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Match nul ?

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Bellinus

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« La critique est aisée, disait Destouches, mais l’art est difficile. » La critique est surtout blessante, quand elle est gratuite et expéditive. J’en veux pour preuve cette anecdote qui au demeurant m’amuse plus qu’elle ne m’afflige.


En surfant sur Internet ce matin, j’ai soudain découvert ce forfait : une couverture d’un de mes livres, pardon, d’un de mes ebooks venait d'être taguée. Ma préférée, celle que mon fils avait particulièrement « chiadée », comme il dit. Or, son magnifique château enveloppé de brumes était balafré d'une énorme émoticône grimaçante, du genre « beurk ». Et juste au-dessous de la macule écarlate, une rafale de mots expédiant mon bouquin en enfer. Il est vrai que mon roman SM n’est pas immortel – surtout alimentaire – mais de là à l’ostraciser ! Après avoir quasiment violé en ligne sa jaquette !


J’ai commencé par hausser les épaules puis l’affaire m’a agacé. D’autant plus que la dame – il s’agit bien d’une Ecrivaine, ex-prof de biologie, qui se vante un peu partout d’avoir été précoce en écriture – a récidivé en mettant un condensé de son verdict assassin sur une plate-forme où, vaille que vaille, j’écoule mon prestigieux chef-d’œuvre. Avec, chez ma contemptrice zélée, toujours autant de nuances que de bienveillance !


Pour finir, mon sang n’a fait qu’un tour et pour en avoir le cœur net, j’ai téléchargé une trentaine de pages de la saga de la dame (tome III), histoire de découvrir, de comparer son chef-d’œuvre à mon « navet » annoncé urbi et orbi, de prendre peut-être au détour d’une phrase quelques leçons de stylistique...


Horreur ! Bellinus Minus faillit être terrassé. Incrédule, hilare, consterné, j’ai lu, relu, rerelu... puis mijoté une critique assez développée que je mis à mon tour en ligne sur la plate-forme en question où fleurissent des commentaires élogieux en veux-tu en voilà, de véritables déclarations d'amour de lectrices lycanthopes – commentaires féminins à 98% ! – qui, littéralement envoûtées, sauf une ou deux grincheuses, mouillent "littérairement" pour tous ces jeunes loups (garous) séducteurs.


Ma réaction fut-elle disproportionnée ? Injuste ? Malveillante ? (Mais ne vaut-il pas mieux, au XXI° siècle, que deux auteurs ferraillent avec des mots plutôt que se descendre au pistolet ?) En tout cas, immédiatement, sitôt mon commentaire validé, la Toile se déchaîne : toutes les groupies de la blogosphère, sans doute alertées par quelque réseau social style Face de bouc, expert en mouchardage et en babil inepte, bref, toutes les biquettes furibardes me tombent dessus, me bombardent de mails outragés, m’accusent de crime de lèse-majesté, d’être jaloux, envieux, malappris, d’avoir voulu piquer ses idées à la Grande Auteure Géniale, allant même jusqu’à me menacer d’un procès pour diffamation, etc. Ma boîte courriel explose, croule sous les cris de harpies, suinte d’indignation et d’exaspération viscérales. Du coup, tout en me marrant, je comprends ceci : en relativisant le génie de la Louve usurpatrice, j’avais humilié ses plus dociles adoratrices. Fatalitas !


Bref, me dis-je, voilà au moins un dimanche où l’on ne s’ennuie pas dans les tanières. Et comme il s’agit de rester calme, objectif, et pourquoi pas courtois, je mets infra en ligne les pièces du procès. D’abord, galanterie oblige, le verdict hautement littéraire quoique sommaire de la dame. Ensuite, le tir au but de votre serviteur. Bien sûr en floutant ici par modestie les titres de nos chefs-d’œuvre respectifs qui, cela au moins est sûr, ne passeront pas à la postérité. Donc humilité, lucidité et surtout humour, me souvenant d’un de mes conseils dans ma toute récente « Fiche sur le bien-être » : Ris aux éclats ! Surtout de toi-même. La seule cure contre la vanité, c’est le rire. Le seul travers qui soit risible, c’est la vanité.

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DOCUMENT 1


Critique de Ségolène de Brocéliande (pseudo) :


« Ce livre est l'un des pires navets que j'ai jamais lu ! Ecrit dans un style pompeux, verbeux, ridicule, en fait, avec des personnages sans la moindre crédibilité, débauche de violence gratuite, avec un "héros" qui pleure sur la mort d'un chien mais n'hésite pas à torturer un chaton, des relations sexuelels [sic] aboutissant au meurtre après tortures, bref, rien à sauver, tout à jeter ! »

DOCUMENT 2


Critique de Bellinus (pseudo) :
* (une seule étoile)
Titre du commentaire : Débile et régressif
Le 30 janvier 2016
Format Kindle

« Rien à voir ici avec la littérature en général ni le style en particulier. Une trilogie tout à fait emblématique de la sous-culture fantasy. Simple juxtaposition de clips à 200 à l'heure qui prétend tenir lieu de récit haletant (personnellement, cette pseudo saga me fait d'emblée rigoler... puis devient vite épuisante ! Mais comme je suis masochiste...). Le processus d' "écriture" relève du simple tricotage à l'ancienne, aussi virtuose qu'automatique : un mot à l'endroit, un mot à l'envers, un mot à l'endroit, etc. Du coup, l'auteure se sert de son clavier comme d''une mitraillette qui s''enraie trop souvent en tirant toujours les mêmes rafales qui font pschitt : pas d'émotion, nul pittoresque, des dialogues indigents et convenus. Totalement inauthentique et vain. Un ramassis de clichés, des sentiments de pacotille, une psychologie de bulldozer qui s'explique aisément : l'univers des pseudos loups-garous relève en fait d'une simple convention feuilletonesque. Ces tristes héros n'ont de loup-garou que le nom. Il suffit à l'auteure de remplacer "dent" par "croc", "bras" par "patte", etc. tout en laissant l'habituel bric-à-brac des portables, tee-shirts et autres gadgets. La faune observée reste donc strictement et sinistrement humaine dans ce qu'elle a ici de trivial, d'inculte et pour finir de racoleur : l'éternelle guerre des sexes entre les mecs dominateurs et les meufs qui se rebellent tout en minaudant et en flirtant. Quel scoop ! Un lecteur lambda, normalement neuroné, n'y croit pas un seul instant mais ce genre de littérature hybride, involontairement comique, doit fonctionner pour les adolescentes attardées (cible évidente de Madame ***), partagées entre leur goût pour un romantisme gnangnan et leur soif de guéguerre à la Femen (la scène des strings imposés aux loups patauds par les louves gentiment perverses est un modèle de bouffonnerie vulgaire !). Bref, pour être efficace et remplir son cahier des charges, la souris de l'auteure (qui s'autoproclame écrivaine précoce !) ne s'encombre pas de nuances psychologiques ni de subtilités stylistiques. Sa langue est simpliste pour ne pas dire primaire : les sourires sont évidemment « carnassiers », les regards « bleu acier », le biceps « gonflé » ; le petit mot d'amour récurrent ne peut être que "Mon loup !" tandis que la patte secourable tient la main tremblante de la dulcinée aux canines acérées "comme un naufragé une bouée" !

Voilà donc – resservie et réchauffée trois fois – une grosse soupe malgré tout clairette et guère consistante – désopilante au 3ème degré – intéressante néanmoins par l'éclairage sociologique que cette saga échevelée peut porter sur les palpitations adolescentriques aussi vieilles que le monde et aussi éculées que nos bons vieux romans de gare : (loups-garous) machos et (fear-faol) hystériques, avec saupoudrage d'érotisme soft sur fond de manoir (breton) en carton-pâte. Soit. Mais à une époque où le décervelage culturel croît en même temps que le retour du prédateur ancestral inquiète, voici décidément une meute de zombies au poil élimé qu'il vaut mieux fuir ou... décimer ! »

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Post-scriptum :


Ceci étant copié-collé, qu’est-ce que ça fait du bien, d’être de temps en temps méchant ! Disons hargneux. De jubiler en lacérant la prose indigente des autres, pour se consoler peut-être de ses propres défaillances ! Un 17ème conseil que j’aurais pu ajouter à ma liste : quand je m’examine, je me désole. Quand je me compare, je me console. Comme disait un grand philosophe : « Il ne suffit pas d’être heureux. Encore faut-il que les autres soient malheureux. » (P. Desproges). Il ne suffit pas non plus qu’une critique soit inadéquate, voire injuste, encore faut-il qu’elle soit saignante...



PS 2

Tard dans la nuit, j'ai néanmoins ajouté un commentaire à la suite de mon brûlot, étant plutôt un offensé conciliant et pas rancunier. « Mon SEUL regret : emporté par mon élan, j'ai malgré moi malmené, peut-être involontairement humilié, les lectrices jugées " adolescentes attardées ". (Je ne suis peut-être moi-même qu'un vioc précoce, qui sait ?!) Je le regrette sincèrement et je fais amende honorable. Je dis " malmené malgré moi ", car j'ai la réputation d'être un éternel gentil. Mais quand on me cherche, on finit par me trouver ! »

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Granydu57 · il y a
Grace à cette autofiction, ma curiosité toute féminine m'a permis de découvrir vos oeuvres sur le site concerné.
La guerre est partout (rires) et les groupies : Asinus asinum fricat ? Il faut de tout pour faire un monde (c'est nul, hein, mais bon).

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Anna Hoser · il y a
Navrée qu il ne s agisse pas d une fiction... quoi qu il en soit, j aime votre plume
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Chironimo · il y a
des noms! des noms!
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Bellinus · il y a
Le nom du titre du chef-d’œuvre de la dame ?!!!
Non, non, Chrironimo, tu exabuses : tu m’imagines en train de moucharder ?!!! Ou, pire, de faire de la pub à l'écrinaine !
Ou alors, en exclusivité pour Short et uniquement par amitié pour l'auteur de "Quai des Indes", de manière cryptée, histoire de rigoler et de se titiller les neurones en fouinant sur Amazon (rime).
Après, grâce à Google, c’est un jeu d’enfant
et dans la liste des commentaires dithyrambiques
– après le seul commentaire (masculin) affublé d’une unique étoile dans la catégorie « nul à ch… » –
on pourra retrouver, juste après la prose vacharde de Dom Bellinus (« Pardonnez-moi, mon Père, parce que j’ai péché en diffamant autrui… »)
on découvrira donc les outrages de toutes les groupies, furies et harpies réunies !
Et après, on vient nous parler de maltraitance conjugale et du calvaire des épouses !
Mais nous, les mecs, quand on est lacéré sur la Toile pour avoir parlé Littérature, c'est pire, non ! C e ne sont pas des louves (indice n°1 du genre littéraire) mais des tigresses, que dis-je des tigresses, des ogresses, des monstresses !

Donc, voici (phonétiquement) le titre du chef-d’œuvre (tome III) sous forme de rébus :

1/ Donne le ton.
2/ Interjection bovine exprimant le contentement ou la mélancolie.
3/ Pronom personnel.
4/ Quand on divise 368.404 par 184.202.
5/ Les heureux possesseurs des reins et des yeux en questions, selon Charles Baudelaire :

"Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques."

6/ Se dit d’un frère convers quand on remplace son aile par un N.

PS Un indice supplémentaire sur le titre du tome 3 : "Est bien plus goûteuse quand on la déguste froide".

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Chironimo · il y a
Michel, je n'ai pas encore fait mon AVC, mais avec un tel travail neuronal en perspective, ça me pend au nez! Mais je vais m' y coller. Et si d'ici quelques semaines (par exemple) tu t'inquiètes de la disparition de mon image radar sur les écrans de Short, tu sauras à quoi t'en tenir! :=))
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Bellinus · il y a
Précisément, aujourd'hui, à force de trop cogiter, de trop stationner devant l'ordinateur... j'ai eu une sorte de bug cérébral. Rien de grave, j'en rigole, juste une sorte de brume... un trouble... une perplexité... mais, sincèrement, je n'arrivais plus à gérer les fichiers et les dossiers de mon cerveau (où ai-je classé ceci ? Ai-je bien mis en ligne cela ?...) Du coup, un brin angoissé, j'ai éteint mon ordi, fait une petite bouffe sympa, une sieste (un brin crapuleuse !), ça va mieux... mais, à nos âges, faut vraiment faire gaffe et nous attendre au pire... ou au meilleur ?! Bref, prends soin de toi, Chironimo, prenons soin de nous... et un seul jour à la fois. Juste aujourd'hui. Good night. Et rigolons pour ne pas en pleurer.
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Chironimo · il y a
J'ai trouvé! en cliquant de lien en lien, et sans me prendre la tête avec ton énigme (!), j'ai fini par dégoter le "bon" blog et l'émoticone taguée sur ton bouquin. la suite (l'échange de commentaires) allait de soi.
ben dis donc, quelle histoire! on se serait presque crû sur Short un soir de résultats de Grand Prix! NON, je déconne, ici, on est quand même plus classe... quoique....

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Bellinus · il y a
Ok. Merci. Le rébus était pourtant fastoche et très littéraire avec Baudelaire ! (Nous sommes décidément des nains, sur Short ou Amazon...) Je vais mieux et j'écoute le K581 de Mozart (surtout l'adagio) pour échapper aux louves et fuir la connerie ambiante... Bonne journée.
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Chironimo · il y a
moi, c'est plutôt ceci: https://www.youtube.com/watch?v=AapjpeqmviM surtout quand ça commence à "chauffer", juste avant la neuvième minute! Bonne journée à toi aussi.
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Bellinus · il y a
Bien sûr, Rachma, j'adore ! Et connais-tu (évidemment !) son TRIO ELEGIAQUE ? Quelle splendeur (surtout dans la version de Leonid Kogan dont j'ai un coffret immense) :
https://www.youtube.com/watch?v=UC-jip4cJCs

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Chironimo · il y a
je ne pense pas connaitre, mais grâce à toi, je vais corriger cette erreur très vite! Merci mon ami.
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Cannelle · il y a
j'ouvre le score. Rudement bien écrit . Fiction particulièrement bien inspirée , enfin j'espère que ce n'est que fiction
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Bellinus · il y a
Autofiction ! Merci d'avoir pris le temps de la lire.
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