas ce travail. Le dossier était long et il lui restait encore énormément de pages à produire.
Mais Nicolas continuait à divaguer dans les souvenirs de son passé. Dans ses deuils il se perdait. En réfléchissant, il était arrivé au point où il ne pouvait plus rien faire. Comme congestionné, il n’arrivait plus rien à produire de qualitatif mais il continuait de poser les mots sur le document. Chaque lettre était un kilo en plus qu’il posait sur son dos, chaque mot était une occasion en plus de divaguer dans ses pensées. Avait-il oublié ses bonnes vieilles méthodes de travail ? Celles toutes simples qui permettent de gagner un temps fou ?
Oui, à ce moment-là il les avait oubliées, tout comme il avait oublié le Nicolas ambitieux et dynamique qu’il était auparavant. Elles étaient cachées par la peur de ne pas finir le dossier à temps. Cette angoisse lui serait les tripes jusqu’au point de lui faire subir un grand mal de ventre. N’ayant pas écouté son esprit qui avait besoin de faire une pause, son corps en réclamait une, et c’était beaucoup plus violent.
Nicolas prit une pause à contre cœur pour aller aux toilettes. Dans la direction de la salle de pause improvisée, il s’aperçu qu’il avait oublié son portable. Il se retourna pour aller le récupérer puis se stoppa immédiatement. « Au pire ce n’est pas bien grave, je perdrais moins de temps » se dit-il tout en prenant la direction des toilettes.

Arrivé dans la petite cabine blanche et n’ayant aucun moyen de distraction, il pensa au dossier. En fait, il se rendit compte qu’il avait été plus productif dans les dix minutes de la première heure que dans la demi-heure qui venait de passer. Dans cette demi-heure, il n’a pondu qu’une page.
Il se sentit soudain au pied d’un mur infranchissable. Une main sous son menton et son coude sur sa cuisse droite, il songeait : « Comment vais-je m’en sortir ? ». Il lui restait deux heures et demie pour faire environ 23 pages, il fallait donc que ces deux heures et demie soit 2 fois plus productive que la première.
En plus de se sentir désarmé, il pensa qu’il allait se faire virer s’il ne rendait pas le dossier à temps. Un amas de peurs commença à le submerger : comment payer le loyer de son appartement ? Comment continuer de (sur)vivre ? Autant de peurs que de problèmes le paralysais à propos de son métier qui, au fond, ne lui plaisait pas.
Soudain, il se rendit compte que ses peurs n’étaient que des obstacles transparents, des pensées qui, en soi, ne sont qu’irréelles. Il prit une grande inspiration tandis qu’il observait chez lui une sorte de détachement à propos du dossier qu’il avait à rendre. Comme si il voulait confirmer, son corps produit des sortes de vibration dans le ventre, comme des papillon. De plus, il repensa soudainement aux méthodes de productivités qu’il avait appliqué tout au long de sa carrière de directeur.
Il tira la chasse et se remit en quête de ce dossier incomplet. En commençant, il se sentit engourdit, assez fatigué, comme courbaturé par l’effort qu’il avait produit la première heure. Mais il continua d’arrache-pied. Dès qu’il divaguait ne serait-ce qu’un tout petit peu dans ses pensées, il prenait un post-it et notait ce à quoi il pensait.
En pensant à son ancienne entreprise, il redevint ambitieux. « Il est possible de produire 30 pages en 4 heures comme il est possible de recréer une entreprise ! » pensa-t-il avant de le noter sur le post-it jaune. Ils avaient bleui face à la quantité de gribouillis que seulement Nicolas pouvait déchiffrer.
Une alarme vint soudain déconcentrer le travailleur « Je pensais pourtant l’avoir mis en mode avion » pensa-t-il avant de s’apercevoir que c’était le signal qu’une heure venait de passer. Il ne compta pas ses pages voulant se réserver une pause de cinq minutes dignes de ce nom.
C’est lors de ces 5 minutes qu’il se rendit compte de la superficialité de ses collègues mais aussi et malheureusement de lui-même. Ils ne parlaient que d’une paye par rapport à un nombre d’heures travaillé et les comparait sans cesse. Nicolas se rendit compte qu’en fait le vrai travail, celui que l’on fait avec passion, ne rentre pas dans un barème heure/paye. C’est cette passion qui le faisait vivre lorsqu’il était chef d’entreprise.
Cette prise de conscience, en premier lieu, ne fit pas plaisir à Nicolas, mais il n’eut pas le temps d’y songer plus longtemps. En regardant sa montre il s’aperçût que les cinq minutes étaient passées. Il ne salua même pas ses collègues.
En regardant l’icône en bas à gauche du logiciel de traitement de texte, il s’aperçut qu’il avait fait 16 pages au total. Il en avait donc produit 8 dans la dernière heure. Il lui en restait donc un petit peu moins de la moitié à faire en un petit peu plus d’une heure.
« 14 ? Jouable, j'ai fait le plus gros. » dit-il sûr de lui.
Il prit juste le temps de savoir ce qu’il allait écrire puis s’y mis. Malheureusement, Nicolas s’aperçu qu’il n’avait plus d’énergie. L’heure du déjeuner approchait et il lui fallait cela pour regagner son énergie. Comme un cycliste arrivant presque en haut d’une dure et longue montée, il n’en pouvait plus. Nicolas avait beau pédaler, il avait l’impression d’avancer dans du sable mouillé avec un vélo rouillé.
Étant auparavant un intense sportif, il savait que son second souffle allait arriver, mais il eu beau l'attendre celui-ci s'avérait timide. Chaque page se faisaient de plus en plus dure. Heureusement que ses méthodes étaient exploitées sinon il aurait fait longtemps que notre travailleur aurait sombré dans ses pensées.
Enfin, quand il ne pensait plus à atteindre son second souffle, celui-ci pointa son nez. Comme un bouton nitro sur lesquels il avait appuyé involontairement, Nicolas travaillait à une vitesse démesurée. Sans s’en rendre compte, il remplissait les pages une à une dans la fluidité la plus neutre. Sans aucune attache émotionnelle, il se rapprochait de son but.
Les 30 pages furent finies à 11h50, il eut même le temps d’en écrire une 31ème spécialement pour son patron.
Il regarda l’heure, enregistra le document et courra vers la photocopieuse. Miraculeusement, personne ne l'utilisait.
Il imprima 31 pages. Se dirigea vers le bureau de Sandrine, il ouvra la porte.
- Tien Sandrine, le dossier. Merci de ta patience.
- Super, merci à toi Nicolas !
- Il y a 31 pages. Tu pourras relire pour savoir si cela te convient ?
- J’y compte ! Pour qui me prends-tu ? Dit-elle d'un air vexé mais en même temps joviale.
- Bon, j’en suis rassuré. Sur ce j’y vais. À plus tard !
- Où Vas-tu ?
- Chez moi. Dit-il en se retournant juste avant de fermer la porte.
Sandrine, leva les yeux au ciel et haussa les épaules. Elle ne prit pas compte de sa réflexion, trop concentrée sur le début de lecture du dossier.
Nicolas, lui, prit son vélo pour retourner chez lui. Pourtant, il n’avait pas fini sa journée. En sortant du bâtiment, il regarda le ciel et respira un grand coup. Il monta sur son vélo tout en étant fier de sa réussite. Une sensation de liberté s’empara de lui. Un rire de soulagement l'envahit pendant qu’il pédalait. Un rire de fierté mélangé à une certaine liberté.
Sandrine commença à lire la dernière page. Elle comprit vite. Sur celle-ci était écrit en majuscule LETTRE DE DÉMISSION.
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