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Marie Quinio

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FINALISTE
Sélection Public

En me tortillant un peu j’arrive à attraper mon téléphone sur le chevet. J’ouvre l’application « Nature Sounds » et appuie sur le petit symbole du sapin. Des bruits de forêt s’élèvent dans ma chambre. J’augmente le son, mais pas trop non plus. Je ne supporte plus les bruits trop forts. A chaque fois que je lance cette application, j’ai l’impression que je me reconnecte avec le vrai monde. Que je redécouvre un peu la vie. Des oiseaux chantent, et on entend le bruit d’une cascade au loin. Cela fait une éternité que je ne suis pas allée en forêt. Je peux ajouter des grillons, si je veux me plonger dans une ambiance de forêt estivale, ou des crapauds si je veux m’imaginer près d’une vallée en fin de journée. Enfin bon...

Imaginer est l’un des seuls verbes qu’il me reste. Depuis que je suis cloîtrée sur ce lit d’hôpital. Depuis trois mois maintenant.

Il a été arrêté. Mais moi aussi, en quelque sorte, j’ai été arrêtée. De vivre.

Il paraît que nous sommes deux femmes à mourir chaque semaine en France sous les coups de nos conjoints ou ex-conjoints. Et ce chiffre doit être encore plus important à l’échelle mondiale. Devrais-je me sentir soulagée de n’être pas passée de l’autre côté moi aussi ? J’hésite à répondre... Le trottoir est arrivé si vite lorsqu’il m’a défenestrée. Lorsqu’il a hurlé que je n’étais qu’une salope, une ordure, une merde. Il m’a d’abord relevée du sol dur du balcon où il m’avait assommée et laissée presque inconsciente, pour me hisser sans hésiter au-dessus de la balustrade. Me jeter sur le bitume comme une eau sale, me balancer du deuxième étage comme une grosse crasse. J’ai saisi son bras en tentant de le retenir, mais j’ai compris que finalement ce serait la meilleure chose qui pouvait m’arriver désormais. J’ai desserré mon étreinte. Me libérer. Mourir enfin. Écrasée la tête contre le trottoir. Écrasée de chagrin et de désespoir. Écrasée sous le poids de ses mots infâmes. Écrasée sous son poids à lui, sous ses coups, sous ses insultes. Écrasée par toutes ces années de violence et d’humiliations quotidiennes. Écrasée par... J’utilise la voix passive. Quand on est harcelé et battu, notre vie s’écrit à la voix passive. Voix passive car vie passive. Vie de merde. Pendant toutes ces années c’était moi la merde, celle qui colle au talon de la chaussure. Je ne me souvenais plus de ma vie d’avant. C’était devenu ma seule vie.

Écrasée par la honte, aussi. La question que tout le monde pose quand ils découvrent notre calvaire : « Mais... pourquoi tu n’es jamais partie ? » Dans chacune de ces interrogations, dans chacun de ces regards incrédules, dans le ton dubitatif, presque accusateur, c’est moi que l’on agresse encore une fois. Comment se fait-il que l’on demande toujours aux victimes d’expliquer les raisons de leur agression ? Pourquoi met-on systématiquement leur parole en doute ? Personne ne demande jamais comment c’est possible qu’un homme, qu’un humain, s’en prenne à un autre humain, ou quelle éducation le bourreau a bien pu recevoir pour croire qu’une autre personne peut lui appartenir corps et âme. Corps meurtri, et âme éteinte. Je ne connais pas les estimations pour les hommes battus. Homme ou femme, c’est la même souffrance, la même dépendance psychologique qui s’est mise en place petit à petit. On connait tous le même début d’histoire, rose, lisse, brillante. Puis on se laisse enfermer doucement dans une spirale horrible dont on ne sort jamais, ou jamais indemne en tout cas. Les premiers temps on garde l’espoir, on ne comprend pas ce qui se passe, on pense que le pire est derrière nous, on laisse une nouvelle chance, puis une autre, puis c’est la routine qui prend le dessus. Et on n’en revient plus. Le mieux finalement, c’est d’en mourir. Comme ça au moins on n’a jamais à s’expliquer. Comment voulez-vous expliquer l’inexplicable, justifier l’injustifiable... Cette vie monstrueuse nous avale sans que nous ne puissions nous défendre, d’une manière insidieuse, vicieuse. Car nous avons affaire à l’innommable, à la pire des intelligences, celle qui veut faire mal, qui tisse sa toile petit à petit autour de nous, nous faisant miroiter le beau et le bonheur, tournoyer dans une danse de salon, notre petit salon fermé - puisque plus personne ne vient plus nous voir, puisque les ponts ont été savamment coupés. Nous avons cru que l’autre nous aimait pour ce que nous étions. Mais il ne nous désirait que pour ce que nous allions devenir : sa proie. Une âme innocente prise dans une grande toile d’araignée, qui plus elle se débat, plus elle envoie des signes à son agresseur. Des appels au crime. Au crime organisé ! Tout est soigneusement orchestré pour que la descente en enfer soit parfaite. C’est l’agonie lente d’une petite libellule qui se débat sans jamais réussir à se dégager. On perd très vite ses couleurs, sa frivolité, son insouciance. On appelle à l’aide en sourdine, et bien sûr personne ne nous entend. Personne ne se promène sur notre toile. Et elle est trop large pour qu’on nous entende au-delà. Personne ne nous connait plus depuis longtemps, de toute façon.

J’ai aimé mon mari. Je l’ai aimé au-delà des premiers coups, lorsqu’il s’excusait systématiquement, lorsqu’il revenait vers moi avec des fleurs, avec des attentions. Ai-je continué à l’aimer plus tard lorsque les coups sont devenus journaliers ? Lorsque les viols ont achevé de m’anéantir ? Lorsque je n’ai plus été qu’une serpillière qu’on tord et essore avant d’être jetée à terre, avant qu’il ne m’aplatisse et me traine au sol en me crachant ses mots cruels et haineux ? Je ne sais plus. Les années ont passé sans que je les reconnaisse. J’ai parfois supplié et parfois laissé faire, et un viol où l’on se laisse faire, ce n’est plus un viol me diront certains. Je n’ai jamais imaginé que je finirais ici à l’hôpital, mon bourreau m’a interdit d’imaginer quoi que ce soit. Quand notre cerveau ne fonctionne plus, que notre corps n’a pas le temps de se remettre des coups qu’il en reçoit déjà d’autres, le temps avance sans que l’on ne réagisse. En attendant, nous passons à la casserole. Pas un petit plat mitonné avec amour, avec une ou deux bougies sur la table et une belle nappe. Un petit repas froid de reproches, de bouteilles jetées à la tête, de bris de verre que l’on ramasse en s’écorchant les genoux, de cheveux tirés violemment en arrière pendant qu’on nous viole notre intimité, qui ne l’est plus depuis longtemps.

Ces bruits d’oiseaux dans la forêt sont insupportables finalement. C’est trop doux, c’est trop loin de ce que je viens de vivre toutes ces années, c’est insupportable de niaiserie. Je n’arrive pas à me détendre, mon cerveau ne sait plus se relaxer, et j’ai bien peur que mon cœur ne sache plus s’attendrir. Sur l’application, on propose des bruits de la ville. Quelle étrangeté de vouloir écouter des bruits tels que des klaxons de voitures, des bruits des rails, des conversations bruyantes pour se détendre... Il y a même le bruit d’une machine à laver qui rince. Celui là je le connais par cœur, je suis restée des heures à n’écouter que cela, mon lavage de cerveau. Celui là oui, il a fait partie de ma vie. Quelques secondes me suffisent pour me revoir dans l’arrière cuisine, là où il arrivait sans prévenir et me plaquait contre le mur. « Ça sent le propre ici, ça change de toi, tu me dégoutes !... »

« Je ne ressens plus rien, docteur », ai-je dit un jour au médecin qui m’examinait. J’étais restée plusieurs semaines dans le coma. « Il faudra du temps, de la rééducation, beaucoup de patience, mais on vous remettra sur pied » m’avait-il répondu, se forçant à prendre un air confiant et paternel. Oui, sans doute. Mais aujourd’hui encore, je ne suis pas certaine de vouloir être sur pieds à nouveau. Je sens que mes muscles ne le voudront pas non plus. C’est encore trop tôt. Il m’avait regardé d’un air gêné ce jour-là, il avait compris que je ne parlais pas que du physique. Il aurait voulu que je me batte davantage. C’est toujours perturbant pour un homme ou une femme de penser qu’un être identique à lui a pu subir des horreurs. Cela lui renvoie une image bestiale de notre espèce, et nous déshumanise, du coup. Bouleversés par cette idée perturbante, nous nous persuadons alors que nous sommes face à des exceptions. Des êtres comme mon mari ne sont pourtant pas si rares, ces brutes qui torturent existent partout dans le monde, et ils viennent de tous les milieux. J’en ai appris des choses avec ma psychologue... Et ceux qui les regardent faire sont tous les autres. Tout le reste du monde. Je sais, je ne devrais pas généraliser, c’est ma douleur qui parle... J’ai encore tellement de mal à comprendre. J’essaie d’expliquer les choses, de trouver pourquoi tous ces gens que j’ai côtoyés au travail – avant qu’il ne me fasse démissionner –, au supermarché – avant qu’il m’empêche de sortir définitivement –, pourquoi tous ces gens qui ont aperçu mes bleus et lu la peur dans mes yeux n’ont jamais rien dit, rien tenté. La peur de s’exposer eux-mêmes sans doute. L’excuse de ne pas devoir se mêler de ce qui ne les regarde pas. Je me souviens de cette fois, petite, où j’ai entendu mes parents discuter à voix basse, parler de ces gestes qu’un voisin avait soi-disant envers ses enfants. Je n’avais rien compris à l’époque. Vrai ou faux, tout ce que je sais c’est qu’aucun scandale n’a jamais éclaté au village. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». Je ne sais pas pourquoi ce poème me revient soudain à l’esprit. Pourvu que tout reste beau et calme chez nos voisins. Ce qui est de la sphère privée reste dans la sphère privée. Le courage requiert de bouger mais comme la peur rend immobile, c’est plus simple de garder nos œillères. Pas de vague, surtout. Jamais. Si seulement quelqu’un avait gardé les yeux ouverts en me regardant...

Mon esprit se réveille petit à petit. Je vois bien que je recouvre mes sens, jour après jour. Je ne peux pas encore me déplacer sans l’aide des infirmières, et ça tombe bien car je redoute le jour où je devrai sortir d’ici et m’exposer à la vraie vie à nouveau. Depuis quelques temps, je réussis à regarder mon corps quand on vient faire ma toilette. J’essaie de le réapprendre. De ne plus me dissocier de lui. J’ai caressé mon ventre l’autre jour. Je dois apprendre à digérer. Ce ventre qui n’a jamais servi qu’à encaisser les coups... Je n’ai jamais pu avoir d’enfants. C’est un peu à cause de ce manque à donner, de ce sentiment de culpabilité, rappelé sans cesse dans ses jurons, que je lui ai si souvent pardonné les premiers temps. Mon dieu, je lui ai tellement trouvé d’excuses tandis qu’il me torturait, qu’il me tuait à petit feu. Si j’avais eu un fils, je lui aurais enseigné qu’on peut discuter sans frapper, qu’on peut désirer sans violence, qu’on peut aimer sans posséder. M’aurait-il écouté, avec un tel modèle à la maison ? En grandissant, en regardant son père, il aurait compris que les poings, la tête, les pieds, mais aussi le sexe peuvent servir d’armes. Que certains humains n’existent qu’en dominant les autres. Mon Dieu, heureusement que je ne lui ai pas donné de descendance. J’ai envie de vomir.

Je vais essayer de dormir dans un instant. Je vais reposer doucement mon téléphone sur le chevet. Mes gestes ne sont toujours pas très assurés. Sur ce téléphone qu’une assistante sociale m’a apporté, je n’ai aucun contact, juste quelques applications. Aucun ami virtuel non plus. Il ne m’a jamais autorisée à utiliser les réseaux sociaux évidemment. Mais de toute façon, l’apercevoir de loin poster des photos de lui à tout va, l’entendre lire à voix haute d’un air vainqueur ses commentaires immondes, machistes, racistes, homophobes, pédants, ont suffit à me dégouter définitivement de m’en approcher un jour.

Il fait beau aujourd’hui. Le petit bout de ciel que j’aperçois de mon lit est tout bleu. Quelques nuages, comme dans la vie bien sûr. Les plus gros nuages sont passés pour moi. J’ai demandé qu’on laisse la fenêtre ouverte. J’ai tellement besoin d’air. J’étouffe dans ma tête, depuis que mes idées se remettent doucement en place. Avant, je ne pensais plus. J’étais complètement anesthésiée du cerveau et du corps. J’étouffe dans mon cœur, aussi. De colère. Contre lui, mais d’abord contre moi. On m’a proposé en thérapie d’aller rencontrer d’autres personnes qui ont connu la même histoire que moi. Il paraît que certains, quand ils se sont un peu reconstruits, font des interventions auprès de jeunes dans des associations de quartier. Il faut que je dise à toutes ces petites filles, à ces petits garçons, que personne n’a le droit de les rabaisser. Qu’ils ne doivent jamais se vanter d’avoir un petit ami jaloux comme si c’était une chose précieuse. Il est jaloux parce qu’il m’aime... Non. Il est jaloux parce qu’il a de la haine, envers lui peut être, envers le monde. Et il va retourner cette haine contre toi parce que ce sera plus simple que de se remettre en question. Tu vas devenir son souffre douleur. Au lieu du bonheur qu’il t’avait promis, que tu t’étais promis, quand, alors enfant, tu rêvais encore. Je leur dirai tout cela, je leur raconterai ma descente en enfer. Quand j’aurai retrouvé ma voix. Ma vraie voix, pas la petite voix saboteuse que j’entends encore trop souvent.

Tout à l’heure, mon avocat est passé m’annoncer que le procès n’aurait pas lieu avant l’année prochaine. Qu’il avait reçu un courrier de ma belle-mère. La mère du bourreau. Qu’elle soutient son fils plus que jamais. Elle est indignée, révoltée et me souhaite tout le malheur du monde. Comment son petit a-t-il pu se retrouver là ? Elle m’a confié son fils, je n’ai jamais su m’occuper de lui. Je suis mauvaise, je l’ai poussé à bout et c’est moi qui l’ai rendu violent. Il n’y a pas de fumée sans feu... Je suis restée bouche bée à l’écouter. Il savait que ces paroles allaient me toucher. Il a tenté de me réconforter. Nous gagnerons. Nous gagnerons ! Nous serons prêts. Je lui ai demandé du papier et un stylo, et après qu’il soit parti j’ai décidé d’écrire ce que je ressentais. La psychologue me l’a conseillé, il parait que cela aide à se reconstruire. Jusqu’ici je n’en avais jamais eu la force, mais c’est vrai que les quelques mots que je viens d’écrire me font déjà me sentir un peu différente, comme un peu moins fragile. Je dois avancer. Personne d’autre que moi ne lira ces mots, bien sûr. Alors sur cette page je vais me faire une promesse. Moi, petite libellule aux ailes brûlées, j’annonce solennellement que je renonce à mourir. Je ne reviendrai pas sur ma parole. Enfin... Je crois. Pour l’instant en tout cas. Je suis encore si peu sûre de ce qui m’attend, je souffre encore tellement. Mais il faut bien commencer quelque part. Écrire un peu chaque jour devrait m’aider à accepter ce nouveau départ, comme un nouveau chapitre à ma vie. J’ai mal lu l’introduction, mal écrit les premiers chapitres, cette fois je vais faire attention à moi, et parfaire mon écriture. Copier des lignes avec mes sentiments, gommer mes peurs, corriger ma colère et mon désespoir, pour mieux tourner la page, et écrire toutes les pages de ma nouvelle vie, de mon demain qui commence maintenant.

Et bien garder à l’esprit que je dois écrire à la voix active, cette fois, pour à nouveau m’envoler.

PRIX

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Marie Quinio  Commentaire de l'auteur · il y a
Les faits divers ne manquent malheureusement pas lorsqu’il s’agit de violences conjugales...

Cette nouvelle est une fiction, elle m'a été inspirée par une brève à la radio il y a quelques mois qui m'a profondément choquée. On y rappelait l'histoire de cette femme qui, fuyant son compagnon violent pour la énième fois, mais n’ayant pas trouvé d'aide ou de refuge, s’était vue contrainte de revenir chez elle. Il l'avait défenestrée cette nuit là, la rendant handicapée à vie. La suite était particulièrement écœurante, comme nous l'apprenait la presse ce matin-là : "VIOLENCES Une femme défenestrée par son compagnon a été considérée comme en partie responsable de ce qu'il lui est arrivé par la Commission d'indemnisation des victimes..." https://www.20minutes.fr/societe/2408523-20190104-pourquoi-femme-defenestree-conjoint-tetraplegique-partie-indemnisee

Quand pourrons-nous enfin dire que nous avons éradiqué ce mal - majoritairement mâle - qui ronge notre société et continue d'assassiner chaque jour ?

https://www.youtube.com/watch?v=MPVq30bPq6I
Elfen Lied Opening - Lilium (Official Audio)

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Isabelle Lambin · il y a
J'avais entendu ce fait divers. Révoltant effectivement, mais il me semble qu'elle a finalement été entendue.
Votre nouvelle qui donne la parole à l'une de ces femmes est touchant de sincérité

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Marie Quinio · il y a
Tant mieux, l'affaire avait soulevé bien des polémiques. Merci beaucoup de votre passage Isabelle !
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Cruzamor · il y a
oui, heureusement que j'ai pu vous lire ... après la lecture de l'article... Un instant j'ai pensé : mais où va t-on ??? au fond, l'actualité violente ne se fait que l'écho des violences passées ... on n'en sort pas.
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Jeanne · il y a
Mes voix actives, belle chance Marie pour la suite des événements.
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Marie Quinio · il y a
merci Jeanne ! :)
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Eddy Riffard · il y a
Le choix des structures de phrases rend parfaitement compte de la situation dans ce qu’elle a de subie.

Je me souviens d’un homme condamné une troisième fois pour avoir tué sa femme.
Sept ans pour le meurtre de sa première épouse.
Neuf ans pour le meurtre de la deuxième.
Je me demande quel a été le verdict pour celui de la troisième.

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Marie Quinio · il y a
Merci infiniment Eddy. Ce matin encore un terrible fait divers s'est produit ici, à La Réunion, un homme a tué 3 de ses 4 enfants alors qu'il devait les ramener ce soir à leur mère. Je me trompe peut être, mais j'imagine que c'est encore un de ces hommes qui n'a pas supporté que sa femme le quitte... ? C'est tellement horrible.
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Eddy Riffard · il y a
Et dire que le fait divers est le reflet de la société...
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Jeanne · il y a
Un texte fort, fort bien écrit, un récit brut livré d’un trait, un témoignage fort émouvant, une fiction qui se base sur un fait réel relativement récent * qui brosse un tableau noir d’une femme à la dérive, nous conte les forces et les faiblesses d’un couple sans histoire au tout début de leur relation, qui se transforme en quotidien sordide où domine la jalousie, la passion destructrice, décrit une montée de la violence, une descente aux enfers, dévoile l’envers du décor, le dessous des coulisses, les effets pervers et sournois du Une fois, deux fois n’est pas coutume, qui devient habitude jusqu’à addiction, une accoutumance, une normalité insidieuse, pernicieuse qui induit l’intention, renouvelle le geste, le coup porté, conduit à la violence ordinaire jusqu’au point de non retour, jusqu’à l’urgence vitale, la mort, le point final, l’issue fatale.

A ce propos, j’ouvre une longue parenthèse…. Existent divers degrés de tolérance, de résistance à la douleur, d’accoutumance à la violence qui varient selon le niveau de sensibilité, la personnalité, le tempérament, la force de caractère... de chacun, chacune.
Lors d’un acte violent, une situation de stress, une agression physique, verbale et/ou psychique, l’organisme met en marche des mécanismes de défense, met en place des réflexes, des automatismes de survie, le cœur s’accélère, le corps sécrète des hormones, l’esprit élabore des stratégies. Face au danger, il y a trois sortes d’états, trois formes d’actions (ou d’inactions), de réactions, trois modes d’expression, trois verbes qui se déclinent à l’infini, se conjuguent au participe présent et passé, s’emploient avec les auxiliaires de vie être, avoir, vouloir ou pouvoir : fuir, s’enfuir, battre en retraite ; se battre, combattre ou se défendre ; s’immobiliser, être paralysé, tétanisé, en état de choc, de sidération qui laisse la personne agressé(e) sans voix, sans réaction, sans défense. Parenthèse refermée.

Cette épouse battue, violentée assiste impuissante à sa déchéance, tombe dans un puits sans fond, un cauchemar sans fin, se noie dans un océan d’indifférence, s’enlise dans des sables mouvants, sous une avalanche d’insultes, se perd, s’égare dans une impasse, une voie sans issue, s’enferme dans le cercle subtil et vicieux de la dépendance, s’installe à l’insu de son plein gré dans un rapport de force dominant-dominé, de victime à bourreau, pour mille et une (bonnes ou mauvaises) raisons elle minimise les faits, excuse, pardonne, porte à elle seule tout le poids du passé, tout le poids du passif.
Assommée, jetée, défenestrée par son mari, un monstre de cynisme, de cruauté physique et verbale, elle se retrouve aux urgences, cassée, brisée en mille morceaux, à fleur de peau, écorchée vive, poids mort cloué sur un lit d’hôpital, isolée dans sa bulle de douleur, immergée, en apesanteur comme dans un caisson de décompression. Elle se remémore les derniers événements, déroule le film d’épouvante, tente d’évacuer le trop plein d’émotions, elle n’a plus goût à rien, la vie est devenue incolore, inodore, insipide. Elle n’est plus rien, plus que l’ombre d’elle-même.
Après une période de convalescence, elle mue, fait peau neuve, tel le phénix renaît de ses cendres, se réconcilie avec son image, elle reprend goût, possession de ses moyens, elle reprend peu à peu ses esprits et l’histoire restée en points de suspension. Elle reprend confiance et en main son destin, tire un trait sur le passé, efface les ratures, recopie au propre le brouillon, elle emplit les blancs, estompe les bleus, elle dessine les contours, image, imagine demain qui est déjà aujourd’hui. Elle se confie, se libère, s’épanche sur le papier, écrit une nouvelle page de sa vie, elle ouvre grand la fenêtre qui s’ouvre sur les perspectives d’un nouvel horizon, de nouveaux projets, elle écoute le chant des oiseaux et sa petite voix intérieure, la petite libellule déplie, déploie ses ailes froissées, plombées, elle active le mode on, motive son ego, elle renforce sa raison d’être, la reconstruction de son moi, elle trace son chemin, conduit ses pas sur la voie de la résilience.

* En souhaitant que cette injustice ait été réparée, que son statut de victime ait été pleinement reconnu.

Une Nouvelle que j'avais soutenue mais non commentée, voici qui est fait en un long pavé. Belle chance pour la suite des événements et bel après-midi Marie.

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Marie Quinio · il y a
Vous m’aviez prévenue que ça allait être long mais c’est toujours un plaisir de lire vos commentaires Jeanne <3 ;) un grand merci pour votre lecture et analyse encore une fois 🙏
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Géo Dezèleher · il y a
Poignant! Beaucoup de force dans ce texte. Toutes mes voix.
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Marie Quinio · il y a
Merci beaucoup Géo pour ce gentil commentaire !
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queenstar2009 · il y a
Un récit touchant qui nous émet par sa part de réalisme et de sincérité. Un bel hommage à toutes ces femmes qui souffrent en silence et qui n'osent pas dire l'indicible. Félicitations pour ta nouvelle qui m'a profondément touchée, Marie-Laure. Marina
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Marie Quinio · il y a
Merci Marina :))) Je suis heureuse que tu viennes me lire, c'est du bonheur pour moi !
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ALI · il y a
C’est bouleversant. Le début est très léger et puis d’un coup on a la boule au ventre car on vit son cauchemar. Avoir une Voix active est tout ce qu’on leur souhaite. Bravo Marie!
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Marie Quinio · il y a
Merciiii Anne-Lise ! :))
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Cruzamor · il y a
Avant de vous répondre, trop bouleversée et perdue dans la masse des colères, horreur, peines inspirées par votre texte, j'ai lu votre précision sur l'origine de votre texte, et aussi les articles ... je ne m'en souvenais pas ou alors je n'avais pas entendu ... au final ce que dit Isabelle Lambin me rassure un tout petit peu ... en tout cas vous avez vraiment hyper bien réussi à vous glisser dans ce corps, cet esprit malades tous deux de la violente cruauté de cet homme. Je vous ai mis + 5 même si cela ne change rien aux évènements dramatiques ça peut faire mieux prendre conscience de tout cela.
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Marie Quinio · il y a
Merci pour vos gentils commentaires Cruzamor ! En parler c'est déjà le début de quelque chose... heureuse que ce texte vous ait plu ;)
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Mome de Meuse · il y a
Triste actualité, hélas. Toutes mes voix pour ce beau récit.
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Marie Quinio · il y a
Merci beaucoup Mome de Meuse ! A bientôt sur nos pages :)
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Monique Feougier · il y a
Bon courage et bonne chance à ce texte poignant
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Marie Quinio · il y a
Merci beaucoup Monique !
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Elisabeth Marchand · il y a
+5 voix confirmées...
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Marie Quinio · il y a
Merci Elisabeth !
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Gerard du Vingt-quatre · il y a
Fait Marie.
Tenez bon !

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Marie Quinio · il y a
oui bien sûr je tiens bon, grâce aux gentils messages et commentaires comme le vôtre, un grand soutien !! Merci infiniment
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Marie Quinio · il y a
Merci beaucoup Gérard !
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Felix CULPA · il y a
Je renouvelle mes 5 voix pour ce texte que j'aime toujours autant qu'à sa première lecture !
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Marie Quinio · il y a
Merci beaucoup Felix ! :)
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