Maltus

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Image de Automne 2013
Longtemps je me suis saoulé de bonne heure.
L'espace de quelques cures et la règle avait changé. Comme pour la castration chimique : une pilule et hop, plus d'alcool. Mais malgré le décryptage complet des mécanismes physiologiques associés à la plupart des thérapies, grand progrès de la première moitié du XXIème siècle, les savants ne sont toujours pas foutus de prévoir tous les effets bizarres des médicaments. Pire, cinquante ans après le séquençage complet du génome humain, on ne sait toujours pas pourquoi une même substance pour donner des effets diamétralement opposés chez deux personnes différentes. Dans mon cas, comme pour tous ceux qui avaient reçu le même traitement, le besoin d'alcool avait disparu quasi instantanément. Mais contrairement aux autres, je m'étais mis à délirer. Grave. J'avais soudain buté dans les éléphants multicolores qui ne m'avaient jamais dérangé quand je buvais. Les conséquences avaient été incommensurables pour ma petite personne. J'avais égrainé la litanie jadis classique des buveurs, avec explosion de la famille, désintégration de la situation professionnelle, déconsidération sociale et finalement, clochardisation. Bref, j'avais perdu très vite tout ce que j'avais pu maintenir vaille que vaille pendant des décennies passées entre deux whiskys. Et avec l'efficacité de ce putain de traitement, pas moyen de me remettre à boire. Ma vie était devenue errance, ombre parmi les ombres, rasant les murs, parlant tout seul, la bouche pâteuse et chargée d'invectives, traînant mon sillage nauséabond, image même de ce que les médicaments auraient dû empêcher. Mauvaise comm' pour les responsables politiques européens. Ils avaient répété inlassablement que les programmes sanitaires étaient imparables dans leur efficacité. Du coup, quand les premiers effets pervers avaient fait leur apparition, j'étais devenu le centre d'une mêlée bouillonnante et gesticulante de spécialistes, de chercheurs, d'experts, de contrôleurs administratifs. La paranoïa officielle impliquait que j'aie subi un contre-traitement subversif dont il fallait trouver et châtier les auteurs. On m'avait bichonné, cocooné, interviewé gentiment, d'abord ; puis soumis à des interrogatoires tendus, puis privé de sommeil et du moindre confort, avant de recourir aux psychotropes. Mais comme je n'ai pas la moindre imagination, mes réponses n'avaient jamais varié. Il avait donc fallu gommer l'exception. Du fait des règles de traçabilité des procédures administratives européennes, il n'était pas possible de simplement me tuer. Pas besoin, en fait. Il avait suffi de m'ôter toute existence informatique et de me priver de toute trace physique d'identité. En arrêtant de boire pour redevenir quelqu'un, j'étais devenu personne. Mais j'avais de quoi m'occuper. Dans mes moments de lucidité approximative, je cherchais à manger. Inutile de faire les poubelles, depuis la généralisation des compacteurs-recycleurs instantanés de déchets. Inutile de chasser des animaux errants, chargés à bloc pour la plupart de pesticides variés, suite aux campagnes de stérilisation, de cancérisation, d'irradiation, de désorientation. Grignoter un chaton devenait tout simplement suicidaire. Or le traitement anti-alcool était justement couplé avec un composé anti-suicide. Ma seule issue avait été le bon vieux vol à l'étalage, par toutes petites quantités pour contrer les marquages génétiques des produits alimentaires. Il me fallait consommer sur place et très vite l'objet de mes délits.

Ce jour-là, je sortais d'un gueuleton imprévu. Une brave ménagère, victime d'un AVC soudain, s'était écroulée devant moi en traversant la rue, renversant son caddie électrique dont le contenu s'était répandu autour d'elle. Nous fûmes plusieurs à nous précipiter dans sa direction. Mais tandis que les quidams tentaient de ranimer la victime, j'avais rassemblé ses provisions. Non sans en glisser une bonne partie dans mes larges poches. J'étais ensuite retourné dans mon repaire, au bout d'un dédale de passages étroits et compliqués, pour faire bombance. C'est donc repu et apaisé que j'étais ressorti, un bon moment plus tard, pour dérober quelques instants de béatitude aux rayons de ce joli soleil de printemps. Il faut dire que quand j'étais normal, c'est-à-dire alcoolique, j'étais plutôt du genre contemplatif. Pourquoi encourir les affres et les soubresauts d'une relation amoureuse durable quand on pouvait se contenter d'admirer un beau cul ou un regard pénétrant (je ne suis pas sectaire) ? Sur ces pensées réconfortantes, je m'étais installé sur un de ces nouveaux bancs, censés épouser vos formes. Comme si vous aviez les mêmes que les miennes. Splendide résultat de la campagne de promotion ergonomique, les bancs se transformaient en bidet à la première averse. Par chance, il n'avait pas plu depuis quelques jours. Pris d'une légère torpeur postprandiale, je m'étais assoupi, bercé par le léger feulement des véhicules qui passaient à un rythme régulé. La loi imposait un trafic constant, avec limitations aux heures de pointe et réquisitions aux heures creuses. C'est finalement le côté saugrenu de mon rêve qui m'avait éveillé. Le bruit d'une course sur les dalles régulières du revêtement synthétique de l'avenue. Or, courir ailleurs que dans un stade ne pouvait être autorisé. J'ouvris donc un œil circonspect. Mon rêve, qui n'en était plus un, avait la forme d'un grand black transpirant qui détalait aussi vite qu'il pouvait. Il s'arrêta brusquement, les bras écartés, à la vue d'un groupe d'uniformes qui émergeaient d'une transversale, quelques dizaines de mètres devant lui. Après un regard circulaire et paniqué, il repartit à toute allure dans la ruelle latérale. Ma ruelle. S'il continuait, ce zèbre allait entraîner les uniformes jusque dans mon antre. Etant désocialisé, sans identité informatique, je ne risquais pas grand-chose : on ne pouvait pas m'arrêter. Mais tout de même, l'administration pourrait bien se mettre à me suivre à la trace, pour s'assurer que j'étais toujours personne, et je tenais à ma tranquillité. M'extrayant avec peine du bidet sec, je me lançais donc à la poursuite de l'inconnu. Je le retrouvai au bout de l'impasse, à nouveau stoppé net devant l'immeuble tranquille qui la terminait. Il tournait la tête en tous sens, une manie chez lui, cherchant une issue. Je me postais devant le détecteur iridien et, comme par magie, les battants de verre de la porte de l'immeuble s'écartèrent. Je lui fis signe de me suivre à l'intérieur. Comment quelqu'un qui n'est personne et sans ressources peut-il avoir une identité iridienne pour accéder à un immeuble cossu, me direz-vous ? C'est simple : quand tout est formaté et que vous n'êtes pas dans le schéma, il suffit de se faufiler. Pour assurer la stabilité démographique absolue, les équilibres statistiques entre naissances et morts impliquent de disposer d'un nombre constant de logements vacants qui servent de tampons pour les modifications familiales. Je m'étais trouvé là, un jour où le technicien venait de déprogrammer le système d'identification des membres d'une famille déplacée. Il avait dû laisser son travail en plan, comme la loi l'exige, pour ne pas dépasser son horaire de travail, prévu à la seconde près. J'avais alors procédé à ma propre identification, comme j'avais eu l'occasion de le faire dans ma vie antérieure. A son retour, le technicien avait terminé son travail en verrouillant à nouveau le système. Le tour était joué.

J'entraînais le fugitif vers une porte latérale. Elle donnait sur l'escalier intérieur. Personne ne l'empruntait jamais puisqu'il n'était là que pour respecter les règles de sécurité et qu'aucun habitant n'aurait eu l'idée subversive de prendre autre chose que l'ascenseur. Seuls les employés du service d'hygiène et de nettoyage y passaient régulièrement, mais sans jamais s'écarter du protocole technique qui leur était imposé. C'est entre le deuxième et le troisième étage qu'une porte métallique banale subsistait de l'époque de la construction. Puisque personne n'y passait jamais, elle n'était pas incluse dans les protocoles domotiques et elle n'était pas verrouillée. Elle donnait sur un court passage conduisant à une terrasse. Au fond, masqué par une rangée de pittosporums rigoureusement identiques issus de cultures in vitro, nourris et abreuvés par un système automatique, un local technique abandonné constituait mon domaine. Entre la chaudière à gaz désaffectée et la tuyauterie compliquée comme on les faisait au début du siècle, j'avais installé mon campement spartiate. Au centre trônait un vieux fauteuil de cuir fauve, du vrai cuir, que j'avais récupéré dans les étages : l'escalier de service servait souvent de débarras puisque même les contrôleurs de conformité n'y passaient jamais. Face à lui, sur une caisse en propylène, une antique chaîne multimédia, aux formes que l'on croyait autrefois futuristes. Evidemment dépourvue de connexion au réseau virtuel de fibres, elle n'était là que pour le décor ; mais combien de soirées avais-je passé, confortablement installé dans mon fauteuil, à simuler un débat politique ou culturel ? De telles discussions n'existaient plus depuis belle lurette, bien sûr, puisque « l'information » qui parvenait à heures fixes sur les récepteurs hologrammiques ne pouvait qu'être complète, définitive et indiscutable. C'était d'ailleurs l'un des privilèges de ma dépersonnalisation que de n'être pas assujetti à la plupart des systèmes de régulation, qu'ils soient matériels ou psychologiques. Par contre, dépourvu de code d'accès au système d'alimentation énergétique dématérialisé, pas question pour moi de disposer du moindre confort, à commencer par un peu d'eau chaude. Mes moyens de survie se limitaient aux rares éléments basiques réfractaires à la dématérialisation : de la nourriture glanée et de l'eau claire, détournée d'une canalisation. Les mêmes conditions, somme toute, que pour les hommes préhistoriques, le feu en moins, ce qui n'était pas la moindre des choses. Il n'était pas question en effet de provoquer l'émission d'une fumée qui aurait aussitôt déclenché une funeste réaction en chaîne.

Je proposais donc à mon invité de s'installer dans le fauteuil du chef pendant que je prenais place sur un ancien siège « design » vert pomme, aussi inconfortable que flashy. Jack – c'est comme ça qu'il me dit s'appeler – commençait à se calmer. Ses grands yeux blancs avaient cessé de suivre un match de tennis imaginaire et j'y découvrais maintenant un amoncellement de souffrances mais aussi d'intelligence et de dérision. Il était américain et faisait partie de ces innombrables émigrants qui avaient fui la misère de la récession. Les conséquences de l'explosion économique avaient été impitoyables après la décision chinoise de faire disparaître les stocks de dollars détenus par Pékin. La désorganisation informatique totale provoquée par les coupures énergétiques avait ouvert des brèches dans les contrôles des voyageurs : la régulation des flux était maintenue mais pas les suivis individuels. Les avions s'étaient alors remplis de fuyards, en nombre égal aux américains qui rentraient, après la faillite des multinationales. En Europe, le choc avait été atténué par les barrières douanières avec l'Amérique et les suivis individuels restaient parfaitement respectés. Les immigrants venaient, à point nommé, compenser l'afflux des départs ; ils n'en étaient pas moins dûment répertoriés. Jack s'était glissé dans les files d'attente, aux Etats-Unis. Débarqué à Amsterdam, les choses s'étaient alors compliquées. Un black de trop... Si la distinction entre les ethnies n'était plus assortie d'aucun jugement de valeur, elle provoquait néanmoins une nouvelle noria de quotas. Juste avant d'être remis dans l'avion, il avait pu se cacher derrière une bête cloison, à la faveur d'un changement brusque du personnel douanier. La manie des horaires était décidément le talon d'Achille du système. Sortir de l'aéroport avait été d'une facilité surprenante, parce que son badge d'immigration ne lui avait pas encore été retiré au moment de la rotation des employés. Et la fuite avait commencé : contrairement à moi, il avait une existence bien réelle dans les bases de données et il était inconcevable de le laisser errer sans contrôle. Il s'était faufilé de ville en ville, de bus à hydrogène en train électrostatique, se cachant au passage du moindre uniforme de contrôleur ou de policier. Il avait abouti dans mon quartier et s'était fait bêtement repérer alors qu'il passait le coin d'une rue. Fin de l'histoire.
Je sentais que Jack aurait apprécié un Islay bien tassé mais évidemment, plus de ça chez moi. Je lui proposais un verre d'eau qu'il avala stoïquement, en dépliant ses longues jambes. Je lui posais la question à l'ordre du jour : comment nous sortir de ce pétrin ? Les autorités n'allaient pas en rester là. Si j'étais physiquement intouchable, il n'en était pas de même de mes conditions de vie. Et que dire de l'avenir de Jack ?

Le temps passa. Nous occupions nos soirées à discuter, à nous raconter nos histoires respectives. J'en savais désormais beaucoup sur lui mais il esquivait mes questions dès que je tentais de l'interroger sur les gens qui l'avaient aidé à son départ d'Amérique et lors de son arrivée. L'hypothèse d'un réseau plus ou moins structuré me semblait néanmoins de plus en plus probable. Nous nous étions organisés sommairement mais j'étais accaparé par nos deux bouches à nourrir. Il était hors de question que Jack mette le nez dehors. Je passais toutes mes matinées aux abords des réserves des magasins, guettant les rotations de personnel pour chiper un paquet confiné ou deux, au départ des livraisons. Je devais changer de lieu à chaque fois car la différence entre le chargement embarqué et le chargement livré était évidemment décelée et déclenchait toujours une cascade de procédures de vérification. Je restais donc le plus souvent à l'écart des quelques entrepôts du quartier. Ce matin là, je traînais pourtant près de l'un d'entre eux, une façade immense et anonyme. Je devais bien sûr prendre une démarche assurée pour affecter une occupation qui n'attire pas l'attention. Une file de véhicules de chargement, impeccablement alignée par le guidage automatique, progressait par petits sauts mécaniques. C'est une impression fugace qui attira mon regard : derrière la file, au passage entre deux véhicules, j'avais cru entrevoir un visage. Je fis le tour de la rangée des machines que l'on continuait à appeler des pick-ups, même s'ils n'avaient plus rien de l'aspect des camionnettes d'antan. Et je la vis. Plus exactement, j'aperçus sa silhouette qui s'éloignait déjà d'une démarche légère. Une silhouette ma foi fort agréable dans sa combi bleu clair, avec ses cheveux blonds frisés coupés courts. L'ensemble donnait une impression solaire et, moi qui n'avait plus avec les femmes que des relations fantasmées, je fus pris d'un léger tremblement. Je décidais de la suivre. Visiblement, quelque chose n'était pas conforme chez elle. Elle lançait fréquemment des regards de côté et semblait hésiter malgré son pas décidé. Elle se retourna même une fois et je pensais que la première patrouille venue ne manquerait pas l'embarquer. Après quelques minutes, quelle ne fut pas ma surprise de la voir se diriger vers mon immeuble. Elle s'immobilisa devant la porte d'entrée et resta figée quelques instants. Encore une attitude dangereuse. Je ne pouvais pas m'arrêter à mon tour car notre duo aurait été trop insolite pour n'importe quel passant ou pilote. Je dus donc me résoudre à gagner la porte d'entrée en passant devant mon inconnue. Sans la regarder comme il se doit. Au moment où je la dépassais, j'entendis un bruit de chute. Elle s'était soudain effondrée et semblait inconsciente. Je n'étais bien sûr pas en situation de respecter le protocole édité pour ce type de situation, qui imposait de contacter immédiatement les autorités sans toucher à la victime. Je m'accroupis donc à ses côtés et tapotait sa main qui eut un léger frémissement. Elle entrouvrit des yeux perdus dans le lointain. Leur couleur pervenche me frappa, comme la régularité et l'harmonie que dégageait son visage, malgré la tension du moment. Ce fut instinctif : je l'aidais à se relever et l'entraînais dans le couloir. Je réalisais alors tout le danger que cette intrusion constituait pour moi et je me mis frénétiquement à chercher une solution pour y mettre fin. C'est alors qu'elle se tourna vers moi et, me prenant le bras d'un geste qui dehors eut été déplacé, me souffla : « Je cherche Jack ». Et je compris que je m'étais fait avoir. Quelques secondes, je restais interdit puis je me décidai brusquement et parti vers notre antre en lui faisant signe de me suivre.
Jack ouvrit la porte à mon signal et, un instant, je vis ses yeux s'emplir de terreur lorsqu'il découvrit que je n'étais pas seul. Puis son regard s'illumina tandis que la jeune femme se jetait dans ses bras. Je restais estomaqué. Ils avaient visiblement une histoire commune ; quelle était-elle ? Comment avait-elle pu rester dans la rue et subsister depuis que Jack était chez moi ? Les questions se bousculaient tandis que je débarrassais la caisse de propylène pour faire un siège de plus. Autour de l'inévitable verre d'eau, les tourtereaux et moi, nous nous installâmes pour faire le point.

Et le dialogue de sourds commença.

Helena, c'est comme ça qu'elle me dit s'appeler, m'expliqua qu'elle était en fait arrivée en même temps que Jack. Informaticienne chargée de la maintenance des bases de données internationales, elle était toutefois munie d'un certificat d'immigration en bonne et due forme. Ils s'étaient connus banalement quelques semaines auparavant, dans un non moins banal cybercafé : regards, sourires, connivence, attirance, etc. Jack paraissait gêné de ne pas m'en avoir parlé jusque là. Il m'expliqua qu'il me faisait confiance mais qu'il craignait que l'arrivée d'une personne de plus dans son aventure ne m'incite à douter de sa sincérité. Il n'avait d'ailleurs plus de nouvelles de sa compagne depuis l'aéroport et se demandait comment elle avait pu le retrouver. Au lieu de lui répondre, Helena me mitrailla de questions sur mon histoire, ma situation, mes moyens de subsistance. Je lui expliquai les choses le plus simplement possible et, à mon tour, tentai de comprendre comment leur binôme avait pu fonctionner. L'hypothèse d'un réseau organisé d'immigration illégale me trottait dans la tête. Petit à petit, le ton monta. Helena me reprochait de ne pas tout lui dire, et en particulier quelle suite j'entendais donner à la situation de Jack. Selon elle, je devais forcément connaître des gens susceptibles de l'aider. Je compris qu'elle me soupçonnait à son tour d'appartenir à une filière organisée, ce qui aurait dû la réjouir. A mon tour, je lui dis que je trouvais leur rencontre pour le moins bizarre et que ça ressemblait fort à un tour de passe-passe pour favoriser une sortie illégale des candidats américains au départ. Je ne comprenais pourtant pas, dans ce cas, le côté artisanal de la fuite dans l'aéroport. Quelque chose m'échappait. Pour la pousser dans ses retranchements, je lui demandai plutôt brutalement où et comment elle avait passé les dernières semaines. Comme j'insistai, elle répondit à mes questions par des questions sur ma supposée combine. Nous en étions aux vociférations et Jack était tétanisé. Helena se leva soudain et se planta derrière le fauteuil qu'elle avait occupé. Le pervenche de ses yeux s'était teinté de feu. Elle saisit un mini-visiophone dans la poche de sa combi et le déverrouilla d'un cri rauque puis articula un code bref. Le système de reconnaissance vocale obéit docilement. A toute vitesse, elle expliqua à son interlocuteur qu'elle tenait une branche du réseau qu'elle pistait et lui intima l'ordre d'envoyer une patrouille. Jack avait compris immédiatement qu'il s'était fait balader et sa réaction furieuse fut instantanée. Il se jeta sur Helena et, empoignant ses courts cheveux d'une main, lui balança de l'autre une gifle aussi magistrale que politiquement incorrecte. Profitant de la diversion, je me précipitai à l'extérieur.

— Allo ? Oui, c'est moi, tu le vois bien.
— Tu ne devais nous contacter sous aucun prétexte tant que l'opération n'était pas terminée. Tu sais que sans la mise à jour du réseau, tu n'auras pas droit au traitement antidote.
— Oui, mais il y a urgence : vous avez foiré dans les grandes largeurs. Une agent des douanes infiltrée m'est tombée dessus et a fait exploser ma couverture. Elle était d'ailleurs tellement bonne ma couverture qu'elle a cru faire une prise de choix. Comment se peut-il qu'une opération de ce type ait démarré des deux bouts sans concertation ?
— C'est normal. Le protocole impose que la symétrie dans les engagements des agents soit totale.
— Et tu t'étonnes que vous ne contrôliez pas ces foutus réseaux ? Va te faire foutre.

J'ai soif.

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Arlo G · il y a
Votre nouvelle que je découvre est excellente. Mon vote. À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Laurent Lapchin · il y a
Merci pour les commentaires. Pour d'autres nouvelles : voir le blog "Mandibule" https://mandibule.wordpress.com/
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Elena Lmr · il y a
Quelle histoire ! C'est prenant, très vivant et malheureusement assez réaliste...
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Fred Panassac · il y a
Une histoire très élaborée qui tient en haleine, et bravo pour la chute!
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Estebanyann · il y a
tres fort ce texte ! cela sent le vécu bravo
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Didier Lapchin · il y a
excellent... Quel monde d'enfoirés... on y fonce ;).

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