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Marguerite

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Je suis le fruit de l’amour. Conçue, sans artifices, aux premiers jours du Printemps. Prévue, sans emballage, aux environs de Noël. Comme un joli cadeau. Ou du moins, c’est ainsi que ma mère voyait les choses. A sa manière fable comme toujours. Mon père apparemment ne possédait pas les mêmes lunettes magiques.
Mon père, un brillant et jeune chirurgien, secret et collectionneur d’objets éclectiques et rares. Ma mère, une pivoine rêveuse et jeune infirmière, à la recherche du coffre amour d’une vie, l’unique, le vrai.
Mon père ambitieux, séducteur et volage. Amateur d’amours éphémères hygiéniques. De préférence, de jeunes beautés sculpturales et sans tête, pour s’évader d’un quotidien usant et stressant. Son but premier dans la vie : réussir.
Ma mère, une jolie rousse entêtée, taille de guêpe, au mystérieux teint de porcelaine, s’était rapidement laissée engluer avec délice, par les compliments boniments de mon beau parleur de père. Son but premier dans la vie : réussir.
Problème en or ! Il n’avait pas la même définition du mot « réussir » !
Pour mon père, réussir sa vie c’était devenir coûte que coûte, le directeur d’une belle et somptueuse clinique privée. Gagner beaucoup d’argent afin d’assouvir sans compter, ses besoins de collectionneur éclairé. Pour ce faire un beau mariage n’était pas exclu, à la condition que cela serve à ses objectifs de vie, sans pour autant devenir fidèle. Son cœur multiplaces avait un fort besoin de liberté.
Pour ma mère, plus dubitative, réussir sa vie c’était trouver en premier lieu... l’amour avec un grand A ! Son but dans la vie : fonder une belle famille après avoir déniché l’homme perle rare, pour filer ensemble toute leur vie durant, de jolies perles sur un chemin espadrille d’amour. Ma mère lisait beaucoup de romans « happy end ». Pour elle, issue d’une grande et imaginaire fratrie, amour rimait avec famille, enfants.
Mon père avait aimé sincèrement ma mère quelques jours durant. Autant qu’il en était capable. Jamais il ne lui fit de promesses d’avenir à deux. Jamais. Mais ma délurée de mère espérait toujours une ouverture. Que son amour à elle, aveugle et inconditionnel, submerge l’élu de son cœur ! Qu’il soit transporté par cette déferlante incessante ! Mais il n’en fût rien ! Pire que tout, mon père commença à se lasser de tant de preuves d’amour ! Cela finit même par lui provoquer une crise horrible d’accélérations diastoles/systoles... une peur irraisonnée, une irrésistible envie de fuir pour ne pas mourir ! Et surtout... l’envie de butiner ailleurs d’autres fleurs se faisait de plus en plus pressant.
Ma pauvre mère ne descendait pas de son nuage. C’était lui, c’était sûr, même les tarots l’avait écrit ! Il devait l’accepter. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Nul doute ne venait la titiller. Elle devait agir futée au plus vite !
Mon père excédé, un jour parti pour le providentiel paquet de clopes et ne revint jamais. Ma mère inventive venait juste de lui annoncer son début de grossesse.... involontaire. Un simple oubli de pilule. Pilule que mon père n’avala pas ! Prétexte qu’il attrapa, sans remords pour tourner la page et... retourner voir ailleurs !
Ma mère sombra instantanément dans une dépression sans fonds. Elle ne mangeait plus, ne souriait plus, ne vivait plus. Elle se sentait comme transparente, sans désirs, sans envies. Du lever au coucher, elle déambulait absente tel un robot. Moi de plus en plus présente, je poussais tandis qu’elle disparaissait.
Je naquis beaucoup plus tôt que prévu. Pour la rentrée et non pour Noël. Mes premières semaines se passèrent seule dans un service de grands prématurés. Ma mère elle, pour se retaper, dans un service pour grands dépressifs. Une fois l’urgence pour toutes les deux dépassée, retour à la maison sans flonflons.
Ma mère continuait de vivre dans un autre monde. Souvent elle m’oubliait malgré mes pleurs. Je me mis éponge à oublier de demander. Ma tante, sœur jumelle de ma mère venait parfois aux nouvelles. Physiquement un parfait copié-collé. Même métier : infirmière. Mais pour tout le reste, complètement à l’opposé !
Ma tante détestait mon géniteur de père jugé trop superficiel et sans consistance. Maintes fois elle avait mis en garde sa cigale de sœur. Mais le cœur a ses raisons que la raison ignore, finit par se dire ma tante en abdiquant devant une telle folie.
Pour ma tante, le but premier dans la vie : réussir. Mais encore une autre définition. Réussir pour elle c’était être indépendante ! Avoir très vite son propre appart ! Voyager de par le monde ! Vivre pour elle essentiellement ! Faire son métier au carré, de façon impécable. Chez ma tante tout devait être parfaitement à sa place. Tout avait sa place. Et mon arrivée faisait... tâche !
Ma grand-mère tira la première la sonnette d’alarme ! Ma mère devait d’urgence réagir et remonter la pente. Remonter ou mourir. Pas le choix, ma mère dût repartir pour un autre séjour grands dépressifs. Pour une durée indéterminée. Quid de moi ? Qu’allait t-on faire de moi ? Ma grand-mère et ma tante décidèrent.
Ma grand-mère, veuve et de santé fragile pouvait difficilement prendre soin de moi sur une longue période. Ma tante n’avait jamais envisager un jour s’occuper d’enfants, encore moins d’en avoir mais... baisser les bras, ne pas être à la hauteur d’une tâche n’était pas non plus dans son vocabulaire. Elle prit cela comme un devoir et m’embarqua avec elle.
Je suis le fruit de l’amour et tombai dans ce monde... comme une fleur. Une fleur trop vite ballottée au risque de me faner... prématurément. Ma mère me prénomma Marguerite. Trop vieillot et poétique pour ma tante qui décida de m’appelée Marg ! Et voilà comment débuta ma fleur de vie.
Et pour finir, il faut que je vous avoue aussi que... mon but premier dans la vie :.... réussir ! Et encore une fois, avec une autre définition. Pour moi ce sera, par tout temps, réussir à m’adapter. Naviguer d’une mer à l’autre. De ma mère à ma tante. Et d’un terreau à l’autre, continuer de pousser et de grandir !
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